FONTAINE-FRANÇAISE SOUS LES BURGONDES ET LES COMTES ATTUARIENS
On a vu, dans les préliminaires de cette histoire, comment Constance-Chlore, après avoir battu, vers Tan 300 de notre ère, les Germains qui s'étaient avancés jusque sous les murs de Langres, envoya une de leurs colonies, celle des AUuariens, s'établir sur les bords de la Saône, de la Seine, de la Tille, de la Bèze et de la Vingeanne, pour cultiver, dit Boudot, le vaste pays compris entre ces rivières t qui était en friche, désert, sans habitations, détruit qu'il avait été par les fréquentes dévastations des Germains »; et comment ensuite, vers 413, les Burgondes vinrent à leur tour s'établir dans ces mêmes pays et finirent par en devenir les maîtres absolus en 476.
Fontaine, si près de la Vingeanne, dans un vallon arrosé par de nombreuses sources, s'est créé. Les colons s'y sont groupés et, succédant aux Gallo-romains,
ils y ont laissé des traces indéniables de Toccupatioa burgonde et mérovingienne.
L'histoire écrite est cora platement muette sur Fontaine jusqu'à la fondation de l'abbaye de Bèze,en630. En efietà celte époque la Chronique de Bèze appela Fontaine Fontanœ et cite Berthaut : Bertariacum,
Peu de temps après là fondation de l'abbaye de Bèze un grand événement a marqué Tépoque mérovingienne.
Il existe aux confins de la Bourgogne et de la Champagne, à quelques lieues de Fontaine, un petit village, Montormentier, de Monstormentorum^ Mont du tourment, où, suivant la chronique locale, auraient été recueillis les restes de l'infortunée reine Brunehaut, la bienfaitrice de nos pays qu'elle habitait souvent, dit-on, et dans lesquels elle a fait construire plusieurs routes hérissonnées qu'on appelle encore Voies Brunehaut. L'une de ces voies, venant de la direction de Bèze, aboutissait à Fontaine par la rue appelée encore aujourd'hui rue Brunehaut, mais dont on a tronqué le nom en Bruno.
Si c'est à Montormentier que les restes de Brunehaut ont été recueillis, ce qui d'ailleurs n'est pas sûr, le cheval qui l'emportait aurait bien pu traverser le territoire de Fontaine. Quoiqu'il en soit, je crois devoir donner, d'après Courtépée et Mille, les détails du supplice de cette rei7ie, fille, épouse, mère et aïeule de tant de rois, arrivé en l'an 614 de notre ère.
Varnachaire II, maire de Bourgogne, gagné par Clotaire, conseilla à Brunehaut, ou Brunehild, de se retirer en Bourgogne après avoir été lïnstigatrice de la guerre entre les deux frères, ses petits-fils, Thierry
et Théodebert. Thierry victorieux fit massacrer Théodebert et mourut peu de temps après.
Brunehaut voulut faire monter sur le trône de Bourgogne un des fils de Thierry, mais Varnachaire la trahit et chargea le connétable Herpon ou Herpin de l'arrêter.
Cette reine est prise à Orville, bourg entre Langres et Dijon (près de Selongey, Côte-d'Or), où elle s'était sauvée avec Theudelane, sœur de Thierry, et amenée à Renève, sur la Vingeanne, où Glotaire avait assis son camp.
Le roi, après avoir fait couper les cheveux à Mérovée, fit égorger Sigebert et Corbe en présence de Brunehaut, leur bisaïeule, l'accabla de reproches, Taccusa de tous les maux arrivés en Austrasie et en Bourgogne, même du crime qu'il venait de commettre, informa et prononça contre elle un terrible arrêt de mort dont l'exécution commença sur-le-champ. On la tourmenta durant trois jours ; on la promena sur un chameau dans tout le camp afin de l'exposer à la risée des soldats; ensuite on l'attacha par les cheveux, par les bras et par un pied, à la queue d'un coursier fougueux qui, par ses bonds fréquents et sa course rapide, lui brisa les os et mit son corps en pièces.
Ses restes, livrés aux flammes et réduits en cendres, furent transportés dans l'église de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun dont elle était fondatrice.
Elle avait 80 ans.
C'est après cette sanglante catastrophe que le royaume de Bourgogne fut uni, pour la seconde fois, à la couronne de France. Fontaine passa vraisemblablement à la France, comme toutes les autres cités bourguignonnes, mais la dénomination de Française ne lui est pas encore donnée.
T4 HISTOIRE DK FONTAINE-FHANÇAISE
Notre histoire est trop liée à celle de Bèze pour que je ne réserve pas une page au récit de la fondation du monastère qui eut lieu en Tan 630.
Suivant une charte de Dagobert 1^' qui régna de 628 à 638, Amalgaire ou Amalgar, duc amovible de Bourgogne, reçut Bèze (Bézua) à titre de bénéfice.
Cet Amalgaire, comte des Altuariens, était (dit l'appendice de Courtépée) l'un des chefs ou ducs (de dux, conducteur de troupes) qui commandaient l'armée du roi contre les Gascons révoltés.
Son Commandement ou duché comprenait la basse Bourgogne et s'étendait sur toute la province ecclésiastique de Lyon.
Le monastère de Bèze fut donc fondé dans le canton d'Af/ouar, en 630, sous le pontificat d'Honorius P' et le règne de Dagobert I*^"" (Berthoal étant évêque de Langres (628 à 654) et possédant tous nos pays), par Amalgaire, époux d'Aquiline, de laquelle il eut trois enfants : Amalric, Taîné, qui recueillit le duché, WaU delène^ premier abbé de Bèze, et Adalsinde, abbesse de Battan, à Besançon.
Waldelène fut confio dès son jeune âge à saint Ck>lomban, abbé de Luxeuil, et fut mis ensuite à la tête du monastère que son père et sa mère fondèrent au lieu appelé Fons Besua (la fontaine de Bèze), monastère d'hommes sous la protection ou vocable de saint Pierre et saint Paul (1). La jeune abbaye suivit d'abord la règle de saint Colomban jusqu'en 834, et elle l'abandonna alors pour celle de saint Benoit.
(h) U Histoire des évéques de Langres nous apprend qu'Amalgar fonda à Bèze deux abbayes, l'une pour son fils Waldelène, et l'autre pour sa fille Âdalsinde. Celle-ci fut bientôt ruinée et les religieuses fondèrent alors le monastère de Battan, près Vesoncio^ Besançon.
L'abbaye de Bèze possédait des biens immenses à Bourberain, Fontaine, Saint-Seine, Mornay, Pouilly, Ucey, Dampierre, Champagne, Véronnes, etc., etc.
Les donations soit aux monastères, soit aux fidèles, aux soldats même sont déjà en usage.
C'est Clovis qui, bien établi, commença par donner en toute propriété des alleux ou allods à ses anlrustians ou fidèles qui s'appelaient aussi leudes.
Les alleux ne furent d'abord donnés et pris que sur les terres des ennemis.
On lit dans Y Histoire du moyen âge, de J. Andrieux, « qu'aux soldats ordinaires on distribuait des féods (fiefs) révocables, souvent viagers, rarement héréditaires. iLes serfs ou esclaves, liés à leurs maîtres, formaient bien des catégories : il y avait les adroits et les maladroilSy possédant ou non un lopin de terre, attachés les uns à des guerriers, d'autres à des prêtres.
a Dès ce moment les donations faites aux prêtres, au clergé, étaient et restèrent irrévocables. »
Nos gouverneurs furent alors des ducs, des comtes amovibles qui tenaient leur autorité du monarque.
€ Dans le vu' et le viii® siècle, l'officier nommé camfe était chargé de rendre la justice. Il avait sous lui un Centenier ou Vicomte qui le remplaçait de droit dans ses fonctions, pour juger les causes des particuliers de sa juridiction, ce qui se faisait dans une place publique appelée Malle, Mallum publicum. Il était accompagné de sept assesseurs, gens du pays, instruits des lois et coutumes locales qui jugeaient avec lui. On les nommait Scabins ou Eschevins (4) (Scabini Jurati).
(1) Ce titre d'Eschevins a été donné et conservé jusqu'au siècle
a Le pouvoir de ces comtes amovibles s'accrut an point qu'ils devinrent souvent les oppresseurs et les tyrans du peuple, au lieu d'en être les pères et les défenseurs. Mais ils étaient contrôlés par les Missi dominiciy envoyés royaux, qui rendaient compte au roi.
« Les Comtes ruraux, tels que celui qui gouvernait Fontaine, sans l'habiter encore, et ceux des villes, s'érigèrent souvent en petits souverains, s'arrogeanl de beaux droits et se perpétuant dans leurs dignités qu'ils transmettaient à leurs descendants (4). Voici la féodalité qui commence à poindre et nous ne sommes encore que vers 697 ou 700. »
Tous les hommes valides étaient soldats, on défendait son pays, sa famille, ses biens ; au premier signal d'alarme, on se levait en masse, mais le nombre écrasait la valeur. Ainsi les annales bénédictines nous apprennent (2) : « que l'an 732 les Sarrasins étant entrés en France, sous la conduite d'Abdéram, s'emparèrent d'Arles, firent des incursions jusque dans la Haute-Bourgogne (le Dijonnais et la Franche-Comté), pillèrent et renversèrent les monastères de Bèze et de Luxeuil, ainsi que tous les environs. » Fontaine ne fut certes pas épargnée, et si la colonie attuarienne et les Burgundes qui l'habitaient avaient agrandi la cité celle-ci fut bientôt détruite et ruinée.
Par la Chronique de Bèze, nous savons en outre que leur monastère et tous leurs environs^ à plusieurs lieues, furent de nouveau ravagés par les Hongrois et les Nor-
dernier aux personnes remplissant ce qu'on appelle aujourd'hui les fonctions de conseillers municipaux.
(i) Courtépée, t. I, pages 413, 414 et 415.
(2) Boudot, Uistoire de Mirebeau, page 134.
FOXTAIXE-FRANÇAISE SOUS JLES BURGONDES 77
mands en 888, 891 et en 937. Voilà encore notre pays complètement dévasté. Saint Geilon, trente-huitième évêque de Langres, désespéré de voir son diocèse si maltraité, ne put survivre à cette catastrophe et mourut de douleur.
Sur la fin du viii* siècle, beaucoup d'églises avaient le droit d'asile. Charlemagne défendit cependant de porter à manger aux criminels réfugiés dans les églises, « ne voulant pas qu'on trouve sa sûreté dans un lieu consacré à adorer la Divinité ».
C'est seulement sous Louis XII que le cardinal d'Amboise, son ministre, obtint la révocation absolue du privilège des asiles.
Au VII* siècle, les comtés de Dijon, d'Ouche, et des Attuariens ou des Tilles, étaient gouvernés séparément, mais dans la suite, au ix* siècle, ils furent réunis au Dijonnais etne formèrent qu'un seul comté jusqu'au xiii® siècle.
D'après Courtépée, les comtes dijonnais furent Manassès 1*% sire de Vergy, Manassès II, Raoul de Vergy, Hugues de Beaumont, Richard de Beaumont, Léthalde et enfin Olhe Guillaume, évêque de Langres, qui fut le dernier comte de Dijon, ce comté ayant été réuni au duché de Bourgogne en 1015.
Les chartes font mention que vers 815 un Hildegarnus était comte des Attuariens et un Hugues de Beaumont lui* succéda. C'est de ce comté que les cantons de Dijon, de Bèze et d'Ouche ont été démembrés dans la suite.
Le canton des Attuariens fut gouverné par des comtes dès le commencement du ix* siècle et ne fut plus dès lors désigné que sous la dénomination de Comitalus.
78 HISTOIRE DE FONTAIIfE-FRANÇAISB
Courtépée donne la nomenclature, au ix* siècle, de quarante-trois villages formant le pays des Attuariens, parmi lesquels Fontaine (Fontanas).
Voici comment les choses se passèrent sous les derniers comtes attuariens.
Hugues I de Beaumont, succédant à Hildegame, était comte de Dijon en 946. Son fils Hugues H, comte des Attuariens, exerçait les fonctions suivantes : il était juge de ce territoire ; toutes les contestations qui s'élevaient entre les particuliers, à l'exception des causes des évêques, des abbés, et des grands seigneurs, que les souverains ne s'étaient pas réservées, étaient jugées par lui.
II condamnait les criminels au bannissement ou à la mort; mais dans tous les jugements il devait être assisté de sept personnes suffisamment instruites des lois et des usages du pays. Ces sept assesseurs, choisis par le peuple, entendaient les parties, les admettaient à telles épreuves qu'ils jugeaient convenables et prononçaient.
Ils signaient les jugements avec le comte, chef du tribunal et souvent avec une partie des habitants. Dans ce temps, le comte attuarien, tel que Hugues II, connaissait de la guerre, des finances; la garde des places lui était confiée ; il conduisait à l'armée les vassaux et les commandait ; il veillait sur les monnaies pour empêcher leur altération.
Il devait entretenir le bon ordre, poursuivre les voleurs, les punir même par la mort. Il était le tuteur des veuves et des pauvres, devait faire honorer la religion, respecter ses ministres, vivre en paix avec Tévêque et lui prêter secours (1).
(4) Boudot, page 67.
Déjà avant la féo»ialité le Colonnat, le colon, existait, c'était un état intermédiaire entre la libre propriété et l'esclavage. Le colon cultivait par et pour lui-môme, moyennant une redevance annuelle inaugmentabie, payée au propriétaire.
11 se mariait à sa volonté ; ce qu'il gagnait était à lui et il pouvait le transmettre à ses enfants. Mais il ne devait pas abandonner la terre sur laquelle il était né.
Il acquittait la capitation ou impôt foncier et d'autres contributions personnelles que le propriétaire percevait.
Le seigneur ou propriétaire qui percevait ces impôts se faisait ainsi juge ou justicier, du mot latin judexy officier chai'gé du recouvrement des impôts.
Les contributions personnelles, ou justices, consistaient principalement : l** sur les personnes en corvées, service militaire, tailles, droit de gîte, de past, de logement, amendes condamnations, droits de passage, de hallage, d'habitation, etc. ; 2** sur les choses : droits de mutation, d'épaves, de vacance, de déshérence, de bâtardise, d'aubaine, de confiscation, de banalités, de censives, de chasse, de pêche.
Tous ces droits existaient déjà avant la féodalité et étaient réglés par le comte et ses assesseurs (1).
<r Le premier mercredi du mois de mai 815, seconde année du règne de Louis I, dit le Débonnaire, roi et empereur, une grande assemblée publique, appelée
(1) La féodalité n'a en somme pas amené grands changements dans les charges du peuple. Seulement comme chaque seigneur exerçait ses droits en mattre absolu dans ses terres, les dixmes, les corvées et autres impôts étaient souvent perçus d'une manière vexatoire, autoritaire, cruelle, môme sans bases fixes ce qui n'existait pas absolument auparavant.
alors mallum (4), comme je l'ai dit plus haut, fut tenue à Mons-IgniSj irontlgny-sur-Vingeanne, par Hildegarne, VildegamuSy comte des Attuariens, de Favis de ses assesseurs et présidée par Betto, évêque de Langres, qui y fait juridiquement reconnaître les limites des intérêts matériels du monastère de Bèze et de ses dépendances, dont une fraction de FontanasMsBxi partie (2). jd
Jusqu'alors aucun document à ma connaissance du moins ne parle de l'église de Fontaine. On ne saurait cependant douter de son existence. La religion catholique était la seule observée à cette époque, et Fontaine, déjà centre important, appartenant à Bèze, était nécessairement desservi par les religieux de ce monastère. Bientôt l'église est érigée en Prieuré (3), octobre 865, et à cette époque, Isaac, alors évéque de I-angres, nomma Egilo, moine et abbé de Flavigny, premier prieur. L'église et les dixmes de la paroisse Saint-Sulpice furent alors données au monastère de Saint-Pierre de Flavigny (4).
La prise de possession du Prieuré de Fontaine a eu lieu le jour de la fête de saint Sulpice. Il était réputé Office claustral et fut érigé sous le titre de Prieuré lorsqu'il commença à avoir des offices perpétuels et en titre à l'abbaye de Flavigny (5).
(4) De malum, mal, malheur, dommage, assemblée où Ton discutait le moyen de remédier au:!^ maux publics, aux dommages, ou aux torts causés par autrui.
(2) Courtépée et Histoire de Bein. C'était Bertariacum.
(3) Bénéfice donné à un ecclésiastique qui habitait son couvent et qui n'allait dans son prieuré que pour la fôte patronale et pour enlever les revenus.
(4) Archives de la Côle-d'Or, E. 292.
(5) Histoire de sainte Reine d'Alise^ Ansart, 4783.
Le premier prieur de Fontaine, Egilo, n'avait pas ce seul prieuré, car on lit dans un manuscrit latin de la bibliothèque nationale, 17,720, ChartularicumBuhericenurriy p. 44, « qu'en 865, Isaac,évêque de Langres, donne à Egil, abbé de Flavigny, des autels (1) consacrés en Thonneur de saint Pierre, le prince des
apôtres, dans deux églises ; et un autre awfe/,
dédié en l'honneur de saint Sulpice, évèque et confesseur, autel qui est dans l'église à Fontaine. »
Dès ce moment le service religieux se fait dans notre église d'une manière régulière et permanente, car si le prieur n'habite pas son bénéfice, il doity entretenir constamment un ou plusieurs prêtres, suivant l'importance de la population.
Nous arrivons à une époque remarquable de notre histoire, c'est le régime, je pourrais dire le règne de la féodalité qm s'établit d'une manière définitive.
Les véritables maîtres du pays, du pagi (2), étaient les ducs et les comtes^ bénéficiaires d'abord, c'est-àdire révocables à volonté, puis devenus héréditaires depuis le Capitulaire de Kiersy-sur-Oise, en 877.
Leur pouvoir était tellement illimité, que les Chroniques de Saint-Bénigne de Dijon et de Bèze n'hésitent pas à le qualifier de royal.
Alors à l'imitation des Romains, les souverains, rois et empereurs, élevèrent des châteaux-forts pour assurer leur domination.
La garde en était confiée à des capitaines, ducs, marquis, comtes, sergents, qui devaient en rendre les clefs lorsque le prince leur ôtait leur charge ou les en-
(\) Par cette donation d'autels, il faut entendre prieuré, bénéfice. (2) Le pagi était un petit peuple subordonné à la cité (civitas) dont il prenait le nom.
voyait ailleurs. Aussi nul n'en pouvait construire de nouveaux qu'avec l'agrément du souverain et pour son service. Mais les derniers Mérovingiens, après eux les fils de Charlemagne, virent partout s'élever un grand nombre de forteresses, au mépris de leur autorité.
De là, ces seigneurs ayant bannière^ cour dejtAstice, s^érigeant en maîtres, battant monnaie, guerroyant sans cesse et ne reconnaissant souvent plus leur souverain.
Il me semble opportun de donner ici une explication étymologique des titres dès lors en usage pour désigner tous les chefs depuis le plus élevé.
Il y avait d'abord le roi, de rex, souverain monarque, chef d'un peuple ou d'une nation.
Uempereur^ de imperator^ général des armées.
Le prince, de princeps, premier suzerain, seigneur dominant plusieurs comtés, châtellenies, etc.
Le duc, de dux, conducteur de troupes.
Le marquis, de mark, frontière, prince préposé à la garde des frontières.
Le comte, de cornes, compagnon, celui qui accompagnait un roi, un prince ; ou de comitatus, président des assemblées publiques, des comités, gouverneur d'un comté.
Le Vicomte^ de comitatus, le suppléant, le second^ le représentant du comte.
Le baron ou ber^ de vir^ homme brave, guerrier, héros.
Le chevalier, de caballus^ cheval, homme d'armes, gratifié d'un cheval par son seigneur.
La féodalité a eu son origine dans V association militaire, les guerriers s'attachaient au plus brave et le choisissaient pour chef. Ce chef en retour donnait à
FONTAINE-FRANÇAISB SOUS LES BURG0NDE9 83
ses compagnons une solde, un fief, du saxon Y*^/i qui veut dire prix, salaire, consistant soit en argent, s
HISTOIRE 0E FO?fTAlNB-PRAXÇAISE ^-^■*— ^— ^*>^n nninriit CODS
ses compagnons une solde, un fief, du saxon feh qui veut dire prix, salaire, consistant soit en argent, soit en butin, armes, chevaux, soit en terres conquises sur ''ennemi. Un roi donnait des fi£fs avec réserve de la main et de la bouche, c'est-à-dire ne rien dire ni rien faire contre lui qui puisse le mécontenter.
Dans le droit du moyen âge, le mot fiefy que Von écrivait fié^ fieu, fiement, feu, etc., en latin feudum, feodum, feum^ servait à désigner, comme je le dis plus haut, non seulement un prix, un salaire, mais encore une terre, un office, même une simple rente concédée à une personne par une autre, soit à titre onéreux, vente gracieuse, donation, ou par succession, sous la condition que le preneur reconnaîtrait le bailleur pour son seigneur.
Jusqu'aux croisades les nobles seuls pouvaient posséder des fiefs, mais à cette époque les roturiers obtinrent la même faveur moyennant le droit spécial dit droit de franc-fief.
D'ailleurs les croisades ruinaient les nobles, ils se trouvaient obligés d'aliéner leurs terres, de créer des fiefs, des arrière-fiefs pour se procurer de l'argent; leurs vassaux, tes manants (1) purent ainsi devenir propriétaires dès cette époque.
Le possesseur d'un fief devait en faire foi et hommage à son seigneur ou à son suzerain. Voici en général comment on prêtait hommage.
Le vassal se mettait à genoux, tête nue, sans épée, sans éperons, les mains dans celles du seigneur qui
(4) Manant, du latin manem, celui qui demeure, celui qui reste, qui cultive la terre et qui ne court pas après les vains honneurs que . donne la guerre ou après les chances souvent malheureuses du commerce.
était assis et la tête couverte ; dans cette posture, il récitait cette formule : « De ce jour, en avant, je deviens votre homme, de vie, de membres, de terres et d'honneur, et à vous serai féal et loyal, et foi à vous porterai des tennemens que je reconnais tenir de vous. »
Le seigneur baisait alors son vassal et on dressait l'acte d'inféodation, par lequel le seigneur mettait le vassal en possession de son Bef.
€ Mais si le vassal qui doit reprendre son fief ne trouve pas son seigneur au lieu et seigneurie dont la terre est mouvante, ou personne ayant puissance de recevoir ledit vassal, après qu'il aura dûnaent appelé ledit seigneur, peut ce vassal se transporter au chàtel ou à la porte du lieu principal duquel est mouvant son fief, faire ses offres et devoirs tout ainsi qu'il le ferait s'il était devant ledit seigneur féodal, faire les protestations requises, et après baiser le verrouilj verrou, de Vhuys, la porte, ou autre chose de ladite porte.
<« Malgré cela le seigneur peut plus tard, par cri général ou particulier mander son vassal devant lui et lui assigner jour et hpure pour faire son devoir envers lui (1). »
Au commencement de la féodalité, le roi était le chef suprême ; venaient au-dessous le duc, qui pouvait dresser un gibet à six piliers ; le barorij dont le gibet n'avait que quatre piliers ; le châtelain, que trois; le seigneur haut justicier deux piliers à liens, en dessus et en dessous, en dedans et en dehors ; le moyen justicier deux piliers sans liens par dehors et enfin le bas justicier^ qui ne connaissait que des causes civiles
(I) Coutumes de Sens.
ne pouvant entraîner à une amende au-dessus de sept sols six.deniers.
Suivant l'ancienne coutume de Sens, qu'on observait en grande partie à Fontaine, les majorités féodales et roturières furent ainsi fixées. « Enfans nobles sont réputez âgez pour faire et porter la foy et hommage de leurs héritaiges, terres et seigneuries, c'est à scavoir : le fils à 18 ans et un jour, et la fille à 14 ans et un jour. La foy et hommage doit être réitérée par les majeurs au moment de leur majorité, quoique leurs gardiens l'eussent fait auparavant pour eux.
n Les enfants orphelins, non nobles, sont pourvus de tuteurs et curateurs jusqu'à 25 ans, âge de leur majorité. »
Nous allons bientôt avoir un seigneur particuUer, le château-fort de Fontaine est élevé et ce seigneur voulant jouir de son droit, usurpé sur celui du CQmte attuarien encore maître de nos pays, agira lui aussi en maître et s'attribuera tous les bénéfices du régime delà féodalité.
Liste des seigneurs de Fontaine-Française de 950 à 1879
Les Peuvent, premiers seigneurs. . de 950 à 1202.
LesVergy de 1202 à 1385.
Devienne de 1385 à Uïl.
LesLongvy de 1427 à 15^26.
Les Chabot-Charny de 1526 à i630.
Marie de Loménie, veuve de Jacques
Chabot de 1630 à 1638.
La Rochelbucault (François de). . . de 1638 à 1656.
D'Arnault de 1656 à 1677.
LesMazel de 1677 à 1G84.
Les la Tour-du-Pin, Gouvernet, et de
la Charce et Claude de Mazel . . de 1684 à 1748.
Bollioud de Saint-Jullien .... de 17-48 à 1788.
M™* de Saint-Jullien, née de la Tourdu-Pin de 1788 à 1820.
Enfin les la Tour-du-Pin de la Charce
et Monaco. de 1820 à 1879.
Depuis 1879 c'est M. le comte Hippolyte-Camille- Fortuné Guyques de Moreton de Chabrillan^ qui est propriétaire de la terre de Fontaine, qail tient de son oncle le colonel marquis Aynard de la Tour-du-Pin et de son aïeule la marquise la Tour-du-Pin, née princesse Honorine de Monaco.
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