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CHAPITRE Vlil

ARMBS DES VBROY

Ils portaient : de gueules à trois quinte feuilles d*or.

Leur devise était : Sans varier^ Dieu et mon épée.

Leur cri de guerre : Verhy, \ergy, et plus tard, sous Charles V,

Vergy Notre-Dame.

« Le nom de Vergy vient d'un célèbre chasteau de son domaine que les anciennes chartes et chroniques appellent en latin Virzeium, Virgeiumy Vergeum, Vergiacum, et en français Vergy y Vergé^ Vergier^ Ver-

< Des chroniqueurs attribuent la fondation de ce lieu à Vercingétorix ; d'autres à Virginius^ capitaine romain, au moment de la domination de Tempire; d'autres encore disent que Vergy vient de Verg qui en vieux langage gaulois signifiait craint et redouté (2).

« Quoi qu'il en soit de cette étymologie », dit l'historien Du Chesne, « le chasteau de Vergy, a été construit de très longue ancienneté, dans le diocèse d*Autun, sur le sommet d'une haute montagne qui parait

(I et 2) Histoire de la maison de Vergy, par A. du Chesne, 1625.

à la main droite de Nuits, comme l'on va de Dijon à Beaune. L'édifice basty en forme de navire estoit partout environné du roc avant qu'on le bastit et n'avoit qu'une avenue du costédu portail, encore si mal-aisée et difficile qu'on ne la pouvoit gaigner. Ce qui la maintenu en réputation d'une des plus fortes places durant la révolution de plusieurs siècles et a baillé subjet mesme à quelques roys d'en faire estât, comme si elle eust esté à Tabry de toutes sortes de violence, (lar le pape Alexandre III s'estant réfugié en France, et craignant l'armée de Frédéric I, le roy Louis VII offrit à S. S. le chasteau de Vergy pour lui servir de rettraicte asseurée, à cause que c'estoit une forteresse imprenable (1). »

On raconte qu'un Vergy, étant en ambassade près d'un roi d'Espagne, lui dépeignant son château, lui dit : « les fossés sont si .grands et si profonds que tout le foin de votre royaume ne suffirait pas à les combler. » En effet, le château bâti sur un rocher élevé, avait pour fossés toute la plaine sur une vaste étendue.

Hugues III, duc de Bourgogne, l'assiéga en vain pendant quatre ans. Eudes III, son fils, donna la terre de Mirebeau et la sénéchaussée de Bourgogne (2) au seigneur Hugues de Vergy, pour le faire seulement jurer de lui ouvrir les portes de son château quand il l'en requerrait et lui permettre de l'occuper quatorze jours^ car les Vergy disaient ne dépendre a que de Dieu el de leur épée. » En effet, après bien des démêlés, auxquels prirent part plusieurs grands seigneurs bour-

(4) Histoire de la maison de Vergy, 4625.

(2) Le sénéchal était un officier qui remplissait les plus hautes fonctions judiciaires. La sénéchaussée était son tribunal, retendue de sa juridiction.

FONTAlNE-FRAXÇAtSE SOUS LES SBIONBURS DE VERGY 109

guignons, un accord se fit entre le duc Eudes et Hugues de Vergy.

€ Hugues de Vergy jura de rendre dorénavant son chasteau de Vergy au duc Eudes toutes les fois qu'il en serait reguis, avec pouvoir de le garder Tespace de quatorze jours, pour la nécessité de ses affaires. Lequel temps expiré le duc le remettroit entre ses mains en pareil estât qu'il auroit esté livré, en récompense de quoy le duc donna au même Hugues la seigneurie de Mirebeau pour luy et ses descendants... et la sénéchaussée de Bourgogne, quand Gaucher de Chastiilon cesseroit de la tenir (1). }>

De la forteresse démantelée par Henri IV, il ne reste que l'aire de la chapelle et une tour en grande partie démolie.

La plateforme n'avait, dans le temps, pour rempart que la saillie bizarre d'un banc de rochers qui donnait à la forteresse la figure d'un pont de vaisseau de 150" de long sur 11™ de large (2).

Ce duc Eudes épousa Alix de Vergy, fille du sénéchal Hugues, vers 1200, et eut en propriété ledit château de Vergy, avec la chàtellenie.

Les ducs de Bourgogne et les rois de France Tout

entretenu et possédé jusqu'à Henri IV, qui le fit dé-

' manteler et en ruina les murailles en novembre 1609.

La situation élevée de la maison de Vergy lui avait facilité de nombreuses alliances (plus de quarante) qui rehaussaient encore son éclat et sa puissance.

Je citerai seulement les noms des maisons qui se rattachent à l'histoire de Fontaine. Ce sont celles de

(1) Lettres passées à Citeaux en 4097 (Histoire de Vergy).

(2) Répertoire archéologique de la Côle-d'Or, page 94, 4872.

110 HISTOIRE DR PONTAINE-PRÀNÇA.ISE

France, Bourgogne, Beaumont-sur-Vingeanne, Fouvent, Longvy, Chabot-Charny, Saulx, Toulongeon, etc.

La maison de Vergy, qui a joué un si grand rôle dans les xii% xïii* et XIV* siècles, est encore légendaire à Fontaine. On parle des Vergy comme s'ils vivaient encore, comme si^ nos seigneurs, ils étaient encore dans leur splendeur (1).

Le manoir de Fontaine, fondé plusieurs siècles avant que la maison de Vergy ne prît possession de la seigneurie, fut agrandi par elle et ses fortifications durent être bien augmentées.

GiiiUaiime I«' de Vergy, de 1202 à 1240

Nous avons vu que Guillaume de Vergy, premier du nom, second fils de Hugues, mort le 19 décembre 1200, succéda à celui-ci et épousa en 1202 Clémence, héritière de la maison de Fouvent et de Fontaine, comme on le sait Tune des plus anciennes et des plus illustres de la Bourgogne, dont les ancêtres portaient le titre de comte avant Tan 1000. Clémence descendait de Gérard II, comte de Fouvent, qui obtint en fief, comme on Ta vu, de Hildric, abbé de Flavigny, la seigneurie de Fontaine.

Du chef de sa femme, Guillaume de Vergy, qui était déjà seigneur de Mirebeau et d'Autrey, devint seigneur de Fouvent, de Fontaine en 1228, et de Champlitte en partie. Il hérita de son père de la sénéchaussée de

(1) Le premier qui ait porté le célèbre nom de Vergy estGuerinoa WarÎD, Vuarin, comte de Mâcon et Cbalon qui mourut en 8o0.

FOrTTAINE-FRANÇAISE SOUS LES SEIGNEURS DE VER6Y 111

Bourgogne^ qui lui fut confirmée peu de temps après.

Un titre de 1203, conservé aux archives de la mairie, dit que Guillaume octroie aux habitants le droit de glandée dans ses bois, moyennant six deniers par chacun porc payable à la Saint André.

Il prend une grande part à la quatrième croisade préchée par Thibaut de Champagne en 1204, et qui devait servir à la fondation d'un empire avecConstantinople pour capitale.

Dès Tan 1202, il ratifia la concession de quelques serfs donnés à l'abbé de Cîteaux par Guy, son aïeul.

« Guillaume, en 1214, avoua être homme lige (1) de révesque de Langres, après Eudes, duc de Bourgogne, et recognut tenir de lui en fief la maison forte de Renevettes (2). » Fontaine, comme la plupart des villes, bourgs et villages de cette époque, était soumis à la mainmorte. Mais vers 1215, Hugues de Montréal, évéque de Langres et parent du duc de Bourgogne, voulut en affranchir les habitants du consentement du duc et de Guillaume de Vergy, leur seigneur.

Il ratifia en 1216 le traité par lequel le duc Eudes s'obligeait à donner à Hugues de Vergy, son père, la sénéchaussée de Bourgogne et le retour à lui et à ses descendants du château de Vergy.

Il devint en effet sénéchal (3) en 1219 et donna sous ce titre plusieurs libertés et franchises à ses hommes

(f ] Hommelige signifiait vas«al, qui reconnaît un maître, un suzerain.

(2) Histoire de la maison de Vergy, 4625.

(3) Le sénéchal ou dapifer était, suivant un auteur, un officier qui avait soin de la maison des rois, recevait leurs revenus, réglait leurs dépenses et les servait à table les jours de cérémonie. 11 présidait à tous les conseils, dirigeait aussi les finances de l'Etat et commandait en chef les armées.

de Mirebeau et de Fontaine, du consentement de Clémence, sa femme.

En 1223, il les aflranchit définitivement et fonda à Mirebeau un hôpital pour les pauvres; il fit plusieurs dons aux abbayes et aux églises et octroya entre autres à l'abbaye de Collonges (aujourd'hui la ferme de Collonges vers Broyé) dix hémines de bled, moitié froment moitié avoine, à prendre sur les terres de Fontaine, pour célébrer son anniversaire.

Voici la traduction du titre en latin qui se trouve aux archives du château de Fontaine.

« Fait savoir à tous ceux qui ces présentes lettres verront, que Guillaume de Vergy, d'heureuse mémoire, sénéchal de Bourgogne, étant dans son lit malade, mais très sain d'esprit, a donné à Dieu et à la bienheureuse Marie de Bellemont, et à ses sœurs servant Dieu avec elle, à perpétuité, et par pure aumône, et à la condition de faire un service tous les ans pour le repos de son âme, dix hémines, moitié bled, moitié avoine, à percevoir chaque année vers la fête de Saint Martin d'hiver, à Fontaine (apud Fonlanas) à la mesure de ce lieu, cette aumône faite du consentement de Clémence de Fouvent et dame de Mirebeau, femme dudit seigneur de Vergy, Henri et Guy, leurs enfants, y donnant leur plein consentement, sur la foi du serment, et se soumettantàrexcommunication de Tévêquede Langres qui existe alors, et à l'interdiction de leurs terres si eux ou leurs héritiers revenaient jamais contre cette aumône.

« En foi de quoi, et pour que ce soit chose stable à perpétuité, nous, Etienne, abbé de Theuley, après avoir pris le serment d'Henri et de Guy, avons signé le présent avec ladite dame Clémence. Fait Van

1241 depuis rincarnation de Notre Seigneur (1). ï>

En 1228, il acquit la moitié de la ville de Champlitte (Channitte) de Eudes II, châtelain de Gand.

Ce Eudes II, dit le Champenoi.^, avait épousé Eudette, fille de Guillaume de Vergy, qui possédait cette moitié de Champlitte. Trop éloignés de cette terre et de Fouvent et ayant besoin d'argent, Eudes et Eudette vendirent à Guillaume tout ce qu'ils possédaient en Bourgogne pour 7.200 livres parisis, ainsi que le constate une charte de 1228 « du dimanche le plus proche avant l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie ».

L'autre moitié de Champlitte appartenait à PhiUppe d'Antigny.

Devenu seul possesseur, à la mort de Henri, son beaufrère, 1228, de la terre de Fouvent, par le droit de Clémence, sa femme, Guillaume I en eut toute la baronnie dont dépendaient plus de dix-sept villages et soixante fiefs (2), qu'il reprit en foi et hommage de Hugues II, évêque de Langres, le lendemain de la Saint- Denis en l'an 1228, a sauf les droits de Vévesque en tout ».

En 1228, Guillaume de Vergy (premier du nom) possédait en outre la maison forte de Beire, comme seigneur suzerain (3).

En 1230, il assista à l'assemblée des barons de France, que le roi saint Louis avait convoqués dans la ville de Melun, où fut rendue la célèbre ordonnance contre les Juifs habitant le royaume. Guillaume jura de

(1 ] Archives du château. Le titre en latin a été envoyé par M"'<'Esmau* gart, abbesae de Bellement, à M. de Saint-Jullien, par lettre jdatée de Bellemont, le 40 mars 1775.

(2) Histoire de la maison de Vergy (1625).

(3) Histoire de Beire, par M. Tabbé Bourgeois.

Tobserver et la scella de son sceau, avec tous les seigneurs présents.

« En 1233, sept jours après la nativité de saint Jean- Baptiste, Guillaume I de Vergy promit à Tévéque de Langres, que ni lui ni ses héritiers ne fortifieraient la montagne de Montcierge (1), par lettres insérées en la page 184 des preuves deDuchesne. L'an 1234, Thibaut de Champagne lui fit pareil hommage (2). »

Suivant Y Histoire de la maison de Vergy, ces lettres seraient datées de juillet 1231, septième jour après les octaves de la Nativité de saint Jean-Baptiste.

En 1234 il donna à Téglise de Theuley la moitié du fief de Percey-le-Grand.

En 1236 « il reprint de luy mesme évesque Robert (de Langres) en fief la maison et ville de Fontaine avec toutes les appartenances, du consentement de Clémence, sa femme, jurant de la lui livrera grande et petite force quand il en aurait besoin, moyennant la somme de sept cents livres reçues depuis à Bourg. Ce que le duc Hugues son neveu confirma par lettres scellées de son scel (3). » Cet hommage, confirmé par le nouvel acte de 1238, approuvé le 8 novembre par le duc de Bourgogne, fut confirmé par lettres patentes du roi de France.

Voici les preuves de ces donations et reprises de fief que je tire des litres en latin du château de Fontaine, des lettres qui se trouvent au Trésor des Chartes du roi et du cartulaire des fiefs de févêché de Langres. 1236. « Je Guillaume de Vergy ^ sénéchiaus de Bourgoigne

(I ) Montagne tiès élevée esi très propre à être fortifiée, au-dessus de Percey-le-Grand.

(2) Anasiase de Langres,

(3) Histoire de la maison de Vergy, et archives du chftteau de Fontaine- Française.

et segnor de Fouvenz faz scavoir as présens et futurs qui ces présentes lettres verront que suivant la volonté elle consentement dematrez chère espouse Clémence, dame de Fouvenz, je ay reçu au fief de mon vénérable père et segnor Robert, par la grâce de Dieu, evesque de Laingres et de ses successeurs les évesques de Laingres, ma maison de Fontaines jurable et rendable à grande et petite force avec la vile de Fontaines et totes les appartenances et dépendances de la dite ville, en tesmoignage de ceste chose, je et la devant dite Clémence mon espouse aposons de sur la présente lettre la puissance de nos seaux. Faictl'an de grâce MCCXXXVI au mois de mars le lundy jour de la scène après le dimanche où on cante Tlnvocabit me. » (6 mars 1236). 1238. « Guillaume de Vergy, sénéchiaux de Bourgoigne, à tos cels qui verront la présente lettre salut et dilection. Vos aurez congnu que des septante livres que nostre vénérable père Robert par la grâce de Dieu evesque des Langrois nous avoit doné par nostre maison de Fontaines que nos avons reçu de luy-mesme en fief, homage nos avons en nostre gratum en argent compte, etc. En tesmoingnage de ceste chose nos avons livré la présente lettre fortifiée de la puissance de nostre scel. Doné près de Bourg le Dimanche où on cante Reminiscere l'an du Seigneur MCCXXXVIII. » (C'est le 2* dimanche du Carême)

1238 « Je Hugues, duc de Bourgogne fas sçavoir à tos lez présens et futurs, que icelui constitué en 'ma présence mon trez cher oncle et mon fidèle Guillaume de Yergy, sénéchaulx de Bourgoingne et seigneur de Fontaines a recognu que lui mesme avoit reçu en fief et homage sa maison et la ville de Fontaines avec

totes ses dépendances de mon vénérable père et renduable, par la grâce de Dieu, Evesque de Lengres et de ses successeurs lesEvesques deLengres, jurable et renduable à grande et petite force; Assurant à celles la maison et la vile de mes dites avec les dépendances avoir esté jusque à présent [alleud (c'est-à-dire de franc-alleu n'étant susceptible d'aucune charge) promettant aussi lui devoir porter garantie contre tos au mesme Evesque et à ses successeurs les Evesques de Lengres pour cela comme pour son propre alleud. En tesmoingde laquelle chose je ay fait la présente lettre à la demande du dit Guillaume mon oncle, fortifiée de la puissance de mon scel.

« Fait l'an du Seigneur MCCXXXVIU ou mois de novembre. » (C'est la confirmation de la reprise de fief du 6 mars 4236.)

V Histoire des évêques deLangres dit qu'à cette occasion Guillaume renonça à Bèze (bourg et abbaye).

En effet en 4237, Guillaume de Vergy reconnaît qu'il n'a aucun droit de garde sur le bourg et l'abbaye de Bèze, sans la volonté expresse de l'évéque de Langres, à qui en appartient la justice temporelle. Il promit alors son secours au prélat toutes les fois qu'il en serait requis (4).

La même année, 4237, Guillaume ratifia un arrangement survenu entre lui et Gérard de Montigny, son vassal, et l'évéque de Langres, touchant la seigneurie de Montigny-sur-Vingeanne.

Guillaume mourut le 48 janvier 4240 laissant trois enfants, Henri, Guy et Hugues.

Par la mort de ses frères, Henri devint le seul héritier de toutes les seigneuries de son père.

(\) Histoire des évêqtœs de Langres.

Avant d'aborder Phistoire de son temps, je crois intéressant de parler de la lèpre et des léproseries.

Il est bon de dire d'abord que c'est vers 4220, avant le règne de Louis VllI, que la lèpre fut rapportée par les croisés, en revenant de la Terre-Sainte et que Guillaume de Vergy fonda aussitôt la léproserie de Fontaine. Cette léproserie ou maladrerie fut bâtie près de l'emplacement actuel de la Borde^ contre la source du petit ruisseau de ce nom qui tombe dans l'Etang- Dessus.

La principale rue de Fontaine, celle qui va de la place à la Borde, porte encore le nom de rue de la Maladière.

Le lecteur me saura gré, j'espère, de lui donner quelques détails sur les léproseries, les mesures prises contre les malheureux lépreux et la triste existence qu'ils menaient.

On donnait aux léproseries diverses dénominations : telles que maizellerieSy ladreries^ maladrerieSy maladières, mazelleries, bordes. Ces asiles étaient le plus souvent dédiés à saint Ladre ou Lazare.

On donnait aux lépreux les noms de maiseuls, maizauXy ladres,

Boudot, dans son Histoire du canton de Mirebeau, nous dit, page 171, à propos de maladrerie ou léproserie : « Louis VIII, dans son testament fait en 1224, légua 100 sols qui reviennent à environ 84 francs d'aujourd'hui, à chacune des deux mille léproseries de son royaume .

€ On chassa les lépreux des villes, les campagnes se couvrirent d'hôpitaux ; elles ne retentirent que du bruit des cliquettes, sorte de castagnettes, que devaient porter ces infortunés pour avertir les gens sains, qui ve-

118 HISTOIRE DE FOIfTAlNE-PR ANC AISE

naient à leur rencontre, de s'éloigner au plus tôt.

c Les lépreux devaient toujours se tenir au-dessous du vent quand quelqu'un leur parlait ; sonner leur tartavelle (espèce de crécelle) quand ils demandaient Taumône ;ne point sortir de leur borde (grange), sans être vêtus de la housse; ne boire en aucune fontaine ou ruisseau qu'en celui qui est devant la borde ; avoir devant cette fontaine une écuelle fichée sur un droit bâton ; ne passer ponts ni planches sans gants ; ne point sortir au loin sans congé ou licence du curé et de l'official ; n'habiter avec autres femmes que les leurs, car cette ntia- < ladie avait cela de singulier qu'on disait de Tépouse d'un lépreux : felix uxor leprosa juncta marito. »

La lèpre était devenue si commune en France qu'il fallut permettre aux familles des lépreux d'avoir, dans bien des localités, leurs paroisses particulières.

On était obligé, pour éviter la contagion, de traiter les lépreux avec beaucoup de rigueur .Dès qu'un homme portait sur lui les marques de la lèpre, on avertissait le curé ; celui-ci assemblait aussitôt son clergé, allait en procession à la maison du lépreux qui attendait à sa porte couvert d'un voile noir, ou d'une nappe telle qu'on en met sur les cercueils; le prêtre faisait sur lui quelques prières, ensuite la procession retournait à l'église ; le lépreux suivait le célébrant à quelque distance. Arrivé à l'église, il entrait dans le chœur et se plaçait au milieu d'une chapelle ardente, comme un corps mort ; on chantait une messe de requiem et à l'issue de l'office on faisait autour du lépreux des encensements et des aspersions et on disait les libéra.

Il sortait alors de l'Eglise, la procession le conduisait au cimetière; mais quand il y eut des hôpitaux, des bordes, elle l'y conduisait au milieu des chants

lagabres et le prêtre lui faisait des exhortations à la patience et à la résignation ; ensuite on lui faisait défense expresse, ce qu'il jurait d'ailleurs, d'approcher qui que ce soit, de ne rien toucher de ce qu'il devait demander à acheter avant que cela lui appartînt, de n'entrer dans aucun lieu de réunion, églises, maisons, tribunaux ; de ne point regarder dans les puits, les fontaines; de n'y point laver ses pieds, ses mains, son linge, ses vêtements ; de ne se servir que de son baril et de sa tasse pourboire.

La lèpre n'était pas le seul fléau qui décimait les populations, elle avait pour auxiliaires la peste noire et la mûrie de la bosse, terribles maladies qui tuaient infailliblement ceux qui en étaient atteints.

Nos pays ont dû horriblement souffrir de ces fléaux, car de tous côtés, à Autrey, Bèze, Sacquenay, Beaumont, Mirebeau, on établit des maladreries.

Il me semble maintenant utile de faire connaître un peu les coutumes, les mœurs, et les habitudes de l'époque qui nous occupe.

Fontaine, par la volonté de VEvêque de Langres, en 1215, fut affranchi de la mainmorte, c'est alors que le nom de Bourg lui fut donné .

On n'attribuait, en effet, la qualité de Bourgs, au XIII® siècle, qu'aux lieux francs de la mainmorte et les seigneurs, qui ont établi des bourgs près de leurs châteaux, déclaraient que ceux qui y habiteraient seraient de franche condition. Les hommes de ces bourgs portèrent alors le nom de Bourgeois, ce qui signifiait homme franc (1) .

C'est de cette époque que date la franchise de Fon-

(I) Histoire du Comté de Bourgogne^ de Dunod.

120 HISTOIRE DE PONTAINB-FB ANC AISE

taine. On verra plus loin que ce bourg a obtenu d'autres privilèges tout aussi importants.

Dès ce temps les seigneurs faisaient de grandes donations aux monastères. Ces donations étaient assurées par les garanties les plus solennelles et très souvent elles étaient sanctionnées par le consentement authentique du suzerain et des héritiers directs ou collatéraux.

Toutes ces précautious étaient fort utiles car trop souvent le brigandage remplaçait le droit.

Pour rendre ces donations plus sacrées on établit Vinvestilure de la propriété cédée, qui se donnait en Bourgogne et autres lieux, soit par le vêlement^ dont le donateur ou le vendeur se dépouillait pour en revêtir le donataire ou Tacquéreur, soit par la porreclion de petits bâtons, qui, en passant d'une main à l'autre, symbolisaient la transmission de la chose donnée . On échangeait ensuite des serments sur le livre des saints Evangiles, et les personnages les plus considérables étaient appelés à signer les actes et à y apposer leurs sceaux.

Avec la création des chancelleries, des officialités, des prévôtés et enfin des offices de notaires ou tabellions, ces usages tombèrent en désuétude et les nouvelles prescriptions légales donnèrent plus de garantie et de stabilité aux chartes de ventes, de donations, de transactions et de transmissions .

Dans le xiir siècle, on fouettait publiquement à la porte des monastères ou des églises ceux qui avaient à se faire pardonner ou absoudre de certains crimes, tel est le cas d'un nommé Corbor, en 1221, qui, pour s'être battu dans un cimetière, fut fouetté, à la porte du monastère de Bèze, le lendemain de l'Assomption.

La cérémonie de Tabsolution de rexcommunicatioa était toute religieuse : un prêtre, à la porte de l'église, accompagné de plusieurs autres en surplis, demandait à l'excommunié s'il voulait subir la pénitence pour les crimes qu'il avait commis. L'excommunié demandait alors pardon, recevait des coups de verge, des prières étaient dites et enfin le coupable absous rentrait dans Féglise (1).

Vers 1232, Guillaume I de Vergy, seigneur de Fontaine et de Mirebeau, « fonda une grande messe pour quatre mesures de bléy après laquelle on donnait un repas depuis ou d'andouilles aux officiers de justice, recteurs d'écoles^ chantres et aulres » (2). C'était, il faut ravouer,une singulière coutume.

L'année de sa mort Guillaume de Vergy fit un don considérable pour l'époque à l'abbaye de Cîteaux, ainsi que cela résulte d'une pièce en latin que j'ai copiée aux archives, Cartulaires de Cîteaux, n° 168, page 30, au n^ 40. En voici le sommaire en français :

«Tout le monde sait que le duc Guillaume de Vergy d^honorable mémoire, oncle maternel du duc Hugues, illustre duc de Bourgogne dans la plénitude de son intelligence, a légué par ses dernières volontés, à Cîteaux, dix scolarios (émines) de froment à prendre sur les revenus de la ville fortifiée dadit duc Guillaume, qui s'appelle Fontaine les Françoises (3) . »

La diocme de Dieu, ou dixme ecclésiastique n'était

0) Boudot, page 461.

(2) Boudot, page 3.

(3) On voit qu'en 1 240 FontaÎDe était une ville fortifiée. Elle avait alors nne certaine importance surtout à cause de sa position frontière. On sait qu'un plan de 4640 indique encore trois portes à Fontaine-Française.

pas très forte alors, elle ne consistait le plus souvent qu'en une seule gerbe au journal .

Voici un aperçu de divers prix des objets de première consommation en 1229. Dans les privilèges de la ville d'Auxonne, il est dit que Vhesmine de bled de Dijon pesait 480 livres (c'est beaucoup moins que notre ancienne hesmine qui pesait 800 livres. On se sert encore de cette expression dans le langage usuel).

La valeur de cette hesmine de 480 livres était de 40 sols.

Cent œufs à Pâques valaient 3 sols 6 deniers.

Quarante-cinq poules... 41 livres.

La nourriture d'un cheval était d'un denier par jour (un sol valait 12 deniers).

L'aune d'étoffe de laine fabriquée à Beaune, comme le droguet de Fontaine, se vendait 10 sols. Huit aunes suffisaient pour habiller un homme et une femme, ce qui faisait 40 sols par personne (1).

Guillaume I de Vergy mourut le 18 janvier 1240.

Henri I*' de Vergy, de 1240 à 1258

Henri I du nom, fils aîné de Guillaume I, seul héritier de son père, par la mort de ses deux frères Guy et Hugues, devint sénéchal de Bourgogne, seigneur de

(\) L*émine de blé vaut aujourd'hui en moyenne cent francs, le cent d'œufs cinq francs, la poule deux francs, la nourriture d*un cheval un franc cinquante, l'aune d'étoffe de laine cinq francs, quatre aunes d'étoffe vaudraient donc vingt francs au lieu de quarante sols par personne.

rONTÂlNE-PRANÇAlSB SOUS LES SEIGNEURS DE VERGY 123

Fontaine, d'Autrey, de Mirebeau, de Champlitte, de Fouvent, de Fahy, etc.

Il se reconnut homme lige de Mahaut, comtesse de Nevers, en 1241. « Il délivra pareillement à Hugues III, évesque de Langres, son château et ville de Fontaine^ pour en ordonner ainsi qu'il lui plairait, suivant la charte de Guillaume, son père, et Clémence de Fouvent, sa mère, laquelle charte il ratifia en aousl 1246. Il confirma les libertez et franchises octroyées par son père aux habitants de la ville de Mirebeau du consentement de son épouse, en 1248 (1). »

L'abbé Mathieu, dans son Histoire des évêques de LangreSj page 108, dit : « Henri I de Vergy, ayant besoin d'argent, a recours à Hugues III, évoque de Langres, son suzerain, pour une somme de 300 livres langroises (2) ; il lui donna en paiement son château de Fontaine-Française avec toutes ses dépendances^ et reconnut tenir de lui les revenus quelconques de cette terre. Il attesta, par un autre diplôme, qu'il a remis le château entre les mains du prélat qui en ordonnera selon sa volonté et son bon plaisir ; et il ajoute que son bailli et ses autres officiers ont juré fidélité à l'évêque, comme à leur seigneur. »

D'un autre côté, je lis dans VAnastase de Langres que Hugues III, dit de Clugny, 65^ évéque de Langres, en 1240, reçut au mois d'août, de Henry de Vergy, a son chcLsteau et ville de Fontaine^ suivant les lettres de Guillaume, son père, et de Clémence, sa mère, qui

(4) Histoire de la maison de Vergy, 4625.

(2) Dès 874 Charles le Chauve accorda à Isaac, évoque de Langres, le droit de battre monnaie. Les pièces s'appelaient Lingoin ou Langoin ; la livre langroise valait 42 livres 2 sols 2 deniers. Ce droit exista jusqu'à François !•'.

se lisent chez du Chesne, livre IV®, chapitre ii, en la page 193 des preuves. »

« Cet évêque, suzerain de Fontaine, accompagna saint Louis à la septième croisade en Terre Sainte, même à Damiette, où il mourut le 18 mars 1239. »

C'est peu après que saint Louis fut pris par le Sultan, devant cette même ville, le 5 avril 1250.

Henri avait épousé, en 1248, Elisabeth de Ray, sœur de Jean, sire de Ray, lequel avait épousé Yolande de Choiseul.

En 1252 il reconnut que son château de Fouvent était jurable et vendable à grande et petite force à l'évêque de Langres ainsi que son père l'avait fait.

L'évêque de Langres, Hugues HI de Rochecorbon, s'étant plaint qu'Henri de Vergy avait fait construire une forteresse sur la montagne de Montcierge, à Percey-le-Grand, Henri lui donna, sous le sceau de Hugues, duc de Bourgogne, son cousin germain, une déclaration contenant qu'il n'avait pas le droit d'élever aucune construction, ni ville, ni forteresse, en ce lieu sans le consentement de l'évêque. C'est alors que le duc de Bourgogne, qui appelait Henrinoble baron, lui donna ce qu'il possédait à Montsaugeon.

En 1254 vivait Simonnet deBeaumont, dit Rigneria; son cousin, Jean de Vergy, sénéchal de Bourgogne, qui devint en 1258, seigneur de Fouvent, Autrey, Mirebeau, Fontaine, Port-sur-Saône, Morey, Mantoche, etc., etc., lui succéda dans la seigneurie de Beaumontsur-Vingeanne (1).

Henri, comme seigneur de Mirebeau, signa en avril 1254, un traité passé entre Robert, sire de Beire, et

(I] Boudot, Histoire de Mirebeau, page 84.

Fabbé de Bèze. Ce traité fut scellé des sceaux de Fabbé de Saint-Etienne de Dijon et de Monsignor Henri, aussi seigneur de Fontaine et suzerain de la maison forte de Beire (4).

C'est sous Henri I de Vergy que Fontaine commença à prendre la dénomination de Française. En effet sur un titre de 1247 de la Romagne, ancienne commanderie de Malte, située près de Saint-Maurice-sur Vingeanne, on lit Fontes-Francisci.

Mais je crois que ce mot de Française a dû être ajouté à Fontaine beaucoup plus tôt (2).

Ne serait-ce pas vers 4001 (quoique aucun titre ne Findique), c'est-à-dire lors de Fannexion du duché à la couronne de France ?

L'an 1256, Henri reçut de Hugues, palatin de Bourgogne, et d*Alix, sa femme, la montagne de Montcierge, àPercey-le-Grand, sur laquelle il ne devait établir aucune fortification (3), ainsi que je Fai dit plus haut.

C'est depuis cette donation que les seigneurs de Fontaine étaient aussi seigneurs de Percey-le-Grand. On verra plus loin que les la Tour-du-Pin ont encore possédé, dans le xix" siècle, une partie de ce fief donné à Henri de Vergy.

Ce seigneur mourut le 27 octobre 1258 et fut inhumé dans Féglise de Fabbaye de Cherlieu.

Sa femme mourut lel^r avril 1277, laissant trois fils, Guillaume, Jean et Henri.

Guillaume fut sénéchal de Bourgogne, seigneur de Mirebeau et d'Autrey.

(4) Histoire de Beire.

(î) La donation de Guillaume de Vergy, 12i0, dit déjà : € ... sur les « revenus de la ville fortifiée qui s'appelle Fontaine- Françoises. » (3] Anastase de Langres.

Henri fut chanoine de Langres et ensuite revêtu de la dignité de chantre du chapitre de Besançon. A la mort de son frère Guillaume il eut une partie de la seigneurie d'Autrey.

Guillaume mourut sans postérité en 1272, laissant ainsi veuve Lore de Lorraine qui eut Autrey dont elle fit hommage en 1281 à Othe, comte de Bourgogne (1).

Jean I de Vergy, de 1268 à 1810.

Jean 1 du nom, qui continua la lignée des Vergy, fut aussi sénéchal de Bourgogne par hérédité, et, par la mort de son frère, devint seul possesseur du patrimoine de ses pères, et seigneur de Fouvent, Champlitte en partie, Autrey, Mirebeau, Fontaine, Port-sur- Saône, Morey, Mantoche, etc. (2).

11 porta d'abord le titre de seigneur de Fouvent (son aïeule Clémence, dame de Fouvent, vivant encore) et c'est sous ce nom qu'il épousa Marguerite de Noyers, fille de Mile, seigneur de Noyers.

Jean ratifia toutes les donations de ses aïeux, foi et hommage. Il confirma en 1276 à Tabbesse et aux religieuses de CoUonges les deux hémines de bley que feu Henri de Vergy, son père, leur avait octroyées et les dix autres hémines sur les rentes de Fontaine, de la donation que Guillaume de Vergy, son aïeul, leur avait faite et leur donna aussi entre autres Voulon et Maigny.

(<) Histoire cP Autrey.

(î) Histoire de la maison de Vergy.

« En réparation de divers dommages que ses gens avoient faits sur la terre de Guy, évesque de Langres, il reprint de luy en fief-lège, au nom de l'Eglise de Langres, la maison forte de Montigny-sur-Vigenne, la ville et tout le finage, la Villeneuve, Champîs, Thoarz, Mornai, avec la dixme de Poilly ce qu'il j5t au mois de mars 1277 (1). ^

Les religieux de Bèze ayant offert au roi de France une partie de leur terre de Lantilly, pour qu'il prît le monastère sous sa garde et protection, Jean de Vergy, sire de Fouvent, seigneur de Fontaine-Française, sénéchal de Bourgogne, s'y opposa, prétendant qu'il tenait des moines, moyennant redevance, la garde générale de l'abbaye, composée du bourg de Bèze, Lantilly, Viévigne, Saint-Seine, etc.

Il fut effectivement maintenu dans son droit par traité de juin 1275 (2).

La même année l'abbé de Bèze, moyennant redevance, plaça son monastère sous la garde et protection de Jean de Vergy, conformément au traité.

Il donna des preuves de valeur en plusieurs occasions. En 1282, il accompagna le duc Robert de Bourgogne en Italie, dans Texpédition de la Fouille, pour venger les Français indignement massacrés àla journée des Vêpres Siciliennes et porter du secours à Charles, roi de Sicile.

a Vers 1280, Jean reçut en sauvegarde des marchands d'Ast (des Juifs) demeurant dans ses châteaux, avec permission d'aller y venir e< commercer. II les affranchit

(I) Histoire de Vergy,

{i) La taxe de ce droit de garde était d'environ 20 sols par an et par paroisse (Boudot, page 63).

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128 HISTOIRE DE FOKTAINE-FRANÇAISB

de tous péages^ chevauchées^ rentes y corvées, héminage et autres coutumes ^ et ordonna que ni eux ni leurs familles ne seroient appelés en champ de bataille. »

Qu avaient donc fait les juifs au seigneur Jean de Vergy pour qu'il leur accordât tant d'immunités ?

Gomme seigneur suzerain de la maison forte de Beire, Jean revêt, en mars 1290, de son sceau, une reprise de fief faite par Othes, sire de Beire, au duc Bobert de Bourgogne (1).

Philippe, comte de Vienne, seigneur de Pagny (2), ayant eu de grands démêlés avec le duc de Bourgogne à l'occasion d'une vente que ledit Philippe avait faite au duc de plusieurs fiefs et châteaux qu'il refusait de livrer, Jean de Vergy et Guillaume de Montaigne eurent le soin d'arranger cette affaire et une transaction fut signée en l'an 4294, le mercredi après les Bordes (3).

Il fut désigné dans le testament de Robert, duc de Bourgogne, en 4297, comme chef du conseil de son fils pendant sa minorité, et de nouveau nommé dans le codicille de ce testament au moment où il accompagna ce duc en 1302, pour faire la guerre à la Flandre soulevée contre le roi PhiUppele Bel.

En 4297, Jean de Vergy fit bâtir la chapelle qui a existé jusqu'en 4536 et qui se trouvait devant le château de Fontaine-Française, vers la tour de l'angle du nord, contre le chemin de France.

(1) Archives delà Côte-d'Or.

(i) Pagny-Ie-Chàteau, vers Seurre, qui appartint plus tard à Jean de Vienne, seigneur de Fontaine, de ^385à 1427.

(3) Histoire de Pagny. Le dimanche des Bordes est le 1" dimanche du carôme. On avait l'habitude, d'ailleurs perpétuée jusqu'à nos jours, de faire sur les hauteurs, à la tombée de la nuit, de grands feux qu'oo appelait feux de bordes ou des brandons.

« En 1302, le 5 août, le roi écrit au seigneur de Vergy, le prie et requiert de s'acheminer le plus hastivement qu'il pourra es parties de Flandres, afin d'être à Arras le jour de la Semonce (1). »

En 1303, Jean de Vergy accorde aux habitants certains droits dans ses bois. Voici un extrait de la charte qui les octroie :

a Nous Jehanz de Vergey seneschauz de Bourgoigne faicons à savoir a touz que nous avons doné en hé-

ritaige pour touzjorz a nos prodomes de Fontaines

lou passege de touz nos boiz de touz nos booisons et de totes les aiges de la fin de Fontaines, de pomes, de poires sauvaiges, de glan de faine, de cbarmine, de perneles^ de civeles, de botons et de touz aultres fruy des quex porc. . . en tel menière que chasque pors devra chascun an six deniers de la monot corant au lue (2). »

On devait payer les six deniers à la Saint André, mais sans faire amas^ seulement les porcs de la ville {de Fontaine) et leur nurrien à peine de 61 sols d'amende.

Défense aussi est faite de cueillir les fruits :

c Et les volous que sera trouvez cuellant ouaportant glan ou fayne en motant de plain poin qui soit an

l'amende de soixante et eine solz et permettons

an bonne foy a touz les prodomes de la ville que nous ne ferons amas de pors se lez autre prodomes ne lou

font en tesmoignaige de la quele chose nous avons

scelée ceste leclre de nostre scal, faicte et donée en lan de grâce mil trois cenz et trois (3). »

(1) Histoire de Vergy,

(2) Archives da cbftteau.

(3) Ibid.

130 HISTOIRB DE FOKTAINB-FRANÇAISB

En 4309 il octroya aux religieux de Theuley la justice de Percey-le-Grand, pour fonder son anniversaire et celui de sa femme. Il fut enterré dans leur église, en 1310, année de sa mort, sous une tombe plate, derrière le grand autel, avec une inscription en vers latins où il est qualifié de a Noble et gracieux à tous, défenseur de l'Eglise et dévot serviteur de la bienheureuse Vierge » (1).

Dans la même année, il avait largement doté Téglise de Fontaine en particulier et beaucoup d'autres de sa vaste seigneurie.

Jean I de Vergy laissa cinq enfants :

Henri II de Vergy, sénéchal de Bourgogne, seigneur de Fouvent, Autrey, Charaplitte, etc., qui continua la postérité des aînés; il avait épousé en 1298 Mahaut de Dammartin, dont il eut Philiberte, inhumée en 1318 dans l'église de Fontaine où sa tombe existe encore.

Guillaume III du nom, seigneur de Vergy, de Mirebeau et de Fontaine, qui commença la branche des seigneurs de Mirebeau.

Henri, chanoine deLangres,

Hélissard, mariée au comte de Vaudemont,

Et Jeanne de Vergy, qui épousa Artaut, seigneur de Roussillon. Elle eut en dot une partie de la terre de Fontaine « vulgairement appelée Fontaines Franpoises, comme on apprend de deux tiltres des années 1323 et 1338. Mais étant décédée sans lignée, la seigneurie de Fontaines demeura entière à Guillaume de Vergy, seigneur de Mirebeau, son frère (2). »

(4) Histoire de Vergy, (2) Ibid.

FONTAna-FRANÇAISE SOUS LES SEIGNEURS DE VER6Y 131

C'est au xiu' siècle que les baillis succèdent aux comtes et aux vicomtes»

Depuis cette époque Fontaine a fait partie, jusqu'au xvnr siècle, du grand bailliage de Dijon, qui comprenait deux villes : Dijon et Talant ; sept bourgs : Is-sur-Tille, Mirebeau, Saulxle-Duc, Selongey, Fontaine-Française, Gémeaux et le Fays-Billot, ce dernier quoique enclavé dans la Champagne; en outre quatre-vingt-dix paroisses, trente-huit annexes, cent vingt villages et hameaux (i).

En 1294 une loi somptuaire défendait de donner au grand mangier^ au souper, plus de deux mets et un potage au lard, sans fraude ; et au petit mangier, au diner, plus d'un mets et un entremets.

Aux jours de jeûne, on ne devait servir que deux potages aux harengs et deux mets (2).

C'est dans le xiif siècle que la langue a été divisée en deux dialectes distincts, savoir :

La langue d'Oc ou du Midi,

La langue à'Oil ou du Nord; romane, v^allonne, elle fut plus tard notre français.

Leur dénomination vient du mot employé dans chacune d'elles pour exprimer le oui.

Dans le Midi on disait oc pour oui, et dans le Nord oïl.

Cette expression est conservée dans le patois de nos pays. On dit familièrement uail pour oui, venant certainement d'oîL

(l)Coartépé6.

(2) Ibid.

i32 BISTOIRB DE FONTAINB-FRANÇAISB

Dès le xin« siècle, et peut-être bien avant, la seigneurie de Fontaine était une chdtellenie, parce qu'elle possédait un château-fort et que le seigneur, son maître, était châtelain haut justicier.

Il avait le droit de remparement, droit aux grands écharguetSy droit de rétro hauts ou retrayants. Ce qui signifie que les habitants devaient réparer les remparts et faire les grands services de guet et de garde.

Pour marquer la haute justice du seigneur il y avait, on Ta déjà vu, les signes ou fourches patibulaires k quatre piloris ou piliers et la grosse tour carrée du château appelée le donjon (1).

Les manoirs des vassaux inférieurs, qui n'avaient que moyenne et basse justice, étaient simplement munis de tourelles et de murs crénelés.

Au lieu de fourches patibulaires, les signes de ces juridictions étaient, comme on le sait, le simple pilori, ^pèce de colonne munie de carcans.

La basse justice n'avait pas de signes patibulaires, elle prononçait simplement les amendes de cinq sols au maximum.

Les châtelains proprement dits ont cumulé les deux autorités judiciaires ou civiles et militaires jusqu'à Louis XIV.

A partir de cette époque, ils cessèrent d'être gens d'épée et ne furent plus que des officiers de justice.

(1) A Fontaine cette tour était dans la courtine faisant face à la rue du ChAtçau appelée aussi rue des Ormeaux, aujourd'hui rue de la Tour-du-Pin. V(Jir le plan du donjon dressé en ^727 par Cheuzy.

OnUlaiime m de Vergy, de 1310 à 1360.

Guillaume III, second fils de Jean I de Vergy, seigneur de Mirebeau, Fontaine-Française, Bourbonne, etc., lieutenant général et gouverneur du Dauphiné, « portait les armes de Vergy brisées d'une bordure d'argent, et eut pour partage la terre et seigneurie de Mirebeau, avec une partie de Fontaines-Françoises, qui comme on scay lui demeura entière après la mort de sasœur Jehanne de Vergy, comme l'on peut recueillir des deux lettres franchises octroyées l'une au mois de juin 1323, à Perrenin dit Briot de Fontaines, l'autre à Jehan, fils de feu Estevenin le Barbier, du mesme lieu de Fontaines, passé au chasteau de Mirebeau le second jour du mois de may 1338 (1). » Voici le dispositif de ces lettres :

« Extrait des tiltres de la terre de Fontaines-Françoises, 1323. Lettres de Guillaume de Vergy, seigneur de Mirebel, Fontaines-Françoises, et de noble dame Jehanne de Vergy, sa sœur, par lesquelles ils confirment les franchises octroyées à Perrenin dit Briot, dudit Fontaines, tant par deffunt messire Jehan de Vergy, sénéchal de Bourgogne, leur père, que par messire Henry de Vergy, leur frère, quand il tenoit et possédoit lesdites Fontaines-Françoises. Données Tan de N. S. courant 1323 au mois de juin.

€ 1338. Lettres de Guillaume de Vergy, sire de Mirebeault et de Fontaines, par lesquelles pour les bons

(<) Prouves de Y Histoire de Vergy, livre VIII.

134 mSTOTRK DE FOirTAINE-FBAffÇAtSB

et agréables services que Jehan, fils de feu Estevenin le Barbier de Fontaines-Françoises, lui a faict et faict toujours de jour eu jour, en rémunération desdicts services il donne et octroie audit Jehan et à ses hoirs perpétuelle franchise et pleine liberté. Faict en son chasteau de Mirebeau, le second jour du mois de may de Tan de grâce courant 1338 (1).

En 1325, Fontaine eut à souffrir de certains malfaiteurs ainsi qu'on va le voir, d'après Boutaric.

« Mandement au bailli de Mâcon de punir Rigaud « de SanctoMorre », et Richard, « de Columbario •, écuyers, et leurs compUces, prévenus d'avoir pénétré» avec des armes prohibées, dans la ville appelée Fontaines-Françoises, d'y avoir enlevé différents objets et plusieurs habitants qui se mirent à crier : Aboc, aboe (cri bourguignon qui se faisait dans le tumulte) . A ce cri, d'autres habitants accoururent dont trois furent tués par les malfaiteurs. In requestis, per laycos (xorgem (2). »

Guillaume épousa en premières noces Isabeau de Choiseul, dame de Bourbonne (3). 11 en eut plusieurs enfants au nom desquels il reprit en fief-lige de Philippe de Valois, roi de France, tr le chasteau de Bourbonne avec 400 livrées de terre assises sur la chastellenie d'iceluy et enldi ville de Courchamp'8ur4a'Vigenne, de franc-alleu, en 1338 (4).

(\) Histoire de Vergy, page 365.

(2) Actes du parlement de Paris 1254 à 4328, Boutaric 1863 à 1867, no7689, Fontaine- Française, ville, 27 mars 1325, page 689, yoL II. (Criminel III, fol. 481, verso).

(3) On verra au xvii® siècle les seigneurs de Fontaine s'allier de nouveau à la maison de Choiseul.

(4) Histoire de Vergy.

FONTAINfi-FRANÇAlSE SOUS LES SEIGNEURS OB VEROY 135

Il se maria en secondes noces avec Agnès de Durnay, et quelques mémoires lui attribuent avec raison une troisième femme, Jeanne de Montbelliard (1).

De ce troisième lit naquit Henriette de Vergy, damé de Fontaine-Française, qui épousa Jean de Longvy, damoiseau, seigneur de Beaumont-sur-Cerain, tué en Hongrie dans la guerre contre les Turcs.

Les auteurs ne sont pas d*accord sur la naissance d*Henriette de Vergy : les uns lui donnent pour mère Agnès de Durnay et les autres Jeanne de Montbelliard. Ces derniers ont assurément raison, car la preuve en est donnée par un titre du 2 juin 1361 copié plus loin.

Guillaume fut au nombre des chevaliers bannerets (portant bannière) qui accompagnèrent Eudes IV, duc de Bourgogne, à Texpédition qu'il entreprit à Saiut- Omer, Tan 4340, contre Robert d'Artois, comte de Beaumont-le-Royer, qui lui disputait l'Artois (2).

Il y servit avec sept chevaliers et vingt-sept écuyers, depuis le 12 mai jusqu'au 26 septembre 1340.

C'est à cette époque que les Greniers à sel furent établis, 29 mars 1342. C'étaient des tribunaux pour juger en première instance les contraventions concernant la gabelle ou tribut. Les appels de leurs sentences étaient portés aux cours des aydes (3). Ces tribunaux se composaient d'un président, de deux conseillers, d'un contrôleur, d'un procureur du roi, d'un grenetier, d'un greffier, d'un huissier et d'un sergent.

Il fut élu et nommé par le duc, Eudes de Bourgo-

(1) Pincedé affirme ce mariage, t. XVII, p. 48.

(2) Eittoire de Vergy,

(3) Chéreul.

gne, exécuteur de son testament fait au château de Maisy, le 12 octobre 1346 et y apposa son sceau.

Charles, Qlsainé deJean, roide France, bien informé de sa valeur et prudence, le choisit pour être soubs luy lieutenant et gouverneur de Dauphiné (1).

Il prit part à la guerre contre Renaud de Bar, en 1350 et acquit en 1355 de Pierre de Chevilly, des biens à Beaumont, Baissey (Bessey) et Champagne.

Boudot, dans son Histoire du canton de Mirabeau, dit, en effet, que a vers Tan 1350, Guillaume eut une longue guerre à soutenir contre Renaud de Bar, chevalier, seigneur de PetraFieta (Pierre Fiette)qui avait, avec ses complices, incendié et pillé les terres de Mirebeau, assassiné ses sujets et commis sur eux des crimes atroces. »

Le roi Jean mit fin aux fureurs de ce seigneur de Bar et le força « à faire un traité de paix avec le seigneur de Fontaine-Françoise et Mirebeau, et le roi lui accorda alors et à ses confédérés des lettres d'abolition de leurs crimes. »

Je répéterai que c'est l'an 1355, quoique avancé en âge, que Guillaume fut nommé lieutenant du Dauphin Viennois.

Le dernier acte qu'on trouve de ce seigneur est un règlement ou taxe du droit de sceau de la chancellerie dauphinale du 13 juin 1360.

Il mourut en 1360 ne laissant qu'un fils unique, Jean, qu'il eut de sa première femme et qui fut seigneur de Mirebeau, de Bourbonne et de Soilley ou Soyers.

(4) Histoire de Vergy, La maison de Vergy n*est pas la seule de celles des seigneurs de Fontaine qui ait gourmé le Dauphiné. Les la Tour-du-Pin en furent aussi gouverneurs.

Ft)NTAlNE-FRANÇÀI8B SOUS LES SEIGNEURS DE VEROY 137

Cest du temps de Guillaume III, en 1338 et 1349, que deux terribles fléaux, dont j'ai déjà parlé, décimèrent notre pays. Déjà en 1315 la famine tua le tiers de la population. On vit à cette époque d'horribles scènes: les loups entraient dans les villages, pénétraient dans les maisons et dévoraient les enfants au berceau que leurs mères n'avaient plus la force de leur disputer (1),

Ces scènes se reproduisirent en 1338 et en 1349, à la suite de la Chrand'Morty de cette terrible peste qui sur vingt en épargnait à peine deux.

Celte peste, dite Ib. Peste noire, importée d'Orient, se communiquait comme la poudre de proche en proche, de famille en famille, de hameau en hameau, de ville en ville, tellement qu'elle devint européenne et son ravage fut si grand en Franche-Comté, qu'un auteur contemporain a écrit ce distique :

En mil trois cent quarante neuf De cent ne demeuraient que neuf...

Courtépée dit qu'en Bourgogne plusieurs villages forent même réduits en solitudej c'est-à-dire qu'il n'y resta pas un seul habitant.

La guerre avait ravagé la Franche-Comté et la Bourgogne, la peste continua la désolation de ces pays qui tous furent cruellement atteints sans épargner ni pays bas ni pays hauts. Fontaine, aux confins de la Comté et de laBourgogne, fut décimé etresta longtemps sans se relever.

« Le duc Eudes IV fut une des victimes de ce fléau.

« Dans les villes et les villages, sur les grands che-

(1) Histoire de la Jacquerie, d'Eugène Bonnemère.

138 HISTOIRE OB FOfCTAINB-FRANÇAlSB

mins, on n'apercevait que malades au teint livide, auK regards mourants, dont la peau était couverte d'ulcères noirs, rouges, bleuâtres, ou des cadavres gisant çà et là, exposés à la porte des maisons, ou jetés par les fenêtres et se corrompant dans les rues. Avec le souci de se préparer au jugement de Dieu, en face du trépas^ une seule préoccupation dominait toutes les pensées de ceux qui possédaient quelque chose, celle de faire leur testament (1). i>

Quinze ans après, les brigandages des routiers ramenèrent encore avec eux, sur nos pays, une autre peste, non moins fatale, la Mûrie (2) de la bosse, espèce de gros bubon qui donnait la mort en quelques heures et qui avait déjà fait tant de ravages au siècle dernier.

Jean III de Vergy, de 1360 à 1379, et Henriette de Vergj, de 1379 à 4385.

Guillaume III n'ayant pas donné la terre de Fontaine à son fils, issu de son premier mariage, les Gis de Jean II, son neveu, savoir Jean III et Jacques en devinrent coseigneurs fonciers d'une partie, tandis que l'autre partie fut dévolue à Henriette, sa fille, qui en devint la Dame.

ce Le 2 juin 1361, la susdite dame Jeanne de Montbelliard, femme de feu Guillaume de Vergy, III* du nom^ seigneur de Mirebeau et Fontaine, au nom

(i) Essai sur ^histoire de Franche-Comté. (2) Oo emploie encore en patois le mot mûrie^ pour désigner quelque chose de mauvais, de dégoûtant.

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d'Henriette, sa fille, remit audit Pierre de Bar » auquel Guillaume avait fait la guerre a audit nom d'Henriette le château de Mirebel, en vertu du traité du 30 mai d361, entre Jeanne de Montbelliard et Pierre de Bar, et ledit Pierre remit àmadite Dame le château de Fontaine et tout le restant de la succession de Guillaume de Vergy, comme héritière d'icelui (1). j&

Suivant une transaction de la même époque, 30 mai 1361, la coutume du pays ne permettait pas au père de faire un de ses enfants meilleur que Fautre, c'est-àdire qu'il ne pouvait avantager l'un au détriment de l'autre. On voit par là que le droit d'aînesse n'était pas en usage.

« A la prière de plusieurs habitants de Bourberain et sur la requête d'Henriette de Vergy, dame de Fontaine-Française et autres lieux, Jean de Rye, chevalier, seigneur de Thil-Chatel, accorda, à certaines conditions le droit de t/ain pdfura^e, partage et usage de toute la fin du territoire dudit Bourberain aux habitants dudit Ueu, sauf réserve de droit de ceux.de Fontaine- Française qu'ils ont en Velours, etc. (2). d

En 1364, Jehan de Granson s'empare de la Tour de Fontaine et du trésor de la maison de Vergy qui y était renfermé ; mais PhiHppe de Rouvres les lui fait rendre.

En 1366 les grandes compagnies jetèrent l'alarme dans toute notre province. Ces bandits connus sous les noms iïécorcheurs, routiers, retondeurs, tard-venus, malandrins^ etc., commirent toutes sortes d'horreurs.

(1) Piocedé, t. XVII, page 18, B. 14224.

(2) Extrait des archives de la commune de Fontaine- Française.

140 HurrontE dr pontainb-frànçaisb

Ces hordes de barbares étaient composées d^Ànglais, de Gascons, de Navarrois et de mauvais Français.

Ils rôtissaient les enfants et les personnes âgées quand on ne voulait pas leur payer rançon. Un chef de tardvenus portait sur sa bannière : Vami de Dieu, V ennemi des hommes, belle devise, ma foi, pour piller, brûler, tuer et tout anéantir.

« Vers 1439, les écorcheurs osèrent encore reparaître. Ils pillèrent Fontaine, les environs, Is-sur-Tille, Gémeaux, laissant partout des traces sanglantes de leur passage. Le maréchal de Fribourg leur fit une telle guerre que la Saône et le Doubs furent remplis de leurs cadavres 1 »

Dans ces temps d'horreurs et de calamités, les seigneurs, même voisins, n'étaient pas toujours d'accord. Ainsi à propos de la fête patronale de Beire, saint Laurent, 10 août, une information judiciaire, ordonnée par Philippe le Hardi, eut lieu le 2 septembre 1368, relativement à la garde de la fête dont plusieurs seigneurs se disputaient le droit (1).

Ce droit avait donné lieu, en 1368, à un conflit le jour de la saint Laurent. La garde de la fête était faite par les sergents de Jean de Perrigny et Guy de Bricon, seigneur de Fouchanges. Le seigneur de Mirebeau, Guillaume II de Vergy, prétendant en sa qualité de suzerain que ce droit de garde lui appartenait, y avait envoyé Jacques de Besançon, dit l'Armurier, son prévôt. Une querelle s'éleva entre les hommes de ces sei-

(4) En 4228, Guillaume de Vergy, seigneur de Mirebeau et de Fon* taine, possédait la maison-forte de Beire (le château) comme seigneur suzerain. En 1259 Henri de Vergy exerçait les mômes droits sur Robert^ sire de Beire.

gneurs, à la suite de laquelle le prévôt du seigneur de Mirebeau fut appréhendé au collet par Âubry, sergent du duc de Bourgogne, et enfermé dans la tour de Fouchanges. Mais un arrangement intervint et l'afTaire n'eut pas de suite (1).

A cette époque la Gabelle (tiré du saxon Gdbel, tribut, imposition) existait en France sur les draps en 4332, et en 1342, dix ans plus tard, elle fut exclusivement appliquée sur le sel, à raison de 4 deniers par livre.

En 1313, le sel était encore marchandy c'est-à-dire que la vente en était libre. La première ordonnance touchant la gabelle du sel est de Philippe V, en 1318. Elle fut supprimée en 1330 et rétablie en 1383 par Charles VI (2).

Philippe le Hardi est le premier duc de Bourgogne qui établit, en 1370, des greniers à sel soumis à la gabelle, par une ordonnance datée de Talant. Le peuple de tout le duché en fut fort mécontent et faillit se soulever.

La gabelle rapportait aux ducs environ 8,000 livres par an. La taxe était de huit livres par muids (450 litres), deux livres six deniers et obole par charge, la charge pouvant être de cent livres.

En 1371 Jean et Jacques ou Jacquot de Vergy, damoiseaux, frère et fils de Jean II de Vergy, partagèrent les biens de Guillaume de Vergy, archevêque de Besançon, leur frère et ceux de leur père, a es villes d'Autrey, Mirebeau, Fontaines-Françoises, etc. et la

{{) Extrait de V Histoire de Beire

{%) Notre grenier à sel était à Mirebeau.

142 HISTOtBG DE PONTAINE-FBANÇAISB

gageriede larue Berthaut dudit Fontaines-Françoises ». Jacques eut la rue Berthaut et le four banal (1).

Il vendit la rue dite de la cité Berthaut^ comme de franc-alleu (2) et le four, à Henri de Longvy, sire de Raon, en 1379, pour 300 livres d'or. C'est ainsi que les Longvy devinrent coseigneurs de Fontaine. En 1383, le 12 juillet, Henri de Longvy cède la rue de Berthaut à son ûls Jean de Longvy et à Henriette de Vergy, sa femme.

L'ancien four banal, qui a existé jusqu'à la fin du siècle dernier, était comme on le sait dans la maison Toumier, vannier, rue du Moustier, aujourd'hui rue derÉglise.Ilavaitdouzept6d«, quatre mètres environ de diamètre. Les murs qui l'entouraient, et dont on voit encore les restes, avaient trois pieds, un mètre d'épaisseur. L'atelier de Tournier était la chambre précédant le four.

En 1372, les habitants de Fontaine, moyennant redevance^ eurent le droit de prendre du bois dans les aiges^ buissons, bois, forêts du seigneur. Ce mot d'aige est très commun dans nos pays. Beaucoup de climats aujourd'hui cultivés portent ces noms : les aiges, sur l'aige, l'aige rond, l'aige douillant, l'aige dallé, etc.

L'histoire ne mentionne qu'un seul siège régulier de Fontaine-Française avant le xiv* siècle.

En 1373, Guillaume de Vergy, seigneur de Mirebel, (Mirebeau), qui prétendait avoir des droits sur le bourg

(4) PiDcedé; B, 260, t. IL

[%] On donnait, il est bon de le répéter, le non A'Allm ou de franc-aileu à toute terre qui ne reconnaissait pas de seigneur et qui n'était assujettie à aucune obligation féodale, par opposition au mot fiefqm sert à désigner toute propriété tenue d'un seigneur féodal, d'an suzerain et par conséquent obligée envers lui à certaines charges.

de Fontaine, possédé par Henriette de Vergy, sa cousine ou sa nièce, vint en faire le siège.

Les habitants se défendirent bravement. Mais bientôt l'assiégeant a eut ordre j> (de la Duchesse de Bourgogne, le duc étant absent) a de ne méfaire, ne luy ne ses genSj au pays du duc (1) > et se retira précipitamment.

À propos de ce siège, voici la copie exacte du compte d'Amiot Amaut, receveur général des finances du duc de Bourgogne, en ce qui concerne Jehan de Jus, son panetier, chargé de faire lever le siège de Fontaine.

« Jehan de Jus, panetier de Monseigneur, pour faire les dépens de lui et de Guillaume de Chamesson^ escuier en allant de l'ordonnance de Madame, devers Guillaume de Vergy lequel avait mis le siège devant Fontaines-les-Françoises auquel voage ils ont vaque a quatre chevaulx trois jours, par jour XVI gros viez par mandement de Madite Dame sanz autre quittance.

« Donné à Monbar te VP jour de mars 1374

4 franz (2). »

Dans ce moment Fontaine appartenait à deux seigneurs : le bourg et le château-fort à Henriette de Vergy, et la cité Berthaut avec la tour d'Anthoîson à Henri de Longvy.

Le ruisseau qui sort de l'Etang du Château faisait la limite de ces deux seigneuries, qui furent réunies en idSii et n'en formèrent dès lors plus qu'une seule.

J'ai déjà dit que dèslexiv* siècle les vilains (habitants des villages) pouvaient très bien acheter et posséder

(I) Courtépée, t. II, page 496.

{%) Archives départementales, B. U45, fol. 407, verso.

des biens fonds. En voici une preuve tirée des Archives du château de Fontaine.

« Ainsi en 1382, le mardi après la fête de saint Pierre, Jean de Longvy, sire de Belmont-sur-Cerain et de Fontaine-Françoise, et Henriette de Vergy, dame desdits lieux, femme dudit Jean, vendent maison, meix, terres, etc.. à Guyot, fils de JeanBerthaut, de Fontaines... >

Non seulement il fallait payer aux termes convenus sous peine de reprise des biens, amendes et autres punitions, mais encore on excommuniait ceux qui ne payaient pas leurs dettes.

Autre preuve que les vilains pouvaient acquérir copiée ddiïisV Histoire de la maison de Vergy. t Extraits des tiltres de la terre de Fontaines-Françoises, 1382. Lettre de Jehan de Longvy, sire de Belmont-sur-Cerain et de Fontaines-Françoises, et de Henriette de Vergy, dame des dits lieux, femme du dit Jehan, par lesquelles ils vendent à Guiot dit de Berthat, fils de Jean dit de Berthat de Fontaines, pour luy, ses hoirs et ses successeurs, la maison que naguaires vouloit teait d'eux dame Othenelte, fille de feu Marguerite de Vivier, jadis femme de Messire Jehan de Noseroy, chevalier à sa vie tant seulement assise en la ville de Fontaines en la rue de la Maladrerie, etc..

a Données en leur chastel du-dict Fontaines le mardy après la faste de saint Pierre et saint Pol apostres, Fan de Notre Seigneur 1382 (1). »

Jean de Longvy mourut en 1383, laissant un fils unique, Mathieu de Longvy, qui lui succéda, mais sa mère Henriette de Vergy conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1427, la seigneurie de Fontaine.

(I) Preuves du livre VHI, page 387.

Entre Jean I de Longvy et la reprise de sa succession par ses descendants naturels se présente un autre seigneur de Fontaine, du chef de sa femme, Jean de Vienne dont il va être question.

Ce fut sous Jean III de Vergy, qu'en 1375, à Fontaine comme dans toute la province, on fit la Cerche des fenx qui se renouvela en 4431.

Cercher les feux c'était les compter dans chaque localité : villes, bourgs, villages, hameaux, etc., et en dresser des rolles.

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