‹ Histoire de Fontaine-FrançaiseChapitre 14 sur 74 · ARMES DE TIENNE · texte numérisé non relu

ARMES DE TIENNE

Il portait : de gueules à Taigle éployée d'or, membrée d*azur.

Sa devise était : Tout bien à Vienne,

ou tout bien advienne.

Henriette de Vergy, veuve en 1383 de Jean I de Longvy, se remaria en 1385 à Jean de Vienne, dît le Barbu, seigneur de Pagny (près Seurre) et de Bignan.

Henriette a presque constamment habité Fontaine avec ses deux maris. Les habitants n'eurent qu'à se louer d'elle, car elle joignit à ses largesses de nouvelles franchises, des dons à l'église et des fondations qui durèrent très longtemps.

Henriette confirma en outre, avec Jean de Vienne, toutes les immunités et franchises octroyées aux habitants de Fontaine, par Guillaume de Vergy et autres seigneurs, depuis cent ans, par lettres datées des aimées 1407 et 1424, ainsi que les preuves en seront données dans les pages suivantes.

Jean de Vienne fut l'un des seigneurs de son époque qui rendit de plus de services à la royauté et l'un des

guerriers les plus braves et les plus estimés de son temps.

a Les Anglois voulurent surprendre Besançon en 1362. Ils avoient déjà franchi le premier mur à la porte de Charmont lorsqu'ils furent repoussés.

€ Mais, grande perte de leur part. Deux ans après les citoyens, à la vue d'un danger toujours présent, appellèrent à leur secours plusieurs gentils hommes et habitants des villages voisins.

a ils donnèrent }e commandement de leurs soldats à Jehan de Vienne, qui, avec un détachement composé des plus braves, alla surprendre les Anglois auprès de Chambornay, où il perça leur général d'un coup de lance, et vit succomber sous les armes des siens presque tous les soldats anglois (1). »

Je prends quelques pages de sa vie dans Y Histoire àePagnxfy parBoudot.

« Jean, fils aîné de Hugues IV du nom, seigneur de la baronnie de Pagny, lui succéda en 1384 et posséda la terre de Pagny pendant un demi-siècle et celle de Fontaine-Française pendant 42 ans.

a II se distingua dans les guerres de Flandres, assista au siège de Bourbourg en 1392 et accompagna le roi Charles VI, lorsque, pour venger l'assassinat de Clisson, ce prince marchait sur la Bretagne et ne put dépasser la forêt du Mans, où une apparition fantastique acheva de troubler sa raison.

« Au commencement du siècle suivant, en 1402, Jean de Vienne contribua puissamment à chasser de la chàtellenie de Montréal, un certain Lacorne deRou-

(4) Histoire abrégée du ccnUé de Bourgogne^ 4776.

gemont qui, à la tête d'une de ces bandes qui désolaient la France, s'était emparé de plusieurs châteaux forts de la Bourgogne d'où il se répandait dans le pays pour y exercer toutes sortes de cruautés et de brigandages.

« Il fut du nombre des principaux seigneurs qui accompagnaient le duc Jean-sans-Peur lorsqu'il fit son entrée solennelle à Dijon, le 17 juin 1404.

« Quelques années plus tard le jugement et la mort de Montaigne ayant occasionné des désordres à Paris, le duc de Bourgogne craignant des troubles fit venir des compagnies commandées par les seigneurs sur le dévouement desquels il comptait. Jean de Vienne fut de ce nombre et eut part aux largesses du duc qui consistaient en cent marcs d'or, et quatre cents niarcs de vaisselle d'argent.

« Il fut un des conseillers intimes de la duchesse de Bourgogne qui dirigeait les affaires pendant rab|ence du duc, retenu à Paris pour le service du roi. Elle n'entreprenait rien d'important sans ses avis.

« Quand elle résolut d'aller à Paris pour rejoindre le duc, en janvier 1411, elle voulut être accompagnée de Jean de Vienne, seigneur de Pagny et de Fontaine- Française, et de sa femme, Henriette de Vergy.

« En 1417 plusieurs seigneurs bourguignons, entre autres Jean de Vienne, Toulongeon, Montaigu, Bauffremont, etc. allant, par ordre du roi Jean, rejoindre le duc de Bourgogne, assiégèrent la ville et le château de Nogent-le-Roi qui capitulèrent le 14 juillet.

« Trois ans après la paix de Vincestre, les partisans du duc d'Orléans menacèrent la Bourgogne. Le duc donna ordre à ses grands seigneurs de venir à son secours. Jean de Vienne, ayant réuni tout ce qu'il put

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d'hommes d'armes se rendit à Montereau pour s'opposer à l'envahissement du duché.

« Jean de Vienne était d'une rare sagacité, aussi était-il souvent appelé à terminer des différends qui s'élevaient entre seigneurs.

< En 1388, Etienne de Germigney jeta son gage par devant Jean de Vienne, qui était déjà amiral de France, contre Jean le Guignet de Pontarlier, qui avait blessé à mort un parent d'Etienne. Sur les conseils de Jean de Vienne, le duc intervint et le combat n'eut pas lieu.

t Lorsque Jean de Vienne épousa Henriette de Vergy, en 1385, et qu'il devint seigneur de Fontaine, il fit mettre à sa main lesdits chastel et ville du dit Fontaine Françaises y ensemble toutes leurs apartenances et les mist, fisty institua^ ordonna et estably^ chastelaing^ gouverneur recepveur Begin de Fontaines,., (1). »

Jeai| de Vienne omit de faire foi et hommage du fief de Fontaine à Févôque de Langres, qui en était suzerin, ainsi que cela devait se faire la veille de la Sainte Nativité delà même année 1385. Son châtelain le sieur Begin refusa (est-ce de son chef ou par ordre de son maître?) d'accompUr ce devoir. L'éveque s'en plaignit au roi qui, par une ordonnance du 29 août 1390, dont copie datée de 1661 est aux archives du château, envoie les parties devant la cour de son Parlement royal. Dans cette ordonnance c'est le sieur Begin qui est sur-

(I) Archives du château, ordonnance de Charles VI, 4300.

Sur un des registres d'arrôts du Parlement, Jean de Vienne et sa femme sont ainsi désignés: a Anne 1389, Joannes de Vienna miles dominus de « Peigny et de Fontibus Gallicis et Henrica de Vergeio ejus mor. >

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tout nommé et sur lequel paraît retomber toute la r^ponsabilité.

Le parlement donna raison à l'évêque, Begin dut rendre compte et payer reliquat audit évêque reconnu suzerain de la seigneurie de Fontaine.

Largesse de Jean de Vienne et d'Henriette de Vergy.

« Extraits des tiltres de la terre de Fontaines.

« Lettres de Jehan de Vienne, seigneur de Paingney et de Henrye de Vergey, dame de Fontennes Françoises sa femme, par lesquelles pour les bons, agréables services et curialitez que HugueninGuillempot demeurant à Fontennes Françoises leur homme leur a faicts et faict encore de jour en jour, en recompensation et guerredon d'iceux, ils le quittent et affranchissent avec tous ses hoirs présents et avenir, de toutes tailles, de prize de toux gaiz, d'ost de chevaulchie, de breulle, de courbées et par my payant le jour de la feste de Toussaints chacun an au chasteau de Fontennes une livre de cire au poix du dict lieu a cause de annuelle et perpétuelle censé. Données au chastel du dict Fontennes le lundy après la feste de Saint Martin d'estey Tan de grâce 1402 (1). »

Toujours chevaleresque et brave, on trouve Jean de Vienne parmi les chevaliers du duc Jean-sans-Peur assemblés (en août le 7 et 8 de Tannée 1410) contre la ligue du duc de Berry (2), l'un des fils du duc d'Orléans que Jean-sans-Peur avait fait assassiner à Paris en 1407.

La môme année 1409, par « lettres de Jehan de Vienne, seigneur de Paigney et de Fontaines Françoises, c'est

{^) Histoire de Vergy. Preuves.

f2) Dom PlaDcher, t. III, page 583.

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assavoir du dict Fontaines a cause de sa chère et amée compagne et espouse Henriette de Vergy, par lesquelles ils confirment les franchises du dict lieu de Fontaines octroyées aux habitants par feu Messire Guillaume de Vergy jadis seigneur du dict Fontaines et aultres seigneurs du dict lieu depuis cent ans. Données au chasteau de Fontaines le neuvième jour de feuvrier 1407 (1). »

Pendant que je cite ces documents je crois utile de donner encore copie de celui de 1424 puisé aussi aux preuves de YHistoire de la maison de Vergy.

« A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et ourront, Nous Jehan de Vienne, seigneur de Peigny, de Bignan et de Fontaines-Françoises et Henriette de Vergey nostre chiere amée campagne et femme, Dame des lieux dessudils, Faisons sçavoir à tous que nous avons yehues et tenues certaines lettres de franchises données jadis par nos prédécesseurs seigneurs et dames du dit Fontaines. C'est assavoir par nobles seigneurs Jehan de Vergey et Henri de Vergey et Guillaume de Vergey et dame Jehanne de Vergey sa sœur, desquelles lettres de franchise les teneurs s'ensuivent » (2).

Voici Tune de ces lettres.

€ Nous Jehan de Vergey, seneschal de Bourgogne, faisons assavoir a tous que nous en guerredon de plusieurs bons services que Perrenin de Briet notre amé varlet a fait à nous, et fait encore de jour en jour avons donné et donnons pour nous et pour nos hoirs à tous jours, mais par remanciation des services au dit Pér-

il) Histoirede Vergy, Preuves.

[i)lbid.

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renin et à ses hoirs la maison qui tut Govel et le meix etle verger, etc. Et je Henry filz de mon chier seigneur dessudit le dit don et oustroy fait au dit Perrenin et a ses hoirs, vueil et loués et m'y consenls, etc. Ce fut fait l'an de Notre Seigneur 1289 au mois de mars. »

Suivent deux lettres de confirmation, données par Henri de Vergy en février 1315, et une quatrième confirmant toutes les autres donnée par Guillaume de Vergy et sa sœur Jeanne, en 1323.

Enfin Jean de Vienne et Henriette de Vergy confirment toutes ces lettres par celles du 14* jour de mars de l'an 1424.

En 1422, à la mort de Charles VI, Henri VI d'Angleterre avait été proclamé roi de France et d'Angleterre. Le roi de France Charles VII avait dû se retirer à Bourges. La France n'était alors que le vaste théâtre d'une guerre à laquelle les Bourguignons prirent une large part. La Champagne était au pouvoir des Anglais : aussi Jean de Vienne prit des précautions à l'égard du château de Fontaine.

Je lis, en effet, dans Pincedé : « Vidimus d'une lettre de Jehan de Vienne, seigneur de Paigny, Fontenne et qui déclare que pour les périls éminents de la guerre entre la France et le duc de Bourgogne unis aux Anglais, il avait prié sa sœur, la dame d'Autrey ayant la garde et administration de son neveu, Charles de Vergy, son fils à lui, elle permit à ses habitants de Berthaut de venir faire la garde en sa forteresse de Fontenne-Françoise, et afin que cela ne tirât à un droit pour l'avenir, lui avait donné les présentes lettres au dit Fontenne-Françoise, le 9 janvier 1422 (1). »

(1) Pincedé, t. I, page 850. B. i 0479.

Henriette de Vergy mourut le 27 décembre 1427, après avoir fondé à Tabbaye de Theuley trois messes par semaine et trois anniversaires.

Il est probable qu'elle décéda au château de Fontaine, d'où on la transporta à Theuley où elle fut inhumée dans l'église.

« L'épitaphe gravée sur une tombe plate en l'église de Theuley (1) » portait :

« Cy gist haute et puissante Dame Madame Henriette de Vergy, qui fut dame de Fontenne-Françoise, femme premièrement de noble et puissant damoisel Jehan de Longvy, fils de Monseigneur de Raon : et après femme de messire Jehan de Vienne, seigneur dePagney, quitrépassaleXXVn du mois de décembre Fan MCCCXXVn (2) .^

Cette tombe portait deux écussons: Tuu de Vergy, parti de Longvy, et l'autre de Vergy, parti de Vienne.

Henriette n'eut qu'une fille de son second mari, Jeanne de Vienne, dame de Pagny, de Bignan et de Fontaine-Française qui fut mariée à Jean H de Longvie, chevalier, dont vinrent Jean, Olivier, Gérard, Philippe, un autre Jean, Etienne et Jeanne.

Jean de Vienne, son mari, mourut la veille des Bordes, Tan 1435 et fut enterré dans la chapelle de son château de Pagny.

On lit dans {'Histoire de Pagny, par Boudot: <c Sous le mausolée de Jean de Vienne à la longue barbe (dans la chapelle du château de Pagny) est un petit caveau

(1) Histoire de Vergy. Preuves. Cette tombe est, comme toutes celles de réglise de l'abbaye de Theuley, dans les fondations du moulin Tramoy, à Gray, où la Bande Noire les a transportées.

(2) Histoire de Vergy, Preuves.

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qui ne présente aucune issue et dont l'existence était ignorée lorsque, peu après la révolution de 1789, la duchesse de Châtillon, désirant rétablir la desserte de sa chapelle, y fit exécuter des réparations par suite desquelles les ouvriers employés à ce travail découvrirent ce caveau où était déposé le corps de Jean de Vienne, tout revêtu de son armure de chevalier. Celte précieuse armure fut enlevée et alors envoyée à Paris à la duchesse de Chatillon : le corps seul de Jean de Vienne repose aujourd'hui sous cette voûte cachée. Nous regrettons, ajoute Fauteur, que cette armure n*ait pas été placée dans la chapelle, près du tombeau de l'illustre chevalier. »

Par transaction du 20 août 1386, Jean de Vienne céda aux habitants de Fontaine une partie de ses bois joignant la forêt de Velours. Ce bois, d'une contenance de soixante-treize hectares, a porté depuis le nom de Corne Viennot,

Cette transaction fut faite pour abolir certains droits de pacage, de glandée, de paisselage que les habitants de Fontaine possédaient dans une partie de ladite forêt de Velours.

La justice, aussi bien spirituelle que temporelle, offrait aux xiv®, xv* et xvi* siècles de singuliers spectacles. D'après l'ancien code pénal, les bêtes qui tuaient, blessaient ou dévoraient des créatures humaines étaient appréhendées, mises en prison, jugées et condamnées à être pendues, étranglées ou brûlées vives « pour faire perdre la mémoire de l'énormité du crime ».

Ainsi, en 4349, les échevins de Montbard envoient à ceux de Dijon une information par laquelle il est prouvé qu'un cheval avait méchamment occis un homme.

On condamna gravement le cheval à mort et on le

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renvoya au seigneur du lieu, chargé de faire exécuter la sentence.

En 1415, le seigneur de Tréchateau obtint du duc de Bourgogne la permission d'élever des fourches patibulaires pour y pendre une truie malfaisante qui avait dévoré un enfant et que ses officiers retenaient en prison depuis cinq ans.

En 1404, trois porcs furent suppliciés (pendus) à

Rouvres pour avoir tué un enfant au bers (1) (berceau).

En 1419, une truie fut également pendue à Laber-

gement-le-Duc, près Nuits, par sentence, pour avoir

mangé un enfant au bers (2).

En 1512, un cochon, pour un fait à peu près semblable, fut pendu à Arcenant (3).

Jean Milon, officiai de Troyes, intenta un procès contre les hurchets qui dévastaient les vignes de Villenoxe.

A. Beaune, ce fut contre les mouches qui détruisaient les raisins que s'élevèrent les juges.

Un procès fut également intenté en 1540 contre les rats qui désolaient un canton de la Bourgogne (officiai d'Autun). Le savant Chasseneux, leur avocat, mit les juges en défaut et arrêta Tinstance pour quelque temps en disant que sa partie ne pouvait comparaître tant que les chats occuperaient les avenues du Palais,

Il n'est pas jusqu'aux évêques de Langres qui n'aient pris de semblables mesures.

«L'an 1516, Michel Boudot,89* évéque de Langres, décerna commission contre les rattes^ souris et hurbez qui rongeaient les bleds emplantez, le 27 avril ; mo-

(!, 2, 3) Courtépée.

nition et incrépationle 3 juin en suivant, que Ton m'a fait veoir, avec une copie de la rénovation du vœu fait par les chanoines et habitants de Langres de jeusner la veille de Sainct-Mamès (1). »

Ces affaires qui nous paraissent ridicules étaient cependant gravement et sérieusement traitées.

D'autres coutumes, non moins singuUères, ont existé à Fontaine dans les xvis xvir et xvni* siècles.

Ainsi, la matronne (sage-femme) était choisie et nommée à l'élection, qui se faisait dans l'église, par les femmes mariées. Le jour de cette élection était annoncé par le curé au prône du dimanche précédent.

Les femmes veuves n'attendaient pas dix mois, comme aujourd'hui, pour convoler en deuxièmes ou troisièmes noces.

Les actes de Tétat civil tenus à cette époque nous montrent que des veuves se sont remariées le lendemain de l'enterrement de leurs maris. Une seule condition pouvait probablement être imposée : c'est que la veuve devait déclarer qu'elle n'était pas enceinte. On a même vu, dans plusieurs paroisses de Bourgogne et de Franche- Comté, le curé nommer au prône les femmes ou filles enceinies. Quelle bizarre coutume I

(1) Anastase de Langres.

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