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CHAPITRE X

ARMBS DBS LONOVT

Ils portaient : d'azur à une bande d'or. Leur devise était : Abundanbia diligentibut (t).

Mathieu de Longyy, de 1427 à 1435.

Henriette de Vergy, fille unique de Guillaume III de Vergy et de Jeanne de Montbéliard, s'était mariée, comme nous l'avons vu, en premières noces, avec Jean I, seigneur de Longvy, damoiseau, duquel elle eut un fils unique, ifathieu de Longvy, qui devint seigneur de Fontaine, bien que sa sœur par mère, Jeanne de Vienne, issue du second mariage d'Henriette de Vergy avec Jeane de Vienne, fût dame de cette seigneurie.

Henriette conserva pendant toute sa vie la haute main sur les affaires de Fontaine, et ce n'est qu'après sa mort, et môme celle de son second mari, que la

(1) L'abcDdance aux diligents.

Jacques de Molay, le dernier grand maître des Templiers, brûlé vif à Paris en 4314, était membre de la famille des Longyy, branche de l'illustre maison de Chalons.

maison de Longvy devint réellement maîtresse « du chasteaU'fort et de la ville de Fontenne-Françoises ». Mathieu de Longvy, seigneur de Givry, de Raon et Fontaine, est peu connu ; il n*a exercé, que je sache, aucun droit dans cette seigneurie. Marié à Bonnet de la Trémoille, fille de Guillaume IV, maréchal de Bourgogne et de Marie de Mello, il laissa plusieurs enfants, entres autres Jean de Longvy, IP du nom, chevalier, seigneur de Fontaine-Française, vivant en 1435, et Olivier de Longvy, seigneur de Rahon, co-seigneur avec son frère dudit Fontaine-Française.

Jean II de Longvy, de 1435 à 1462.

Jean de Longvy était seigneur de Gevrey-sur-le Doubs, ainsi que le porte la déclaration qui suit : <f Transcription à la Chambre des Comptes, en Tan 1436, de certaines lettres de partage, du 14 janvier 1435, entre Jean de Longvy, seigneur de Gevrey-surle-Doubs{i), et Olivier de Longvy, seigneur de Rahon, chevalier, frères, de ce qu'ils possèdent entre eux, encore par indivis et à partager, sçavoir : le Chastel et Seigneurie de Fontaines-Françoises environ la moitié du village de Poilly en Bassingy, Gilly-les-Fouvent et certaines vignes de Cour champ,

« Par lequel partage est intervenu et advenu audit Jehan, comme aîné, Xe^iiFontaines-Françoises, Poilly, Gilly et Courchamp et le reste audit Olivier. »

(I) D'où vient le nom de la chapelle dite des Gevrey, à Téglise de Fontaine.

« De la reprise de fief de 1436 appert que lesdits de Longvy étaient fils de feu messire Mathieu de Longvy, petit-fils de feue dame Henriette de Vergy, qui était femme de Henri de Longvy, sire de Rahon (1). »

Du vivant de Jean H de Longvy, la Bourgogne devint de nouveau la proie des écorcheurs.

En 1437, après avoir ravagé la Picardie et la Champagne, une bande de cinq à six mille de ces pillards, commandée par le bâtard de Bourbon, envahit le duché du côté de Langres, précisément par la Haute- Vingeanne, Fontaine-Française et les pays voisins, jusqu'à Selongey.

A Orville, elle se sépara en deux corps. Le seigneur de Thîl-Châtel investi, demanda du secours, a Le duc de Bourgogne, eflrayé de tant de désastres et ne voulant pas qu'ils se renouvelassent, s'empressa d'envoyer en 1467, à Guillaume de Gevigny, 25 livres de poudre à canon pour la défense du château de Thil-Châtel.

« Il lui avait fallu trente ans de réflexion pour accorder vingt-cinq livres de poudre (2).

0 En 1442, information par le Procureur du duc au bailliage d'Amont, aux fins de prouver que Fontaine- Française était du ressort du comté de Bourgogne comme du royaume selon les limites y relatées. »

« Le chastel dudit Fontaine relevait alors du château de Montsaulgeon (3). » Ce dernier appartenant à l'évêque de Langres.

Olivier de Longvy, seigneur de Fontaine et son frère, en sa qualité de seigneur haut-justicier de Fontenelle,

(4) Pincedé, t. XXV, B. 44938. page 426.

(3) Ephémérides Bourguignonnes, 44 décembre 1437.

(3) Pincedé, t. II, page 585, liasse 2« B. 258.

160 HTSTOmB DE FONTAÏNB-FRANÇAISE

dont la déclaration lui avait été faite, le 16 novembre 1433, par Nicolas Girard et Henri de Saulx, qdi en avaient une partie, vendent cette terre, compris la Craye, le 30 mars 1441, à Alexandre de Saulx, aidés des bons offices de Guillaume d'Andelot (1).

C'est à cette époque que s'élevèrent ces grandes difficultés à propos des limites, dans nos pays, du duché, de la Comté et de la Champagne.

Les informations furent sans fin ; on n'allait pas vite en affaires alors. Aussi combien de terres, au détriment des seigneurs et de ceux qui les cultivaient, restèrent dans l'indécision, c'est-à-dire en surséance, pendant plus d'un siècle et demi.

Oiï appelait terres de surséance^ de débats^ ou territoires de surséance ceux qui n'étaient pendant un temps attribués à aucun des Etats limitrophes.

Mettre une terre en surséance, c'était donc la dégager complètement de toutes celles voisines.

En 1442, un traité est fait entre l'évêque de Verdun, conseiller du duc, et les Elus, procureurs et receveurs du roi à Langres, par lequel « Tréchatel, Bèze et Fontaine-Françoise seront tenus de surséance jusqu'à la Saint Remy, premier octobre. » Ce traité a été fait et signé, le premier septembre 1442, par Berthineau, le Comtois et Perrot (2).

Mais l'évêque de Langres, suzerain de Fontaine, mit aussi cette terre en snrséance, en 1442, au profit de Jean de Longvy, son seigneur, au moment de sa reprise de fief dudit évéque.

Je me suis demandé souvent ce qui s'est passé lors-

(1) Archives du chMeau.

(2) Pincedé, t. I, page 739, B 258.

que notre bourg était mis en surséance par le duc et en même temps par Tévéque de Langres ?

Malheureusement les conséquences de cet état de choses étaient des troubles et des désordres qu'on avait peine à faire cesser. Ainsi beaucoup de seigneurs profitèrent de ce désordre pour usurper le droit de battre monnaie et d'imposer des tailles nouvelles et la gabelle. Mais Jean de Longvy, respectant les immunités et franchises octroyées à Fontaine par ses prédécesseurs, ne nous imposa aucune nouvelle charge.

Jaloux du bien être dont on jouissait à Fontaine, comme on le verra plus loin, les habitants des pays voisins y firent de fréquentes incursions et y commirent toutes sortes d'exactions et de cruautés.

Cependant par quatre lettres pressantes, Philibert de Bruey, conseiller et chambellan du roi, gouverneur et capitaine de Langres, ainsi que les Elus de Langres^ mandent au chancelier de Bourgogne l'impossibilité de pouvoir prolonger la surséance de Tréchatel, Bèze et Fontaine-Françoise^ parce qu'il s'est trouvé en la chambre des comptes de Paris que les aydes desdites châtellenies (les impositions) se levaient au profit du Roy, sous Charles VI ; auxquelles lettres le duc répond, le 4 février 1443, qu'il ne doute point que les Aydes de Tréchatel^ Bèze et partie de Fontaine-Françoise ne fussent levés au profit du Roy, avant le traité d'Arras (4444) ; mais comme par iceluy le Roy a cédé toutes les terres enclavées dans le duché, il en doit jouir comme il fait de celle de Gevrey, évêché d'Autun, aussi enclavée dans le duché (4).

D'après le traité relaté plus haut, la surséance de

{{) Peincedé, B. 258, liasse I.

Fontaine devait cesser à la Saint Remy, premier octobre 1442. Les affaires ne marchèrent pas ass^ vite pour qu'il en lût ainsi.

Je trouve aux archives de Dijon un cahier d'information faite en 1444, signé Berjoud, sur le fait des enclavements des châtellenies de Tréchatel, Bèze^ Fontaine-Françoise et autres lieux voisins, dans laquelle information sont désignées plusieurs bornes, une entre autre au bout de la rue de Berthaut.

Les commissaires nommés par le duc sont : Messire Estienne Arménien, Messire Robert de Saux, Berbis etCourcelles(l).

Je continue les citations de Peincedé et la copie ou l'analyse des documents que j'ai consultés aux archives départementales de la Côte-d'Or.

« Information et enquête faites en 1444, le 16 décembre, tendant à prouver que les rues de Bertaut, du Moustier (de l'Eglise aujourd'hui)etdela Maladière de Fontaine-Françoise, sont et meuvent d'ancienneté du fief bâti et ressort du Comté de Bourgogne, où il est dit Franche-Comté et il appert qu'une borne de pierre qui était au-dessus de la Chaussée de l'étang Pagosse, près du chasteldudit Fontaine, faisait séparation du duché de Bourgogne pt de la Franche- Comté et une autre borne en la rue de Bertaut ; cela est affirmé par Simon Tarbouchier, du village de Saint- Maurice, âgé de quatre-vingts ans, fils de Barbode et qu'il Ta ainsi ouï dire à feu Huguenin Tarbouchier, son grand-père, qui avait bien quatre-vingt-dix ans quand il trépassa. j>

a Item André Villain de Fontaine-Françoise demeu-

(1) Archives déparlemenlales, B. 257.

rant en la rue Neuve (qui est du royaume), âgé d'environ quatre-vingts ans, dit : qu'il Ta ouï dire à feu son père qui avoit nom Oudot Villain (1) lequel avoit d'âge, quand il trépassa, sept vingt et six ans (2). »

« Un nommé Jehan Fèvre, dudit Fontaine, âgé de cinquante-six ans, dépose qu'il a souvenance de la bataille de Liège en laquelle il fust et était page de ung gentilhomme nommé Jehan de Cour béton, jadis écuier qui étoit avec Jehan de Vienne, jadis seigneur de Paigny et dudit Fontaine et au retour de la bataille en vinrent à Paris où ledit seigneur de Paigny trouva deux habitants dudit Fontaine quiplaidoient contre son gruier qui leur demandoit à ung chascun cinq sols par an, pour ce qu'ils se disoient être francs et avoir leur usage es bois et es forêts dudit seigneur, qu'ils perdirent ledit procès et qu'il n'y a que la rue Neuve qui soit du royaume (3).

« Autres informations faites audit an 4444, par devant le commissaire du duc de Bourgogne, faisant voir ce qui est du duché de Bourgogne (comme ci-dessus) à Fontaine-Françoise et les villes enclavées des environs, p

Au mois d'avril 4445, notre contrée, sous le poids delà fameuse surséance, fut envahie. La garnison de Montbéliard et les Allemands, voisins du comté de Bourgogne, ayant reçu du dauphin (depuis Louis XI), l'autorisation de faire des courses en Bourgogne, s'étaient promptement répandus à Percey, Montsaugeon,

(4) Aussi à son grand père qui avait nom Perrenin Villain.

(2) Peincedé, t. II, page 830, B. 260, volume des Limites.

(3) Ibid. Cette rue neuve pourrait bien être la rue de France, ou la rue aujourd'hui route de Dijon.

i6l HISTOIRE DE PONTAINB-PBANÇAISB

Montigny, Saint-Seine, Fontaine, Licey, Bèze, Viévigne, Mirabeau. Ils avaient le projet d'attaquer la forteresse de Beaumont et d'aller loger à ÏBèze, également fortifié, en faisant, ainsi qu ils le disaient dans une lettre du sire de Neufchastelàla duchesse de Bourgogne, en date du 9 avril 4445 a tous les maux et dommages qu'ils pourront ainsi que autrefois ils ont fait. »

Je ne possède pas de document qui puisse nous apprendre ce qu'il arriva. La Bourgogne était en lutte avec le roi de France, il n'est point étonnant que le dauphin ait suscité toutes sortes de maux à notre province, et, comme toujours, par sa position à la frontière, Fontaine a été une des premières villes à souflrir des incursions ennemies.

On voit donc que la discussion au sujet des terres de débals ou de sur séance remontait à une époque fort ancienne.

Peu de temps après le don fait par le roi Jean à son fils Philippe le Hardi en 4363, du duché de Bourgogne, les officiers de Charles V et ceux du duc élevèrent des contestations tant sur les limites du royaume (la Champagne y était alors réunie) que sur celles de la Franche-Comté échue à Philippe II, roi d'Espagne.

Il y eut un accord en 4446 pour nomination d'arbitrès. Les princes ratifièrent cet accord en 4454. Alors les terres de débats s'appelèrent uniquement terres de surséance y et presque tous nos pays restèrent dans la neutralité qui fut la conséquence de l'accord de 4446,

La dispute recommença^uand l'archiduc Philippe posséda la Franche-Comté. Le partage de ces terres ne fut fait que par le traité de Cateau-Cambrésis, du 3 avril 4559, entre Henri II et Philippe II, roi d'Espagne, maître de la Franche-Comté. Ce traité fut

FONTAIN£-FR ANC AISE SOUS LES SEIGJÏBURS DE LONGVY 165

confirmé par Tarticle 2 de celui de Vervins, en 1598.

Au nombre de ces terres, d'après les traités, étaient : Auxonne, Flammerans, Perrigny, partie de Talmay, de Pontailler, la Rochette, Renève, Chaume, une partie de Fontaine-Française, Fontenelle, etc., etc. (4).

A cette époque vivait encore à Fontaine-Française un membre de Thonorable famille des Hugon, de laquelle parle M. Tabbé Mouton dans son Histoire d'Autrey, 1868, p. a53.

En effet, M. Tabbé Mouton écrit : <c Dans l'intention de plaire au lecteur, nous aimons à inscrire ici sur Fon-^ tanas un renseignement qui ne se trouve pas à Dijon.

<c Les Hugon, alliés aux Mazières, originaires du Chalonnais, au duché de Bourgogne, se sont établis à Fontaine-Française au commencement du xm** siècle. Lorsque Louis XI fit la conquête du duché (1477), la famille se divisa et suivit deux partis différents. La branche qui subsiste seule à Poligny a abandonné le duché et les biens qu'elle y possédait; pour rester fidèle à la maison de Bourgogne, elle s'établit à Gray, où elle avait déjà des alliances et des possessions (2).

« Les Hugon ayant quitté Fontaine et ayant laissé pour marque de leur antiquité honorable la peinture de Jean 11 es Vun des vantaux du tableau sur le grand autel, et celle du sieur son frère, prieur de Fontaine- Françoise es Vunedes maitre^es veirières, ayant à côté de lui, peintes les armes qu'ils portaient alors : d'azur à trois bris d'huis ou gonds d'argent, de plus une fondation en ladite égUse, assignée par Jean Hugon, sur

(i ) Courtépée.

(2) Un lieu-dit porte encore le nom do Croix-Maizières.

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une faux de pré appelée la Faux des deux épées^ acquise du prix que Jean Hugon y gagna, de son temps, par ses artneSy duquel prix il acheta un pré qu'il donna pour la rétribution de ladite fondation (1). »

Cette famille des Hugon devait être d'assez haute origine, car on voit qu'elle a porté les armes et qu'elle a joué un rôle actif dans les guerres du xv* siècle.

En 1445, un Hugon, agissant pour le seigneur de Fontaine, était tabellion juré de la Cour de Langres et tabellion juré de Fontaine. Il s'agissait, comme le prouve un acte que j'ai eu entre les mains, d'une autorisation que a Jehan de Longvy, seigneur de Gevrey, de Paigny et de Fontaine-Françoise, accorde à un bail à cens d'un meix et emplastre, situés rue de la Motte (chemin de Fontenelle) par Robert Duchet, chapelain du château, à Guiot-Baudin, moyennant une livre et demie de cire (2). »

En raison de toutes ces revendications de princes et de seigneurs, les terres de surséance étaient harcelées de tous côtés. On a vu les Comtois et les Allemands les envahir en 1445 ; en 1449 ce sont les Langrois. Sur Peincedé on lit : « Vidimus des Lettres royaux sur les entreprises faites par ceux de Langres sur ceux de Fontaine-Françoise, de part ceux de Tonnerre sur ceux de Noyers, au moyen de quoy le Roy leur fait delTenses de rien entreprendre. Données à Sainte-Ca- Iherine-les-Rouen Tan 1449, scellé et cotté 116 (3). »

(!) Notice préliminaire sur les deux familles défendues, à propos d'un procès, par MM. Tripard et Berryer, Besançon, imprimerie Jacquin, p. 3 (1866).

(2) Archives du château.

(3) Peincedé, t. I, page 341, B. 3(50, hasse V.

Ensuite. « Lettres patentes du duc Philippe le Bon, le 20 juillet 1449, ordonnant les recherches nécessaires au sujet des débats des terres enclavées et en surséance d'Âutun et Langres... Tréchatel, Bèze, la partie de Fontaine-Françoise qui n'est point en débat, des limites du Comté de Bourgogne (1). o

Toutes ces lettres patentes, ces ordonnances n'avancèrent pas la solution, et longtemps encore jusqu'à la complète annexion du duché à la couronne, ces terres eurent beaucoup à souffrir.

A cette époque, Fontaine était du ressort du bailliage de Langres, « hors ce qui est du duché de Bourgogne^ Bertaut et la Tour d'Anthoison, c'est-à-dire le fief de Berthaut qu'il ne faut pas confondre avec la rue proprement dite.

Ce fief était taillable à volonté malgré les vives réclamations de ses habitants. On voit bien qu'alors il n'était pas soumis aux seigneurs de Fontaine, qui n'ont jamais usé d'un droit aussi exorbitant et aussi humiliant.

Le 18 janvier 1441, la tour d'Anthoison et le fief, qui appartenaient à VarrelinRoth deBasle, sont vendus à Bernard de Maizey.

Un titre du 4 avril 1458 porte que la tour d'Anthoison appartenait aux seigneurs de Fontaine seulement.

En effet, après un procès, une sentence du 4 avril 1458, rendue par les gens du Conseil des ducs de Bourgogne entre Jean de Longvy et Bernard de Maizey, qui se disait seigneur en partie de Fontaine, condamne Jean de Longvy à payer à Bernard de Mai-

(1) PeiDcedé; B. 283, liasse II.

168 HISTOIRE DE FOXTAINE-FRANÇAJSE

zey 350 livres moyennant quoi Jean de Longvy est déclaré « propriétaire de la Tour d'Anthoison située rue de Berlaut et fonds en dépendant (1). »

Une sentence arbitrale, du 25 mars 1459, donnée entre Bernard de Maizey et Mathieu Garnier, confirme la propriété de la Tour d'Anthoison à Jean de Longvy.

« Le 29 juin 1460 est fuit définitivement le contrai et vendilion de ladite tour d'Anthoison par Bernard de Maizey à Jehan de Longvij moijennaid 350 livr^ monnoye courante^ ainsi que le prescrivait la sentence du 4 avril 1458 (2). »

Cette tour a dû être démolie par Jean de Longvy, car on n'en parle plus dans aucun titre postérieur. Elle avait sa garenne et ses celliers sur la route de Dijon, en face la gendarmerie. Le climat s'appelle encore la Cave, et derrière, vers la rue Bruno (Brunehaut) se trouve l'autre endroit encore nommé la Garenme (3),

Sur les recommandations et remontrances de Jean de Longvy, par lettres patentes de 1458, le duc de Bourgogne accorda aux habitants de Fontaine-Française plusieurs beaux privilèges, savoir : « Franchises, libériez et immunitez^ et entre autres celui de n^être sujets à aucunes gabelles ni impositions sur leurs denréeSy leur étant même permis d'user de sel blanc et de toutes sortes de monnoyes et espèces étrangères^ et de négocier partout sans payer aucuns subsides et sans

{{) Archives du château.

(2) Ibid.

(3) J'ai cherché rétymologie du mot anthoison. Ou c'est une construction vers une grosse source ce qui serait vrai par sa situation vers les nombreuses sources qui ont fait donner à notre ville le nom de Fontanas ; ou c'est le nom du seigneur qui aurait construit cette tour dans le xi° siècle.

qu'il y ait audit bourg de Fontaine- Françoise aucun lieu de confiscation^ si ce n'est au cas de crime capital (i). »

Plusieurs rois, jusqu'à Louis XV lui-même, ont confirmé ces privilèges et en ont ajouté d'autres, comme nous le verrons dans la suite de cette histoire.

Nous étions alors soumis à la Coutume du duché, rédigée par Philippe le Bon en 1459.

Le duc, en octroyant cette coutume, avait ordonné que lorsqu'un cas n'aurait pas été prévu par elle, le droit écrit serait appliqué. C'est ce qui eut lieu pendant plusieurs siècles.

Jean de Longvy, IP du nom, qui avait fait le plus de bien possible aux habitants de Fontaine, mourut le 22 janvier 1462, laissant de son union, contractée en 1436, avec damoiselle Jehanne de Vienne, quatre fils, Girard qui lui succéda, Philippe, Jean, Etienne et une fille, Jeanne.

Jean de Longvy fut inhumé dans la chapelle du château de Pagny, Son mausolée et celui de son épouse, qui y existe encore, fut érigé par leurs enfants vers 1465. Les statues sont en marbre blanc, couchées ensemble sur une table de marbre noir, portant trois écussons aux armes de la famille. La statue du baron est armée, excepté la tête et les pieds qui sont nus. Les tètes sont appuyées sur des carreaux. Ces belles statues sont mutilées en plusieurs endroits.

D'un côté, on lit : Ci-gist noble et puissant seigneur Messire Jehan de Longwy, chevaUer, seigneur de Gevry et Paigny, qui trépassa le vingt-deuxième jour du mois de janvier, l'an mil quatre cent soixante et deux.

(I) Copié sur les lettres patentes de Louis XV, novembre 1716.

Et de l'autre côté : Ci-gist noble et puissante dame, madame Jehanne de Vienne, dame de Gevry et de Paigny, femme de noble et puissant seigneur raessire Jean de Longwy, seigneur desdicts lieux, laquelle trépassa le VII® jour de septembre Pan MCCCCLVII. — Dieu ait leur âme. — Amen.

Jeanne de Vienne mourut à Fontaine en 1457, et fut inhumée d'abord dans la chapelle du château (1) de Fontaine, puis plus tard dans celle du château de Pa-

gny.

Girard I de Longry, de 1462 à 1481.

A la mort de Jean II de Longvy, seigneur de Fontaine, les héritiers du seigneur défunt n'avaient pas rendu les hommages et devoirs qu'ils devaient à Tévêque, duc de Langres, comme seigneur suzerain de la terre de^Fontaine. Un litre du 1'^ juillet 1463, que j'ai trouvé au château, contient la reconnaissance faite par Messire Olivier de Longvy, «. seigneur de Rahon et Girard de Longvy, son neveu, seigneur de Gevrey et de Fontaine »,des droits de Tévêque de Langres et Tacte de foy et hommage rendu à ce dernier.

Les. formalités remplies en pareille circonstance intéressent le lecteur, j'en suis sûr; c'est pourquoi je ne crains pas de donner les passages les plus importants de l'acte qui a été dressé à cet effet.

« A tous ceulx que ces présentes lettres verront et oiront, l'official de la cour de Lengres a noble homme

(1) Archives du château.

PONTAINE-FRANÇÂI&B SOUS LES SEIGNEURS DE LONGVY 171

Jehan Bryon escuier commis à l'exercice du bailliage dudit Lengres salut en Notre-Seigneur. Sçavoir faisons que l'an mil quatre centz soixante et trois le vendredy premier jour du mois de juillet environ neuf heures avant midy dicelluy jour au lieu de Fontenne-Françoise devant la porte du chastel dudit lieu en la présence de nostre amé et féal Chrestiennot Bourgoin de Montsauljon, clerc tabellion juré de nous et notre dite cour et des témoings cy après nommés auquel notre dit juré quand aux choses cy après escriptes et a plus grande en lieu et authorité de nous ouyr et recep-

Yoir fut présent en sa propre personne noble

homme Estienne Dubois, chastellain de Monsauljon commissiaire en ceste partie touchanles fiedz de Monsieur Lesvêque duc de Lengres mesment dudi Fon-

tenne lequel commissaire heurte et appelle à la

porte dudit chastel, auquel appel vint le portier dycelluy chastel lequel respondit quelles gens estes vous, auquel fut respondu que cestoient les gens de Monsieur de Lengres et adonc se despartist ledit portier de la porterie et entre dudit chastel et à son retour vint un nommé Jehan Verne soy disant chastellain dudit lieu lequel fict entrer dans ledit commissaire et ses assistans avec luy et y ceulx menés en une certaine salle assée près de la Chappelle eslSnt audit chastel commissaire dict et profera de sa bouche a nobles et puissants seigneurs Messire Olivier de Longvy, chevalier, seigneur de Bahon et a Girard de Longvy, seigneur

du dict Fontenne illec presentz Messieurs vous fus-

tes hier à Bourg voir Monseigneur de Lengres, offrant

faire vostre debvoir pour faulte d'hommage et

debvoir non faict et a esté cause nous envoyer pardevant vous pour fournir les promesses que avée faict

'7f« *^ ' ' ^tp^il/jl!!

ensemble auquel commissaire a esté repondu...., Girard de LoDgvy seigneur de céans qui fict hier son debvoir est prest et content de tenir sa promesse et pour satisfaire a la dicte promesse furent baillées les cleves (clefs) du dict chastel audit commissaire et lequel print les dictes cleves dudit chastel et Gt commandément au dict verne soydisant chastellain du chastel qu'il parlist hors dudit chastel, lequel chastellain se

départist et s'en alla ledit commissaire tenant en

ses mains lesdites cleves de la porte dudit chastel ouvrit et ferma les portes et pont-levis d'y celluy chastel en disant etpourparlant voicy les cleves de la maison et forteresse de céans qui m'ont été baillées par Monsieur de céans en obéissance et rétablissement de désobéissance qui avoit esté faicte aux officiers de Monsieur de Lengres durant la main mise de mondit seigneur de Lengres a quoi un nommé Jacques de

Rouhaul a de bouche dict, il est vray que Monsieur de ceste ville qui vous a donné les cleves a faict l'obéissance telle quelle vous est deube et son entention est pour le présent il n'entend aucunement changer de la

nature du fied (fief) mais faire l'obéissance qu'il a

faict pour deffaut de debvoir et hommage non faict après le trépas de feu Messire Jehan de Longvy, jadis seigneur dudit Fontenne son père que Dieu pardonne... pour le rétabhssement de la main mise comme son vray

vassal faict et donné audit Fontenne ian jour et

heure dessus dicts présens noble homme Desagey, Guillaume de Lavoncourt, Jehan Rouget, Jacob Hugon, Coutilly, discreste personne Messire Regnault Jandoû,

prestre audit Fontenne et plusieurs autres des gens

du dict seigneur de Fontenne, etc »

De tout temps on retrouve Tusage, bien naturel du

reste, de donner des noms particuliers tirés soit de la ■position des terres, soit de leur produit, soit d*un fait digne de remarque, soit de toute autre circonstance, aux diverses parties du territoire. Ces dénominations, que nous appelons climats ou lieux-dils, sont en général fort anciennes, comme on va le voir.

En suite de discussions qui prenaient la tournure d'un vaste procès, et Dieu sait ce qu'ils duraient dans ce temps-là, le 49 novembre 4464 des experts ont désigné les ierres censables parle seigneur et celles censables par le curé, qui s'appelait alors Messire Nicolas de Saigney (1).

A cette occasion, en 1464, le terrier de Fontaine- Française existant aux archives de Dijon a été confectionné. 11 en résulte que le territoire contenait « 796 journaulxi/2, 4/3, dixmables pour Téglise elle seigneur savoir : 296 journaulx 4/2, 60 à l'Eglise qui prend dixme de 27 gerbes 2 et 500 journaulx 4/2, 60 au seigneur qui prend dixme égale.

a En outre le seigneur prend encore un dixme sur 188 journaulx 4/2, le tiers des 793 1/2 qu'on appelle le dixme de tierce, lequel dixme se paye de 29 gerbes les 4 (2). »

Il résulte également de ce même terrier ou triage que la plupart des climats portaient à peu de chose près le nom sous lequels ils sont encore connus de nos jours, ainsi qu'on peut en juger par la nomenclature suivante.

(4) Archives du château.

(2) Archives du château. Dixme, dixième, était du genre mascuh'n, les anciens litres Tindiquent ainsi. Nos habitants disent encore le dîxme, le bâtiment du dixme, etc.

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HISTOrRB DE PONTALXE-FBANÇAISB

Fontaine-Françoise. Antien triage de 1464 (i).

Les Mées de Cou rie-Rue,

Rembault (Ribaud),

Dessus la Croix,

Champ Noblois,

Champ Fourque,

Le ChauITour,

Le Charmol,

Le Perrerot (Perrois),

Belle Charme,

Le Vhve Vover,

Belonbeley (Bon blé),

Le SaTiteret,

Laige Guerrier,

Le Courroy,

Le Champ Sebillots,

Le Vesseal (Vesseux),

Le Pétrissey (Perdriset),

Les Aleuz (Elus),

Côme Semaitdey,

Darriez le Parc,

Les Saaulières,

Crécigoey,

La Emote (Molle N. D.)

Champ des Fourches,

Les Tremblées,

La Vie de Montigny^

Les Mangeoltes,

Perier Olzerin,

Combe Andriey,

Les Loicherottes,

Soillon Belin,

Les Mardez,

Périer Creune,

La CharmoHe,

Fontaine es Mezely (de la

Borde), Les Longues Pièces, Helote hugz et le Prez, Velors (Velours), Les Montans, Les An les,

Loremberl Mortevielle, Curlillots-Perier aux Dames.

Je pense encore qu'on ne lira pas sans intérêt les nonis des principaux habitants de Fontaine au moment de la confection de ce triage.

(4) Archives du département.

^j^^^^-.,»^"ff7V'» '

Les voici par ordre alphabétique :

Ârdhuin,

(]lou1ardot.

Laugnol,

Amouldy

Durans,

Moncostal,

Le Barbier,

Este venin,

Mongin,

Bassagny,

Fèvre,

Monnot,

Baudin,

Gauthier,

Mugney,

Begin,

Gautrelet,

Oudot,

Bèze,

Gibault,

Pelletret,

Boiget,

Go vin.

Perrenin,

Boileau,

Guillampré,

Petit,

Boréal,

Guillemot,

Petitot,

Bordel,

Huguenin,

Richard-Danon

Bonnerique,

Huguenot,

Robelot,

Boulardot,

Hugon,

Rollin,

Boumbriques,

Hugot,

Quiot,

Boumot,

Humbelot,

Rovier,

Briot,

Jacot,

Viénot,

Broschon,

Jacquinot,

Villamm,

Du Cauge,

Jandon,

Voiget.

Qémenl,

Jeannel,

Cornu,

Labotte,

Noble homme Odot de Mâlain, seigneur de Fontenelle en 4465, avait contesté à « Jeanne de Vienne, veuve de Jean de Longvy, seigneur de Gevrey-sur-le- Doubs, Fontaine et Fontenelle en partie, le droit de haute justice sur Fontenelle, » mais par sentence définitive rendue aux assises de Gray, bailliage d'Amont, du 16 septembre 4465, louchant les droits de hautjusticier sur Fontenelle, Odot de Mâlain est débouté de sa demande, ainsi que Huguenot Givoiset, aussi seigneur du dit lieu. Plus tard (comme les choses changent vite) un jugement du 6 août 1467 accorde par provision à Alexandre de Saulx la haute justice de la

176 HISTOIRE DB FOXTAIXE-FRANÇÀISB

terre de Fontenelle contre les héritiers de Jean de Longvy ; et le 3 décembre 1469, intervient une nouvelle sentence définitive dii bailliage de Gray contre Girard, Philippe, Jean, Etienne et Jeanne de Longvy, seigneurs et dame de Fontaine, en faveur dudit Alexandre de Saulx, seigneur de Fontenelle, par laquelle ce dernier a été maintenu seul dans la possession de la haute justice de Fontenelle (1).

Girard de Longvy, seigneur de Fontaine, était aussi seigneur de Gevrey ; Philippe de Longvy, son frère, était seigneur de Longepierre, et Jean, seigneur de Soye.

Le 17 juin 1465, un traité est passé t entre Dame Jéhanne de Vienne, de Gevrey, de Paigny, Dame de Fontaine-Françoise, veuve de Jehan de Longvy, au nom de ses quatre enfants mâles, Girard, Philippe, Jehan et Estienne, et Discrette Personne, Messire Nicolas de Saigney, prestre, curé de Fontaine, qui donne licence et autorité aux habitans de Fontaine d'essarter (2) des bois et buissons jusqu à concurrence de 400 journaulx pour les faire fructifier moyennant quoy la dixième partie du dixme appartiendra au curé » (3).

C'est en 1477 que la Bourgogne fut définitivement réunie à la France par Louis XI, après la mortduduc Charles le Téméraire, tué au siège de Nancy, le 5 janvier 1477.

Girard de Longvy avait pris les armes avec le duc Charles contre le roi de France en 1470.

Guillaume IV de Vergy, seigneur d'Autrey, qui avait

(\) Archives du château.

(2) Essarter veut dire défricher.

(3) Archives du château.

FONTAINB-FBANÇAISE SOUS LES SEIGNEURS DE LONOVY 177

aussi pris parti pour le duc Charles, se retira à Douai par dévouement pour la fille de V infortuné prince.

Fait prisonnier par les Français en défendant sa souveraine, il fut pendant un an détenu dans une prison étroite et bien enferrée, parce qu'il ne voulait pas cesser d'être fidèle à la maison de Bourgogne.

Le roi Louis XI» touché de sa fidélité, Tadmit dans ses conseils, lui donna tous les biens des Vergy qui étaient dans le duché, les deux tiers de Saint-Dizier et les seigneuries de Fontaine^trançaise, Âpremont, Champlitte, etc. (i).

Peincedé, t. XXVIII^ page 1214, nous apprend d'un autre côté que « dans les confiscations faites sur les rebelles au Roi, à la dale du 29 août 1477, est fait don, à Guillaume de Vergy, son chambellan, du chastel de Fontaine-Françoise et de la seigneurie de Rigny, près Gray, confisqués sur Girard de Longvy, pour par ledit de Vergy en jouir et les siens perpétuellement comme propre héritage, sans rien réserver (2). »

Louis étant mort (1483), Charles VIII fit saisir la terre de Saint-Dizier. Guillaume mécontent s'attacha au parti de Maximilien P% roi des Romains, qui avait épousé Marie, comtesse de Flandre et de Bourgogne.

Guillaume fut alors nommé maréchal de Bourgogne il eut la clef des sceaux des Maximilien, 2000 livres de gages et le titre de général des armées de Bourgogne.

Il mourut en 1520 et fut enterré dans l'église de Champlitte.

(4) Archiyes da département.

(SJ On dit encore à Fontaine qne le chftteau fiit à cette époque Château Tcyal\ cela était yrai, car de U70 à 4477, le roi qui l'avait confisqué en lerait tons les impôts et le faisait occuper par ses soldats.

Déjà en 1480, Guillaume de Vergy avait revendiqué ses droits sur la terre de Fontaine. Pour terminer le différend, un jour d'audience fut fixé. Girard de Longvy , seigneur de Gevrey et de Fontaine, se défendit et n'eut pas gain de cause* car, suivantPeincedé, le seigneur de Fontaine était du nombre des rebelles à Louis XI, qui saisit les seigneuries de Fontaine et de Rigny près Gray.

Mais par suite de la défection de Guillaume IV, toutes les donations à lui faites par Louis XI furent abolies, et la maison de Longvy rentra complètement et paisiblement en possession de tous les biens que le roi avait saisis, entre autres la seigneurie de Fontaine-Française.

Girard de Longvy mourut vers 1481, laissant ses biens à son frère Philippe, ainsi que cela parait résulter de la Notice historique sur la seigneurie de Fontaine-Française en Bourgogne (Archives de la Noblesse du Collège héraldique de France), où je lis : « Jean de Longvy II, chevalier, seigneur de Fontaine-Française, de Gevrey, etc., vivant en 1435 et mort le 22 janvier 1462, laissant de son union avec demoiselle Jeanne de Vienne, le fils qui suit :

€ Philippe de Long^7, seigneur de Fontaine-Françoise, de Gevrey, de Longepierre, etc., qui épousa, en 1481, Jeanne de Baufremont, dame de Mirebeau, fille de Pierre, seigneur de Charny, chevalier de la Toison d'Or, et de Marie, fille naturelle légitimée de Philippe dit le Bon, duc de Bourgogne ; ils eurent entre autres enfants (1) :

[{) Philippe mourut en 4505, laissant sept enfants. Il fut inhumé dans l'église de Lamarche ; sa femme, qui mourut en 4507, fut inhumée dans réglise de Mirebeau.

« Jean de Longvy, III« du nom, seigneur dePagny, de Mirebeauet de Fontaine-Française »

Philippe de Longvy était bien fils de Jean II, mais non pas l'ainé. Cet aîné est Girard, qui fut de droit et de fait seigneur de Fontaine.

Je n'ai trouvé aucun acte dudit Philippe se rattachant à Fontaine. Le titre de seigneur de cette terre devait être pris à la fois par les deux frères.

Quoi qu'il en soit, c'est son fils puiné, Jean III de Longvy, dont il va être question, qui fut réellement seigneur de Fontaine de i481 à 1520, et dont je trouve, dès 1487 le nom dans tous les documents.

Le fils aine de Philippe de Longvy fut Claude de Longvy, évéque de Langres, duc et pair de France, connu sous le nom de Cardinal de Givry (1), qui occupera dans cette histoire une large place.

Jean III de Longvy, de 1481 à 1520 et sa fille Françoise de Longry jnaqn'en 1526, sons la tntelle de sa mère Jehanne d'Orléani, dame de Gevrey.

Jean de Longvy, baron de Pagny par son aïeul Girard de Longvy, seigneur de Mirebeau, de Gevrey ^ de Fontaine-Française, de Chaume, de Neufblans et de Noyers, épousa Jebanne, fille naturelle de Charles d'Orléans, duc d'Angoulême, et d'Antoinette de Polignac,dame de Combroude. Le roi François 1, dont elle était la sœur naturelle, donna à elle et à son mari le

(4) Givry doit être un diminutif de Gevrey, ou peut-être la dénomination en patois de cette terre de Gevrey-sur-le-Doubs, dont les Longvy étaient seigneurs.

180 mSTOmB DB rONTAINE-FRANÇJUSB

comté de Bar-Ie-Duc. Jean de Longvy a en outre été seigneur suzerain de Renève.

Dès le commencement de la prise de possession de sa seigneurie de Fontaine, il eut d'assez graves difficultés avec les habitants ; ces difficultés furent Tobjet de longs procès.

Vers 1480 un incendie ayant détruit une grande partie du bourg, les habitants, qui avaient le droit de prendre leurs bois de construction dans les forêts do seigneur, voulurent user de leurs droits. Les gardes s'y opposèrent : il y eut rixe et même du sang répandu. Mais les habitants, à la tête desquels se trouvaient Boileau échevin avec cinq jurats (conseillers de commune), profitèrent de la nuit pour amener péniblement, avec leurs bœufs, les bois qui leur étaient nécessaires et rebâtirent tant bien que mal leurs maisons.

Un procès s'engagea qui fut d'abord gagné par les habitants, en 1484, au parlement de Dijon, puis à Paris en 1486. Un accord eut lieu et le seigneur donna/en échange du droit contesté, trois cents arpens (environ 105 hectares) de bois appelé aujourd'hui la Côte-Martin.

Il existe en outre une sentence de 1487^ prononcée par Jean Gauthiot, licencié en droit et en lois, hailU de Fontaine-Française, pour noble etpuissani seigneur dudit Fontaine, par laquelle les c habitants dudit lieu sont condamnés à moissonner les blés dudit seigneur, travaux auxquels ils sont tenus, moyennant droit et prouffit accoustumés (1). »

Un bail à cens, du 19 avril 1489, porte c que les

(I) Archives du ch&teau et de la commune.

P0NTÂINK-FRANÇAI8B SOUS LES SBIGNKURS DE LONOVY 18 i

labitants de Chaume, dépendant de la seigneurie de ^ontaine, sont obligés de faire rente au dit seigneur le Fontaine d'une hémine de froment, et en outre la iixme levée à raison de deux gerbes sur vingt-sept »y oit en termes de V époque^ de vingUsept gerbes deux (1).

Un autre titre original du 15 février 1489 porte encore « que Jehan de Longvic, seigneur de Fontaines t de Chaulmes, délaisse par bail à cens des terres sous i redevance de cens et de dixmes annuels cumalati^ ement C'était la onzième gerbe des grains qui se [aient et une autre quantité qui ne gerbaient pas.

« Le bail était de quatre cents journaux de terre à issarter et de bois à mettre en plain ou terre labouable (2). 9

En ces temps de guerre les contributions se multilUaient, cela se comprend* car il en est de môme de nos Durs. La Bourgogne avait été imposée à quaranteleux mille /rancs octroyés au roi au mois defévrier 1489.

Le peuple n'était pas riche et le roi lui-môme avait âen de la peine à lever les impôts qui lui étaient dus. >es receveurs durent souvent exercer ses droits par amende et les prises de corps.

Jean de Noidant, commis à la recette du bailliage le Dijon» fit arrêter et mettre en prison deux habitants ie Fontaine, Pierre Jacquinotet Nicolas Fèvre, parce [u'ils ne payaient pas la somme de douze francs qu'ils levaient au roi sur l'imposition des quarante-deux mille rancs.

Si ces deux habitants furent ainsi mis en prison, ssurément le seigneur de Fontaine, Jean III de Long-

(M ÂrduTes du château.

(2) Âîcbivet de FoDtaine.

182 H18TOIIIE DB FOIfTAlNB-FllANÇAISB

Tic, y était étranger, car vers la même époque, il acco^ dait des immunités à tous ceux qui le servaient bien et dont les mérites étaient constants. Ainsi une pièce que j'analyserai seulement des archives du château, à la date du 8 août 1494, porte: « Donation par Jehan de Longvic, seigneur de Fontaine-Françoise et de Neofblans, à Jehan Robelot, dis de Villame Robelot, de Fontaine, Clerc, demeurant à Dijon, en récompense de ses bons et agréables services qu'il a faits et fait de jour en jour audit seigneur, d'un terrain sis audit Fontaine, d'un demi-journal, rue de la Halle (1). »

Le même acte contient également donation à Jean Robelot d'un droit d'usage et d'afîouage dans le bois Morot (2), « à charge par ledit Robelot de payer une livre de cire au seigneur Jehan de Longvic, le jour de la Toussaint.

« Cette donation est faite franche et quitte de tailles, corvées, gelynes et de toutes autres charges (3) ».

Si au XV* siècle, il ne faisait pas bon vivre, il faut avouer que les objets de première nécessité étaient, relativement à notre éqoque, à vil prix.

Ainsi du temps de Philippe le Bon, dit M. de Calonne, dans ses Mœurs et coutumes municipales du XV* siècle, « la livre de pain de première qualité valait en moyenne deux deniers (or, il y avait douze deniers dans un sol), et le pain du pauvre, un denier. La journée de l'ouvrier était alors de quatre sols ; avec moitié

(1) ArchlTOs du ch&teau, aujourd'hui rue de l'Eglise. La halle était à côté du four banal, en face de la maison de M. Jules Perrot.

(2) Bois qui se trouvait entre Pré Morot et le bois de l'Allau.

(3) Archives du chftteau. Les Robelot, huiliers, sont les desceodaats directs de Jehan Robelot. Les atnés portaient tous le prénom de Jehan.

de ce salaire, il pouvait acheter deux cents œufs à deux sols le cent, et avec l'autre moitié deux livres de beurre à six deniers la livre, plus un lapin d'un sol. ' Un lot de six litres de vin valait huit deniers ».

Dans le bourg de Fontaine-Française existait déjà une famille, celle des Labotte, qui a eu son écu orné d'une botte, ainsi qu'on peut le voir sur deux pierres tombales à l'église. Tune de 1647, et l'autre de 1686. Cette famille a tenu une grande place dans notre histoire locale depuis le commencement du xv^ siècle. Tour à tour, prêtres, baillis, notaires, procureurs, receveurs, bourgeois, les Labotte ont occupé toutes les places lucratives jusqu'au xviii* siècle. L'un des derniers, prêtre-curé, a eu, avec M. le Marquis de la Tour-du-Pin de la Charce un procès qui a duré quarante ans, à propos de certaines dixmes que le curé prétendait lever seul.

Vers cette époque la famille Claudon a remplacé les Labotte. Il n'y a pas encore longtemps qu'un Claudon était notaire, un autre receveur des domaines, un troisième juge de paix, un quatrième pharmacien droguiste, tous frères ou cousins germains, nés à Fontaine et y exerçant en môme temps leur profession.

Le 26 mars 1505 Jean III de Longvy octroie aux habitants de Fontaine une charte de communauté.

Les seigneurs de Fontaine avaient déjà leurs baillys; par conséquent un bailliage, mais seigneurial seulementy existait au xvr siècle. On trouve en effet, dans les archives du château, « à la date finale du 6 septembre 1507 », sur le livre des grands jours « des sentences rendues par le baillyy tant pour les lodSy que cens et autres droits. »

Les habitants de Fontaine, voulant se soustraire à

184 HISTOIRE DE FOïTr AINE-FRANÇAISE

la dixme réclamée par le seigneur sur toutes leurs vigneSj eurent avec lui un commencement de procès ; mais une entente eut bientôt lieu, et le 6 septembre 1507, l'accord s'établit par l'acte suivant passé par devant Largeot et Morel, notaires à Paris.

« A tous ceulxqui ces présentes lectres verront et om< ronty rOfficial de la cour de Lengres, salut. Scavoir faisons, comme procès difîérans et matières de questions fussent menez Entre noble et puissant seigneur Jehan de Longvic, seigneur de Fontenne-Françoise, et de Neufblancs, Noyers, d'une part.

0 Et les manans et habitans dud. Fontenne, ses hommes et subjets d'autre part »

Suit la transaction par laquelle les habitants reconnaissent devoir le diocme sur toutes leurs vignes.

Jean de Longvy avait omis de faire foi et hommage au nouvel évéque de Langres, Jehan d'Amboyse, celuici voulut bien temporiser : et le 3 mars 1500, « surséance est accordée, par Jehan d'Amboyse^ évèquede Lengres, pour la reprise de fief de Fontaines-Françoise à Jehan de Longvy, seigneur de Gevrey et Fontenne, pour foy et homage à cause de son Duché de Lengres et de son comté de Monsaujon (1). »

Dans les archives de Fontaine je trouve un autre acte, de 1512, par lequel o Guillaume de Remilly, escuier, seigneur de Mentoiche en partie, maistre d'Ostel et procureur général et espécial de très hault et puissant seigneur de Longvy, Mirebeau, Gevrey, et Fontaine- Françoise, reconnaît que les habitants dudit Fontaine ne sont point tenus à faire le guet de jour et de nuiten la lenterne du château dudit lieu, bien qu'ils

(1) Archives du chftteau.

FOMTÀINB-FRANÇAISB SOUS LES SBIQNEUR8 DE LONGVY 185

aient fait ce service pendant six mois pour la conservation de leurs biens qui y étaient renfermés à cause des bruits de guerre de ce temps (1). »

En septembre 1513, un descendant de Henri de Vergy qui vivait en 1246, Guillaume IV, revendiquant certains droits sur le duché, se met à la tête de 45,000 Suisses. Ayant battu les Français à Novare, ils s'avancent dans rintérieur du royaume « et après avoir saccagé Fontaine-Française, Lux, Thil-Chàtel, Marey, entrent dans la maison forte d'Is-sur-Tille, brûlent les titres, emportent les coffres et les bor^ meubles et ruinent les murs.... (2) » qui ne furent rétablis qu'en 1588.

De là les Suisses vinrent mettre le siège devant Dijon, mais ils se retirèrent bientôt après avoir brûlé les faubourgs et traité avec la Trémoille moyennant 400,000 écus.

Un autre auteur dit :

c Enorgueillis par leur victoire de Novare et excités par l'empereur Maximilien, les Suisses, au nombre de 25,000 à 30,000 hommes entrés en Bourgogne par Pontailler, Fontaine-Française, Lux, Thil-Cbatel, Is-sur- Tille et Marey, mirent le siège devant Dijon, les 6 et 7 septembre 1513, et lancèrent sur la ville une grêle de projectiles qui avaientjusqu'à 25 centimètres de diamètre.

« Tous nos pays eurent à subir de terribles déprédations. L*église de Véronnes-les-Grandes, alors fortifiée, fut prise d'assaut et beaucoup d'habitants furent tués. »

L'évéque de Langres, Michel Boudot, en suite des dégâts causés par les Suisses, voyant son peuple (tous

(1 ) ArcbÎTes de la commune.

(2) Coartdpée et Histoire de$ évêques de Langres.

186 HISTOmB DE FONTAnfK-niAlfÇAIBE

nos pays compris) incommodé par le défaut d'hoile, donna dispense de l'abstinence du beurre et du lait eu carême (dispense rare à cette époque), par ses lettres patentes datées de son château-fort de Mussy, le 25 janvier 1515(1).

« L'année suivante, en 1516, il décréta, comme ses prédécesseurs, commission contre les rattes, sourris et hurebeZyqm rougeoient les bleds, le 27 avril ; monition et incrépation le 3 juin, en suivant » (2).

Jean III de Longvy mourut vers 1520, ne laissant qu'une fille Françoise, dame de Fontaine-Française^ de Pagny, de Mirebeau, etc., qui épousa, en 1526, le 10 janvier, Philibert de Chabot-Brion, comte de Chamy, amiral de France, qui devint alors seigneur de Fontaine.

Mais la veuve de Jean de Longvy, Jehanne d'Orléans, que les habitants de Fontaine ne connaissaient que sous le nom de M°** de Gevrey ou Gevry, administra les biens de sa fille jusqu'à son mariage, et divers arrangements eurent lieu avec les habitants de Fontaine. £n voici un entre autres qui a une grande importance. C'est une lettre de doléances des habitants, au bas de laquelle est l'approbation avec l'ordre donné, par Jeanne d'OrléanSy veuve de Jean de Longvy, de faire droit à ces doléances (3).

a A Madame, Madame de Gevry de Fonteine-Françoise. Exposent en tous debvoirs et humilité les manans et habitans dud. Fonteine, vos humbles et hobéis-

(4 et i) Anastase de Langres^ page 425. Monition était l'aYertisMment donné avant rexcommunication, et incrépation le supplice par le feu.

(3) J'ai la copie de cette lettre dans mes archives. Elle me vient da père Bresson, dit l'adjoint.

F0NTAINE-FRANÇAI8B SOUS LES SEIGNEURS DE LONGVY 187

sans subjectz commil soit que dez sont passez deux cens ans^ feu de bonne mémoire messire Jehan de Vergy lors seigneur dud. Fonteine en récompense de plusieurs pertes par eUlx pourtees et pour aultres bonnes considérations contenues ez lectres sur ce faictes actaichees a ceste leur donna pour eulx leurs successeurs habitans dud. lieu perpétuellement et a jamais le panaige et erreaige pour leurs pors en tous lez bois frices et buissons dud. Fonteine tant a la vive vaine que morte pasture a la charge de clairce esd. lectres et que depuis ils ayent toujours joys paisiblement dud. droit et payée, etc. qu'ils ont entendu par le Maistre de Forges de Beze que luy avoit vendu la tracte et cop-

paîge de portion desd. bois et en voulait extirper

et faire essarter une partie, que ce faisant faulte de pasnaige pour leurs pors et aultres bestes dont ils se nourisent eulx, leurs femmes et pauvres petits enfans seroient contrainctz mendier et laisser le lieu .... permettre aux dits habitans joyr de leurs droictures commil ont accoustumee sans disposer desdits bois a la dymunicien d'iceulx. Ce faisan les obligerez de plus en plus, priée Dieu en commun et particulier pour vous et l'entretenement de vostre noble estât, p Ensuite est écrit.

€ Il a été ordonné par nous que le vendage que nous avons fait des bois sortira son effet et quand es terres jlz ne seront essartées afin que les habitans dudit Fonteines y puissent prendre leur pasnage comme ils ont accoustume ou jeune bois qui sortira de la ditecouppe. Fait à Bloys le vingt neuviesme jour de mars mil cinq cens vingt et quatre après Pasques. Signé Jehanne Dorléans. »

FONTAINE-FRANÇAISE SOUS CLAUDE DE LONGVY, DIT LE CARDINAL DE GIVRY, DE 1505 A 1561

▲IMBS DU CAIDINAL DB eiYlT

II portait : Ecartelô aux t et 4 d'azur & une bande d'or qui est Longry,

aux 2 et 9 d'azur au sautoir de gueules accompagné

de douze fleurs de lys d'or qui est rEvôchô de Langres.

Sa dsTise était : AbwÊdanda diUgtntibui.

Claude de Longvy, fils aîné de Philippe et de Jeanne de Beauffremont, cardinal évêque de Langres, duc et pair de France (1), connu sous le nom de cardinal de Givry, posséda Mirebeau et Fontaine à partir de 1505, comme coseigneur, avec son frère puiné Jean II [ de Longvy.

(4 ] Quand le roi de France, Philippe-Auguste, érigearévéché de Langres en Duché PairiSf il lui attribua les insignes correspondants à cette nouvelle dignité. L'évôché de Langres fut fondé yers 288 sous Constance-Chlore (Ânastase de Langres). Les ducs et pairs ecclésiastiques étaient : l'archevôque de Reims, celui de Laon, et l'évéque de Langres.

Les comtes et pairs ecclésiastiques étaient : les évoques de Noyon, de Ch&lons-sur-Marne et de Boissons.

L'archevêque de Paris était duc de Saint-Cloud, et celui de Besançon prince romain.

L*évôque de Langres était le troisième pair ecclésiastique de Franoe, duc de Langres, marquis de GoublanCi comte de Montsaugeon, baron deGurgy, Mussy, Luzy,etc.

PONTAINB-FRANÇAJSE SOUS GLAUDB DE LONGVY 189

Le cardinal deGivry a joué un trop grand rôle dans notre pays pour que je ne lui consacre pas quelques pages.

Il fut d'abord chanoine, archidiacre, et enfin évoque de Poitiers, puis d'Amiens et de Mâcon^ en 1513, par la démission d'Etienne de Longvy, son oncle. Son mérite, dit l'historien du temps, le rendit digne de cette élévation, que, du reste, la noblesse de la maison de Longvy et ses brillantes alliances facilitèrent sans doute. Transféré à l'évéché de Langres en 1530 et devenu duc (1), il jouit des abbayes de Saint-Bénigne de Dijon, de Poitiers, etc., enfin il fut élevé à la dignité de cardinal, en 1533, par le pape Clément VIL

Il portait comme sa famille d'azur à une bande d'or^ écartelé des armes de son évêché (2).

Dans le courant du xvi® siècle les erreurs de Luther (1515) et de Calvin (1534) faisaient invasion partout et avaient pénétré jusque dans nos paisibles contrées. Une bonne partie des habitants de Fontaine cessèrent d'être catholiques et embrassèrent la religion préten--

(4) Doté du duché'pairiej l'évêquede Langres possédait le comté de Montaageon, et suivant le dénombrement donné par Guy Bernard, 84* évoque, plus de 450 seigneuries en mouvance : comtés, marquisats, baronnies, chftteilenies, et avec haute, moyenne et basse justice sur le tout.

Notre cardinal de Gîvry était donc un très haut et trèi puissant seigneur.

(2) Les armes du cardinal furent alors : écartelé aux 4 et 4 à une baude d'or, qui est de Longvy, aux 2 et 3 d'azur au sautoir de gueules, accompagné de douze fleurs de lys d'or, qui est Tévô^hé de Langres. L'écusson en pierre des armes du cardinal de Givry est placé dans le grand vestibule du château, au-dessus de la porte de la salle à manger et du couloir qui conduisait à la chapelle, qu'il avait fait construira en 4536. On verra plus loin qu'on a placé également dans le même TWtibule les armes de Tamiral Chabot.

due réformée. Les adeptes de Luther et Calvin prirent le nom de protestants.

a Tout Chazeuil, dit un chroniqueur du temps, devint protestant; Fontaine-Française fut paitagé; les catholiques y dominèrent cependant, 1547. »

A peine arrivé à Langres, le nouvel évêque visita son diocèse et le dota largement.

c La chapelle de Sainte-Gertrude de Selongey fut alors construite à un quart de lieue à Test de Selongey, 4530, et fut bénite par le cardinal de Givry, en 1537 » lors de sa première tournée épiscopale (1). »

Comme le cardinal de Givry était oncle de Philippe ou Philibert Chabot, devenu, en 1526, seigneur de Fontaine par son mariage avec Françoise de Longvy, il partagea de nouveau avec lui cette seigneurie, de laquelle il était déjà coseigneur et ensuite suzerain en 1530, par son droit d'évêque, duc de Langres. Il était donc son propre suzerain.

Il faisait sa résidence habituelle au château de Fontaine, qu'il a réparé et embelli. Ainsi les tours et les courtines du château en plate-forme, bordées alors de mâchicoulis et de créneaux, mais en assez mauvais état, furent surmontées de charpentes avec couvertures en tuiles à toits aigus. La courtine, ou façade du côté de l'Etang Pagosse, fut aussi surmontée d'un étage, tel qu'il existe aujourd'hui et la tour du guet, au-dessus dupont-levis, fut élevée à plus de cent pieds de hauteur.

L'ancienne chapelle du château, bâtie devant le cluSr teaUj en 1297 (2), fut reconstruite en 1536, par le car-

(4) Conrtépée.

(2) Elle était à peu près dans le cabinet de Terdure rond qui se trouve entre le monument actuel d'Henri IV et la porte qui conduit au parc.

FONTAINE-FRANÇAISE SOUS CXAUDE DE LONGVY 191

dinal de Givry, mais dans le château, à Tangle ouest où se trouve aujourd'hui la cuisine (1), Ses armes y étaient en vingt endroits et l'arrangement en était superbe.

On disait de celte chapelle, avant la révolution : « qiiil n*y manquait qu'un étui pour un si beau &i- JOH (2) ».

On attribue au cardinal de Givry Tacquisition des tapisseries italiennes de haute lisse, à grands personnages, représentant cinq épisodes de la vie d'Alexandre, qui ont longtemps orné la grande chambre dite la chambre royale et qui sont aujourd'hui tendues dans la grande saïle des gardes. Ce qui paraît confirmer celte opinion, c'est qu'à la même époque, 1545, il fit don « à l'église cathédrale de Langres de huit pièces de tapisseries au^si de haute lisse représentant Vhistoire de saint JSamès et son martyre, qui coûtaient alors 1200 ^ct^ (3) ». Ces dernières tapisseries sont du même genre et de la même école que celles de Fontaine.

<r II donna aussi à l'église de Langres et à d'autres églises des chapes et des chasubles en drap d'or du plus grand prix, et fit faire le Jubé à Saint-Mamès (clôture entre la nef et le chœur) (4). »

a En 1559, à cause de ses hautes dignités, il assista aux obsèques de François !«'• avec neuf cardinaux, quarante archevêques et évêques, puis au sacre de Henri II, en laquelle année il y eut une grande cherté de bled en ce paii {de Lengres) que par toute la France (S). »

(4 ] Archives du chftteau.

{%) Courtépée.

(3, 4, 5) Anastase de Langres,

192 HISTOIBB DE POMTAIlfB-PRANÇAISB

Vers la même époque, le cardinal de Givry, s'associanl à François Chabot, son coseigneur de Fontaine, a doté l'église de ce lieu et fait bâtir la maison curiale qui, démolie en 1840, a été reconstruite sur le même emplacement d*après les plans de l'architecte Fénéon, de Dijon, ainsi qu'on la voit aujourd'hui.

« En 1560, il Qt imprimer à Sens, dans le bréviaire de Langres, un calendrier, chose très rare à cette époque, où tous les jours étaient distribués suivant te pactes et nombres d*or .

« Charles des Cars, son successeur, fit aussi imprimer, en 1604, un calendrier d'après les mêmes principes (1). »

Désolé de voir le protestantisme se propager dans son diocèse, il se retira dans sa maison forte de Mussy, en 1561, et il y mourut, dit-on, de chagrin, « et son corps de là porté à Lengres et mis soubs une tombe de marbre à dextre du grand autel et son effigie eslevée en bronze à genoux sur une tombe de marbre en Fan 1561 (2) ».

Sous le cardinal de Givry, et encore longtemps après lui^ outre les charges ordinaires, les habitants de Fontaine ont payé à l'évêque de Langres, leur suzerain, à cause du comté de Montsaujon, vingt livres par an pour aller saluer le roi (3).

Les évêques de Langres, ducs et pairs de France, étaient très puissants et jouissaient d'une fortune et de privilèges considérables. Le lecteur en jugera par ce qui suit, tiré de VAnastase de Langres^ pages 221 et suivantes :

(4, 2) Anastase de Langres.

(3) Histoire nationale de France.

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FONTAINE-FRÀNÇÀlSE SOUS CLAUDE DB LONGVY 193

€ Il faudroit emploier 60 ou 80 rooUes au moins, pour faire l'entier dénombrement des bénéfices de cet évêché, qui ne manqueroient pas d'ennuyer le lecteur. Je diray seulement en bloc que cetévesché est revestu de toutes les qualités éminentes qui se trouvent au temporel soubz un estât monarchique: cet évesque estant duc de Lengres, l'un des douze anciens pairs de France (1), comte de Mont-Saulion et autres fois comte du cliâteau de Dijon, marquis de Coublans, baron de Luly, Gurgy-le-Chastel et Mussy, chastellain de plusieurs chastellenies, et seigneur hault-justicier, moien et bas de plusieurs fiefs et justices ayant esté si richement doté que pour faire expédier des bulles de provision de cet évesché en cour de Rome sur la nomination du Roy, ensuitte des concordats, Tévesqué nommé donne pour Texpédilion des bulles 9000 florins au lieu que l'archevesque de Lion, son métropolitain, n'est taxé qu'à 3000, celui de Sens à 6000, celui de Paris à 3000, celuy d'Aix en Provence à 2044, celui d'Avignon à 1800, celui de Reims à 40(K), celui de Tours à 2000, Bourges 4000, Bezançon 1000 et Toulouze 5000. De sorte que de tous les archevescbez, il n'y a que Rouen et Ausch qui soyent plus taxés que cet évesché, Rouen 12.000 et Ausch 10.000.

« Il est au contraire le plus taxé des éveschez qui est de 6000 suivant les taxes apostoliques de 1625.

« Aussi ancien pair (né de son tiltre d'évesque de Lengres) et principal vassal de la corone, il iouit de droict de préséance à tous aultres seigneurs non pairs

(1) Institués par Charlemagne suivant certains auteurs; d'autres disent par Louis le Jeune. Favin prétend que c'est par Robert le Pieux en l'an 4020.

à la réserve des princes du sang seuls qui le précèdent.

« A ce moïen, notre évesque a séance et voix délibérative au Parlement et privilège....

« Au reste, il relève ses duché et comté immédiatement de la corone et non d'aulcune pièce d'icelle, faict hommage, baille adveu et desnombrement en la Chair)bre des comptes et les appellations de ses juges ne ressortissentque du Parlement.

« Il a droict de grands jours de réformation.

« Assistant au sacre d'un roy, il a droict de soulever avec révesque de Beauvais sa majesté de son throne royal et de demander au peuple s'il Taccepte pour son roy, et Parchevesque de Reims lui faire le serment accoutumé qui est de conserver la liberté de l'Eglise gallicane, droicts et anciens statuts. »

La puissance des douze pairs était telle qu on les appelait francîe Magnâtes dès 1157.

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