‹ Histoire de Fontaine-FrançaiseChapitre 17 sur 74 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Par son abjuration (1) et le succès de ses armes, Henri IV avait presque vaincu \di Ligue. Cependant elle tenait encore quelques provinces, et Mayenne, Charles de Lorraine, son chef, avait fait cause commune avec le connétable (2) de Castille, don Ferdinand de Vélasco, qui occupait la Franche-Comté avec une forte armée.

Henri IV avait déclaré la guerre à l'Espagne et voulait s'emparer de la Franche-Comté ; Sully s'y opposa, mais l'esprit belliqueux du Roi et le projet de Gabriel d'Estrée, de faire du petit duc de Vendôme le comte de Bourgogne, remportèrent.

Il avait ainsi enlevé à Philippe II son beau titre de défenseur de la foi catholique, pour ne plus lui laisser que celui d'ennemi de la France. Cependant quelques chefs de la Ligue tenaient encore : Mercœur en Breta-

(4) 25 juillet 4593, en Téglise de Saint-Denis.

(2) Connétable, premier officier de la couronne, premier dignitaire du royaume, chef suzerain des armées, môme lorsque le Roi y était. Connétable vient de Cornes stabuliy comte de l'étable, grand intendant des écuries du Roi.

gne, d'Aumale en Picardie, Mayenne en Bourgogne et à chacun le monarque espagnol avait envoyé des troupes auxiliaires.

Des lettres du maréchal de Biron donnaient avis au Roi que le connétable de Castille assemblait de grandes forces, avec dessein de descendre en Bourgogne et dans le Lyonnais. Henri IV part de Paris et arrive à Troyes, qui lui était soumis, le SO mai 1595, afin d'être prêt à se porter plustàt au devant de V ennemi et défendre la frontière.

Cependant Biron s'était emparé de Beaune et d'Autun, prenait Nuits ; le 27 mai, il arrivait sous les murs de Dijon, et dès le lendemain était maître de cette ville, sauf le château et Talant, encore tenu par le vicomte de Tavannes. Biron s'empresse d'annoncer au Roi cet heureux événement et le sollicite de venir le rejoindre.

Henri apprend en même temps que le connétable vient de prendre Vesoul sur Tremblecourt et qu'il marche sur la Bourgogne, où Mayenne, expulsé par Biron de son gouvernement de Bourgogne, le rejoint à Gray.

Persuadé qu'il n'avait pas un instant à perdre et devinant ce que Biron ne lui avait pas écrit, Henri quitta aussitôt Troyes et se dirigea sur Dijon.

Il dépêcha de suite le comte de Thorigny (1), à la tète de 900 hommes de cavalerie, et lui-même partit en grande diligence, après avoir écrit au lieutenaat-général de Langres la lettre suivante :

« Mons Roussat. Je vous envoie la réponse que je fais au sieur de Tremblecourt pour l'assurer de mon ache-

[\) Jacques de Matignon, comte de Thorigny, aïeul des la Tour-dn- Pin de Fontaine par les Monaco.

minement aux plus grandes journées que je puis, pour être samedi à Dijon, oix, ayant pourvu à ce qui sera nécessaire pour assiéger le château, je me délibère y laisser deux mille hommes de pied et quatre cents chevaux pour, avec le reste de mon armée, m'en aller droit où sera le connétable de Castille, en quelque lieu que je paisse le joindre. De sorte qu'il ne faut pas craindre qu'il puisse entreprendre aucune chose qu'il ne m'ait aussitôt sur les bras. Dont je vous ai bien voulu avertir afin que vous en assuriez tous mes bons serviteurs et sujets. S'il survient quelque chose je vous prie de m'en avertir. Et sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, Mons Roussat, en sa sainte et digne garde.

« Ecrit à Bar-sur-Seine, le 1** jour de juin 1595.

c Signé : Henry ; plus bas : Ruzée (1). »

Effectivement il arriva à Saint-Seine-l'Abbaye le samedi 3 juin et le lendemain dimanche, 4 juin 1595, à Dijon, où il entra par la porte Saint-Pierre, et vit avec

(1) M. de Verseilles de la Haate-Marne possède les miDutes des lettres d'Henri IV à Jean Roussat.

On m'a sonvent raconté dans le Langrois la tradition suivante : Jean Roussat, maire de Laogres(?) était pour Henri IV. L'évôqoe d'alors, Charles des Cars, était ligueur. Jean Roussat, connaissant les desseins du Roi, lui envoya deux canons avec cinquante hommes d'armes, Langrois bons catholiques. L'évoque devait nécessairement s'opposer è ce que sa ville de Langres aidât Henri IV; mais Roussat fit descendre pendant la nuit, vers la tour de Navarre, deux canons avec leurs munitions. Les hommes partirent avec, et cet appoint aida tant à la victoire da 5 juin qu'Henri écrivit au maire de Langres : a Mon cher Roussat, ta m*a8 sauvé la vie. »

Il y a du vrai dans cette tradition ; seulement il est bon de dire que révoque de Langres s'était en effet rallié au parti de la Ligue, mais il l'abandonna ea mai 4595 et se rallia alors au parti du Roi. Jean Roussat n'était pas maire de Langres, mais il en était le gouverneur.

222 HISTOIRE DE FONTÀINB-PRANÇÀISS

satisfaction les arcs de triomphe qu*on lui avait dressés.

Il passa la journée avec Biron à se concerter sur les moyens d^arréter Tarmée espagnole, de mettre Dijon à couvert des entreprises du château, et de prendre les mesures nécessaires pour s*emparer de Talant. Son ar* mée était composée d'environ 2000 hommes, 300 chevaux et 700 gentilshommes, tant bourguignons que champenois.

Informé que le duc de Mayenne s'était réuni à Gray au connétable de Castille et que celui-ci venait de passer la Saône, avec 18,000 hommes, quoiqu'elle fût débordée, Henri résolut de prendre les devants afin d'arrêter la marche des Espagnols et de donner à ses troupes le temps d'arriver vers lui.

Il dépécha le marquis de Mirebeau, Jacques Chabot (1), pour qu'il se rendît tout de suite au château de Fontaine et d'Haussonville à Saint-Seine-sur-Vingeanne. Il écrivit des billets à plusieurs autres seigneurs de la Vingeanne pour se trouver en armes, avec leurs gens, le lendemain sur son passage, le rendez-vous général étant assigné au château de Lux. .

Le comte de Thorigny resta à Dijon pour continuer les opérations du siège du château.

Le roi écrivit aussi au comte de Grancey : c FervaqueSy à cheval, Vennemi approche^ fai besoin de ton bras; je suis Henri (2). »

(4) Jacques Chabot était frère du seigneur do Fontaine- Française.

(2) Peu de jours avant là bataille d'Ivry, 1590, aussi gagnée sur Mayenne, Hautemor de Fervaques, comte de Grancey, avait déjà reçu de Henri IV un billet conservé au château de Grancey, et ainsi conça : « Fervaques, à cheval, car je veux savoir à ce compte-ci de quel poil c sont les oisons de Normandie : venez droit à Âlençon. »

Le lendemain, 5 juin 1595, dès les quatre heures du matin, le Roi, accompagné d'un seul valet de chambre, se rend au logis du Maire et demande lui-même à la servante les clefs de la ville. La servante lui répond que son maître, qui s'est couché fort tard, est fatigué et qu'elle ne l'éveillerait pas quand ce serait pour le Roi. c Va donc lui dire, » reprit Henri IV, « que c'est le Roi. »

Le Maire, qui l'entendit, se leva promptement et conduisit lui-même peu après le monarque à la porte de la ville, en lui faisant des excuses sur l'indiscrétion de sa servante, ce qui amusa beaucoup ce prince.

M. de la Mare, dans ses mémoires manuscrits, dit avoir souvent ouï raconter à sa mère que : a Henri IV entra à Dijon avec un pourpoint de fulaine blanche qui était percé aux deux coudes et que le matin du jour de la bataille de Fontaine-Française, elle le vit au siège des chanoines (de la Sainte-Chapelle) où il était venu de son logis, priant Dieu avec une ardeur qui n'était pas concevable (1). »

Henri entendit la messe à la Sainte-Chapelle, y communia et partit entre quatre et cinq heures du matin, portant toujours son pourpoint percé aux coudes. Il laissa le gros des troupes à Dijon et envoya le reste à Lux (2).

(1) Courtépée, tome II, page iOI.

{i] L'heure du départ de Henri IV çle Dijon n'est pas bien fixée. Ainsi on lit dans le registre n» 404, folio 190, de la mairie de Dijon : « le lundy, cinquiesmejourdu dictmois (juin 4695) dès les trois heu- « ree et demye du matin, le roi est sorti de la dicte ville, pour aller

t au devant de M. le duc de Mayenne afin de le combattre et lui

c racourcir le voyage qu'il deliberoit faire en ceste ville. » Mayenne était cousin du Roi.

Sorti par la porte Saint-Nicolas, à la tête d*un petit nombre de soldats et d'un contingent d'environ quarante gentilshommes, il prit la route de Lux et fit donner avis au marquis de Mirebeau de venir.

Henri IV, dont les projets étaient toujours bien combinés, donna, chemin faisant, des ordres pour rassembler autour de lui les seigneurs qui lui étaient fidèles. Tous ceux du voisinage eurent ordre de se rendre à Fontaine-Française, à trois heures du soir, et il y arriva lui-même à une heure après midi.

Averti que le connétable avait fait passer la Saône à son artillerie sur un pont de bateaux, tandis que ses troupes défilaient sur le pont de pierre de Gray, Henri détache aussitôt le marquis de Mirebeau d'un côté et d'Hausson ville de l'autre, avec chacun 150 ou 160 chevaux, pour aller, dit Sully, prendre langue des ennemis et se rendre maîtres du château de Saint-Seine.

Biron^ qui se trouvait en avant, voyant toute Tinfanterie de Mayenne rangée sur la hauteur de Saint-Seine, envoie chercher le Roi et le prie de presser sa marche. « Voyez cela, » lui dit la Curée, et il lui montra l'ennemi en masse qui arrivait au pont de la Vingeanne et en franchissait le cours (1). a Je voudrais être mort, t s*écrie Biron, c j'ai envoyé quérir le Roi et voilà toute l'armée ennemie. »

Mais à peine la petite armée de Henri IV était-elle à Fontaine, que trois soldats du marquis de Mirebeau vinrent annoncer qu'ils avaient rencontré une troupe

(1) Ce poDt était au bas de la Tour, à côté du gué actuel. 0 a été détruit eu 4772, lorsque les Elus de Bourgogne ont fait constmire celui qui existe aujourd'hui sur la route départementale n* 8, de Dijoaà Gray.

de 300 cavaliers, qui ne leur avait pas donné le temps de reconnaître l'ennemi.

Les rapports qui lui étaient faits ne s* accordant pas entièrement, le Roi se mit lui-même sur le pas de ses lieutenants, marchant en simple capitaine de chevavr légers, dit Sully, avec dessein de mieux reconnaître Tassiette du pays, pour y prendre ses avantages si les armées avaient à s'affronter. Selon le comte de Tavannes, le Roi portait des armes argentées, un rang d'arquebusiers à cheval devant lui. 11 avait 200 cavaliers d'escorte et une compagnie d'infanterie (1).

A peine eut-il fait demie lieu de chemin, qu'il vit Mirebeau revenir pius vite que le pas et en désordre, lequel confirmant ce que ses trois soldats avaient appris au Roi lui dit : a qu'il avait été chargé brusquement par un gros de 300 ou 400 cavaliers qui ne lui avaient pas donné le loisir d'étendre sa vue comme il l'eût désiré, et qu'il croyait que toute l'armée du connétable de Castille marchait en corps pour venir se loger au bourg de Saint-Seine. »

Si le choc, dit Girault (2), ne se fût pas engagé entre les pelotons envoyés à la découverte de part et d'autre, le combat n'aurait pas eu lieu, le connétable ne cessant de répondre au duc de Mayenne qu'il n'avait pas été envoyé pour entrer en Bourgogne, mais seulement pour couvrir et défendre la Franche-Comté dont Henri IV avait résolu de s'emparer ; que ses instructions ne portaient pas d'autres ordres et qu'il se tiendrait renfermé dans son camp de Saint-Seine.

{î) Mémoire du comte de Tavannes qui était resté fidèle au Roi,tandis quele vicomte ligueur tenait le château de Dijon et Talant. {tj Combat de Fontaine-Française. Dijon, 4822.

226 HISTOIBE DE FONTAIXE-PRANÇAISE

Cependant sur les pressantes instances de Mayenne qui désirait que Ton repoussât les partis de cavalerie qui se montraient au delà de Fontaine, le connétable crut pouvoir lui accorder cinq compagnies de chevaulégers, commandés par Villars-Houdan, et autant d'arquebusiers commandés par don Rodrigo-Belluno.

Lorsque Villars-Houdan fut parvenu au-dessus de la colline (1), d'où il vit Tarmée royale en bataille, il avertit les Espagnols de se préparer au combat. Mais ceuxci lui répondirent, comme leur chef, qu'ils avaient des ordres contraires et qu'on les avait envoyés seulement pour combattre les détachements de l'armée ennemie, mais non l'armée entière. En vain Villars-Houdan leur parla-t-il de leur honneur, de la belle occasion qui se présentait pour eux d'acquérir de la gloire, qu'ils ne pouvaient plus reculer. Tout cela fut inutile. Alors Villars-Houdan eut recours au capitaine Samson, son ami, et le fit prier, au nom de leur amitié, de venir le joindre avec sa compagnie, de ne pas l'abandonner et de le seconder dans la pressante nécessité où il se trouvait. Samson se laissa persuader, il vint le joindre avec ses chevau-légers et le seconda avec tant d'ardeur qu'il y perdit la vie.

Le maréchal de Biron, qui rejoignait le roi au moment où le marquis de Mirebeau racontait sa mésaventure, s'offrit pour aller savoir des nouvelles plus positives avec la compagnie du baron de Lux (2).

A peine avait-il fait mille pas qu'il découvrit, sur le haut d'une petite vallée (3), quelque soixante chevaux

(1) En haut de Pré-Morot sur le Chemin Croisé.

(2) Cent chevaux, disent les mémoires de Tavannes,

(3) Au Chemin Croisé.

arrêtés là comme en garde ; il les chargea, les culbuta; arrivé à leur place il vit, proche du bois de l'AUeau (de là l'eau), au delà de Teau, les 300chevaux qui avaient mis Mirebeau en fuite, et il découvrit de nouveau toute Tarmée de Mayenne marchant en deçà de la Vingeanne, en ordre de bataille, et poussant devant elle une centaine de chevaux du Roi qui fuyaient en désordre. Il remarqua surtout 400 chevaux plus avancés qui poursuivaient d'Haussonville, envoyé à la découverte avec 150 hommes (1).

D'Haussonville, en se repliant, avait détourné l'orage qui vint fondre sur le maréchal de Biron.

Les ennemis, le voyant sur la hauteur, envoient le sieur de Rhosne, qui commandait la cavalerie espagnole, avec 600 chevaux qu'il divisa en deux pelotons pour cerner les troupes du Roi. Biron se servit de la même tactique ; il envoya aussitôt à droite le marquis de Mirebeau, qu'il avait ramené au combat, et à gauche le baron de Lux, avec leurs compagnies ; il se plaça lui-même au centre.

Le baron de Lux, attaqué par un ennemi très supérieur en nombre, se battit en désespéré ; il fit des prodiges de valeur et soutint le choc jusqu'au moment où il eut un cheval tué sous lui. Le maréchal, qui avait eu des avantages au centre, voyant le baron de Lux en grand danger, vola à son secours pour le dégager, rétablit l'aile gauche et fit reculer Tennemi du côté du bois. Mais au même instant, on voit sortir de ce bois quatre ou cinq gros de cavalerie qui viennent, au petit galop* fondre sur le maréchal, et il est si impétueuse-

(!) Une compagnie de chevau-légers, dit d'Aubigné.

228 BISTOIRB DE PONTAIXK-FRANÇAISR

ment chargé par 120 cavaliers commandés par Villars- Hoadan et tellement poussé de plusieurs côtés, qu'il fut contraint dépassera laretraite, laquelle se changea bientôt en une espèce de fuite avec quelqties coup$ d'épée sur les oreilles. Il arrive ainsi jusqu'à la vue da Roi, sur une petite éminence, où Henri IV recevait les renforts qui lui étaient amenés par les divers seigneurs des environs (l).

Aussitôt le Roi détacha 100 chevaux, commandés par le capitaine Choupes, pour marcher au secours da maréchal et arrêter les fuyards. Mais cette petite troupe de secours eut le même sort que ceux qu'elle allait soutenir; elle fut renversée et menée battant jusqu'au Roi, qui se vit tout à coup 700 à 800 chevaux sur les bras, sans compter une grande partie de l'armée ennemie, qu'on pouvait déjà entrevoir à distance.

Bien loin de s'étonner, « le Roiy » dit Sully, a prenant accroissement de jugement et de courage dans la grandeur du péril î>, et sentant que s'il succombait dans ce premier choc, ses troupes étant défaites, Mayenne rentrait à Dijon, il s'adressa au comte de Tavannes et aux autres seigneurs qui l'environnaient, il appela à lui tous les siens, les forma en deux troupes de 150 chevaux chacune, donna Tune à la Trémoille, en lui prescrivant d'aller charger d'un côté la cavalerie espagnole, se mit lui-même à la tête de 200 chevaux que venait de lui amener le comte de Tavannes et de quelques compagnies d'arquebusiers à cheval (2). Sans se donner le temps de prendre son casque^ tête

(1) Au nord de la Corvée du Château, sur l'émioeoce en avant du lieu dit aujourd'hui Champ- Mion, non loin de la route de Saint-^Seine.

(2) C'étaient les arquebusiers de Dijon, comme on le verra plus loin.

œMBAT DU 5 JUIN 1595 229

NUE, il appelle par leur nom ses partisans et leur crie : « A moi. Messieurs, et faites comme votes m' allez voir faire (1). » En vain, on lui représente qu'il y avait trop de hasard à se jeter au milieu des ennemis, a £1 est vraij » dit-il, a mais si je ne le fais pas et si je ne m'avance, le marchai de Biron s'en prévaudra toute la vie. »

Il charge le duc d'Elbeuf d'arrêter et de rallier les fuyards, puis il part à fond de train, charge les ennemis et quoiqu'il vît que n'ayant avec lui qu'environ 300 cavaliers, il en aurait près de 800 et six escadrons à combaltre, rien ne l'arrête. 11 renverse le premier corps de cavalerie, enfonce le second, et parvient à rejoindre le maréchal de Biron qui, < blessé à la nuque d'un coup d'épée et d'un coup de lance au ventre, se défendait avec intrépidité avec soixante chevaux qui lui restaient quoique aveuglé par le sang qiii coulait de ses blessures. »

Ces deux charges, celle de la Trémoille et celle du roi furent a tant furieuses et tant opiniâtres (2) », dit Sully, a le Boi se mêlant dansleplus âpre combat et servant d'exemple aux plus hardis, » que les escadrons espagnols étonnés se renversèrent les uns sur les autres, comme en demi route, sur le gros de l'armée de Mayenne, qui, voyant accourir à l'aide du Roi quelquesuns de ses plus vaillants officiers, avec 700 à 800 che-

(1) Saiyant Breunot le Roi aurait crié : « Avancez, noblesse, avancez, suivez votre roi. •

(t) Jusqu'alors on chargeait au pas en colonnes serrées. C'est à Fontaine, dit-on, qu'eut lieu la première charge au trot, ce qu'on appelait alors le petit galop, ce qui explique les mots tant furieuses et tant opiniâtres.

vaux, crut que toute Tarmée royale était là etpensa à la retraite.

Villars-Houdan, dans la mêlée, reconnaît le Roi qui le chargeait lui-mêrae, n'ose combattre contre lui, reçoit un coup de mousquet dans le bras et se retire à Saint-Seine.

La Trémoille, de son côté, fait les plus grands efiorts, et leRoiy donnant l'exemple aux soldats, se jette Vépéc à la main au milieu du corps de cavalerie que commande Sansony renverse tout ce qu'il rencontre^ fait plier les escadrons ennemis, et leur chef paye de la vie sa tentative manquée.

Henri IV, au milieu de cette terrible mêlée, s' eorposa dix fois à la mort. On tenait prêt pour ce prince uu excellent cheval turc sur lequel on l'engageait à se retirer. La Trémoille lui-même le supplie de se ménager, a Je n'ai plus besoin de conseils^ » dit le Roi avec sévérité, « mais d'assistance. D'ailleurs il y a plus de périls à la fuite qu'à la chasse* »

On conseillait de nouveau à Henri IV de se retirer, le danger devenant de plus en plus grand. « Non, » dit-il, « je n'en ferai rien, voyez comme ce brave d'Haussonville se défend vaillamment, je ne le laisserai pas écharper sans le secourir (1). »

Sa présence d'esprit était extraordinaire , il voyait tout, parait à tout, jouant de son épée comme un simple soldat. Au plus fort du combat, dit l'historien con-

(1) D'Haussonville était un Cléron d'une famille originaire d: Franche-Comté, qui s'était transportée en Bourgogne. Les Clériii étaient alliés à la famille de Saint Bernard. Le nom d'ilaussonville .u. a été apporté par alliance avec la baronne d'Haussonville qui était lorraine.

temporain Pierre Mathieu, prenant Mirebeau par le bras, Henri lui dit : « Charge là », ce qu'il fit et la troupe ennemie commença à s'éclaircir et à s'écarter. Presque au même moment, voyant un gendarme espagnol qui se lançait sur les Français, et jugeant que le coup allait porter sur Guilbert de La Curée, seigneur de Montbard, vaillant et pieux seigneur catholique, qu'il appelait familièrement Mo7isieur le Curé, il lui cria de loin d'une voix retentissante : a Garde la Curée ». A la voix du Roi, la Curée se retourne et voit un cavalier prêt à lui passer sa lance en travers du corps, il évite le coup et jette l'ennemi à terre d'un coup d'ôpée (1). En ce moment le Roi, voyant fuir un escadron français, commanda à Roquelaure de courir après pour le ramener au combat. « Je m'en garderai bien, » répondit spirituellement cet officier, « on croirait que je fuis avec eux. Je ne vous quitterai pas, je combattrai à vos côtéSy V action va être chaude et je serai bien aise d'écrire à ma belle amie que j'y étais (2). »

(1) Après Taction la Curée vint trouver le Roi, qui était encore à cheval et lui accolant la cuisse lui dit : Sire, il lait bon avoir un maître comme vous, qui vous ressemble, car il a sauvé la vie au moins une fois le jour à ses serviteurs. J'ai reçu deux fois cette grâce de V. M., Tune en ce que j'ai participé au salut général et la seconde quand il vous a plu me crier: garde /p Cwr^e. Voilà, lui dit le Roi, comme j'aime la conservation de mes bons serviteurs (Bury, tome II, page 390). Guilbert de la Curée était seigneur de Laroche^ conseiller d'Etat, capitaine de cbevau-légers, maréchal de camp. Il mourut sans enfants, à Paris, le 3 septembre 4633.

(2) Roquelaure, Liancourt, de Pisani, du Tresnel, Dinleville, de Mirepoix, du Chauffour, etc... ne quittèrent pas un instant le Roi et combattirent constamment à ses côtés.

Au^i Henri IV répondit-il un jour à l'ambassadeur d'Espagne, surpris de le voir entouré et pressé par une quantité de gentilshommes : sivous m'aviezvu un jour de bataille Us mepressaient biendavantage.

Les cavaliers qui l'entouraient, voyant augmenter le danger, le supplièrent de nouveau de se ménager ; il leur dit : « Arrière ^ Messieurs, je veux briller y » et il se jette de rechef sur Tennemi.

Un auteur contemporain dit qu'à ce moment le Roi s'écria : « A quartier ne m'offusquez pas, je veux paraître », et répée nue il courait de tous côtés pour arrêter les fuyards et les ramener au combat.

Chacun tenait à son honneur de couvrir le Roi. Un brave LdHigrois.Guidon^qui ne le quittait posais garantit de cinq coups de lance. Au plus fort de l'action, le Roi allait encore être percé d'un coup de lance, mais Mainville, qui, lui non plus,ne s'écartait pas de sa personne, et qui avait réservé son coup de pistolet pour le premier qui oserait approcher du Roi, ajusta si à propos rEspagnol, qu'il luiperçalatête.depart en part, de trois carreaux d'acier. Ce coup siffla aux oreilles da Roi, qui assurait n'en avoir jamais entendu d^aussi fort.

Tout pliait devant la valeur de ce héros!

Biron et Elbeuf, ralliant les fuyards, assemblent 120 chevaux, les mènent au Roi et chargeant de nouveau la cavalerie espagnole, la mettent en pleine déroute et la poursuivent jusqu'au bois de TAlleau, peu éloigné de l'armée du duc de Mayenne. Celui-ci, reconnaissant le Roi qui poursuivait ses soldats l'épée aux reins, dit au connétable de Castillè que s'il voulait lui donner 400 chevdLUn il irait àlui et le prendrait. Le connétable, ne pouvant croire qu'un roi de France fût là, sans avoir toutes ses forces à ses épauleSyCrut qu'on voulait le trahir et se retira (1).

(i) Mathieu, Histoire de Henri IV.

Cependant le duc de Mayenne arrêta le désordre avec cinq compagnies de chevau-légers espagnols, qu'il obtint enfin de pouvoir envoyer au secours de ses gens.

"Mais le Roi, conservant admirablement sa présence d'esprit, ne se laissa pas tellement emporter par l'action qu'il n'eût aperçu, à droite et à gauche, deux bois entre lesquels il fallait passer (1), remplis de fusiliers par lesquels il eût couru risque d'être enveloppé. Craignant une embuscade, surtout quand il vit cette ûle de fusiliers dont il eût fallu essuyer la décharge, il fit faire halte à satroupe à laquelle les autres se réunirent.

Il vit aussitôt sortir du bois de TAUeau deux corps de cavalerie qui venaient soutenir l'infanterie ; le Roi rangea alors son monde de manière à bien recevoir l'ennemi, s'il se présentait. Celui-ci, étonné d'une si ferme contenance, s'arrêta un moment. Henri, saisissant cet instant d'indécision, en profita pour regagner en bon ordre le haut du coteau, au Chemin Croisé, d'où il était parti, afin de ne pas se laisser cerner par les différents partis ennemis qui sortaient successivement du bois.

Il opéra ce mouvement, avec tant d'ordre et de supériorité, dit Sully, a que le môme jour et presque au ïnême instant, il remporta Thonneur de la plus belle victoire et de la plus belle retraite dont les fastes de ce règne nous aient fourni l'exemple, d

En revenant à son premier poste (2), le Roi trouva les chevau-légers du duc de Vendôme, le comte de Chiverny, le comte d'Auvergne, les chevaliers d'Oise, de Vitry, de Clermont, de Ricey, d'Aix, d'Heure, deSaint-

(4) Les bois Morot défrichés depuis.

(9) Au haut de la Conrée, non loin de Téglise.

234 HISTOIRE DE FOMTAlNB-rRANÇAlSE

Géran, de Rambure, de la Boulaye, etc., qui arrivaient avec leurs compagnies au nombre de plus de 800 chevaux, car à peine était-il l'heure du rendez-vous (Trois heures du soir).

Il les rangea sur le coteau en arrière, en ordre de bataille et la tradition dit qu'il les fit passer et repasser pour dissimuler leur petit nombre. Les habitants de Fontaine et des pays voisins concoururent à ce stratagème, armés de fourches et de faulx, de sorte que les Espagnols voyant briller ces armes crurent encore à de nouveaux renforts. Persuadé que l'armée française était derrière la montagne, le connétable qui n'avait pas passé la Vingeanne et était resté sur la rive gauche, simple spectateur du combat, n'osa pas recommencer l'attaque et accusant de trahison le duc de Mayenne, fit faire une conversion à son armée et lui fit rebrousser chemin ; l'infanterie s'ouvrit pour donner passage à la cavalerie.

Henri IV, en capitaine expérimenté, se contenta de faire suivre les Espagnols jusqu'à ce qu'ils eussent repassé le bourg de Saint -Seine où était le quartier général du connétable et manda aussitôt le reste de la cavalerie qu'il avait laissée à Dijon.

Le lendemain, 6 juin, il fit suivre l'armée ennemie parle jeune duc de Guise, Charlesde Lorraine, jusqu'à ce qu'elle eût aussi repassé la Saône. Au retour de cette reconduite^ le Roi embrassa le jeune duc qui avait tué de sa main un Espagnol, dont il avait reçu on défi, et lui dit : a II est bien juste que ceux qui trouvent de vieux exemples de vertu devant eux les imitent et les renouvellent pour ceux qui viennent après (1). i

(\) Mémoires de Sully et de d'Aubigné.

COMBAT DU 5 iUlN 1595 235

Les mémoires de Tépoque et la tradition nous appreanentqu'au moment de quitter le champ de bataille, Albert de Gondy, nommé le maréchal de Retz, invita Henri IV à venir coucher dans sa grosse tour de Saint- Seine, où il tenait garnison (1). Le Roi, qui craignait quelque trahison (2), parce que Retz avait été longtemps indécis entre la Ligue et lui, répondit : « Ventre-Saint- Gris, je ne me melspoint ainsi un pourpoint de pierres sur le corps. j> Un auteur lui attribue cette autre réponse, qui au fond diffère peu de la première : ^Croyezmoi je reposerais mal sous la voussure du donjon de votre forteresse, »

Henri coucha au château de Fontaine, alors très fortifié, dans la tour du midi (3) où il était plus en sûreté qu'à Saint-Seine, et certain que ses ennemis ne viendraient pas le chercher là.

Breunotdit que le soir, les Comtois renvoyèrent par un trompette à Henri IV le casque que le maréchal de Biron perdit dans Taclion. Le roi eut un fort long entretien avec ce parlementaire, qui lui parla avec vivacité de rétonnement où Tarmée espagnole avait été plongée par la dernière charge des Français.

La plus grande partie de la France était rentrée sous l'autorité de Henri IV, plusieurs villes de Bourgogne étaient cependant encore au pouvoir des ligueurs,ainsi que le château et forteresse de Montsaugeon, qui, comme Talant, était soumis au vicomte de Tavannes.

(f ) La tour ou donjoD dont une partie est encore debout au bas de SaiQt-Sein&-la*Tour, vers le moulin.

(2) Point historique admis par fauteur d* une comédie, en trois actes, jouée au château de Font ai ne- Française et qui a pour titre : Fin de la Ligue ou Henri' Quatre à la bataille de Fontaine-Française.

[3] C'est la chambre qu'habitait M"* la Marquise de la Tour-du-Pin.

HISTOIRE DE FONTAIBIE-PRANÇAISB

Les Langrois avaient en vain cherché à racheter| forteresse de Monts augeon (qui était une sorte d'éj vantail pour eux) de laquelle on voulait 7.000 comptant et 50 écus payables à terme et en donna des otages. Henri IV avait cependant ordonné Tacqu sition de cette place. Il fallut y renoncer, car on trouva dans TimpossibiUté de se procureur Targei] nécessaire à cet achat.

On lit dans le volume de 1868, Langres sous la gue, par M. T. Pistolet de Saint -Fergeux, ce qui sul relatif à la part que prirent les Langrois au combat di Fontaine-Française.

a Alors les Langrois ayant appris l'arrivée de] Henri IV à Dijon, lui députèrent detix eschevins et deux] bourgeois pour le féliciter, lui exposer l'état de désolation et de misère dans lequel était le pays, lui faire î comprendre la nécessité d'occnj er le château de Montsaugeon, etc. Mais cette députation ne dut pas pou-' voir remplir sa mission, car le lendemain 5 juin, Henri IV partait de Dijon pour aller à la rencontre du connétable de Castille et du duc de Mayenne.

€ Javernault, grenetier de Langres, qui vraisemblablement assistait au combat, raconte que la cavalerie et les volontaires Langrois commandés par Dinteville se trouvaient à cette bataille. Le sieur de Biron, ditil, choisit six vingts chevaux pour choquer des premiers, une bonne troupe de nos Langrois furent choisis par luy en cette occasion. Les trompettes sonnèrent la charge, on donna avec tant de force sur Tennemy que deux de leurs gros escadrons furent percés à jour, etc. Le sieur de Dinteville combattit fort vaillamment avec nos Langrois. L'un fut plusieurs fois à la charge à cause que la cavalerie du sieur de Tavanes n'estoitpas

arrivée. Sa Majesté fut presque blessée et engagée, elle fut garantie de cinq coups de lance par un soldat langrois qui en reçut deux au bras et à la cuisse. Sa Majesté ayant vu ce soldat qui avoit si bien fait le voulut avoir à sa suite, mais quoique vaillant il n'estoit pas propre pour suivre la court et se contenta qu'on le fit panser de ses playes (par le chirurgien du Roy) ; estoit de la famille des de Guidon qui a fort bien fait pendant ces troubles. Notre trouppe langroise y fit merveille et y gagna une Cornette sur les Espagnols et nos gens la porloient à leur retour à Langres comme en triomphe. Ce combat fait les autres trouppes du Roy arrivèrent mais trop tard,

< Il y avoit à Fontaines deux Langrois frères, dits lesGaméries (1), nommés l'un la mort^ l'autre V amour ^ qui combattirent généreusement et ne demandèrent pour récompense au Roy que déporter Vépée toute leur vie.

« Pendant que le Roy séjourna à Fontaine-Françoise, ses mulets vinrent quérir des vivres et munitions à Langres.

« Il mourut grand nombre d'Espagnols en ce combat, et il y eut plusieurs des leurs prisonniers. Pour le connétable il se retira avec son armée à Gray. Cette victoire donna cœur aux serviteurs du Roy et le fit faillir à la Ligue (2). »

Tabouret ajoute à ces détails : « Un nommé de la Margelle de Rolampont, village appartenant au chapitre de Langres, se fit réputer par sa vaillance et blessures,

(4) 11 existe encore à Langres une famille de ce nom et aussi à Percey-le- Grand (Haute-Saône).

(2) Javernault, page 138.

238 HisTOine de fontaine-prànçaisk

retint et erapescha le Roy de se trop avancer en la chaleur de son courage (1).

« Une grande partie du succès de la bataille de Fontaine-Françoise, dans laquelle un petit nombre de soldats arrêtèrent et mirent en fuite Tarmée espagnole, fut dû à la valeur des Langrois. Henri IV courut les plus grands dangers. Il ne dut probablement son salut qu'à ce soldat langrois qui le couvrit de son corps et ne demanda pour toute récompense qu'à être guéri de ses blessures. Ainsi, après avoir, depuis le commencement de la Ligue, conservé leur ville au roy en exposant sans cesse leur vie et en sacrifiant leur fortune, les Langrois terminaient et couronnaient leur longue et héroïque défense de lalégitimité parla victoire de Fontaine -Françoise, et rentraient en triomphe dans leur ville en portant un drapeau pris à l'ennemi, après avoir sauvé la vie à leur roy, pour lequel ils avoientsi longtemps souffert et combattu.

« La victoire de Fontaine-Française apporta le découragement chez les ligueurs. Le château de Dijon capitula, et le vicomte de Tavanes voyant qu'il ne pouvait plus être secouru par les Espagnols, consentit à ouvrir les portes de Talant et à faire sa soumission, à la condition qu'on lui donnerait 10,000 écus, et qu'il serait maintenu dans la dignité de Maréchal de France qu'il avait reçue de la Ligue. Mais, chose étonnante, malgré sa soumission, il conservait encore le château de Montsaugeon. Alors, pendant que sa majesté séjournait à Dijon on crut que c'estoit le temps pour retirer le chasteau de Montsaugeon, on députa le lieutenant

(i) Histoire des saintes reliques et événements de Langres, page

Roussat et le grenetier Javernault pour supplier sa majesté d'avoir pitié du peuple Langrois et d'assiégercette place qui la ruinait (1). Sa majesté oyant nos plaintes, respondit qu'un siège cousteroit trop si Ton s'amusoit devant et ainsy on composa avec ledit vicomte à 43 mil escus qui furent payés par une constitution à rentes sur le sieur de Gommes, et l'autre partie fut levée sur 2 cens bourgeois entre lesquels le sieur Javernault ne fut pas oublié. Cette place fut rendue à composition et razée et le grenetier fut commis à la démolition. Nos ouvriers trouvèrent l'invention de la ruiner en peu de temps, sappant la muraille, l'appuyant sur des pilliers de bois et puis avec un grand bélier de bois, à la mode des anciens Romains, on la faisoit tomber à Tinstant, autrement elle ne vouloit pas tomber, tant ce chasteau estoit bien basty. La démolition de cette place apporta bien du contentement à nos bourgeois quelle avoit tant incommodés (2). »

Le Roi se loua particulièrement de Grammont, Bellegarde (duc de), Gouffier, Mirebeau, d'Elbeuf et de plusieurs autres qui avaient abattu la rosée devant luy (Girault, 1822).

Parmi les seigneurs qui se sont le plus signalés, on doit citer le baron de- Chantai, époux de sainte Chantai, quijblessé sous les yeux de Henri IV,pritparson courage une bonne part au succès de la journée (3). Il est bon de

(1) Ea eOet cette partie du Bassigny était le grenier de Langres. Les MoDtsaageonnais laissaient tranquillement les Langrois semer leur blé, leur orge, cultiver les vignes, mais quand le moment de la récolte arrivait, c'était à coups de canon qu'on recevait les Langrois et ceux de MoDtsaugeon s'emparaient de tout.

(3) Langres pendant la Ligue. Pistolet de Saint-Fergeux. 1868.

(3) Histoire de sainte Chantai, pdivV abbé Bougaud.

citer encore un des ancêtres de M""^ la marquise de h Tour-du-Pin, du côté des Monaco, Jacques de Matignon (dont le portrait en pied se trouve le deuxième à gauche dans le petit salon du château),comte de Thorigny, baron de Saint-Lô, comte de Mortagne, maréchal de France, etc., mort en 1597.

Dans un article, non signé, du Petit Bourguignon, journal de Dijon, 1" juillet 1883, on lit le passage suivant : « La plupart des arquebusiers dijonnais combattirent vaillamment le 5 juin 1595, aux côtés de Henri IV à Fontaine-Française. Pour les récompenser le Roi confirma sans coup férir leurs privilèges, leur confia la garde de sa personne tout le temps qu'il demeura à Dijon et alla avec eux tirer Toiseau au-dessus de ce vieux peuplier désigné de nos jours sous le nom de gros arbre de l'Arquebuse. »

Les habitants de Selongey avaient aussi donné ayde et appui au Roi. Antoine de Billebaudet, seigneur de Selongey, fut député de ce bourg pour aller complimenter Henri IV sur la victoire de Fontaine-Française et lui présenter vingt feuillettes de vin. Ce présent fut agréable à ce prince, qui érigea de suite en fief le domaine de la Charmoille, en faveur de Billebaudet; et depuis, en reconnaissance du zèle des habitants pour son service, leur accorda, par lettres patentes de 4598, conservées dans les archives, la marque des vins de Selongey, une S surmontée d'une couronne^ <ipotir empêcher la fraude des voisins et des marchands » .

Je trouve ici l'occasion, dont je suis heureux de profiter, de raconter l'origine de l'établissement dans nos pays d'une des plus honorables familles : celle des Bonneviot, de Pouilly-sur-Vingeanne.

Un Bonneviot, né à Pau, officier à la suite du rcM

Henri IV, prit une grande part au combat de Fontaine- Française. Il fut probablement blessé et recueilli dans la maison de M. Quirot» alors tabellion royal à Pouilly. Il se maria avec la fille de ce notaire et fut la souche de la famille Bonneviot, dont plusieurs membres existent encore. Cette famille des plus considérées a rendu de grands services au pays.

Le soir, le Roi, se reposant et devisant sur les événements du jour disait, en riant, àBiron : «Je Vai échappé belle; fai été aujourd'hui votre compère et votre par^ rain. »

Cest alors qu'il écrivait à sa sœur : « Ventre-Saint^ Gris, vous avez pensé (failli) être mon héritière. Dans d! autres occasions fai combattu pour la gloire mais dans celle-ci j ai combattu pour la vie. »

Henri IV resta le 6 juin à Fontaine-Française et partit le 7 pour Dijon t tout content »• disait-il, « et tout victorieux ».

On n'est pas d'accord sur les pertes du combat de Fontaine-Française.

Dom Plancher dit que le Roi etBiron profitèrent avec tant d'avantage de leur adresse dans la manœuvre, qu'on prétend que dans cette action il n'y eut que quatre morts du côté des Français, tandis que de celui des ennemis il y en eut 160^ beaucoup de blessés et 60 prisonniers.

Dutillet dit que cette affaire brillante ne coûta que six personnes aux Français, du nombre desquels de Rampon^ gouverneur de Beaune, et le maire de Nuits; ainsi que le baron de Thenissey du côté du duc de Mayenne (1). Les ennemis perdirent 120 hommes, eurent 60 prisonniers et 200 blessés.

(4) Mémoires inédits du Procureur Claude Sulloi,

Villars-Houdan étant du nombre de ces derniers, le Roi lui fit remettre un sauf-conduit pour se rendre à Chalon-sur-Saône, et s'occupa de la sépulture des morts, parmi lesquels furent reconnus les seigneurs ligueurs d'Oiselay, de Conflandey et de Chavannes.

Cependant le curé de Fontaine, dans le registre des naissances, conservé aux archives de cette commune

porte : « le cinq juin 4595 fut baptisé et tout après,

sans que la phrase soit à la ligne, t et rencontre et escarmouche fut faicte des armées des roys d'Espaigne et de France^ luy présent (Henri IV) en furent tués environ 50 homnes de part et d'autre {i). » Ce jour-là le curé fit trois baptêmes et il libella ainsi le troisième: « Led. jour fut baptizé Claudine, fille de François Guchon de Sacquenay réfugié en ce lieu pour les armées des rois d'Espagne et de France estant en ces païs, dont la rencontre fut faicte en ce finage ou il y eut escarmouche faicte dont on enterra au cimetière de céans

XVII et dix en Téglise le parrain dudict Lombart

fils, la marraine Claudine, femme de M. Pierre Labotte. »

Le nombre peu élevé des morts étonnera moins, si on se rappelle que la cavalerie a joué le principal rôle. L'histoire rapporte qu'à la bataille de Braineville, entre Louis VI dit le Gros, roi de France, et Henri I, roi d'Angleterre, laquelle amena le traité de Gisors, en 1196,il y eut trois hommes tués et le vainqueur, Louis VI, manqua de faire le quatrième.

Il en arriva de même au combat de Fontaine-Fran-

(1) On croit que le curé était ligueur, ce qui expliquerait la brièveté de son récit.

COMBAT t>i/ 5 JUIN 1595 243

çaise, où Henri IV manqua, comme Louis le Gros, d'être aussi au nombre des morts.

La tradition nous apprend en outre qu'une partie des tués» probablement les protestants et les Espagnols, furent inhumés à côté de la fontaine de Pré Morot, entre le petit monument et le chemin de desserte au levant. Il faut bien croire qu'une partie des morts, la plus forte, a été enterrée sur le champ de bataille, puisque

le curé qui dit d'abord « en furent tués cinquante

hommes de part et d'autre », ajoute plus loin. . . (n on en enterra XVII au cymetière de céans et dix en réglize »

Un sieur Lebarry était échevin ; il alla, après Taclion, haranguer Henri IV avec cinq jurats de Fontaine, lorsque le roi rentrait au bourg. Lebarry, peut-être ligueur, ne sachant pas qui l'emporterait des Espagnols ou des Français, avait préparé deux discours écrits. Un peu ému et embarrassé, il se trompa de papier et débita à Henri IV ce qu'il avait préparé pour Mayenne, Honteux, il s'écria : a Ah! pardon^ Sire. » « Bien, Bien, » lui dit le Roi, « Vintention était bonne^ mais mon cousin Mayenne est bien loin maintenant :».

Le rusé compère avait mis deux cordes à son arc.

Les gens de Fontaine et de Fontenelle fournirent, dit-on, trente hommes de milice à Henri IV (ceux qui probablement^ comme il a été dit plus haut, passaient et repassaient au-dessus de Beauregard). Il fut si satisfait de leur conduite qu'il confirma leurs privilèges, tel que celui qu'ils possédaient déjà de s'approvisionner de sel de Salins, et diverses autres immunités. Il leur accorda, dit-on encore, certains droits de pêche et de chasse dont ils ne profitèrent pas longtemps, car en 1636 la contrée fut ravagée, le bourg détruit en par-

tie et inhabité pendant plusieurs années. Ces derniers privilèges tombèrent en désuétude.

La tradition nous apprend encore que trois des habitants de Fontaine furent tués au combat du 5 juin : 1" un sieur Couturier, dont la fille reçut du roi une pension annuelle de 300 livres, mais qui fut remplacée par l'achat d'une maison où se trouve aujourd'hui celle de David Tarboché, vers l'école ; 2^ le fils d'une veuve dont on ignore le nom ; elle fut aussi pensionnée ; 3* et un étranger habitant momentanément Fontaine.

Quoi qu'il en soit, dit Larousse, a si la victoire de Fontaine-Française ne procura à Henri IV aucun avantage immédiat, car il revint sur ses pas après avoir fait parcourir et ravager la Franche-Comté pendant deux mois, elle prouva à la Ligue que son règne était passé et à Philippe II, roi d'Espagne, qu'il fallait abandonner les rêves de suprématie européenne qu'il avait caressés si longtemps, et pour la réalisation desquels il avait compromis la prospérité et la force de l'Espagne (1). i

Cependant d'Haussonville et Tremblecourt s'étaient approchés de Gray où était le connétable, et peu s'en fallut que le 12 juillet il n'y eût une bataille générale.

Henri IV demeura jusqu'au 13 juin à Dijon, s'occupant de la pacification de la province.

Il en confirma le gouvernement à Biron, partit pour la Franche-Comté à la tète de vingt-cinq mille hommes et de là se rendit à Lyon, où il reçut les lettres de son absolution de la part de la cour de Rome (Girault, 1822).

On peut remarquer que la première bataille à laquelle Henri IV, qui n'était alors que roi de Navarre,

(I) Dictionnaire deLaroussey col. 8, p. 574.

prit part, se donna à Arnay-le-Duc, sous Coligny, le 27 juin 1570. Henri n'avait alors que seize ans. Il fit des prodiges de valeur qui aidèrent beaucoup au succès de cette journée, où il courut les plus grands périls (1).

La dernière fois qu'il combattit en personne, ce fut à Fontaine-Française, où il affronta encore les plus grands dangers (2).

Ces deux faits d'armes l'attachèrent beaucoup à la Bourgogne.

Henri IV rentra à Dijon le 7 juin, vers les 10 heures du matin, par la porte Saint-Pierre, non loin de

(Ij Dans sa vie militaire Henri IV eut trois batailles rangées, cent quarante combats, trente-cinq rencontres et un grand nombre de sièges (I^enoir, Musée des monuments français).

(2) Malte- Brun dit dans la France t7/ii«/r^«, chapitre de la Côted'Or: « Arnay-le-Duc est surtout célèbre par Ja bataille qui y fut livrée, le 27 juin 1570, entre l'amiral de Coligny et le maréchal de Cossé-Brissac. C'est là que Henri IV, alors seulement roi de Navarre, fit ses premières armes. Animés par la présence de ce jeune prince (46 ans) et de son cousin Condé, 4,000 protestants, sans canons, sans bagages, harassés par huit jours de campagne et de marches coQtinuelles, se défendirent avec succès contre 42.000 catholiques et s'ouvrirent un passage jusqu'à la Charité- sur- Loire.

« Le terrain où était placée la tente d'Henri IV s'appelle encore aujourd'hui le Pâtis au Roy. «

Lamotte Fénélon parut surpris de ce que Henri, si jeune, prenait part dans cette guerre avec son cousin le prince de Condé.

< C'est, • répondit Henri, « que mes ennemis en veulent à toute la branche royale des Bourbons : nous voulons mourir tous ensemble pour éviter les frais du deuil. >

S'entretenantunjour delà bataille d'Arnay, il disait: a mes premiers exploits d'armes sont à Arnay où iî était question de vaincre ou dêtre pris. A dix pas de moi fut tué un cavalier d'un coup de couleavrine; mais recommandant à Dieu le succès de cette journée, il la rendit heureuse. » Girault, 1822.

246 HISTOIRE DB PONTAINE-FBANÇAISE

laquelle on avait élevé un arc de triomphe où était son portrait avec ces quatre vers :

Sire, votre DijoD échappé du naufrage

Et tiré du péril des écueils Ibérois,

Encore tout dégoattant aux rivages François,

Sèche ses moux habits au pied de votre image (I).

Il alla de suite à la Sainte-Chapelle remercier Dieu du succès de ses armes. Un Te Deum y fut chanté en actions de grâces, et le roi écrivit à sa sœur. Madame Catherine, la lettre suivante :

c Dijon, 7 juin 1595.

« Ma chère sœur. Tant je vay en avant tant plus j*admire la grâce que Dieu me fit au combat de lundy dernier où je pensois n'avoir desfait que douze cents cbevdulx,mais il en faut compter deux mil. Le connestable de Castille y estoit en personne avec le duc de Mayenne qui m'y virent et cogneurent toujours bien, ce que je scais de leurs trompettes et prysonniers.

« Us m'ont demandé tout plein de leurs capitaines Italiens et Espagnols lesquels n'estant point prysonniers, fault-il qu'ils soient des morts qu'on a enterré», car je commandai le lendemain qu'ils le fussent.

« Beaucoup de mes jeunes gentilshommes me voyant partout avec eulx ont faict feu en ceste rencontre et y ont montré de la valeur beaucoup, et du courage, entre lesquels j'ay remarqué Grammont, Termes, Boissy, la Curée et le marquis de Mirebeau, qui, fortuitement s'y trouvèrent sans autres armes que leurs baussecols et gaillardets et y firent merveilles. Aussi y en eust-il d'autres qui ne firent pas si bien et beaucoup qui firent très mal. Ceulx qui ne s'y sont pas trouvé y doivent avoir

(I) Courtépée, vol. I, page 234.

eu regret, j'y aye eu affaire de tous mes bons amys et vous ay vue très près d'estre mon héritière.

« Je suis à cette heure devant le chasteau que les ennemys après avoir joinct leurs forces, font estât de secourir encore une fois. Mais Dieu leur a desjà esté UD grand moyen et m'a donné un si grand pied sur eux, qu'ils auront tous besoin de se défendre et non de m'affaiblir, quand j'aurai passé avec eulx, comme je me délibère .

« Je me porte bien, Dieu mercy, vous aymant comme moy même. « Henry (1). »

Henry IV écrivait en même temps qu'à sa sœur aux Cours du parlement et autres séantes à Paris, que : € moins de deux cents chevaux avoient empesché, sans aucun ruisseau entre deux, une armée de dix mille hommes de pied et deux mille chevaux, d'entrer dans le royaume de quoi il falloit en donner gloire à Dieu, de la main duquel ce grand bien étoit parti. » Et pour Ten remercier, il les invita à faire faire une procession générale qui eut lieu le dimanche suivant, à Paris et à Dijon.

Pour terminer ce récit, je copie la lettre qu'Henri IV écrivait, le 8 juin, de Dijon au connétable Anne de Montmorency.

« Mon cousin, je vous escrivis par Charles mon partement de Troyes et à Toccasion d'icely vous prianst de vous advancer a Mascon. Depuis je me suis rendu en cette ville en quatre jours où le lendemain que je fus arrivé qui fut dimanche dernier, je fus adverty que le connétable de Castille accompagné du duc de Mayenne et renforcé de son frère passoit la rivière de Saône avec son armée pour venir secourir le chasteau

(I ) Becueil des lettres missives de Henri IV, tome IV, pages 363 ef 364.

248 HJSTOIRB DE PONTAINE-rRANÇAlSB

de cette ville qui fut cause que je montay a cheval le jour d'après suivy de mon cousin le mareschal de Biron et de sept à huit cens chevaulx pour aller sur les lieux recognoistre son desseing et je pouvois faire quelqueiïet dont est advenu que voulans prendre mes my logis sans avoir advis certain lieu de raultre, nous nous sommes rencontrés plutost que nous n*es* périons et de si près que mon dict cousin le mareschal qui menoit la première troupe a esté contrainct de charger ceulx qui s'étoient advencés et moy de le soutenir, mais notre désavantage a esté que toutes mes troupes n'estoient encore arrivées et joinctes à moy, car je n'avais que deux à trois cens chevaulx au lieu que lesennemys avoient toute leur cavalerie ensemble qui en faisoit plus de mil a douze cens, dressés par escadrons avec leurs cavaliers devant et a leurs ailes en ordre de combattre. Toutefois mon dict cousin ne les marchanda point et les ayant chargé croyans qu'ils le renversoient pour estre la partie trop mal faicte, j'en voulus estre et m'y meslay si avant et heureusement grâces à Dieu avec ceux qui me suivoient que nous les avons mis en route. Mais je vous asseure que ce n'a esté de la première charge, car nous en avons faict plusieurs et si j'eus eue avec moy le reste de mes forces j'eusse sans doute défaicte toute leur cavalerie et peut être leurs gens de pied qui estoient en bataille derrière les aultres ayant a leur teste ledict connétable de Castille. Mais no? forces estant si inégales que je ne pus faire aultre chose que de faire fuir ceulx qui ne voulaient combattre après avoir taillé les aultres en pièces comme nous avons faict, ou je vous puis dire, mon cousin que mon dict cousin le mareschal de Biron et moy avons bien mené les mains. Il y a esté blessé

œMBAT DU 5 JUIN 1595 249

a la teste d'un coup de coutelas à la seconde charge car luy et moy n'avions rien que nos cuirasses pour n'avoir eu loisir de nous armer davantage tant nous fumes surpris et pressés. Toutefois mon dict cousin ne laissa pas après sa blessure de retourner à la charge encore 'par deux ou trois fois comme je fis de mon costé. Enfin nous avons si bien faict que le champ et leurs morts nous sont demeuré jusqu'au nombre de cent ou six vingts et autant de prisonniers de toute qualitef dont le dict connestable a pris tel delfroy qu'il a aussitôt repassé la Saône et m'a-t-on rapporté que ce n'a esté san reprocher au duc de Mayenne qu'il l'avoit abusé par ce qu'il ne luy avoit dit ma venue en ce pays. Le dict duc a vue renversé et battu ses gens accompagnez de quatre a cinq cens chevaulx frais oultre les aultres troupes qui les soutenoient sans s'esbranler aultrement que pour se retirer.

a Ce combat s'est faict entre Fontaines et Sainct- Seine sur la rivière de Vingenne si véritablement le dict Connestable ne s'attendait pas de me rencontrer, mais seulement le dict mareschal de Biron, lequel il espéroit chasser de la ville facilement à la faveur de leur chasteau et du fort de Talent que tient encore le vicomte de Tavannes, assisté d'aulcuns habitants de la ville qu'ils estyment leur estre encore affectionnez comme peut estre il leur fut suadé si je n'y fusse arrivé si à propos que j'ai faict. Mon cousin, en vérité, Dieu nous a assisté et favorisé extraordinairement et ayant le lendemain recognue et vérifié leur retraicte, je suis reTenu aujourd'hui en cette ville.

« Escript à Dijon, le vm® jour de juin 1595.

« Henry. »

250 HttToaui os voirrAna-nunçutt

Le môme jour, le roi écrivit mie seconde lettre ty connétable et le 9, il en écrivit encore une à M. de Plessis, sur le même sujet. Sa dernière écrite de Dijon, est à M. de Haranbure: c Haranbure, pendesvous de ne vous estre point trouvé près de moy en ud combat que nous avons eu contre les ennemys, oo nous avons faict rage, mais non pas tous ceulx qui y estoient avec moy. Je vous en dirai les particularités quand je vous verray.

« Ce vui juin, à Dijon. Henry. >

Mayenne, battu en personne à Fontaine-Française, s'étant retiré à Cbalon- sur-Saône, où il avait des partisans, ne tarda pas à négocier sa réconciliation. Le roi lui accorda une trêve au mois de septembre 1595.

Un traité du 11 janvier 1596 mit fm à la guerre et le 31 du même mois, Mayenne, accompagné de six gentilshommes seulement, alla à Moiitceaux se jeter aux pieds du roi qui le releva et le serra dans ses bras, rassurant « qu'il ne doutait nullement de sa foi ni de sa parole ii.

Dès 1589, les partisans royalistes du Parlement de Dijon s'étaient réfugiés à Flavigny, puis à Semur, où vinrent les rejoindre les partisans des autres cours souveraines, et d'où ils revinrent à Dijon après la sou* mission de cette ville. Leur retour dans la capitale de la province, après la victoire de Fontaine-Française, fut une véritable marche triomphale.

Pour rappeler le souvenir de la bataille de 1505, outre le pont qui porte cette inscription : Hic Henricus Magnus Hostes Debellavit, les élus de la province avaient fait élever un monument (aujourd'hui restauré) sur la Fontaine dite de Pré Morot ou de Henri IF, sur

COMBAT OU 5 JUIN i595 251

le lien même de la principale action du 5 juin* Plus tard, sous l'administration du préfet Guiraudet, vers 1806, la commune fît reconstruire la fontaine de Pré Morot, telle qu'elle est encore. Le portique faisant face à la route porte en fronton ces vers de la Henriade :

BoQ prince, grand guerrier, Il fainquit ses rivaux et sut leur pardonner.

Sur la frise, on lit en gros caractères :

Page 1