ÉPOQUE GAULOISE ET ROMAINE
toachait au nord et à l'Ouest celui des Eduens et comprenait le Tonnerrois, le Bassigny et le CMlillonuais. Leur capitale était Andematunumy aujourd'hui Langres, du nom de ce peuple.
Je viens de dire que les Druides (1) étaient les prêtres des Gaulois. Ils étaient aussi leurs chefs suprêmes et exerçaient un empire tel qu'on regardait comme scélérat et déchu de sa qualité d'homme celui qui osait contrecarrer leurs décisions.
Ils étaient divisés en quatre classes (2): Les SarronideSy qui enseignaient la jeunesse et rendaient la justice ; les Bardes qui chantaient les exploits des peuples ; les Eabages ou Vates, augures et devins qui présidaient aux sacrifices, et les Vacies, philosophes et prêtres.
Dans le pays des Eduens, ils habitaient Talant ; la Lingonie tirait également ses druides du même lieu .
Les druides avaient en tout temps et en tous lieux une influence considérable sur les peuples. Aux jours de bataille^ls se tenaient toujours aux premiers rangs, animant les combattants par leur présence et surtout par leurs ordres.
Leur religion excluait tout temple : leurs cérémonies se faisaient dans les forêts. Le chêne était un arbre divin sur lequel on récoltait, avec une serpette d'or, le Guy ^ cette plante sacrée, talisman vénéré contrôles accidents et les maladies. Le grand prêlre avait seul
(4) Ce nom de Druide vient d'uo mot grec qui veut dire Chêne. De là la Suprême Majesté et de Tarbre et du prôlre. Ils étaient électifs; leur costume consistait en une grande robe blanche et ils portaient toute leur barbe.
(2) Aoattase de Langres, 1649.
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le droit de le couper et le distribuait aux populations au commencement de Tannée.
Ce sont les Kymries, en envahissant la Celtique, qui y introduisirent le Druidisme^ cette religion sanscrite par sa cosmogonie et grecque par son rite.
Les Gaulois reconnaissaient Tunité de TEtre suprême, Uimmorlalité de rame et la résurrection. Ils étaient tellement imbus de cette dernière doctrine i qu'ils brûlaient, avec le corps du défunt, le compte exact de ses affaires et jetaient sur le bûcher des lettres qu ils lui écrivaient, pensant qu'il les lirait.
Des religionnaires leur prêtaient même de l'argent dont ils ne devaient demander le paiement que dans l'autre monde. Quand on les enterrait, on plaçait avec eux leurs armes, leurs vêtements et des objets précieux pour leur faciliter l'entrée dans l'autre vie et la leur rendre plus agréable.
Les druides, qu'Appien appelle contempteurs de la mort ou espérance d'une autre vie, enseignaient aux peuples de la Gaule à adorer Dieu, à ne faire jamais le mal, à se distinguer par la bravoure et à mépriser la mort. Tels étaient les points fondamentaux de leur morale.
Le principal Dieu des Gaulois était Teulatès, Tùdhad-hès, qui signifiait Dieu père des hommes.
Ils croyaient à la métempsycose (passage de Tàme d'un corps dans un autre), aussi est-il remarqué par Golut, livre X, c. lxvi, d'après Aspicuel, tome III, « qu'ils tenaient que la Vierge Marie, Mère de Dieu, devait enfanteir, bien que Vierge en son enfantement, devant et après, et qu'ils lui avaient dressé un autel à Chartres avec cette inscription: Virgini Pariturœ^ et un autre à Talant, leur demeure habituelle j>.
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Malheureusement les sacrifices humains n'étaient pas rares. On croyait ainsi apaiser la colère de Dieu.
Le sacrifice consistait tantôt à brûler vives les victimes dans une sorte de statue d'osier, représentant le Dieu à calmer, tantôt à les égorger sur des dalles brutes (dolmens) posées en forme de table sur deux pierres debout.
Le séjour des druides est incontestable dans nos pays, de tous côtés des noms de climats, de lieuxdits, de ruisseaux les rappellent : je citerai le ruisseau de la Douys, entre Courchamp et la Romagne, le lieu appelé en Drouys sur Sacquenay, anciennes carrières au milieu d'immenses forêts, où on a trouvé plusieurs dolmens ; et puis beaucoup d'expressions celtiques dont je parlerai plus loin, telles que la Vàte, la Vaite, etc.
n est ainsi bien des lieuxdits qui témoignent encore dans nos contrées du séjour des Celtes et de leurs druides. Le climat de Fads (Fées) (1) sur le chemin de Chazeuil, où est bâtie la ferme de ce nom ; la roche des Faâs, à Pouilly, le moulin de Faâs, à Courchamp; la VaitBy sur Fonlenelle, de Vates^ Fatidica (Fée), ou de ValeSy augures et devins parmi les druides. Il esta remarquer à l'appui de ce qui précède que plusieurs usages gaulois se sont conservés dans notre pays. Ainsi on clouait et on cloue encore, à la porte des maisons, les tètes d'oiseaux de proie ou d'autres animaux carnassiers. Cet usage vient de ce que les Gaulois, nos pères, et les Francs coupaient la tête de
(4) Les fées, femmes devineresses qui accompagnaient toujours les rmées gaoloises» les précédaient quand elles étaient en marche pour consulter les augures et ordonner le combat ou Tempécher.
leur ennemi tué en guerre et l'attachaient comme trophée à la porte de leur maison.
La loi des Francs-Saliens contenait une défense expresse d'enlever les têtes placées ainsi à l'entrée des maisons.
Un autre usage qui, s'il est modifié, n'est nullement perdu, consistait en marques de joie que les Gaulois manifestaient à Tinhumation de leurs parents.
û Bien loin, dit Gourtépée, d'accompagner leurs funérailles de pleurs ou de quelques marques de deuil, ils les faisaient suivre d'un festin de réjouissance qu'ils donnaient aux principaux assistants, ce qui a fait croire à quelques auteurs qu'ils mangeaient leurs morts. » Ges réjouissances étaient la conséquence de leur croyance à l'immortalité de l'âme et à un séjour bienheureux après la mort.
Or cet usage se retrouve en partie dans les mœurs actuelles (4).
Dans bien des localités peu éloignées de Fontaine, après Tenterrement, les parents, les amis du défunt, non pas seulement les étrangers, mais ceux de la localité, se réunissent dans la maison mortuaire où un repas, quelquefois très copieux, souvent trop animé, presque joyeux, termine la cérémonie commencée avec toute la tristesse, les pleurs et les gémissements naturels en pareille circonstance.
Les monnaies gauloises, dont j'ai trouvé des échantillons sur notre territoire, avaient le cheval pour marque la plus ordinaire. Cependant l'animal le plus estimé de la Gaule éduenne était le cochon. G'était son
(4) Si je mentionne cet usago, qui est à peu près général, c'est tout simplement pour que le lecteur en connaisse l'origine.
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sym&ole. Quand les Romains eurent donné aux Éduens des lettres de fraternité^ ils prirent une laie pour em-r blême, comme on le voit sur la plupart de leurs médailles.
Après la prise (ÏAli$e (1), en Tan de Rome 701 ou 53 avant J.-C, Jules César devint maitre absolu de la Gaule et la mit sous la domination des Romains» qui en restèrent maîtres pendant environ quatre siècles et demi. Tout .y prospéra : lettres, commerce, industrie, sciences et arts. Les monuments romains si nombreux en France en sont une preuve évidente.
Les Gaulois adoptèrent alors les mœurs, les coutumes et la langue des Romains, la langue latine.
Avant cette époque, le langage grec était en usage et le seul employé pour les actes publics et les registres de la nation.
C'est pendant la domination romaine, vers Tan 178 de notre ère, sous le règne de Marc-Aurèle, que le christianisme fut prêché dans nos pays, d'abord par saint Bénigne, à Dijon.
Le druidisme fut attaqué de toute part, et bientôt la religion du Christ fut la seule pratiquée (2). Cette
(t) On a supposé (Defoy, 4863) que le combat de cavalerie que Verciogétorix livra à César, dans le Langrois, a eu lieu dans les plaines des environs de Cusey. On a en effet trouvé, lors d*un curage de la Vingeanne, des milliers de fers de chevaux romains. L'auteur en a TU charger des t(»mbereaux. L'armée de Vercingétorix devait probablement s'étendre jusqu'à Sacquenay, où elle occupait trois points : la Côte, le Soc et Mootormentier. On croit encore distinguer, au-dessus du plateau de la Côte, des restes de fortifications gauloises. Dans ce combat, disent les auteurs, César manqua d'être pris; il y perdit mAffle son épée que les Gaulois suspendirent comme un trophée dans tto de leurs temples.
(2) Courtépée dit que Claude II, vers 269, acheva d'exterminer les druides, et de les chasser entièrement des Gaules. Cependant leur re-
nouvelle religion, toute de paix et de conciliation, adoucit les mœurs, supprima les sacrifices sanglants et jeta les bases de la civilisation dont nous nous enorgueillissons aujourd'hui.
Dès le commencement de la conquête toutes les Gaules, et nos pays en particulier, furent sillonnées de voies, routes, levées ou chaussées dites romaines.
Celle qui nous intéresse le plus est la grande Via Agrippa^ cette voie de Langres à Genève, qu'Agrippa, gendre d'Auguste et gouverneur pour lui dans les Gaules, fit commencer 1 an 742 de Rome ou douze ans avant J.-C, pour établir une communication directe entre laLingonie et THelvétie, s'embranchant à Vauxsous-Àubigny, sur la grande voie militaire de Langres à Lyon. Elle passe sur le territoire de Sacquenay, entre Chazeuil et Chaume, sépare les territoires de Bourberain et de Fontaine-Française, touche Bessey, où elle fait presque un demi-cercle pour contourner une ancienne ville romaine, facile à reconnaître, s'approche de Blagny, traverse les territoires de Mirebeau, Pontailler, franchit la Saône, arrive à Poligny, passe par-dessus le mont Jura et aboutit à Genève.
Ce fut cette route que suivit l'empereur Claude, à son retour de la conquête d'Angleterre, lorsqu'il se rendit en Italie, et sur laquelle il fit placer des colonnes milliaires^ 43 ans après J.-C, semblables à celle qui a été trouvée vers Sacquenay et qui est actuellement au musée des antiquités à Dijon. Ces colonnes indiquaient les distances par milles (1).
ligioo, comme toutes celles qui sont bien enracinées dans la croyance des peuples, survécut à Claude, clandestinement, il est vrai ; et ce n'esl que longtemps après qu'elle disparut complètement. (1) Le mille romain était de 750 pas, environ 600 mètres. La lieac
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Les voies romaines étaient presque toujours tracées en ligne droite^ élevées au-dessus du sol^ soit pour dominer le pays alors couvert de broussailles, soit pour servir de rempart. Le plateau supérieur avait de 5 à 7 mètres de largeur, était bien bombé et toujours entretenu avec soin (1).
En général elles se composaient de trois lits : le stratumen, couche inférieure, en grosses pierres, le rtidus, pierres rangées à la main en hérisson à lits superposés et souvent liés avec du ciment ; enfin Varena ou lit supérieur en sable et gravois. Telle est la construction de notre voie Agrippa comme il est facile de le constater sur bien des points.
La Gaule doit à l'empereur Probus (de 276 à 282) la replantation de ses vignes, que Domitien avait fait arracher, les patriciens de Rome et dltalie voulant se réserver le monopole du commerce des vins. Ainsi la création des riches vignobles qui font la renommée du sol bourguignon remonte au règne de cet empereur.
Sous le même Probus, en 276, la Gaule était tellement abandonnée que TEmpereur fut obligé d'envoyer des hommes et des bœufs de la Germanie pour arriver à remettre les terres en culture.
L'empire romain marchait à sa ruine. Le luxe dominait, les folles dépenses étaient à Tordre du jour.
Bientôt les barbares envahirent la Gaule, venant de la Germanie : ce sont les Burgondes (2), qui donnèrent
gauloise était de 1500 pas, soit deux milles romaios. Le pas gaulois était de 5 pieds (Pline).
(1) Les Yoies dites d'Agrippa, faites par les légions aux dépens du fisc, furent réparées par la reine Brunehaut et par Gharlemagoe.
[2) On dit que Burgondes vient de Bourg ou Burg parce que ce peuple bâtissait des bourgs, villes, aux lieux où il séjournait. Première version.
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leur nom à la Bourgogne ; les Visigolhs, qui s'établirent entre la Loire et les Pyrénées, et les Franks (1), qui n'occupèrent d'abord que le nord de la Gaule.
Tout devint si cher, dans ce pauvre pays, qu'il peui être intéressant de donner ici un travail de M. Moreau de Jones, qui a calculé, en argent de notre monnaie, le prix moyen des denrées sur la fin du iii« siècle. Il estime,
Qu'une paire de chaussure valait . 22^50
La livre de viande coûtait ... 3 50
La livre de porc 3 60
Le vin tout ordinaire, le litre . . 1 80
Une oie grasse 45 »
Un lièvre 33 ï>
Un poulet 43 »
Un cent d'huîtres 22 »
(1) Nom qui eigniOe braves^ hommes qui, d'origine germaine, s'étaient rendus fameux par leur courage.