‹ Histoire de Fontaine-FrançaiseChapitre 39 sur 74 · FONTAINE-FRANÇAISE SOUS M. DE SAINT-JULLIEN · texte numérisé non relu

FONTAINE-FRANÇAISE SOUS M. DE SAINT-JULLIEN

jets anciens qui garderaient aujourd'hui le souvenir matériel des temps passés.

Un vieillard d'environ 90 ans, le nommé Chouet, a souvent dit vers 1825, à M. Louis Magnieux (qui me l'a raconté), en lui montrant l'emplacement d'un des anciens fossés (aujourd'hui sous les fenêtres des chambres de M. et de M"''' de Chabrillan) : « tiens, mon enfant, quand nous avons démoli le vieux château, on jetait tout ici pêle-mêle, fer, fonte, platines, armes, etc. » Aux prix où sont le fer et la fonte aujourd'hui et la valeur qu'on attache aux antiquités, cela vaudrait bien 4a peine de fouiller les fossés ou au moins celui désigné par Chouet.

Dieu sait ce qu'en dehors du prix brut de la fonte et du fer on- pourrait trouver d'objets de valeur, tels qu'armes, lances, épées, casques, etc. Cependant, d'anciens meubles, d'anciennes tapisseries ont été respectés et se voient aujourd'hui encore dans l'intérieur du château.

M'"*' de Saint-Jullien ne s'occupait pas beaucoup de l'administration de ses domaines, mais elle prenait un vif intérêt à la littérature et à la philosophie.

Voltaire, qui, dans une lettre la nomme son papillon philosophe^ était devenu son ami j il eut avec elle une correspondance très suivie et lui adressa même plusieurs poésies, particulièrement celle qui commence par : Fille de ces dauphins de qui, etc..

M»* de Saint-Jullien était un des esprits les plus fins de son siècle. Son jugement était toujours suret à première vue elle prévoyait souvent ce que pourraient devenir certains hommes dans l'avenir. Amie des arts, elle se plaisait à former et à aider les jeunes talents.

On raconte que très assidue à la Comédie Française^ dont elle connaissait le répertoire par cœur, elle ne

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ménageait pas aux acteurs qui pouvaient l'entendre, parlant de sa baignoire d'avant-scène, les observaHons sur leur jeu. C'est ainsi qu'un jour, Talma jouant Hamlet, elle ne put s'empêcher de l'apostropher à haute voix : « Bourreau, » lui cria-t-elle. Le public fut éma, ne sifQa pas : M*"* de Saint-JuUien avait parlé et Talma comprit ce qu'il avait à faire.

Plus d'une fois les acteurs lui demandèrent de vouloir bien mettre une sourdine à la manifestation souvent vive de ses impressions ; mais plus d'une fois aussi, ils ont reconnu la justesse de ses avis et en ODt profité, comme Talma.

M™° de Saint-Jullien aimait à s'entourer de poètes et d'écrivains distingués, tels que Voltaire, Elzéar, Sabran, Boufflers, M"""" de Staël, Récamier, etc., etc.

C'est au château de Fontaine que M"' de Staël commença Corinney en 1807, et qu'en 1808 le chevalier de Boufflers écrivit son Libre Arbitre.

Le chevalier de Boufflers, dormant peu la nuit, en profilait pour composer ses œuvres.

Des personnes dignes de foi m'ont affirmé que Jean Magnieux, frère du régisseur de M«»« de Saint-Jullien, aveugle dès l'âge de sept ans, avait la conception si facile et le jugement si sûr et si droit, que M. de Boufflers ne craignait pas de le consulter quand il avait terminé un chapitre de son Libre Arbitre. Souvent il rappelait au milieu de la nuit. Jean Magnieux écoutait très attentivement la lecture que lui faisait M.de Boufflers et, après réflexion, la tête entre ses mains, disait franchement sa façon de penser, parlant toujours patois. <r Çâ biriy çâ celai » (c'est bien, c'est cela), ou Déchirez meu vite çai^ gai n'vaô pas un f... »

M. de Boufflers s'est plu à déclarer que Jean Ma-

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gnieux lui avait été fort utile et qu'il lui devait une partie du succès de son livre (1).

M"** de Saint-JuUien passe pour avoir été très populaire à Fontaine. Elle connaissait tous les habitants par leur nom et tutoyait tout le monde. Bien des vieillards m'ont parlé d'elle, du plaisir qu'elle avait à s'entretenir avec eux tous des affaires qui les intéressaient, donnant on conseil à l'un, un soulagement ou une aumône à l'autre. Jusqu'à sa mort, arrivée en 1820 (elle avait quatre-vingt-onze ans), elle a joui d'une brillante santé, et, malgré son grand âge, elle se tenait droite et était alerte comme une jeune personne.

Peu d'événements remarquables se sont passés depuis d748, époque du mariage de M"°de Saint-JuUien, jusqu'en 1754. M. de Saint-JuUien n'était occupé que de la reconstruction du château et de Tembellissement des environs. On verra dans la suite quels immenses travaux il a fait exécuter et combien la face du pays a alors dû changer.

La terre de Fontaine était toujours en saisie réelle, mais par sentence delicitation contradicloirement ren. due au Châtelet de Paris, le 6 avril 1754, « les terres et seigneuries de Fontaine-Françoise et Chaume et portion de celledeFontenelle, » ont été adjugées moyennant 600.050 livres au sieur Denis, procureur audit Châtelet, qui, le 10 du môme mois d'avril, fait sa déclaration de command au profit de M . de Saint-Jullien, tant en son nom que comme mari et tuteur aux ac-

(1) Jean Magnieux, oncle de M. Louis Magnieux, est mort en 1832, à l'âge de 78 aos. Son frère Claude était régisseur de la terre de Fontaine depuis 4802, mais le père de M^"^ Magnieux, Claude Vernier, était au senrice du château comme garde-chasse depuis 4760.

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lions immobilières delà DameÂnne-Madeleine-Louise- Charlotte de la Tour-du-Pin, son épouse mineure (au moment de son mariage)| avec laquelle il se déclare commun en biens (1) . »

Le 8 mai suivant, M. de Saint-Jullien fait foy, hommage et serment de fidélité, à Toccasion de son acquisition de la terre de Fontaine-Française, à Monseigneur Gilbert de Montmorin de Saint-Hérem, évêque, duc de Langres, pair de France, à cause, toujours comme par le passé, du comté de Montsaujeon qui appartenait audit évéque et dont Fontaine était mouvant.

Par la sentence du 6 avril 1754, du Châtelet de Paris, M. de Saint-Jullien avait acheté moitié de la terre et seigneurie de Fontenelle et le 23 juillet 1755, il acheta par acte reçu PouUel, notaire à Dijon, moyennant 8563 livres 10 sols, l'autre moitié de Fontenelle, sur M. J.- B. des Mares, écuyer, qui l'avait acquise, delà maison de Saulx pour 6800 livres, plus une épée damasquinée, un fusil à deux coups et une tabatière de porcelaine de Saxe estimée 300 livres. L'autre moitié, déjà possédée par M. de Saint-Jullien, provenait des sieur et dame Léauté d'Oizilly. L'ensemble de cette terre avait été estimé 20,000 livres.

La même année, en septembre, M. de Saint-Jullien racheta Chaume (17 septembre 1755), et le 15 décembre suivant il fit « au roi foi et hommage et serment de fidélité à Sa Majesté à cause et pour raison du fief de Berthaut et du four banal, dépendant de la seigneurie de Fontaine, située au bailliage de Dijon, mouvant du fief de Sa Majesté à cause de son duché de Bour-

(1 ) Archives du cbftteau»

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gogne. Arrêt de la Cour des comptes de Bourgogne et Bresse siégeant à Dijon (d). »

A la même date il donne son dénombrement, avec son épouse, qui est héritière pour un cinquième de Jacques-Philippe delaTour-du-Pin, son père, a suivant la délivrance par licitation faite à leur profit au Châtelet de Paris, le 6 avril 1754, entre les héritiers du dit seigneur de la Tour-du-Pin qui était seigneur de la baronnie de Fontaine-Française. »

Le surplus de ladite baronnie, c'est-à-dire le château et le reste du village, relevait toujours de Monseigneur VEvêque de Langres (2).

Par acte reçu Claudon notaire, le 27 juillet 1754, M- de Saint-Jullien déclare vouloir faire le terrier de sa seigneurie et constitue pour son procureur général et spécial à cet effet, Nicolas Magnieux, bourgeois de Fontaine, qui accepte. Le terrier a été achevé le 30, octobre 1756.

La démolition du vieux castel s'acheva en grande partie, en 1754. L'architecte Souhard, de Paris, présenta les devis et les plans du nouveau château à M. de. Saint- Jullien, qui les approuva aussitôt, et dès le commencement de Tannée 1755, les sieurs Vallade et Ducellier, auvergnats, venus exprès de leur pays, entreprirent et construisirent les parties en maçonnerie du château moderne.

Vallade n'a pas laissé, que je sache, de postérité dans le pays ; mais Ducellier a eu des enfants et des petits enfants qui se sont établis dans les environs. Le dernier vivait encore il y a quelques années à Montigny

(1) ÂrchWes du chftteau.

{ï) Archives du département, B. 41038, v. Vil, page 759.

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et possédait la maison habitée aujourd'hui par le notaire Lehmann.

Les travaux durèrent 5 ans, et M. Souhard, Tardiitecte, reçut, le 19 janvier 1761, le solde de ce qui lui était dû pour voyages, surveillance et honoraires, montant à la somme de 7500 livres.

D'après les notes que j*ai trouvées dans les archives du château, la nouvelle construction comprenant les maçouneries, la charpente, la couverture, la menuiserie, la serrurerie, etc., etc... aurait coûté 338.000 livres : l'architecte n'aurait donc reçu qu'environ 2 1/2 pour cent.

Les comptes des dépenses tenus par Doue tte, procureur fiscal, et acceptés par M. de Saint-Jullien, portent ainsi qu'il suit les dépenses faites pour la reconstruction du château et dépendances, non compris le petit château.

Dépenses faites en 1754 et 1755

— de «755 à «756

— de «756 à «757

— de «757 à «758

— de «758 à «769

— de«759à«76«

Ensemble 338.938' 5* II' («)

Pendant toute la durée des travaux que M. de Saint- Jullien a fait exécuter à Fontaine, M. de Valloux était Intendant général de la seigneurie. Les de Yalloux ont été seigneurs de Véronnes en partie et d'Orain.

La chapelle du château, placée à l'angle nord-ouest

(«) Ârchiyes du château. La livre à cette époque valait environ trois francs de notre monnaie actuelle.

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de Fancienne courtine du cbàteau fort faisant face au chemin de Chaume, vrai bijou auquel il n'a manqué que Vécrin, a dû exister depuis la construction du Tieux donjon. Je la trouve pour la deuxième fois mentionnée sous le vocable de Notre-Dame, dans un titre du 23 février 1450 par lequel « Jehan de Longvy, seigneur de Gevrey (1) et de Fontaine, nomme chapelain de la chapelle Notre-Dame du château Robert Brichet ».

Mais avant d450, et peut-être depuis sa fondation, la chapelle castrale était sous le vocable de Saint-Sébastien. Dansles archives du château je trouve: 1544-1545, Hugues Jacquinot, chapelain, prétendait être en droit de jouii^ de la moitié de la dîme sur le flnage de Fontaine-Française qu'il disait avoir été donnée par les anciens seigneurs pour dotation de ladite chapelle Saint-Sébastien.

En 1470 elle est encore sous le vocable de N.-D. pour revenir au vocable de Saint-Sébastien en 1544, sous François Chabot. Mais le 12 novembre 1591, M. Simon Labotte, prêtre du diocèse de Langres, est nommé chapelain de la chapelle N.-D. du château.

« En 1613, le 16 février, Catherine de Silly, épouse de Henri Chabot, nomme chapelain de la chapelle Saint'Sébastien du château, Charles Labotte, clerc du diocèse de Langres, en remplacement de Philippe Jacquinot qui se fait« hermitte. »

Je ne connais pas la raison qui a déterminé Catherine de Silly à remettre cette chapelle sous le vocable

l (4) Celai qui a donné son nom à la chapelle des Geyrey dansTéglise laroissiale où se trouve la pierre tombale de deux frères jumeaux, des «▼rey, qui aTaient été inhumés dans le chœur de l'église.

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de Saint-Sébastien. Ce changement ne fut pas de longue durée, car dès le 13 septembre 1658, Claude Bovée, prieur curé de Fontaine, fut nommé chapelain de la chapelle Notre-Dame d\x château parCatlierined'Arnault, épouse de Jacques de Mazel (1). Jean fiichot était le chapelain en exercice, M. d'Arnaultle remplaça sans motif. Aussi le 22 juin 1661 JeanBichot réclamanl ses droits, une instance fut commencée et se termina au profit du seigneur, qui nomma, le 13 novembre 1661, Alexandre de Grignoncourtau titre de chapelain, en 1688 Simon Minard, puis Etienne Paul de Tourres. Enlin, le 12 août 1754, au moment de la reconstruction de château, M. de Saint-JuUien nomma Messire David Bellet de Tavernot, clerc tonsuré du diocèse de Lyon. chapelain de la chapelle N. D. du château, par suite du décès de Paul de Tourres de Saint-Florent.

Messire Tavernot entra en fonctions le 27 septembre 1754 et y demeura jusqu'en 1772. Le 26 février de cette même année, M. de Saint-Jullien nomma Eloi- Félix Ardhuin, déjà curé de Fontaine. Il entra en fonctions le 10 mars suivant et mourut en 1781. Son successeur, M. Bellon,le remplaça jusqu'en 1792, an | moment où le séquestre et les scellés furent mis sur I le château. j

Le nouveau château fut entièrement achevé en 1758.: Commencé en 1754-1755, il n'a fallu que cinq année^ pour l'édifier. M. de Saint-JuUien demanda alors révéque de Langres l'autorisation de faire dire b messe dans la nouvelle chapelle du château. Lapennission est ainsi conçue :

(4) Mais déjà sous François de Larochefoucault, en 4639 la cbaptf« castrale est indiquée comme étant sous le vocable de Notre-Dame.

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«e Gilbert de Montmorin de Saint-Herem, par la grâce de Dieu et du Saint-siège apostolique, Evoque duc de Langres, Pair de France, Commandeur de Tordre du Saint-Esprit,

r Nous permettons à M. et M'"^^ de Saint-JuUien de faire célébrer la messe dans leur chapelle castrale de Fontaine-Française, lorsque l'un d'eux sera présent, par tel prêtre qu'ils jugeront à propos, soit séculier, soit régulier, même d'un diocèse étranger.

« Donné à Langres, sous notre seing et le contreseing de notre secrétaire, le dix du mois d'août mil sept cent cinquante-huit.

« Signé: f G., Evêque de Langres.

a Le Secrétaire: Peigney(4). »

En 1736, M. de laTour-du-Pin, marquis de la Charce, avait déjà demandé et obtenu Tautorisation de faire continuer la célébration de la messe dans sa chapelle cas* traie, mais l' évoque de Langres, qui était déjà M*' Gilbert de Montmorin, avait été beaucoup moins large, car

en donnant cette autorisation, le 6 juin 1736, il dit

a ordonnons que la moitié des domestiques ira aux offices de la paroisse ; voulons que la dite chapelle soit interdite, ipso faclOj si aucun prêtre régulier ou séculier, autre qu'approuvé de notre diocèse, y célèbre la sainte messe ; défendons qu'on y administre aucun sacrement sans notre permission et qu'on y suspende une cloche pour appeler les fidèles, etc (2).

a f G., Evéque de Langres. »

{\) Archives du château.

(% Archives du château.

La dotation de la chapelle du château était encore de 34 journaux

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La messe fut célébrée jusqu'à la révolutioa dans la chapelle du château* eu vertu de l'autorisatioa du 10 août 1758; mais alors les offices cessèrent jusqu*eo 1802. Le séquestre et les scellés avaient d'ailleurs été mis sur le château et M"* de Saint-Jullien, veuve depuis 1788, habitait Paris.

Elle revint à Fontaine au commencement de ce siècle, au moment du concordat, et en Tan XII elle fit une demande à révéque de Dijon pour être autorisée à faire célébrer de nouveau la messe dans sa chapelle castrale.

Cette demande dut être transmise au gouvernemeut qui acccorda Tautorisation demandée le 3 frimaire an

L'évéque Reymond de Dijon en informa M""* de Saint- JuUien par lettre du 4* jour complémentaire de l'an XII. Dans cette lettre il est dit : <c le Gouvernement accorde Tautorisation de dire la messe dans la chapdk domestique dépendante de la maison que vous habite: dans la commune de Fontaine -Française (1). »

Cette chapelle est encore sous le vocable de N.-D. Ce vocable n'a pas changé depuis 1639.

La communauté de Fontaine-Française, étant toajours endettée (elle n'est pas plus riche maintenant), se trouva obligée de demander à llntendant de Bourgogne et Bresse, Joly de Fleury, l'autorisation d'emprunter 2400 livres pour être employées à payer 2118 livres restant des impositions de Tannée 1753 et le surplus pour frais de geôle et nourriture des prisonniers (2).

de terre par épU^ c'est-à-dire 34 hectares, plus le pré des Miaean et la charme Robert.

(1 ] Archives du château.

(2) Archives du château et intendance C. 4250.

Jusqu'en 1873, époque à laquelle la prison civile a été transférée Ji

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