MADAME LA MARQUISE DE LA TOUR-DU-PIN
a On avait appris que M^^ la marquise delà Tour-du- Pin, propriétaire de la terre de Fontaine, était sérieusement malade à Paris et qu'elle avait reçu les derniers sacrements.
« Le mal a fait de rapides progrès; et le 8 mai, à 8 heures du soir, après avoir éprouvé de cruelles souffrances, M™« de la Tour-du-Pin, âgée de 95 ans et 16 jours, rendait sa belle âme à Dieu, entourée de ses petits enfants, de ses parents, de ses amis et de toute sa maison.
€ M"° de la Tour-du-Pin m'avait dit, à plusieurs fois, me montrant au cimetière la place à gauche du tombeau de sa famille : Voilà où je veux être enterrée, dans un caveau que vous me ferez faire, à côté de mon filSy de ma fille et près de ma sœur.
« Ses désirs ont été accomplis.
« Une cérémonie religieuse a eu lieu à Paris dans sa paroisse, Saint-Philippe-du-Roule, mardi dernier. Les parents, les amis y étaient nombreux, et parmi les notabilités on remarquait M. le duc de Chartres, M. de Mac-Mahon, l'ancien président, M. le marquis de Bouille, ancien ambassadeur en Espagne, etc., etc.
c Le corps de celle, qu'à bien juste titre, nous pleurons, a été ramené, après cette cérémonie, à Fontaine- Française où il est arrivé mercredi, à cinq heures du matin.
c Une chapelle ardente avait été préparée dans la grande salle des gardes du château; une draperie noire aux franges d'argent et aux écussons des la Tourdu-Pin et des Monaco était tendue à la porte principale du château. L'église aussi était toute tendue en noir avec les mêmes écussons.
a Toute la population de Fontaine a voulu, avant la
cérémonie religieuse, qui a eu lieu à dix heures et demie, aller encore visiter sa bienfaitrice, lui faire ses adieux, prier pour elle et jeter l'eau bénite...
« De deux en deux heures, tous les jours depuis le décès, le glas funèbre était sonné. Dans la commune de Chaume, dont la famille de la Tour-du-Pin était souveraine, et à Courchamp où ses largesses ont aidé à restaurer réglise et le presbytère, les cloches aussi ont annoncé aux habitants la lin de celle qui les avait tant aidés par sa haute et puissante protection et par sa générosité.
« À dix heures et demie précises (1) M. le curé doyen, accompagné de seize prêtres, a fait la levée da c<»ps et le cortège s'est immédiatementmis en marche pour l'église. Un maître de cérémonie, venu de Paris, présidait à Tordre et à la bonne tenue.
« Le deuil était conduit par les deux petits-fils de h défunte, MM. Fortuné de Chabrillan, allié à la noble famille des Croy et Robert de Chabrillan, lieutenantcolonel au 12^ chasseurs, par M. le marquis Humbert de la Tour-du-Pin, M. le marquis Grimaldi des Baux, M. le marquis de Saint-Seine, M. Tabbé Carra, ses régisseurs et les amis les plus intimes.
d Les coins du poêle étaient tenus par M°^ Gascon, Compagnot, Emarot et Ferrey.
a Immédiatement après le cercueil porté par huit hommes, tous les serviteurs de la maison portant des couronnes et des fleurs, les gardes sur les côtés, puis venait le deuil et une foule immense, au moins huit cents personnes, tant de Fontaine que des villages voisins
(1) 14 mai 1879.
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Aussi Fégllse a-t-elle été insuffisante pour contenir cette foule empressée, qui nous a édifiés par son calme, son recueillement et la douleur peinte sur tous les visages.
« Avant l'absoute M. Tabbé Carra, aumônier du lycée de Dijon, enfant de Fontaine-Française, a prononcé réloge funèbre de la défunte, M"* la princesse Honorine-Camille-Âthénais de Grimaldi de Monaco, mar* quise de la Tour-du-Pin de Gouvernet de la Charce.
« M. Tabbé Carra, avec le talent qu'on lui connaît, malgré l'émotion qu'il éprouvait, les pleurs même qu'il versait, a retracé en termes pleins de justesse, avec des détails intimes des plus intéressants, les qualités, les vertus, la cbarité, la grandeur d'âme de M"* de la Tour-du-Pin. Il l'a fait en paroles si touchantes, il a rappelé, avec tant d'émotion, cette bonté, ces vertus, les charmes de celle que nous regretterons à jamais, que les assistants ont versé d'abondantes larmes.
« Ah ! ces larmes exprimaientbien le chagrin^ la douleur de tous, car la perte que nous faisons est immense, irréparable... Pas un pauvre qui ne reçut, connu ou non, une large aumône; pas une famille qui ne profita des démarches, de la protection ou de l'inépuisable charité de ce noble cœur.
« Jamais M"' de la Tour-du-Pin n'a refusé son appui: son cœur, comme sa maison, était toujours ouvert à tous et sa joie était grande quand, doutant de sa puissance, elle avait pu être utile à quelqu'un, soulager une infortune, protéger celui-ci, élever celui-là. ..
« Elle faisait la charité pour l'amour de Dieu et de son prochain I Jamais sa main gauche n'a su ce que donnait sa main droite
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« Mais je m'arrête, une voix plus autorisée, une plume plus savaute rediront cette vie si bien remplie, si pleine de.bienfaits. Aussi suis-je ici Tinterprète de tout le pays, de tous ceux qui ont connu M°*° la marquise, en priant M. Tabbé Carra d'écrire Toraison funèbre qu'il a prononcée et de la publier.
a II aura» lui aussi, la joie de laisser à tous ceux qui ont aimé, qui ont vénéré la noble marquise, une notice de sa belle vie, une histoire vraie de celle qui a consacré toute son existence à faire le bien.
a C'est un des plus beaux exemples à donner à la génération du xix^ siècle.
<r Hélas! le moment de se séparer de celle que nous pleurerons longtemps encore est arrivé, le caveau, préparé par ses ordres, se fermait à midi et demi, après avoir reçu sa dépouille couverte de fleurs, de couronnes, des larmes et des bénédictions de tous, i
M"' de la Tour-du-Pin donnait beaucoup : il ne me convient pas de chercher à lever le voile dont elle couvrait ses charités. Il me sera permis cependant de parler des bienfaits publics dont profite notre bourg.
C'est d'abord à M"'* de la Tour-du-Pin que l'on doit la maison d'école des filles qu'elle a fait construire en 1857 et qui a coûté 23.000 francs.
Puis la salle d'asile bâtie en 1858 et qui a coûté 7000 francs.
Enfin, pour dédommager le curé d'une partie de son jardin, cédé pour la construction de la maison d'école des filles, elle acquit de ses deniers une vigne dont désormais le curé aura la jouissance. . M"' de la Tour-du-Pin a doté le bureau de bienfaisance d'une rente annuelle et perpétuelle de 600 fr. ; une autre rente de 1600 francs, laissée à la Fabrique,