RÉSUMÉ HISTORIQUE
ABMES DE F0NTAINB-FRAMÇA.1SB
I»'argeDt à la croix de gueules.
Ce sont, d'après d'Hozier, les « armes des officiers
de la mairie royalle de Fontaine-Françoise. »
(Arma scabinorum majorise regalis Fontanœ.)
Fontaine-Françaîse, ancienne baronnie, puis, marquisat de 1424 à 1683, compris dans le duché de Bourgogne» n'a jamais eu le titre de bailliage et n'a député à aucune époque. Aujourd'hui simple chef-lieu du caaton de ce nom, de l'arrondissement de Dijon et du département de laCôte-d'Or, c'est un joli bourg, bâtisor la route de Dijon à Bourbonne-les-Bains et à Gray, à 233 mètres d'altitude, 47*» 31' 25" de latitude nord et 3*' 2' 10 " de longitude est et en temps 12™ 8».
Fontaine a été longtemps du diocèse et archidiaconé de Langres, doyenné de Grancey, sous le vocable de Saint-Sulpice et le patronage de l'abbé deFlavigny (1).
(i) Courtépée dit que les bénédictins, qui y avaient un prieuré, ont desservi Téglise jusqu'en 4611. Ce prieuré a réellement existé, ainsi qu'on le verra au chapitre Eglise»
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Fontaine-Française, resté en litige depuis 1363, rentre définitivement au royaume de France par suite du traité du 15 février 1612, conclu à Auxonne entre Louis XIII et les archiducs Fernand et Isabelle. En 1330 la Bourgogne est distraite de la couronne de France et rentre au duché.
Du grenier à sel de Mirebeau, de la subdélégation d'Is-sur-Tille, du même bailUage et du même district pendant longtemps, Fontaine est passé du diocèse de Langres au diocèse de Dijon en 1731 (1), et est devenu doyenné peu de temps après. Le titre de doyenné avait été aboli en 1790, mais MQ^'Tévêque Rivet le rétablit en 1854.
La population, qui n'a jamais dépassé 1300, est maintenant de 1005 habitants ; elle a été souvent bien audessous de ce chiffre, par exemple en 1636 et au moment des grandes guerres de Bourgogne.
Fontaine a eu ses armes comme toutes les autres villes. Elles ont dû lui être octroyées en septembre 1693, lorsque le roi Louis XIV en nomma le premier maire.
D'Hozier nous les donne sous forme d'une croix de gueules (rouge) sur fond d'argent et dit que ce sont les « Armes des officiers de la mairie royalle de Fontaine- Françoise. » Nous portons donc, en langage de blason : d'argent à la croix de gueules^ signe de neutralité, de paix et de respect.
Fontaine-Française, divisée autrefois en deux parties: le Bourg proprement dit et la Cité Berthauty a dû être
(4) Lors de Térection du diocèse de Dijon Yainement sollicitée pendant 136 ans, depuis 4575, à Tavènement de Henri III. Cependant la cbapetle du château est restée sous la juridiction de i'évôque de Langres jusqu'à la révolution de 4789.
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fortifié en dehors de son château. Un plan fait par Schaile, 1640, en suite des grands partages de iAGi et 1465, nous indique trois constructions à Textrémité des principales rues et juste dans leur milieu, savoir au bout de la rue d'Aval, ancien chemin de Mirebeau, une grosse construction carrée ; au bout de la rue de la Maladière, une construction ronde, une tour probablement, et enfin au gué au-dessous du moulin, ancien chemin de Dijon, deux constructions carrées flanquant probablement une porte.
Le village, ouïe bourg, si Ton veut, assis sur un terrain presque plat, possède de belles rues, larges, bordées de trottoirs et très bien entretenues. L'auteur de cette histoire y a fait établir Téclairage des rues.
Les environs, peu accidentés, présentent cependant des collines du sommet desquelles on jouit d'un point de vue étendu.
Le château avec ses quatre tours fermait le bourg du côté de la rue de France. Les quatre seules entrées principales de Fontaine étaient donc bien fermées.
En outre ou peut suivre sur le plan de Schaile les marques d'un fossé, figuré par deux lignes parallèles, qui, partant du climat appelé les Ântes, sur le bord de l'étang du Fourneau, passait au nord de la rue d'Aval, entourait l'église, suivait le bout des jardins de deux côtés de la Corvée, arrivait à la porte ronde de la rue de la Maladière, en face de la maison Lambert- Hauteplein, passait à peu près où se trouve le treige des Murots et se terminait au château.
Les canaux du château aujourd'hui l'Etang Pagosse ou du Château, avec le ruisseau qui coulait de cet étang jusqu'à celui du Fourneau formaient une réelle défense de ce côté. C'est le long de ce ruisseau qu'çn 1373 les
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Fontaine - Française était fortitio et avait oueoi trois porte?i fermant les trois rues principales. <mi dt'lïor du eliâteau qui défendait la r|uatrième
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DESCRIPTION GÉNéRALE DE PONTAINB*PRANÇAISB 37
habitants avaient construit des barricades pour soutenir le siège que Guillaume de Vergy, seigneur de Mirebeau, vint mettre devant leur bourg, appuyé par la Tour d'Anthoison qui existait encore et qui appartenait, comme Berthaut probablement, à Guillaume de Vergy, ou dont il aurait pu s'emparer.
Ce plan est encore bon à consulter pour se donner une idée exacte de la position des anciennes voies de communication, de la division du territoire, du lieu où se trouvaient les fourches, etc., etc.
Les bâtiments communaux n'offrent rien de remarquable. L'hôtel de ville, le presbytère, l'école des garçons et celle des filles sont de construction récente, La corniche et les piliers des halles de l'hôtel de ville proviennent des démolitions de l'abbaye de Theuley (1806).
L'église et le château attirent seuls l'attention.
Ces deux monuments feront chacun l'objet d'un chapitre spécial.
La population, exclusivement agricole, est intelligente et laborieuse. Les habitants y sont généralement à Taise, grâce à leur travail, à leur activité bien connue et aux bonnes méthodes de culture qu'ils emploient.
De mœurs douces et faciles, on y accueille parfaitement les étrangers, et tous ceux, fonctionnaires ou autres, qui ont habité le pays, en conservent le meilleur souvenir.
Le commerce et l'industrie y sont presque nuls. Il n'en était pas de môme autrefois. Un haut-fourneau, bâti dans l'intervalle de 1629 à 1658 (i), éteint depuis
(i) Il ne faut pas s'étonner d'un aussi long intervalle. Le fourneau n'était pas achevé en 4636 et Gallas ayant ravagé tout le pays, les tra-
38 HISTOIRE l>K FONT AINE-FB ANC AISE
1869, occupait beaucoup d'ouvriers et produisait de la fonte fine de première qualité.
Lorsque M. de la Tour-du-Pin a fait construire en 1828 le passage voûté qui conduit Teau de Tétang sous la roue du fourneau, on a trouvé une grande quantité de grosses épingles, ainsi qu'on les faisait autrefois, et plusieurs oulils employés à leur fabrication. En 1858, quand M. Louis Magnieux, régisseur de la terre de Fontaine, a fait construire le bàliraent d'habitation dit des ForgeronSy\\ a également trouvé des épingles semblables aux premières, des outils et certains arrangements qui prouvent que là existait une forge adjointe au fourneau.
Il est donc évident qu'on ne se bornait pas à couler de la fonte de fer; on la dénaturait et on fabriquait des épingles, des barres de fer, et tous autres objets occupant, ainsi que je viens de le dire, beaucoup d'ouvriers.
Les tisserands étaient nombreux, ainsi que les fabriques de droguet (espèce d'étoffe grossière mais solide, dont la chaîne est en fil de chanvre et la trame en laine, colorié ordinairement en vert ou en bleu foncé) et les potiers dont les produits avaient une certaine renommée. Malheureusement cette poterie, dont la forme était assez élégante, s'altérait au feu et ne pouvait servir qu'à renfermer des liquides froids. Une tuilerie, dite la Tuilerie Rohelot, aujourd'hui disparue et qui se trouvait entre le fourneau et la Charme Robert, donnait de beaux et bons produits, entre autres une tuile plate de grandes dimensions (1).
vaux ne purent être repris que vers ^650, par François de la Rochefoucault.
(I) J'y ai découvert aussi beaucoup de fragments de tuiles romaines, ce qui me fait croire que la tuilerie Robelot était construite sur remplacement même d'une tuilerie romaine.
DESCRIPTION GÉN£RALE DE FOXTAlî^-FRANÇAISB 39
Une brasserie a été établie à Fontaine au commencement de ce siècle, mais elle n'a pas prospéré. On donne encore le nom de brasserie aux bâtiments qui occupent remplacement de Tancien moulin à vent, détruit il y a près de deux cents ans.
La commune n'est pas riche, tant s'en faut. Ses revenus suffisent à peine pour faire face à ses dépenses obligatoires. Avec quelques terrains sans valeur, friches, etc., elle n'a que cent quatre-vingt-dix-neuf hectares de bois, dont le quart en réserve, est aménagé à trente ans. Le surplus forme l'affouage annuel des habitants qui est à peine de trois stères par feu en moyenne.
Ainsi que je l'ai dit dans ma Géognosie du canton de Fontaine-Française (1866), notre finage se prête facilement à la culture des céréales, du houblon et de la vigne. Avec la belle et immense prairie de laVingefanne et la production considérable des fourrages artificiels, les habitants peuvent élever beaucoup de bétail, et, joignant les engrais artificiels aux engrais naturels, ils arriveront en quelque sorte à la culture intensive^ c'est-à-dire à faire rendre à leurs terres tout ce dont elles sont capables et à supprimer entièrement la jachère morte, lesom&re, comme on dit en Bourgogne.
Fontaine-Française n'était pas seulement composé des rues de l'Eglise, du Moustier, d'Aval, de la Maladière et de France, il comprenait, quoique pendant longtemps du comté de Bourgogne, Bertariacum, cité dans la Chronique de Bèze, 630, distinct de Fontanas. Cette localité a eu ses seigneurs particuliers et sa forteresse appelée Tour d'Anthoison, démolie vers 1446, qui s'élevait alors sur l'emplacement du clos de la Ferme.
40 mSTOIRE DE FONTAINE-FRANÇAISE
Ce fief relevait de la Franche-Comté et faisait partie des seigneuries d'Autrey et de Mirebeau.
En 1379, il passa à la maison de Longvy et par suite à celle de Fontaine.
En ce qui concerne les rues de Fontaine, l'auteur doit ajouter à son histoire que, pour perpétuer le souvenir des bienfaits et des libéralités faits à la commune par la famille de la Tour-du-Pin, en particulier par le marquis tué à Sébastopol en 1855, le conseil municipal,par reconnaissance, sous la présidence de M.Emarot, médecin, alors maire de Fontaine-Française, a, par délibération du 4 novembre 1866, donné le nom de rue de la Tour^du-Pin à Tancienne rue des Ormeaux qui s'étend de la place du Centre à la porte du Château. Cette appellation a été sanctionnée par décret impérial, signé Napoléon, à Paris.
En 1888, le conseil municipal renouvelé, à la tête duquel se trouve, comme maire, le capitaine en retraite François Laurent, a voulu, à son tour, reconnaître les bienfaits de feue M"^® la marquise de la Tourdu-Pin,née princesse Honorine de Monaco, et rappeler aux habitants le souvenir d'hommes illustres dont Fontaine est le berceau ; le conseil a, par délibératie. du 11 novembre 1888, sanctionnée par décret présid .tiel, signé Carnot, à Paris, le 27 décembre 1888, a; mné à trois rues les noms suivants :
1"* Rue Hoyiorine-de-Monaco à la rue de TEtang, du château à la rue de France ;
2° Rue Général'Gandil, de la rue de France à Thôtel de ville ;
3° Et rue Moine-Fourcaut à la rue du Faubourg du
DESCRIPTION GéNÉRALB DE FONTAINE-FRANÇAISE 41
Champ Grasset, appelé vulgairement Faubourg souffrant.
Les autres rues, qui ont des noms historiques ou de localité, conservent leur ancienne appellation.
Les annexes de Fontaine étaient : 1° Fontenelle (Fontanellîs) pour le culte seulement, ce village ayant fait partie du comté de Bourgogne jusqu'à Tannexion de cette province à la France. L'érection de l'église de Fontenelle en succursale, en 1831, a mis fin à cet état de choses ; 2° Le Fourneau, construit dans l'intervalle de 1629 à 1658, commencé par Jacques Chabot et achevé sous François de la Rochefoucault ; 3** Enfin Chaume (1) en toute souveraineté, et la métairie de la Borde, l'ancienne léproserie ou maladrerie de Fontaine.
Près du fourneau, édifié à la place de deux moulins qui étaient mus par les eaux du grand étangs existait encore, en 1249, un hameau disparu depuis et qui portait le nom de Vallis-Molaney Valle-Moulin, mentionné en 1247, dans un titre de la commanderie de la Romagne, qui est une donation du deuxième jour après la fête de saint Laurent, par laquelle, a Dom Thierry, chevgQier de Fontaine et dame Jeanne de Culey, son épor;^, Girard et Guy, ses enfants, donnent aux frèrea ide la Chevalerie du Temple de la Romagne, diocèst .le Langres, pour la rémission de leurs pé-
(1) Calvos, Calmetas, suivant la Chronique de Bèze^ xi* siècle.
Il y avait autrefois à Chaume une grosse*tour qui a été ruinée par les guerres de Bourgogne au ivi^^ siècle. Elle se trouvait en face de la chapelle, dans' la propriété de M. Jobart, ingénieur de marine, l'un àei nombreux amis de M. de Saint-Jullien, et arrière-grand-père par alliance de Tauteur de cette histoire. Cette propriété est possédée aujourd'hui par M "*• veuve Moins, dont le mari a été maire pendant vingtneuf ans et neuf mois, de 1848 à 1878.
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42 HISTOIRE DE rOXTAINE-PRilXÇAISe
chés, tous les droits qu'ils ont ou doivent avoir aux dixmes et autres choses dans le finage de Valle- Moulin (1). »
Au climat dit les CurlillotSy de curlil^ courlil, qui veut dire jardin, on trouve de nombreuses fondations qui démontrent qu'une agglomération de maisons a dû y exister. C'est encore un lieu détruit depuis des siècles.
Les seigneurs qui ont possédé Fontaine après les rois de Bourgogne et Tabbaye de Bèze (à laquelle il avait été donné vers G30 par le duc amovible de Bourgogne Amalgaire à son fils Wualdelène, premier abbé, lors de la fondation de cette abbaye) sont les Evéques ducs de Langres en suzeraineté, les comtes Attuariens (2), puis les maisons de Fouvent, de Vergy, de Longvic, de Vienne, de Chabot, de la Rochefoucault, d'Arnault, de Mazel, de la Tour-du-Pin, La Charce, de Saint-Jullien.
Aujourd'hui cette terre appartient à M. le comte Fortuné de Moreton de Chabrillan, l'aîné des deux petits-fils de M""* la marquise de la Tour-du-Pin, princesse Honorine de Monaco, née en 1784, décédée en 1879.
Le château, Maison forte^ Donjon^ autrefois forteresse sur laquelle le nouveau château est bâti, était isolé.
Le village s'étendait au sud, bien au delà de l'église,
{{] Archives de la Côte-d'Or, E. 292.
(2) Le canton des Âtluariens fut gouverné par des comtes dès le commencement du ix<> siècle et ne fut plus désigné que sous la dénomination de Comitatus. Un Hildegamus gouverna les Âttuariens en Tan 815; il eut pour successeur un Hugues de Beaumont. Vers 950 c'est Gérard de Peuvent qui les gouverna et devint alors le premier seigneur de Fontaine.
DESCaiPTION GBNÉRALB DE FONTAINE-FRANÇAISE 43
et formait ainsi de ce côté une longue rue, celle de Moustier, aujourd'hui rue de l'Eglise et rue d'Aval. Les principales rues de Fontaine étaient d'abord, conime je viens de le dire, la rue du Moustier (Eglise), la rue de la Maladière, de la Maladrerie, de la Borde, des Lépreux et la rue de France qui conduisait en France par Chaume et Sacquenay.
Le séjour de Fontaine devait être très agréable, ainsi que le prouve la quantité de maisons bourgeoises ayant pignon sur rue (1), tourelle et même colombier.
Dans la rue d'Aval, on voit encore deux maisons portant Tune la date de 1546, construite par Boudet, tabellion royal; et l'autre de 1579, également construite et habitée par un tabellion dont j'ignore le nom, car il y avait alors deux notaires ou tabellions royaux à Fontaine.
11 existe encore quatre ou cinq de ces anciennes maisons; mais il y a trente ans, j'ai pu en compter plus de quinze, la plupart démolies sans nécessité absolue.
Toutes les charpentes de nos anciennes maisons, même celles du xviii® siècle, sont en châtaignier. Les maisons modernes ont encore une grande partie de leurs poutres et de leurs solivages de la môme essence de bois.
Cette circonstance nous démontre que le châtai-
(I) Â propos de pignon sur rue, voici ce que certains auteurs en pensent. Les habitants, manants ou autres, payaient un impôt suivant la longueur de leurs maisons joignant la rue. Pour se soustraire à une partie de cet impôt ils imaginèrent de mettre toutes leurs maisons pignoD sur rue et paj^aient ainsi beaucoup moins. Mais les seigneurs ne furent pas dupes et on mesura les maisons dans leur plus grande longueur, qu*elles joignissent ou non la rue.
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44 HISTOIRE D£ FONTAINB-FRAXÇAISE
gnier devait être très commun dans nos forêts et surtout très prospère, car il n'est pas rare de rencontrer des mères poutres ayant cinquante centimètres et plus d'équarrissage à vives arêtes. On trouve encore quelques sujets de cette essence dans les grands bois du seigneur et dans les remises Longue et du Champ de la Tour ; mais l'arbre croît mal, trop lentement^ ne donne que des fruits très petits, sans saveur ; aussi at-on complètement abandonné sa culture.
Les habitants de Fontaine ont toujours joui de grands privilèges, certainement dus aux services signalés qu'eux et leurs seigneurs ont rendus aux rois, aux princes et à la nation. Philippe le Bon leur accorda, au commencement de son règne, le privilège de n'être sujets à aucune gabelle ni imposition sur leurs denrées; de négocier partout sans payer aucuns subsides. Ces privilèges furent confirmés par lettres patentes en 1458, maintenues par arrêt du Conseil et du Parlement de Dijon en 1613 et par lettres patentes de Louis XV en 1716 et 1755.
Fontenelle, Fonlanellis in pago Attuariorum (Courtépée), comme je l'ai déjà dit, était une annexe de Fontaine. Ce petit village avec la rue de Berthaut, celle du Moustier et de la Maladière, était « au nombre des terres de « surséance ou de débats, c'est-àdire qui étaient en litige entre plusieurs souverains prétendant respectivement les comprendre dans leurs Etals à défaut de limites fixes ».
Je reviendrai sur cette question dans la chronologie historique, surtout à cause de la Souveraineté de Chaume (1).
(4) Voir Courtépée, 2« édition, t. IV, page 728.
DESCRIPTION oéxÉRALE DE FONTAINE-FRANÇAISE 45
Grâce à la construction des routes par M. de Saint- JuIIien, aux plantations qui les bordent et à l'aspect riant de la campagne, Fontaine - Française a du charme. De quelque côté qu'on aille, la vue s'étend au loin, les promenades ne manquent pas et si les étangs sont un peu envahis par les roseaux et les joncs^ leur eau n'en donne pas moins un certain attrait au paysage.
Les étrangers, fonctionnaires, commerçants, et autres y sont, je l'ai déjà dit, accueillis avec une urbanité peu commune et la société ne manque pas à qui veut en profiter.
Pendant longtemps on a cru et on croit encore à la parfaite insalubrité de Fontaine en raison des étangs qui longent le village au sud-ouest.
« Â mes yeux et au dire d'hommes expérimentés et savants, parmi lesquels je citerai le docteur Andriot, les fièvres qui jadis décimaient la population n^ avaient pas les étangs pour cause unique. La malpropreté des rues, où, pendant des années entières, croupissaient d'infectes mares et d'éternels fumiers sur lesquels on jetait, même sans les enfouir, les animaux morts, leurs dépouilles et tous les débris ménagers; la mauvaise construction des maisons de la basse classe ; l'étroitesse des ouvertures, le manque d'air et le défaut d'assainissement; tout cela joint à la nourriture peu substantielle de l'époque, aux mariages trop répétés entre proches parents, était loin d'être sansinfluence sur la cause principale des fièvres intermittentes alors si répandues et si tenaces.
« Ces fièvres, on peut le dire, ont disparu par suite des efforts du docteur Andriot, des mesures d'hygiène prises par l'administration, de l'amélioration de
la nourriture et enfin des derniers travaux qui, tout en embellissant la cité, ont définitivement empêché les dépôts délétères sur la voie publique, régularisé les pentes des rues et rendu constant et facile l'écoulement des eaux (1). »
On arrive à un âge fort avancé à Fontaine. 11 n'est pas rare d'y rencontrer des vieillards de quatre-vingtcinq et quatre-vingt-dix ans encore fort allègres.
Un titre de la Chambre des Comptes porte qu'en 4430 un sieur Bouvalin, laboureur, mourut à Fontaine, à l'âge de cent vingt ans.
Le territoire de Fontaine-Française, d'une superficie de trois mille cinquante-six hectares quatre-vingtsept ares trente-cinq centiares, est généralement formé de dépôts silicéo-argileux et argilo-calcaires très propres à toutes sortes de culture. Le sous- sol appartient géologiquement aux dépôts tertiaires renfermant beaucoup de minerai de fer pissiforme, au kimméridien, à l'astartien et au corallien supérieur. Le village est bâti sur le corallien grumeleux, coquillier à fleur de terre (2).
Un fait que les habitants s'expliquent difficilement est le suivant : toutes les caves, ou presque toutes, qui se trouvent au nord de la rue de la Maladière et au couchant des rues de l'Eglise et d'Aval sont constamment humides et souvent pleines d'eau, tandis que celles qui sont de l'autre côté de ces rues sont très saines. 11 en est de même des puits qui sont généralement
(1) Voir ma Géognosie du canton de Fontaine- Française, 4866. page 441.
(2) Voir encore ma Géognosie, pages 135 et suivantes, où je donne en détail la formation géologique de tout le territoire.
bons du côté est de la rue de l'Eglise, et mauvais de l'autre côté. La çféologie explique ce fait. Une faillCj une fissure verticale s'est produite, qui a abaissé un terrain ou surélevé l'autre (du corallien au kim méridien) ; les sols n'étant pas les mêmes, par leur niveau géologique, se comportent différemment, dans l'un les filtrations sont fréquentes tandis que dans l'autre elles n'existent pas.
Si les maisons à l'ouiBst des rues de l'Eglise et d'Aval sont toutes inclinées au sud, ne pourrait- on pas expliquer l'existence de ce fait par le trouble géologique produit par cette faille, qui a bien pu déterminer un mouvement oscillatoire du sol du nord au sud.
Depuis trente-neuf ans j'ai l'honneur d'être» sans interruption, secrétaire de la Commission de statistique cantonale agricole, et depuis vingt ans secrétaire du Comice agricole, j'ai donc pu voir mieux que beaucoup d'autres les progrès qu'a faits l'agriculture. J'établirai quelques chiffres comparatifs du rendement seulement depuis 1812 à 1882.
Le tableau suivant fera juger des progrès et donnera la mesure des améliorations obtenues.
Production des céréales en hectolitres par hectare
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Méteil
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En moyenne les prairies naturelles rendent 37 quintaux à rheclare ; les prairies artificielles 45 quintaux à l'hectare.
S'il y avait des vignes aux environs de Tenoplac^ment actuel de Fontaine, du temps des Gaulois, au commencement de la domination romaine, elles eurent le sort de toutes les autres : Domitien, Tan 92 de notre ère, fit arracher les vignes de toutes les Gaules qui nuisaient au commerce italien; mais en 281, Probus en permit la replantation.
La vigne avait été importée dans la Gaule 600 ans avant J.-G.
La culture du houblon, qui comprend aujourd'hui une surface de 20 hectares 10 ares et environ 77.500 pieds, a produit en moyenne, depuis 10 ans, 10 quintaux à l'hectare.
Le bâtiment de la dixme, du dixme (1), comme on l'appelle dans la localité, situé dans le Meix du Fief de Berthauty a été construit par M. de Saint-Jullien, vers 1760 (2).
Il a 55 mètres de longueur, 10 mètres de largeur ou profondeur et une hauteur utilisable sous les combles de plus de 10 mètres.
Il pourrait contenir environ 42.000 gerbes de blé. Or comme le produit moyen annuel est maintenant de 190.000 à 200.000 gerbes, ce vaste bâtiment ne pourrait donc contenir que le cinquième de la récolte en blé seulement.
(4) L'ancien bâtiment de la dixme se trouvait autrefois derrière le château fort, vers le chemin de TAbreuvoir, de la rue de France ; il a été démoli en 4755 et 4756.
(3) J'écris dixme, suivant l'ancienne orthographe, le mot venant de dix quoique la dixme n'étais que par exception le dixiènde ded récoltes sur lesquelles l'impôt se prélevait.
Il est certain qu'il y a quelque cent ans toute la récolte en céréales aurait pu être renfermée dans le bâtiment de la dixme. L'agriculture a donc quintuplé ses produits depuis le milieu du siècle dernier.
Près de la grange de la dixme se trouve une énorme tour, servant de pigeonnier au seigneur. Elle a été bâtie vers 1760. Depuis que les pigeons fuyards sont bannis de nos contrées, celte tour est abandonnée et en assez mauvais état.
A Fontaine le seigneur n'avait pas seul le droit (T élever colombier^ car la plupart des anciennes maisons possédaient des tourelles dont la partie supérieure était disposée en cases ou nids à pigeons.
A environ un kilomètre du village, sur la route de Gray, se trouve le Pré Morot, où Henri IV battit les Espagnols le 5 juin 1595. Les Elus de la province ont fait construire dans le siècle dernier, je crois vers 1750, un monument aujourd'hui disparu pour perpétuer le souvenir de ce fameux combat. Plus tard, sous Tadministration du préfet Guiraudet, la commune de Fontaine fit construire, en 1806, la Fontaine de Pré Morot, aujourd'hui nommée Fontaine Henri IV.
Le portique, faisant face à la route, fut décoré d'un médaillon en bronze de Henri IV, qui a été volé en 1852 (1). Sur le fronton on a gravé ces vers de la Henriade :
Bon prince, grand guerrier, Il vainquit ses rivaux et sut leur pardonner.
Et plus bas : Victoire remportée par Henri IV.
(I) J'ai modelé un nouveau médaillon, je le ferai couler en fonte, et, avec rautorisation de l'administration, je le placerai où était celui en bronze.
50 HISTOIRE 0E FOXTAINE-FRAXÇAISE
Et au-dessous: 1595.
En faisant réparer le pont de Pré Morot, les Elus ont fait mettre rinscription suivante sur les quatre faces du parapet en pierre.
Hic. Hen. Mag. Hostes. Debellavit.
Hic Henricus Magnus Hostes Debellavit.
Ici Henri le Grand défit ses ennemis.
Un second monument avait été édifié, presque en face du pont, par M"« de Saint-Jullien,en 4818. Inauguré en grande pompe en 1820, ce monument a été ruiné et démoli.
Mais j'en parlerai plus loin au chapitre que je consacrerai tout particulièrement à la bataille du 5 juin
Une chapelle, qui a aussi sa légende, Notre-Dame de la Motte, bâtie contre le chemin de Fontenelle, sur une petite éminence, une Motte, ancien cimetière mérovingien, mérite une mention toute particulière.
Cette chapelle, fondée depuis bien des siècles, tombée en ruines, a été reconstruite telle qu'elle est aujourd'hui dans le xvii' siècle. L'intérieur n'offre rien de bien remarquable. Assez spacieuse, elle peut contenir plus de cent personnes.
Les habitants ont toujours eu et ont encore cette chapelle en grande vénération. On y officie très souvent, soit pour des messes à dévotion, ou pour attirer la bénédiction de Dieu sur la paroisse.
Il y a vingt-cinq ans, le fronton était surmonté d'un campanile en pierre laissant visible la cloche actuelle qui date de 1818.
Ce campanile, qu'on a eu grand tort de détruire, a été remplacé par une flèche, d'assez mauvais goût, lors de réparations exécutées en 4857.
Avant ces dernières réparations on lisait contre le mur, derrière l'autel, cette inscription : A la dévotion de Laurent Pinard et de Catherine Fourcault. 1713.
C'étaient les bienfaiteurs de celte chapelle dont ils avaient réparé Tautel et qu'ils avaient doté.
Pourquoi a-t-on effacé cette inscription, et pourquoi ne Va-t-on pas plutôt ré parée ou reproduite?
Il en a été de cette inscription comme du campanile et peut-être d'autres choses qui auraient permis d'assigner une date certaine à la construction de cet édifice.
J'ai dit que la chapelle de Notre-Dame de la Motte avait sa légende comme tant d'autres.
Dois-je la raconter? Beaucoup d'habitants y croient encore. Et pourquoi pas? Je le ferai même en patois du paySy le récit n'en aura que plus de sel.
« Et ny évô, vai le xvi^ sièque, de not'Seigneur J. C, ain vachai que m'nô seuvan ses bètes su eune petite montée qu'est aivue, esqu'et parait, c'ment disent lai saivants, ain Ceumetaire Mérovigien. Leu vachai sai bayé d'gade qu'ain beu maigeô enne troiche d'arbe qu'atô sus enne meutte, troiche teujou pu varte, pu dru qu'Ies aôtes du pàquoi, et que le lendemin c'te troiche atô repoussée pu belle, pu varte et pu yaute que laivoille.
a En apernant çai les gens d'Fontenne en son aivu tout aibobi. On s'demandô poquoi que c't'arbe venô c'ment çai dan nune neu. On ai airaichie lai troiche d'arbe, fouillie lai meute ; ma au grand ravissement des gen qu'ataint lai présens on ai trouvai enne petite sainte Vierge Marie teut' en bô.
« Mossieu rCuré prévenun, aiveu teu lai gen du paii on potai en procésion lai Sainte Vierge en l'église parochiale. Ma le lendemin pu d'sainte Vierge en "^'^ v"^ Téglise, teu Fmonde en ai évu aibôbi; on ai vite eur
toné vô lai troiche d'arbe ; elle atô pu belle que jamai passe que lai sainte Vierge aivô retôné dedan.
« On repote lai sainte Vierge en l'Eglise : elle retôno encô se remette dezeu lai troiche. On crie alors au miraque ! en disant que lai sainte Vierge veulô qu'on ny bâtisse enne chaipelle dedan c'endroit lai.
« Enne quette ai évue faite teu d'suite pas lai parochiens; ai peu on ai bâti lai chaipelle et on ai convenu qu'on Taipellero Notre Dame de lai Meutte (1). »
Les seigneurs de Fontaine, suzerains de divers iiefs, ont toujours été hauts justiciers, c'est-à-dire qu'ils avaient la haute, moyenne et basse justice sur tous leurs vassaux et jouissaient du droit d'avoir des signes patibulaires, le gibet, les fourcheSy elc.
Les fourcheSy comme on appelle communément les signes de la haute justice, ont été élevées autrefois successivement dans deux endroits ; d'abord à droite de la route de Bourberain, non loin de la remise longue, dans un climat appelé encore les Fourches, et ensuite au-dessus du Mineroi où se trouve la remise de ce nom, contre le chemin de Lavilleneuve (2).
(4) La tradition nous apprend qu'une autre chapelle existait au climat dit la Croix Méztères, contre la vote romaine.
Une famille Mézières ou Maizières a en effet habité Fontaine, elle a bien pu édifier une croix sur les ruines de la chapelle. Cette croix a disparu depuis longtemps.
(2) Le noyer qui se trouve dans le champ de M. René Caron est sur remplacement môme des fourches. Go y trouve encore des vertiges de construction.
En dernier lieu, M. de Saint Jullien, avec autorisation du roi Louis XV, les avait relevées à gauche de la route des Romains. Le lieu s'appelle encore en Vhomme mort Cette dernière construction, comme les deux autres, a complètement disparu, on n'en retrouve aucune trace ; mais elle est parfaitement indiquée sur les anciens plans du château où elle figure avec quatre piliers et quatre Ii^s, signe de la plus haute justice seigneuriale.
Je peux dire tout de suite, au grand avantage de s habitants de Fontaine et de leurs seigneurs, que je n*ai trouvé dans aucun des vieux titres, et il m'en est passé beaucoup dans les mains, qu'aucune exécution capitale ait été faite depuis bien des siècles aux Fourches de Fontaine. Cependant, d'après les vieillards que j'ai connus, une exécution, comme on le verra plus loin, aurait eu lieu à la fin du siècle dernier, mais les condamnés étaient étrangers, voleurs et probablement assassins.
Aujourd'hui Fontaine-Française, simple et petit chef lieu de canton, n'a plus rien qui puisse le faire distinguer d'une manière particulière.
Il a les fonctionnaires ordinaires : juge de paix, receveur des postes et télégraphes, percepteur, receveur d'enregistrement ; il est aussi la résidence d'un conducteur voyer et d'une brigade de gendarmerie.
Jusqu'en 1807, il n'y avait pas de gendarmerie à Fontaine. C'est cette même année que les habitants demandèrent que la gendarmerie de Mirebeau y fût transférée parce que le canton Umitrophe de la Haute- Saône et de la Haute-Marne, très éloigné de Dijon et de Mirebeau, ne voyait pas assez souvent ces représentants de la force et de la sécurité publiques. Le
gouvernement impérial octroya cette demande, et la gendarmerie fut installée à Fontaine en 1808. Plus tard on a rétabli une brigade à Mirabeau.
La brigade à pied de Fontaine a existé jusqu'ea 1853 ; elle est alors devenue brigade à cheval, telle qu'elle existe encore.
Fontaine-Française est malheureusement assez pauvre en grands hommes. A part les divers seigneurs qui l'ont possédé et dont nous pouvons nous glorifier, et M""^ de Saint-JuUien qui y est née en 1729, Courtépée ne cite que le père Fourcault, minime, célèbre naturaliste, habile empailleur d'oiseaux, mort en 1775.
Le R. P. Fourcault (Jean-Baptiste) est né à Fontaine-Française le 4 mai 1719.
Sa sœur a épousé M. Cordelet, médecin à Fontaine- Française.
De ce mariage naquirent deux enfants :
Claude-Auguste Cordelet, curé de Chalindrey, et Catherine Cordelet qui devint épouse de Claude Blonde!, docteur en médecine à Pontailler-sur-Saône.
Claude Blondel, né à Pontailler le 4 février j745, est décédé à Auxonne le 14 avril 1847, à l'âge de cent deux ans deux mois et dix jours.
Il était Taïeul de M"^*Elise Blondel, épouse de M. Henri Blondel, ancien notaire à Dijon, auquel je dois cette notice.
Jean-Baptiste Fourcault, qui avait la vocation religieuse, embrassa de bonne heure l'état monastique ; il choisit l'ordre des Minimes et sa première maison conventuelle fut celle de Màcon où il résida pendant vingt ans.
Tous ses loisirs étaientconsacrés à l'étude des sciences naturelles et il constitua un cabinet d'ornithologie
(histoire des oiseaux), qui devint tellement célèbre que VAcadémie des sciences de Paris délégua deux de ses membres, MM. Duhamel et de Fougeroux, pour aller le visiter. Le rapport de ces deux commissaires fut infiniment flatteur pourle R. P. Fourcault et son cabinet fut trouvé au-dessus de ce que la renommée en avait publié.
Sa réputation se répandit au loin et les témoignages d'estime lui arrivèrent de toutes parts ; il fut nommé successivement membre de l'Académie des sciences de Paris, membre de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Lyon, membre de l'Académie de Dijon, membre de l'Institut de Bologne (Italie) et membre de l'Académie des Arcades de Rome.
Le duc de Parme, ayant eu connaissance des mérites du R. P. Fourcault, voulut se l'attacher pour l'éducation de Tlnfant Dom Philippe et il fut continué en cette qualité sous l'Infant Dom Ferdinand.
En 1775, le R. P. Fourcault fit un voyage dans la capitale du monde chrétien.
Le vénérable pape Pie VI l'accueillit avec beaucoup d'affabilité et une distinction marquée et le combla de présents pieux.
Mais le présent le plus important qui fut fait au R. P. Fourcault fut le corps entier de saint Vital, martyr. Ce don témoignait de l'estime toute particulière que S.S. le pape avait pour le R. P. Fourcault, car ordinairement ces sortes de présents ne se faisaient qu aux princes, à leurs ambassadeurs ou à quelques églises privilégiées. Tout Rome fut étonné de cette distinction et toutes les gazettes d'Italie en ont publié le récit.
Le R. P. Fourcault ne put mieux faire que d'offrir
la précieuse relique à l'église de Chalindrey qui avait alors pour pasteur Claude-Auguste Cordelet, son neveu, originaire de Fontaine-Française.
Sur les registres de la fabrique de Chalindrey sont relatés tous les détails de T^arrivée de la précieuse relique, ainsi que ceux des fêtes et des cérémonies qui furent présidées par M^r de la Luzerne, évêque de Langres, duc et pair de France.
Les fatigues qu'éprouva le R. P. Fourcault pendant son séjour à Rome lui furent fatales ; une fluxion de poitrine le força à s'arrêter à Florence où il mourut, le 4 août 1775, à Tâge de 56 ans et demi.
Le Journal de Florence de cette époque rendit compte de sa mort dans les termes suivants :
« J.-B. Fourcault, minime français, célèbre ornithologiste, attaché en celte qualité à la maison du duc de Parme, est mort ici le 4 de ce mois ; il était membre des Académies de Lyon, de Rome et de Bologne, et passait pour un de ceux qui avaient porté le plus loin la partie de Thistoire naturelle à laquelle il s'était appliqué. »
Cependant on pourrait encore citer certains membres des familles Hugon et Labotte, dont il sera question plus loin.
Mais je dois, ainsi que je l'ai fait pour le R. P. Fourcault, parler du général Gandil, dont Fontaine est la patrie.
« Gandil (Fabien-Pierre-Edmond), né à Fontaine- Française le 12 août 1822, fils de Fabien Gandil, ancien maréchal - des - logis de gendarmerie, et de Françoise Turlot, originaire de Licey, fit ses études
.Tr%r-%csr^ 1
au Lycée de Dijon. Il entra à l'École polytechnique en 1840 et en sortit, avec le n° 38, en 4842, pour entrer comme sous-lieutenant à l'École d'application de Metz- Lieutenant en second le 7 janvier 1845, au 8* régiment d'artillerie, il passa au 4* où il fut promu à la première classe de son grade le 3 juin 1847. Capitaine au 6* régiment d'artillerie le 6 décembre 1851, chevalier de la Légion d'honneur le 23 avril 1852, il était en Afrique depuis 1846, où il resta jusqu'en 1870. Il entra au bataillon de tirailleurs algériens en 1854 et le 12 août 1856 il fut nommé chef de bataillon au 65*^ de ligne. Oflicier de la Légion d'honneur en 1859, il fut promu lieutenantcolonel au 2° tirailleurs algériens le 14 août 1860. Il fut nommé colonel le 20 décembre 1864 au 3® régiment de la même arme. Rappelé en France en 1870, il fut nommé général de brigade et combattit à Sedan, où il fut blessé, par un éclat d'obus, à la main droite, le l^r septembre. Emmené prisonnier, il rentra en France le 15 mars 1871. Il prit part à la guerre contre la commune du 28 mars au 7 juin 1871. De 1871 à 1875, il exerça divers commandements ; le 30 décembre 1875, il fut promu général de division, et appelé le 20 avril 1876 au commandement de l'Ecole supérieure de guerre et de l'École d'application d'état-major. Décédé le 5 décembre 1877, ses restes ont été ramenés à Villegusien, Haute-Marne, et inhumés dans la sépulture de sa famille.
« Le général Gandil était commandeur de la Légion d'honneur du 11 août 1867 et décoré de Tordre du Nicham-Ifflikar, de Tunis (1). »
{\) Panthéon de la Légion d honneur, 4878.
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S8 . HISTOIRE l>K FONTAINE-FRANÇAISE
L'esprit militaire a été, de tout temps, une des vertus dominantes des habitants de Fontaine.
Combien de noms ne pourrais-je pas ajouter à celui du général Gandil... les Mastier, les Laurent frères, les Berquin, les Martin, les Robelot et tant d'autres qui se sont volontairement enrôlés sous le drapeau français quand il a fallu défendre la patrie contre l'étranger.
Le premier manuscrit de l'histoire de Fontaine- Française était écrit lorsque M. l'abbé Carra a été nommé, en 1885, recteur des Facultés catholiques de Lyon, qui comprennent toute la région de Test de la France, même l'Algérie, et s'étendent sur quatre archevêchés et vingt et un évôchés.
M. l'abbé Jean-Louis-Jules Carra est né à Fontaine- Française, le 28 mars 1825, d'une famille honorable et chrétienne mais fort éprouvée par des revers de fortune.
Son éducation classique fut commencée par M. Tabbé Roze, curé-doyen de Fontaine-Française et continuée par les libéralités de la noble et à jamais regrettée châtelaine du lieu. M™* la marquise de la Tour-du- Pin, née princesse Honorine de Monaco.
M. l'abbé Carra se rendit digne de ses bienfaiteurs, et sans suivre toutes les étapes de sa vie, je le trouve au moment de sa promotion au Rectorat: chanoine honoraire de Dijon, docteur en théologie et en droit canon, maître en Saint-Thomas, officier d'Académie, ancien directeur du grand séminaire de Dijon, premier aumônier du Lycée de Dijon (1).
S. S. le pape Léon XUI, reconnaissant les mérites
(4) Voir le Bulletin mensuel des Facultés catholiques de Lyon^ année 4883, juiD, no 6.
DESCRIPTION GéNÉRALB DE FONTAINE-FRANÇAISE 59
de M. l'abbé Carra, a daigné lui conférer les honneurs de la Prélature, le 24 février 1886.
M**" Carra est, à tous égards, une illustration de Fontaine-Française.
Avant de clore ce chapitre (le lecteur me pardonnera de changer si brusquement de sujet), je veux donner ici la nomenclature des mesures autrefois en usage à Fontaine et dans les environs, comparées aux nouvelles.
La perche de neuf pieds et demi qui vaut. . 3"" 146
L'aune de quatre pieds i 188
La toise carrée de six pieds 7 949
Le pied linéaire 0 335
La toise cube 7 404
Le journal de huit ouvrées ou 360 perches . 34* 28*
L'ouvrée 4 28
La perche 0 09 52
L'arpent des forêts de 100 perches de 32 pieds
de roi 51 07
Le boisseau 20' 4**
Le peneau ou pénal 27 757
La mesure à grain 17 277
L'émine . 26^'»i/3(l)
La coupe des meuniers 1/^^ de boisseau.
La pinte 1* 25^=
Le chauveau 0 62
La livre (poids) de seize onces 489^^
L'once, composée de huit gros 31*'
Le gros, composé de 80 grains 4«'
(I) L'émine, de 26 doubles-décalitres deux tiers, pèse 400 kilog. Le mot émine vient de éminage^ du latin eminagium qui veut dire me* snrer.
Le grain 0 05=
Un franc valait 1 livre i liard 3 deniers ou
20 sous.
Le sou valait 4 liards et le liard 3 deniers. Le minot, mesure de sel, pesait 35 livres.
J'ai dit plus haut que le patois de Fontaine, comme celui d'à peu près tout le Dijonnais, était le français, quelque peu défiguré des xiv% xv et xvr siècles. Il est facile de s'en convaincre, ainsi que j'ai pu le faire, parla lecture des actes des siècles derniers.
Mais je dois dire aussi que beaucoup d'expressions sont grecques ou dérivent du grec, langue qui était en usage chez les Gaulois, sinon pour le langage habituel, du moins pour les registres de la nation, les affaires publiques, les actes et les contrats. César, livre P% chapitre xxix, et livre IV, chapitre xiv. Je fais une citation:
« Demandez dans nos villages le nom de la pomme de terre. Petits et grands de vous répondre: Treufe, qui vient de Trepho, nourrir (de la pomme de terre). Voyez-vous ce gamin qui vous fait la nique? Nirè, victoire. Et ce maniaque donc? Mania, folie. Et cette lancCy grande herbe des étangs, Lakias. Connaissezvous ce mot patois bailler, heiller^ pour dire donner? Ballo, Ballei, payer ^ jeter. Bougre^ dites-vous? Mais vous jurez en grec; Bou, particule augmentative de Gru, cochon ; aussi dit-on souvent bougre de cochon, qu'on prononce ousse. Ecoutez ce fermier qui ftowcane son monde, il parle grec aussi: Bou, particule augmentative, Kané, rocus, bruit; Bou-Kané, faire tapage. Que tient à la main cette jeune fille? C'est une Ormesse ou ermesse, balai qui vient de Orme,
DESCRIPTION GBNiRALE DE FONTAINE-FRANÇAISE 61
impukion. Et cet enfant qui gueule? Il crie en grec: GuEÔ. On bricole partout, comme à Athènes : Bri, particule augmentative et Kolos ou Koléo, tronquer, Bri-Koléo, bricolle. Enfin, voyez-vous cet argonier? Argonier, Argos, inculte, brut, qui n'a pas bien travaillé, Argos-nos qui ne sait pas son métier, qui est disgracieux, etc. (1). »
Je terminerai cette description générale par un / essai étymologique des climats ou lieuxdits de notre se.
(1) Odyssée étymologique gallo-grecque en Bourgogne, par A. Barranger, 4858. Voir aussi mon Glossaire, ou expressions franc-comtoises dont la majeure partie peut s'appliquer au patois de Fontaine- Française, 1870. Annales de la Société d Emulation du Doubs.