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PHILIPPE LE BEL

Un historien anglais, Mathieu Paris, l’appelait “le roi des rois de la terre.” Vingt-sept ans après sa mort, en 1297, l’Église plaçait au rang des saints ce roi dont Voltaire a dit: “Il n’est pas donné à l’homme dé porter plus loin la vertu.”

Philippe II, le Hardi. — Le fils de saint Louis, Philippe III, était un prince honnête et pieux, mais sans énergie. Le seul fait important de son règne (1270-1285) fut l’annexion du comté de Toulouse au domaine royal, par héritage. Philippe en détacha le pays voisin d'Avignon ou Comtat-Venaissin dont il fit don au pape.

Philippe le Bel. — Le règne de son successeur Philippe IV, le Bel (1285-1314) est au contraire un des plus importants de l’histoire de France. Mais sur ce roi, figure énigmatique, on n’a, par les contemporains, que des renseignements peu nombreux et contradictoires. Il était, semble-t-il, d’une grande piété; pourtant sa politique fut le plus souvent malhonnéte et hypocrite. Le bruit populaire était qu’il avait le caractère faible et se laissait dominer par son entourage.

Les Légistes. — Ce qui est certain, c’est que Philippe le Bel eut pour principaux conseillers des légistes. On appelait ainsi ceux qui s'étaient voués à l’étude des lois. En même temps que les coutumes féodales, compliquées, confuses, variant d’un fief à l’autre, les légistes étudiaient le droit romain qui leur apparaissait comme un modèle d’ordre et de logique dont il fallait s’inspirer et se rapprocher: ils l’appelait “la raison écrite.” Or la loi romaine, rédigée au temps des empereurs souverains absolus, proclamait que la volonté du souverain est la loi, qu’il est lui-mème “la loi vivante.” Dans le régime féodal, au contraire, la volonté du souverain était limitée strictement par les contrats entre suzerain et vassal. Aussi les légistes, imbus des idées romaines, travaillèrent-ils de tout leur pouvoir à remplacer la monarchie féodale par une monarchie absolue, à la romaine.

Déjà sous saint Louis il y avait eu des légistes au Conseil du roi. Sous Philippe le Bel leur influence devint prépondérante.

Agrandissements territoriaux. — Comme Philippe Auguste, Philippe le Bel chercha par tous les moyens à agrandir le domaine royal aux dépens des grands fiefs. Il avait acquis le

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comté de Champagne par son mariage avec l’héritière du comté. Il entreprit d’annexer au sud la Guyenne, fief du roi d’Angleterre, au nord le riche comté de Flandre.

Philippe n'avait pas les scrupules de saint Louis. Il saisit le premier prétexte pour faire prononcer par ses juges la confiscation de la Guyenne (1294). Comme le roi d’Angleterre Édouard I° s'était allié au comte de Flandre, il occupa aussi la Flandre (1297).

Ces conquêtes ne furent pas durables. Les Flamands se révoltèrent contre le gouverneur français, et leurs milices écrasèrent la chevalerie française à la sanglante bataille de Courtrai (1302). Philippe qui au même moment était engagé dans un terrible conflit avec le pape, rendit la Guyenne au roi Édouard (1303). Libre de ce côté, il marcha contre les Klamands et, à Mons en Pevèle (1304), les obligea à battre en retraite. Mais il ne parvint pas à les écraser ni à soumettre toute la Flandre. Il dut se contenter de tenir Lille, Douai et Béthune qui furent réunis au domaine.

Philippe le Bel s’efforça aussi d’étendre son influence à l’est dans cette région vague de l’ancienne Lotharingie qui depuis le traité de Verdun flottait entre l’Allemagne et la France. Théoriquement ces pays relevaient de l’Empire germanique qu'Otton le Grand avait fondé au dixième siècle. Mais l’autorité des empereurs y était précaire ou nulle. Le comte de Bar dans la région de la Meuse, Lyon et Viviers dans la région du Rhône reconnurent la souveraineté du roi de France. Lyon devint définitivement ville royale en 1310.

Philippe le Bel et Boniface VIII. — L'événement capital du règne de Philippe le Bel fut sa lutte contre le pape Boniface VIII. Depuis le onzième siècle, la papauté visait à exercer sur tous les princes chrétiens une véritable suprématie. Ces prétentions avaient entraîné les papes dans de terribles luttes contre les empereurs germaniques. Ils avaient vaincu les empereurs. Mais comme ils tenaient à l’alliance française contre leurs ennemis d'Allemagne et d’Italie, ils avaient jusqu'alors ménagé les rois de France. Ceux-ci, tout en protégeant le clergé, s'étaient toujours montrés fort jaloux de leur autorité sur l'Eglise de France.

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