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LA RENAISSANCE

La Renaissance artistique. — Dans les arts, la Renaissance française fut surtout architecturale. On ne compte guère qu’un seul peintre notable, François Clouet, fin portraitiste, mais qui ne saurait cependant être comparé aux grands maîtres italiens.

La France avait depuis le Moyen Age son art original et personnel, l’architecture ogivale, qui avait produit et qui produisait encore des chefs-d’œuvre. L'influence antique ne commença à se faire sentir que tout à la fin du quinzième siècle et fut longtemps en concurrence avec la tradition nationale. Les formes de l’art national finirent par disparaître et firent place aux formes dérivées de l’art gréco-romain, mais le génie français garda ses qualités propres de clarté, de simplicité et d'élégance.

Les architectes de la Renaissance construisirent surtout des châteaux, élégantes habitations de plaisance, vastes palais où purent se dérouler des fêtes somptueuses. Les plus célèbres sont les châteaux dits de la Loire, construits dans cette Touraine si riante qu’on l’a surnommée le Jardin de la France: Chambord, construit par Pierre Nepveu; Blois, auquel firent travailler Louis XII et François I; Amboise, le château de Charles VIII; Chenonceaux, sur un pont du Cher; Azay-le-Rideau. Du grand architecte Philibert de l’Orme (1515-1570), il ne subsiste que les fragments du château d’Anet, près de Paris. A Paris même la Renaissance est représentée par l’admirable Louvre de Pierre Lescot (1510-1578), c’est-à-dire les bâtiments commencés sur l'ordre de François I* qui forment l’angle sud-ouest de la cour carrée; enfin le long de la Seine la gracieuse et magnifique Galerie du bord de l’eau, commencée par ordre de Catherine de Médicis.

Les Sculpteurs. — Comme les architectes, les sculpteurs se partagent en deux groupes. Les uns sont demeurés dans la tradition française; les autres ont subi l'influence antique et italienne.

À la tradition française, tradition réaliste, appartiennent Michel Colombe, Pierre Bontemps et Ligier Richier. Dans les bas-reliefs de batailles que Pierre Bontemps sculpta pour le tombeau de François [*, il a représenté avec une scrupuleuse exactitude des soldats de son temps, chevaliers bardés de fer, Suisses aux larges bérets, lansquenets, piques, hallebardes,

canons, arquebuses, tonneaux de poudre. De même ce sont des costumes du seizième siècle, de la Touraine, de la Lorraine, que portent les personnages de Michel Colombe dans son admirable tombeau du duc de Bretagne à Nantes, les personnages de Ligier Richier dans son émouvante Mise au tombeau de l’église de Saint-Mihiel.

Rien de semblable avec Jean Goujon et Germain Pilon qui appartiennent à l’école “classique.” Leurs personnages, nymphes, cariatides, vertus théologales, sont nus ou vêtus d’amples draperies à la grecque. Les trophées d’armes sculptés par Jean Goujon à la façade du Louvre semblent empruntés à des arcs de triomphe romains. Les sujets même sont empruntés à la mythologie antique, tels la Diane sculptée par Jean Goujon pour le château d’Anet, et ses Nymphes de la Fontaine des Innocents dont on a dit qu’elles étaient le chef-d'œuvre du basrelief.

Causes générales de la Réforme. — Au règne de François I°' correspond également l’expansion de la Réforme en France.

La Réforme, cette révolution religieuse, eut des causes multiples. Parmi les plus générales, deux sont particulièrement importantes: d’abord l’état même de l’Eglise au début du seizième siècle; ensuite, grâce à l’imprimerie, la diffusion de la Bible.

Les mêmes vices qui, au onzième siècle, avaient rendu nécessaire la réforme du pape Grégoire VII, la simonie, l’avarice, la corruption des mœurs, s'étaient de nouveau glissés dans le clergé. Les tentatives de réforme entreprises par les conciles du quinzième siècle avaient échoué. Au seizième siècle, la situation était plus grave que jamais, parce que la source du mal était à Rome même, les papes, tels que Jules IT, Léon X ou Clément VII, paraissant plus occupés de politique ou de beaux-arts que des intérêts spirituels de la chrétienté.

Diffusion de la Bible. — Une autre cause du mouvement de la Réforme, ce fut, après la découverte de l'imprimerie, la diffusion de la Bible et la mise à la portée de tous des Evangiles, source même de la doctrine chrétienne. Depuis 1457 jusqu’à 1517, plus de quatre cents éditions de la Bible furent publiées.

La Bible pénétrant partout, c’était la parole même du Christ qui était rendue aux chrétiens. Or cette parole prêchait le

renoncement aux biens de ce monde, la pauvreté, l’humilité; elle faisait donc paraître plus scandaleux encore l’orgueil et le luxe des princes ecclésiastiques; elle devait rendre plus vif encore le désir d’une réforme qui, selon le langage du temps, ramènerait l’Église à la simplicité primitive.

La connaissance des Évangiles eut une autre conséquence, la plus grave de toutes. L'organisation de l’ Église catholique, ses dogmes, c’est-à-dire l’ensemble des croyances professées par ses fidèles, reposaient avant tout sur les Evangiles, puis sur la tradition, les interprétations et les définitions des papes et des conciles. (Certains au seizième siècle, par respect étroit des Livres Saints, pensèrent que, puisqu'on avait dans les Évangiles la parole même de Dieu, il fallait s’en tenir à cette parole: la tradition et les interprétations, œuvres des hommes seuls, à leurs yeux étaient sans valeur. Tout au moins les interprétations des papes et des conciles n’avaient pas plus de valeur que l'interprétation d’un fidèle quelconque, et chacun pouvait interpréter l’Ecriture sainte selon sa conscience. Ce fut la théorie de Luther, puis de Calvin, et c’est cette théorie qui entraîna la rupture de l’unité chrétienne.

Débuts de la Réforme en France. — Deux ans après l’avènement de François I‘, en 1517, le moine saxon Luther donnait en Allemagne le signal de la révolution religieuse. D’Allemagne, le mouvement gagna bientôt la France.

Il y avait d’ailleurs en France, dès avant Luther, un parti de réforme qui se recrutait surtout parmi les humanistes, mais se défendait de vouloir rompre avec l’ Église officielle. Un mathématicien célèbre, Lefèvre d’ Étaples, se tournant vers les études religieuses, prêchait dès 1511 la nécessité de lire les saintes Ecritures, et de “ramener la religion à sa pureté primitive.” Presque au moment où Luther publiait sa traduction allemande de la Bible, Lefèvre d’ Étaples faisait i imprimer une traduction française des Évangiles (1523).

Les conditions étaient donc assez favorables à la diffusion des doctrines luthériennes en France. Elles se répandirent d’abord surtout parmi les humbles, ceux qu’on appelait les gens mécaniques, c’est-à-dire les gens de métier, “‘savetiers, cordonniers, menuisiers, cordiers, peigneurs de laine, merciers et porte-paniers,

gens, dit un contemporain, qui allaient rôdant de ville en ville et de province à autre et dont quelques-uns avaient demeuré en Allemagne.” ,

Tout d’abord on ne les poursuivit pas. Jusqu’à 1534, François I‘ se montra presque favorable aux réformés. Sa sœur, Marguerite d'Angoulême, reine de Navarre, en son château de Nérac, donnait asile volontiers aux suspects. François I lui-même à plusieurs reprises empêcha le Parlement de poursuivre les hérétiques. Mais ceux-ci brisaient les statues de la Vierge et des saints, aux angles des rues, aux façades des églises. Ces actes de vandalisme exaspéraient les catholiques comme des sacrilèges. D'autre part, en octobre 1534, des “placards,” renfermant de grossières et violentes attaques contre l’Eucharistie et les croyances catholiques, furent affichés le même jour dans plusieurs grandes villes et jusqu’à la porte de la chambre du roi. Il parut que c’était l’effet d’un complot et le roi décida de sévir. En quelques mois une quarantaine de malheureux furent condamnés à mort et brûlés vifs à Paris.

Calvin. — C’est pour échapper à la persécution que Calvin s'enfuit alors en Suisse où il devait prêcher une nouvelle doctrine réformée, plus radicale encore que celle de Luther.

Jean Calvin était né à Noyon en Picardie en 1509. Fils d’un procureur de l’évêque de Noyon, il était destiné à l'Église. Mais au cours de ses études à l’Université d'Orléans et à l’Université de Bourges, il connut les doctrines de Luther et y adhéra. Aussi renonça-t-il à se faire ordonner prêtre. En 16534, comme François I commençait à persécuter les réformés, il s'enfuit de Paris et se réfugia en Suisse, à Bâle.

Là il résuma sa doctrine dans un livre qu’il publia en 1635, en le dédiant à François I®, l’Jnstitution chrétienne. Calvin, comme Luther avant lui, n’admettait en matière religieuse qu’une autorité, la Bible: il fallait “lire la seule Écriture,” “ne recevoir aucune doctrine que celle qui nous est enseignée par la parole de Dieu.” Comme Luther encore, Calvin professait l'inutilité des œuvres pour le salut de Fhomimée, que la foi seule assure, mais il ajoutait que la foi est “un don spécial,” réservé par Dieu aux élus “prédestinés devant la création du monde à l'héritage du salut, sans aucun égard de leur dignité, ni vertu.”

C’est la rigoureuse doctrine de la “Prédestination,”” que d’ailleurs la plupart des disciples de Calvin devaient rejeter dans les siècles suivants. (Calvin n’admettait que deux sacrements: le Baptême et la Communion, — celle-ci un simple acte commémoratif du dernier repas pris par le Christ avec ses disciples. — Il réduisait le culte à la prière, la prédication, le chant des psaumes. Toute cérémonie était supprimée. Dans l’église — le Temple — nul ornement, point d’autel, point d'images, pas même un crucifix. Nulle hiérarchie parmi les prêtres — il disait les pasteurs ou les ministres — choisis par les plus importants des fidèles pour réciter les prières et prêcher.

Appelé à Genève, ville libre réformée, pour y enseigner la théologie, Calvin parvint à faire adopter sa doctrine et organisa l’Église calviniste. De 1541 jusqu’à sa mort en 1564, il gouverna Genève en maître absolu et d’une sévérité implacable. Sous sa direction, Genève, où de nombreux émigrés français venaient chercher asile, devint comme la Rome du protestantisme. L'Académie que Calvin y créa fut le grand séminaire d’où partirent des missionnaires de la religion nouvelle, animés de la foi la plus ardente. La doctrine et le culte calvinistes se répandirent rapidement dans toute l’Europe, surtout en France, en Écosse, aux Pays-Bas, jusqu’en Hongrie.

Massacre des Vaudois. — Cependant la persécution redoublait de rigueur en France. Intermittente sous François I‘, elle fut marquée cependant à la fin du règne par une affreuse tragédie, le massacre des Vaudois.

Depuis le treizième siècle, il existait dans les montagnes de Vaucluse une secte hérétique, les Vaudois, dont la doctrine se rapprochait des nouvelles doctrines réformées. On ne les avait jamais inquiétés. Mais en 1540 le Parlement d’Aix porta contre une vingtaine d’entre eux une sentence capitale pour crime d’hérésie. Pendant quatre ans l’archevêque de Paris, du Bellay, l’évêque de Carpentras, Sadolet, parvinrent À empêcher l’exécution de la sentence. Mais en avril 1 545, le président d'Aix, d’Oppède, s’abattit sur le pays. Trois petites villes et vingt-deux villages furent incendiés, trois mille personnes égorgées, des centaines envoyées aux galères, des enfants même vendus aux Turcs comme esclaves.

La Persécution sous Henri II. — Ces horreurs n’étaient point pour révolter ceux des laïcs très nombreux qui reprochaient aux évêques “d’être trop lents et retenus” dans la poursuite des hérétiques. Henri IT était de ceux-là. Très dur, il ne connut jamais en face des réformés les hésitations de son père, d’autant plus qu’il tenait les protestants pour des ennemis de l’autorité royale, presque des rebelles. De 1547 à 1550, en moins de trois ans, une chambre du Parlement de Paris, dite la Chambre ardente, prononça près de cinq cents condamnations dont soixante à mort.

Ces exécutions affermirent les persécutés dans leurs croyances, et déterminèrent de nouvelles conversions. ÆEn 1565, les calvinistes étaient assez nombreux pour se grouper et s'organiser en églises sur le modèle de l’église de Genève. En 1559 ces diverses églises, jusqu'alors isolées, songèrent à se lier les unes aux autres et, dans ce dessein, un synode, véritable concile calviniste, fut tenu à Paris. Il y avait alors en France soixantedouze églises réformées. Deux ans plus tard, on en comptait plus de deux mille.

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LES GUERRES DE RELIGION LA SAINT-BARTHÉLEMY EF al QUE

Formation du parti calviniste. — On a vu avec quelle rapidité le calvinisme s’était propagé en France sous le règne d'Henri IT. Bientôt ce ne furent plus seulement d’humbles artisans ou des bourgeois paisibles, mais des gentilshommes et des grands seigneurs qui embrassèrent la nouvelle doctrine. Avant la mort d'Henri Il, deux princes du sang, Antoine de Bourbon, devenu roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d’Albret, et son frère le prince de Condé étaient déjà protestants, ou, comme on disait “huguenots.” Il en était de même des Châtillons, d’Andelot et son frère l’amiral de Coligny, neveux du connétable duc de Montmorency, le plus puissant seigneur du royaume. L’adhésion des nobles à la Réforme fut d’importance capitale. Les nobles firent du parti calviniste un parti politique et militaire, déterminé à défendre sa foi par les armes. De là les guerres de religion.

François II. — Au moment même où, pour prévenir aes troubles intérieurs, un souverain énergique eût été plus que jamais nécessaire, la mort soudaine d'Henri IT faisait roi un enfant de moinsde seize ans, François II (1559-1560). François II marié à la reine d'Écosse, Marie Stuart, se laissa entièrement diriger par les oncles de sa femme, ne de Guise et Charles, cardinal de Lorraine. Les Guises, catholiques fougueux, redoublèrent de rigueur dans les poursuites contre les protestants. Ceux-ci complotèrent alors d'enlever le roi au château d’Amboise pour le soustraire à l'influence des Guises; un gentilhomme inconnu, la Renaudie, fut le chef nominal du complot dont le chef secret était le prince de Condé. Mais la ‘“conjuration d'Amboise’”’ fut découverte: surpris dans les forêts voisines, les conjurés

furent noyés, décapités, pendus jusqu'aux merlons du château (mars 1560). Condé lui-même, arrêté et condamné à mort pour haute trahison, ne fut sauvé que par la mort du jeune roi qu’une brusque maladie emporta en quinze jours ($ décembre 1560).

Charles IX et Catherine de Médicis. — Du coup la domination des Guises se trouva ruinée. Comme le nouveau roi Charles IX, second fils d'Henri IT, était un enfant de dix ans, le pouvoir revint à la reine mère Catherine de Médicis, une Italienne rusée, sans foi et sans scrupules, indifférente en matière de religion, et par-dessus tout avide du pouvoir dont elle avait été jusque-là écartée.

Pour s’assurer la possession du pouvoir, elle essaya d’abord de la politique de bascule, et contre les Guises elle se procura l’appui des Bourbons en grâciant le prince de Condé. Elle crut même possible de réconcilier les partis et d’établir un régime de tolérance selon les très nobles conseils du chancelier Michel de l'Hôpital. “Qu’y a-t-il besoin, disait celui-ci, de tant de bûchers et de tortures? C’est avec les armes de la charité qu’il faut aller à tel combat. Le couteau vaut peu contre l’esprit.” Dans ce but fut réuni à Poissy un “colloque” d’évêques et de pasteurs (1561). Les calvinistes y eurent pour principal représentant un ami de Calvin, Théodore de Bèze; les catholiques, le cardinal de Lorraine. L’irréductible opposition des croyances sur le point fondamental de l’Eucharistie rendit toute réconciliation impossible. Catherine de Médicis fit néanmoins promulguer l’édit de janvier 1562 par lequel elle accordait aux protestants le droit de célébrer publiquement leur culte dans les faubourgs des villes et dans les campagnes.

Massacre de Vassy. — Cette politique n’avait aucune chance de succès. L'idée de tolérance était étrangère, hostile même à presque tous, calvinistes et catholiques. Partout éclataient des rixes sanglantes. Dans le Midi, là où ils avaient la majorité, les calvinistes chassaient des églises les catholiques: ils en tuèrent une trentaine dans la cathédrale de Montpellier (20 octobre 1561). Un mois après l’édit de janvier, le 1° mars 1562, le duc de Guise passant à Vassy, les gens de son escorte cherchèrent querelle à des calvinistes qui célébraient le culte dans une

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grange. D'où une bagarre qui finit en massacre: il y eut plus de cent calvinistes tués et blessés.

Le massacre de Vassy déchaïîna les haines et fut le signal d’une furieuse guerre civile.

Caractères des guerres de religion. — On devait compter huit guerres de religion, quatre sous Charles IX, quatre sous Henri IIT et Henri IV.

Les guerres traînèrent parce qu'aucun des adversaires ne pouvait prendre un avantage décisif. Les calvinistes, une minorité, étaient hors d’état de triompher de la masse catholique de la nation. Les catholiques ne pouvaient en finir avec les calvinistes parce que ceux-ci étaient dispersés par toute la France et que si la région du sud-ouest et du sud, l’ancienne Aquitaine, depuis la Vienne jusqu'aux Pyrénées, était, avec le Languedoc, le principal foyer de leur résistance, on les trouvait aussi bien en Auvergne, en Bourgogne, dans le Nivernais: il n’y avait pas un centre vital où un seul coup frappé pût les abattre. De là le décousu, et par suite l’absence d'intérêt des opérations, jusqu’à la dernière guerre où Henri IV poursuit un objectif bien défini, la prise de Paris, sa capitale.

La violence des passions religieuses produisit comme une éclipse du sentiment national. Des deux côtés on n’hésita pas à faire appel à l’étranger: les catholiques reçurent des secours du roi d'Espagne, Philippe IT; les protestants de la reine d’Angleterre Élisabeth, et des princes allemands.

Les Premières Guerres. — La première guerre dura un an (1562-1563). Il y eut une grande bataille À Dreux où Guise fut vainqueur. Mais deux mois après, sous les murs d'Orléans, il fut assassiné d’un coup de pistolet par un protestant, Poltrot de Méré. La guerre se termina par l’édit d’Amboise, moins libéral que l’édit de janvier, maïs qui valut cependant à la France quatre années de paix.

Une deuxième guerre éclata en 1567. Le vieux connétable de Montmorency, chef de l’armée catholique, fut tué au combat de Saint-Denis près Paris. La paix rétablie en 1568 fut presque aussitôt rompue et une troisième guerre commença. Les protestants subirent deux défaites, à Jarnac, puis à Moncontour. À Jarnac le prince de Condé, blessé, fut assassiné comme i]

venait de se rendre. Mais Coligny, tenace, reforma une armée et reprit l’avantage., Lasse de cette guerre sans résultats, Catherine signa un nouvel édit de pacification analogue à ’édit d’Amboise et accorda aux protestants quatre places de sûreté où ils purent mettre garnison (1570).

La Saint-Barthélemy. — La réconciliation paraissait se faire entre les deux partis. Comme pour l’achever, on prépara le mariage de la sœur de Charles IX, Marguerite de Valois, avec le jeune roi Henri de Navarre, devenu par la mort du prince de Condé le chef des calvinistes. Les gentilshommes protestants revinrent en grand nombre à la Cour. Charles IX avait appelé à son conseil l’amiral de Coligny, réputé pour sa grande expérience de la guerre et de la politique et pour la noblesse de son caractère; bientôt nul ne fut plus écouté du roi qui le nommait “son père”.

Cette faveur de Coligny devait être fatale aux protestants. Catherine de Médicis, dont l'influence diminuait, crut que le pouvoir allait lui échapper. Elle s’entendit avec le duc Henri de Guise pour se débarrasser de Coligny par un meurtre. Le coup manqua: Coligny ne fut que blessé et le roi furieux jura de le venger “d’une horrible façon”. Il fit aussitôt commencer une enquête sur l’attentat (22 août 1572).

: De plus en plus inquiète pour elle-même, Catherine projeta alors, de concert avec Guise, un massacre général des chefs protestants. Ella alla trouver le roi, qui était de caractère faible et irritable. Elle l’affola en lui faisant croire que les huguenots s’armaient, qu’ils complotaient contre sa vie, qu’il y allait du salut public si on ne faisait périr tous les chefs. Après une longue résistance, le roi finit par s’écrier: “Tuez-les, mais tuez-les tous pour qu’il n’en reste pas un pour me le reprocher!”

’était le soir du 23 août. On prit aussitôt les mesures nécessaires: le massacre devait avoir lieu dans la matinée du dimanche 24 août, jour de la Saint-Barthélemy.

’égorgement commença avant l’aube. Guise se précipita au logis de Coligny. Un de ses domestiques, un Allemand nommé Besme et trois Suisses entrèrent dans la chambre du blessé: “Es-tu bien l’amiral? demanda Besme. — C’est moi.” Besme lui plongea une épée dans le ventre. En bas, le duc de

Guise, qui pensait venger l’assassinat de son père, criait: “Besme, as-tu achevé? — C’est fait.” Et, par la fenêtre, le corps de Coligny était jeté sur le pavé. Le jour se levait. Le duc se pencha sur le cadavre, examina la face, puis il le poussa du pied et partit poursuivre les assassinats.

Au Louvre, Henri de Navarre, beau-frère du roi, était sommé de choisir entre la mort ou la messe: il abjura. (C’est le seul qu’on épargna. Les escaliers, les salles, les antichambres du palais étaient ensanglantés. On ne devait tuer que les chefs: mais bientôt la populace se joignit aux soldats et le massacre devint général. Les huguenots, surpris, étaient tirés hors des maisons, jetés par les fenêtres, poignardés ou arquebusés. Avant midi il y avait deux mille morts; on pillait et on volait en même temps qu’on égorgeait. Vainement le roi épouvanté voulut essayer d’arrêter ces horreurs; le massacre dura jusqu’au mardi 26.

L’example de Paris fut imité dans un grand nombre de villes. Le nombre total des victimes fut d’environ 8,000. Cependant quelques gouverneurs royaux refusèrent d'exécuter les ordres venus de Paris et parvinrent à empêcher les massacres.

Quatrième Guerre. — Ce crime abominable fut sans résultat. Privés de leurs chefs, mais nullement découragés, les calvinistes dans les provinces prirent les armes. Pour mieux se défendre ils s’organisèrent fortement, et formèrent l’Union calviniste, divisée en gouvernements dont chacun eut son chef de guerre et son conseil, chargé d’administrer et de lever les impôts. Aïnsi les protestants constituaient au milieu du royaume une sorte de république fédérative, et, comme devait dire plus tard Richelieu, un Etat dans l’État. Ils se défendirent si bien dans la Rochelle, devenue leur grande place forte et comme leur capitale, que Charles IX dut leur accorder la paix et la liberté de conscience (1573).

Cependant, depuis la Saint-Barthélemy, le faible roi, tourmenté par les remords, vivait dans un perpétuel cauchemar où il lui semblait voir ‘ces corps massacrés, les faces hideuses et couvertes de sang.” Il mourut à l’âge de vingt-quatre ans, en 1574.

Henri III. Cinquième Guerre. — La couronne passa au troisième fils d'Henri II, Henri, duc d'Anjou, l'enfant préféré

de Catherine de Médicis. Henri IIL était alors en Pologne où il avait été élu roi l’année précédente. Mais aussitôt qu'il connut la mort de Charles IX il s’enfuit secrètement de Cracovie pour rentrer en France. C'était un prince de vingt-trois ans, intelligent, mais fourbe comme sa mère, sans énergie et de mœurs efféminées. Ses dépenses folles, ses vices, l’insolence de ses favoris, les “mignons” le rendirent vite impopulaire.

Le royaume avec un tel roi tomba bientôt dans la plus complète anarchie. Les huguenots recommencèrent la guerre dès 1574; ils avaient cette fois pour alliés un groupe de seigneurs catholiques, partisans de la paix religieuse, qui se rangeaient autour du dernier frère d'Henri III, le duc d'Alençon; on les appelait les #alcontents ou les politiques. Avec 30,000 hommes, les protestants et les malcontents marchèrent sur Paris et forcèrent Henri III à signer l’édit de Beaulieu (1576) qui leur accordait des avantages considérables. Les protestants eurent la liberté du culte dans toute la France, sauf à Paris. Les principaux chefs obtinrent des gouvernements et des charges.

La Ligue. — Quand on connut l’édit de Beaulieu, la majorité des catholiques considéra que le roi trahissait les intérêts du royaume et de la religion. De toutes parts, des associations se formèrent “pour restaurer le saint service de Dieu et l’obéissance à Sa Majesté.” Puis elles se groupèrent en une association générale, qu’on appela la Ligue (1576). Le chef reconnu de la Ligue fut le duc Henri de Guise, surnommé le Balafré, à la suite d’une blessure au visage reçue dans un combat contre les protestants.

La formation de la Ligue était un péril pour la royauté. Les ligueurs juraient bien de garder au roi l’obéissance qui lui était due. Mais ils juraient aussi “de restituer aux provinces du royaume les droits, franchises et libertés anciennes.” Autant qu’un parti religieux, les ligueurs formaient donc un parti politique qui visait à limiter le pouvoir royal, à ruiner l’absolutisme. Ils avaient leur organisation militaire, leur chef, nommé par eux et auquel ils juraient l’obéissance la plus absolue. Comme les calvinistes, ils tendaient à constituer ur Etat dans l'Etat.

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Sixième et Septième Guerres. — Poussé par la Ligue, Henri III reprit sans enthousiasme la lutte contre les protestants. Ceux-ci avaient de nouveau pour chef Henri de Navarre qui s'était enfui de la Cour en 1576 et était revenu au calvinisme. Il y eut une sixième guerre (1576-1577), puis une septième guerre (1579-1580). Les protestants finirent par accepter une paix qui restreignait un peu les avantages concédés à Beaulieu, mais qui leur laissait un grand nombre de places de sûreté.

Extension de la Ligue. — La France eut alors quatre années depaix. Mais en 1584, la mort du duc d'Alençon ralluma toutes les passions. C’est que, par cette mort, Henri de Navarre, chef des protestants, hérétique relaps, devenait l’héritier légitime de la couronne. La Ligue prit alors une immense extension; le peuple des villes, fanatisé par les moines, y entra en masse. Les ligueurs conclurent un traité secret avec Philippe IT. Ils obtinrent du pape qu’il déclarât Henri de Navarre incapable de succéder à la couronne de France. Enfin, ils forcèrent le roi à prononcer l'interdiction du culte calviniste (1585).

Ce fut le signal de la huitième et dernière guerre; elle devait durer près de dix ans. Depuis la guerre de Cent Ans, la France n’avait pas traversé pareilles épreuves: son unité, son indépendance, sa dynastie nationale coururent alors les plus grands dangers.

Guise contre Henri III. — Tandis qu’un favori du roi se faisait écraser à Coutras par Henri de Navarre, Henri de Guise remporta deux légers succès en Champagne. Ces succès, transformés en grandes victoires, ajoutèrent encore à sa popularité qui devint immense. Les ligueurs et le duc de Guise lui-même pensèrent à déposer Henri III.

Malgré les ordres du roi, Guise entra dans Paris aux acclamations de la foule. Le 12 mai 1588, journée des Barricades, la ville qui était tout entière ligueuse, se souleva contre les troupes royales. Henri III s'enfuit en toute hâte.

Sans force contre son rival, le roi eut recours à la ruse. Il feignit une réconciliation et le nomma lieutenant général du royaume. Aux États Généraux réunis à Blois parce que le roi avait besoin d'argent, le duc apparut comme le vrai souverain. Mais le 23 décembre 1588, mandé par Henri III dans son cabi-

net, il fut poignardé par huit gentilshommes de la garde des Quarante-Cinq.

Mort d'Henri III. — “A présent je suis roi”, écrivait Henri III aussitôt après l’assassinat. Le lendemain Paris était en pleine insurrection. Le comité ligueur parisien appelé le Conseil des Seïze, parce que les seize quartiers de la ville y avaient chacun un représentant, s’organisa en gouvernement révolutionnaire; il prononça la déchéance d'Henri III comme “parjure, assassin, sacrilège, fauteur d’hérésie, magicien, dissipateur du trésor public, ennemi de la patrie”, et nomma sous le nom de lieutenant général un véritable régent du royaume, le duc de Mayenne, frère de Guise. La plus grande partie de la France adhéra à cette décision.

Il ne restait d’autre parti à Henri III que de se réconcilier avec Henri de Navarre. Les deux rois vinrent assiéger Paris. Mais le 1°° août 1589, un moine fanatique, Jacques Clément, assassina Henri III d’un coup de couteau dans le ventre.

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