CHAPITRE VII LOUIS XIIT ET RICHELIEU
La Régence. — La mort soudaine d'Henri IV provoqua un désarroi général et fut le point de départ d’une nouvelle période de troubles qui allait durer près de quatorze ans. Le fils aîné d'Henri IV, Louis XIII, n’avait pas neuf ans; il était mineur, il fallait donc organiser une régence. La reine mère, Marie de Médicis, s’adressa en hâte au Parlement, suprême autorité judiciaire du royaume, qui la déclara régente “avec toute puissance et autorité.”
La France, selon l’expression de Sully, “tombait en d’étranges mains.” La régente, une femme superstitieuse et d’esprit borné, donna toute sa confiance à un couple d’aventuriers italiens, Léonora Galigaï et son mari Concini. Concini fut fait marquis d’Ancre, maréchal, et sous le nom de Marie de Médicis, ce fut lui qui gouverna la France.
Gouvernement de Concini. — Concini était un incapable. Les grands seigneurs, quâi vaient à leur tête le prince de Condé, premier prince du sang, pensèrent que l’occasion était excellente pour reprendre un peu de l’indépendance perdue sous Henri IV. D'abord, ils se firent payer de grosses pensions, et le trésor qu'avait constitué Sully à force d'économie fut mis au pillage. Puis quand la régente commença à se montrer moins généreuse, en 1614, ils prirent les armes et réclamèrent la convocation des États Généraux. Au lieu de marcher sur les rebelles, Concini traita avec eux, leur versa des sommes importantes et leur donna des gouvernements. Les Etats Généraux furent réunis cette même année 1614, mais ils n’aboutirent à rien, par suite des querellesentre lesdéputés du Tiers qui réclamaient la suppression des pensions payées aux nobles et les députés de la Noblesse qui demandaient l'abolition de l’hérédité des offices. Un matin, la régente fit fermer la salle des séances, et l’on renvoya les
députés chez eux. Les Etats Généraux ne devaient plus être convoqués jusqu’à 1789.
Bien que Louis XIII eût été déclaré majeur, Concini continua à gouverner. Il y eut une nouvelle prise d'armes de Condé et des grands, auxquels se joignirent les protestants du Midi qu’inquiétait le mariage du roi avec l’infante Anne d'Autriche, fille du roi d’Espagne. Condé et ses complices obtinrent encore de l’argent, quelques millions.
Gouvernement de Luynes. — En 1617 le jeune roi Louis XIIL, qui était tenu à l’écart, presque isolé de tout et de tous, voulut montrer qu’il était le maître. Il fit tuer Concini, brûler la Galigaï comme sorcière,et donna le pouvoir à un deses favoris, de Luynes, son dresseur d’oiseaux de chasse.
Mais Luynes, avec un peu plus d’esprit politique que Concini, était comme lui avide surtout d’honneurs et d’argent. Les désordres continuèrent, provoqués d’abord par la reine mère, qui avait été écartée des affaires, puis par les protestants, ceux-ci d'autant plus redoutables qu’ils avaient reconstitué leur organisation du temps des guerres de religion. De Luynes leur fit la guerre, échoua devant Montauban et mourut peu après (1621). L’année suivante, Louis XIII en personne fut arrêté devant Montpellier et se résigna à traiter avec les protestants qui conservèrent leurs libertés et privilèges (1622).
Richelieu ministre. — Luynes mort, il y eut trois années pleines d’intrigues, au cours desquelles Marie de Médicis reprit une certaine influence sur Louis XIII. En 1624, elle réussit à faire entrer au Conseil du roi celui qu’elle considérait comme son homme de confiance, le cardinal de Richelieu: trois mois après il était le maître du gouvernement et le demeura jusqu’à sa mort (1642).
Armand du Plessis de Richelieu était né à Paris en 1585. Destiné d’abord à la carrière militaire et élevé en futur soldat, il entra cependant dans les ordres en 1606. A vingt-deux ans, il fut nommé évêque de Luçon, en Vendée. Son évêché était, à son dire, “le plus pauvre et le plus crotté de France.” Il y resta jusqu’en 1614. Député cette année-la aux États Généraux, il y joua un rôle important. Marie de Médicis le prit alors pour aumônier et Concini, en 1616, le fit secretaire d’État
de la guerre. Après la mort de Concini, Richelieu suivit la reine mère dans son exil et contribua à la réconcilier avec Louis XIII: il reçut en récompense, en 1622, le chapeau de cardinal. Il avait trente-neuf ans quand il devint ministre. Louis XIII ne l’aimait pas, mais il le jugea à sa valeur et, l’ayant trouvé seul capable de mener à bien les affaires, il le maintint envers et contre tous.
Bien qu’il eût jusqu'alors fait preuve de beaucoup de souplesse et d’habileté, Richelieu était de caractère violent, brutal, autoritaire, dur de cœur et incapable de pitié. Il avait la plus haute idée de la nature de la puissance royale. Pour lui les rois étaient “la vivante image de la Divinité; la Majesté royale était la seconde après la divine.” Aussi considérait-il que, dans le royaume, tous, sans exception, devaient l’obéissance au roi: “Les fils, frères et autres parents du Roi sont sujets aux lois comme les autres, écrivait-il,.et principalement quand il est question du crime de lèse-majesté.” En revanche, il avait également la plus haute idée des devoirs de la royauté: “Les intérêts publics, écrivait-il encore, doivent être l’unique fin du prince et de ses conseillers.”
Programme de Richelieu. — Richelieu avait en outre l’intelligence claire et la vue très nette de l’état intérieur du royaume et de sa situation au dehors au moment où il prenait le pouvoir. Il les résumait plus tard en ces termes: “Les huguenots partageaient l’État avec le roi; les grands se conduisaient comme s’ils n’eussent pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs de province, comme s'ils eussent été souverains en leurs charges. Les alliances étrangères étaient méprisées, les intérêts particuliers préférés aux publics; en un mot, la dignité de la majesté royale était tellement ravalée et si différente de ce qu’elle devait être, qu’il était presque impossible de la reconnaître.”
Cette situation constatée, Richelieu présenta au roi le programme suivant: “Ruiner le parti huguenot; rabaisser l’orgueil des grands; réduire tous les sujets en leur devoir et relever le nom du roi dans les nations étrangères au point où il devait être.”
Siège de la Rochelle. — Le centre de la résistance protestante était le port de la Rochelle. Richelieu bloqua la place
une première fois en 1625, mais ne se sentant pas assez fort pour en finir, il signa une trêve. En 1627, la lutte recommença. Les Rochellois avaient cette fois des alliés, les Anglais. La place était forte et la défense était dirigée par un homme d’une farouche énergie, le maire Guiton. “Pourvu qu'il reste un homme pour fermer les portes, c’est assez,” disait-il, et il avait juré de poignarder quiconque parlerait de se rendre. Le siège dura quatorze mois. Richelieu dirigeait lui-même les opérations, casque en tête et cuirasse au dos, en qualité de lieutenant général. Du côté de la terre il enveloppa la ville d’un retranchement de 12 kilomètres. Du côté de la mer, pour fermer le port et empêcher l’entrée de tout secours anglais, il fit construire en six mois une digue de pierres, longue de 1,500 mètres et large de 8 mètres au sommet. Deux flottes anglaises qui tentèrent de troubler les travaux et de ravitailler la place, furent repoussées. La faim contraignit les défenseurs à capituler: 15,000 avaient péri, il en restait 154 valides.
La Grâce d’Alais. — La guerre continua encore quelque temps dans le Vivarais et le Languedoc, où les villes prises furent affreusement mises à sac par l’armée royale.
Enfin, le 28 juin 1629, tous les rebelles ayant fait leur sou-
.mission, Richelieu publia la grâce d’Alais. Le titre était significatif; Richelieu n’admet pas qu’un roi puisse traiter avec des sujets rebelles; il leur impose ses conditions et leur accorde des grâces.
D'ailleurs la grâce d’Alais n’était d’aucune façon un acte .d’intolérance: Richelieu se bornait à faire rentrer les protestants dans le droit commun. Il leur enlevait tous ceux des privilèges concédés par l’édit de Nantes qui leur avaient permis de constiteur un parti politique, places de sûreté, droit de tenir des assemblées générales, etc. En revanche la liberté du culte et l'égalité absolue avec les catholiques leur étaient garanties.
Les Complots. — La lutte contre les grands fut plus longue: elle dura jusqu’à 1642, c’est-à-dire jusqu’à la veille de la mort de Richelieu. Il eut à faire face à des complots dirigés contre lui et à des révoltes à main armée. Le centre de toutes les intrigues fut le duc Gaston d'Orléans, frère du roi. Ce personnage, par sa lâcheté l’un des plus méprisables du dix-septième
diète, dut son importance à ce qu’il fut, jusqu’à 1638, l'héritier présomptif de la couronne: Louis XIII en effet n’eut pas d’enfant jusqu’à cette date. Aussi tous les mécontents, tous les adversaires de Richelieu et de sa politique se groupaient-ils autour de Gaston. A côté de lui, la reine Anne d'Autriche, et la reine mère Marie de Médicis, brouillée avec Richelieu parce qu’il ne voulait pas être le serviteur de ses caprices, furent aussi des ennemies du cardinal.
Complots et révoltes furent réprimés sans pitié. En 1626, un complot pour empêcher le mariage de Gaston avec Mlle de Montpensier, mariage voulu par Richelieu, aboutit à l’arrestation des frères naturels du roi, les deux Vendôme, à la condamnation à mort et à l’exécution du comte de Chalais.
En 1630, le 10 novembre, Marie de Médicis essaya d’arracher à Louis XIII le renvoi de Richelieu: elle crut avoir réussi. Mais le soir même Louis XIII appelait le cardinal auprès de lui. Ce fut ce que l’on appela la Journée des Dupes. Le lendemain les amis de Marie de Médicis étaient en prison ou exilés. Elle-même fut exilée quelques mois après. Elle s’enfuit à l'étranger: elle y mourut dans la gêne, douze ans plus tard.
En 1632, le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, essaya de soulever sa province, de concert avec Gaston d'Orléans, allié aux Espagnols. Fait prisonnier au combat de Castelnaudary, le duc de Montmorency “premier chrétien et premier baron du royaume,” filleul d'Henri IV, fut condamné à mort et décapité à à Toulouse. Ce terrible exemple valut à Richelieu à peu près dix années de paix.
Enfin en 1642, quelques mois avant la mort de Richelieu, tandis que l’armée française assiégeait Perpignan, alors place espagnole, le favori de Louis XIII, Cinq-Mars, un ambitieux de vingt-deux ans, complota de renverser le cardinal, signa un traité secret avec l'Espagne, c’est-à-dire avec l’ennemi. Richelieu eut copie de ce traité. Cinq-Mars et son ami de Thou qui avait été initié au complot, l’avait blâmé mais ne l’avait pas révélé, furent décapités à Lyon.
Les Intendants. — Les agents préférés de Richelieu furent les intendants. (C'était le nom qu’on donnait maintenant aux commissaires départis, secrétaires du Conseil envoyés dans
les provinces en tournées d'inspection. Richelieu employa les intendants plus qu’on ne l’avait fait avant lui et leur donna les pouvoirs les plus étendus, les autorisant à décider, ordonner et exécuter “tout ce qu'ils verront bon être,” spécialement en matière de police, de justice et de finances. De là plus tard leur titre d’intendants de police, justice et finances. A plusieurs reprises on vit les intendants de Richelieu juger et condamner eux-mêmes, sans aucune intervention des tribunaux réguliers, ceux qu’ils estimaient coupables. Leurs pouvoirs dictatoriaux parurent intolérables et soulevèrent de vives protestations, en particulier de la part des Parlements.
Grandeur et misère du royaume. — Richelieu avait l'esprit vaste et s’intéressait à toutes les parties du gouvernement. Il aurait voulu développer le commerce et enrichir le royaume: comme Henri IV il protégea les compagnies de commerce et les entreprises coloniales; des établissements français furent fondés aux Antilles, au Sénégal, à Madagascar. Il protégea les lettrés et institua en 1635 l’Académie française; lui-même parlait et écrivait dans une belle langue, claire, sobre et ferme. Mais presque tout son temps et son activité furent absorbés par la politique extérieure et c’est là sortout qu’il fut grand: il poursuivit avec ténacité la lutte contre les Habsbourg d'Autriche et d’Espagne, mit sur pied de fortes armées et créa de toutes pièces une flotte de guerre. À sa mort les troupes françaises occupaient l'Alsace, le Roussillon et l’Artois: la France était en passe de devenir la première puissance de l’Europe.
Mais ces longues guerres, ces grandes entreprises épuisaient le trésor du royaume. Les impôts devinrent écrasants; les paysans pressurés, réduits à l’extrême misère, se soulevèrent en plusieurs régions. Aussi Richelieu mourut-il détesté de tous, du peuple aussi bien que des nobles.
DR PCT RCE VPN MAZARIN
Anne d'Autriche régente. — Sept mois après Richelieu, le 14 mai 1643, Louis XIII mourut, laissant pour lui succéder un enfant de moins de cinq ans, Louis XIV. Louis XIII par testament avait donné la régence à sa femme Anne d'Autriche. Mais comme 1l se méfiait de sa capacité, il lui avait adjoint un conseil dont elle devait suivre les avis en toutes circonstances.
Anne d’Autriche, comme Marie de Médicis en 1610, s’adressa au Parlement. Celui-ci annula le testament royal et déclara la reine mère régente “avec pleine et entière autorité” (18 mai 1643). Le soir même Anne d’Autriche, l’ancienne ennemie de Richelieu, désignait comme chef du Conseil le cardinal Mazarin. Ce fut une stupeur universelle et une amère désillusion pour beaucoup.
Mazarin. — Mazarin était un Italien de naïssance obscure: ses ennemis l’appelaient le Gredin de Sicile. Il avait fait tous les métiers, étudiant, officier, chanoïne, diplomate, et s’était poussé peu à peu dans le monde grâce à une souplesse et à une habileté merveilleuses. Il avait été d’abord au service du pape, puis Richelieu l’ayant apprécié l’avait fait passer au service du roi de France (1636). Il était entré au Conseil et en 1641 avait reçu le chapeau de cardinal.
Anne d’Autriche, qui eut pour lui un attachement passionné, le soutint contre toutes les cabales de Cour et lui confia entièrement la charge des affaires. De 1643 jusqu’à sa mort (1661), il fut maître absolu, autant et peut-être plus que Richelieu, mais non pas à la façon de Richelieu. Au ministre impérieux, “‘âpre et redoutable”, succédait un Napolitain souple et fourbe, “doux et bénin”, qui tirait à chacun son chapeau, craignait d’attirer l’attention sur lui et s’en allait par les rues seul ‘avec deux petits laquais derrière son carrosse.” D'ailleurs il
n’était ni vindicatif ni violent et jamais ne songea à faire mettre À mort ses adversaires. C'était surtout un remarquable diplomate et dans la politique extérieure il continua fort habilement l’œuvre commencée par Richelieu, amenant successivement l’Autriche et l'Espagne à composition. Par contre ce n’était pas un homme d’État: il n’entendait rien au gouvernement intérieur, rien aux finances, les siennes exceptées: il était avare, âpre au gain, et ce fut un effronté voleur.
La Détresse financière. — Aussi la détresse financière, si lamentable déjà à la fin du règne de Louis XIIL, ne fit-elle que s’aggraver. Pour trouver l’argent qui lui manquait, Mazarin recourut à toutes sortes d’expédients, vente d’offices nouveaux, dont beaucoup ridicules, emprunts forcés, taxes diverses qui frappèrent surtout les Parisiens et les exaspérèrent. Cela dura six ansenviron. En 1648 le mécontentement était à son comble et Paris en vint à la révolte ouverte contre la régente et Mazarin.
La révolte fut provoquée et dirigée par les officiers même du roi, les juges du Parlement de Paris. Le Parlement jouissait d’un grand prestige, parce qu’il était le plus haut tribunal du royaume. En outre, par l’enregistrement des édits et le droit de remontrances, il avait part aux affaires d’État et y intervenait sans cesse. C’est lui qui avait conféré la régence à Marie de Médicis, puis à Anne d'Autriche. Depuis 1643 il avait systématiquement résisté à l’enregistrement des taxes nouvelles et ne s'était jamais soumis à la volonté de la régente qu’après avoir obtenu pour ses membres l’exemption de ces taxes.
Déclaration des vingt-sept articles. — Pour avoir le droit de transmettre leurs charges à leurs enfants, les officiers de justice et de finances payaient une taxe annuelle, appelée la Paulette. La Paulette avait été établie en 1604 par Sully, mais seulement à titre provisoire. En avril 1648, Mazarin à bout de ressources annonça que la Paulette et par suite l’hérédité des charges seraient maintenues pour une nouvelle période de neuf ans. Mais en compensation de cette faveur, on retiendrait quatre années de gages aux officiers des Cours souveraines, Cour des Comptes, Cour des Aïdes et Grand Conseil.
Cette mesure n’atteignait pas les membres du Parlement, mais ils se déclarèrent solidaires des Cours souveraines, et par un
arrêt dit Arrêt d'Union, ils les invitèrent à venir délibérer en commun sur la réforme du royaume. La régente interdit la réunion: elle eut lieu quand même et les parlementaires y rédigèrent une déclaration en vingt-sept articles (juin 1648). Ils demandaient que les intendants et tous les agents à pouvoirs extraordinaires fussent supprimés; qu'aucun impôt ne fût établi sans le consentement du Parlement; qu'aucun sujet du roi ne püût être retenu prisonnier plus de vingt-quatre heures sans avoir été interrogé et remis à ses juges naturels.
Cette déclaration n’allait à rien moins qu’à limiter l’absolutisme royal.
Journée des barricades. — La régente qui n’avait pas de troupes, fit d’abord semblant de céder et promit de s’inspirer de la déclaration. Mais deux mois plus tard, profitant de ce qu’on célébrait à Paris la victoire de Lens, elle tenta un coup de force et fit arrêter plusieurs parlementaires, entre autres le vieux Broussel, très populaire parce qu’il était un des opposants les plus énergiques.
Une formidable émeute éclata aussitôt (26 août). Des centaines de barricades, faites de tonneaux, de charrettes et de pavés, s’élevèrent en quelques heures, empêchant tout mouvement de troupes. Le Palais-Royal fut bloqué pendant deux jours. Prudemment, le cardinal détermina la reine à mettre en liberté Broussel (28 août 1648).
Peu après, la paix ayant été signée en Westphalie, la régente put appeler des troupes commandées par Condé, le vainqueur de Rocroi et de Lens. Dès qu’elles approchèrent, Anne d’Autriche s’échappa de nuit (6 janvier 1649) avec Mazarin et le jeune roi. La guerre civile commença.
La Fronde. — Cette révolte avait de justes motifs: elle ne fut pourtant qu’une folle aventure et elle était vouée, par son origine même, à un échec certain. Le Parlement de Paris semblait vouloir imiter le Parlement d'Angleterre qui au même moment brisait la royauté à Londres, car l’exécution du roi Charles [* a lieu le 30 janvier 1649. Mais entre les deux Parlements il n’y avait qu’une similitude de noms. Le Parlement anglais était composé de députés de la nation. Le Parlement de Paris n’était qu’un tribunal. Il usurpait le rôle des Etats Généraux. Ses
membres n'étaient pas des députés de la France, mais seulement des fonctionnaires du roi ayant vis-à-vis de lui le devoir strict d’obéissance.
En outre le Parlement eut tout de suite des alliés compromettants, le bas peuple de Paris qui ne cherchait qu’une occasion de remuer et de crier, surtout les princes et leur clientèle de seigneurs qui s’engagèrent dans la révolte par jeu, par humeur romanesque ou par cupidité vulgaire. De là le nom de Fronde donné à cette guerre civile; on appelait ainsi un jeu d'enfants interdit par la police comme dangereux, qui consistait à lancer des pierres avec des frondes.
Il y eut deux Frondes successives, appelée l’une la Fronde parlementaire, l’autre la Fronde des Princes, bien qu’en réalité dans l’une et l’autre on retrouve cette étrange coalition du Parlement, du populaire et des princes.
La Fronde parlementaire. — La Fronde parlementaire dura deux mois à peine. Condé, resté fidèle à la régente, bloqua Paris avec quinze mille hommes. Le Parlement, aidé de Paul de Gondi, coadjuteur de l’archevêque de Paris, plus tard célèbre sous le nom de cardinal de Retz, organisa la résistance. Les Parisiens, les princes et les grandes dames, après avoir joué quelque temps à la guerre, se lassèrent vite. Le Parlement conclut avec la Cour la paix de Rueil (30 mars 1649).
La Fronde des Princes. — Condé, après la paix de Rueil, se considéra comme le sauveur de la royauté. Aussi orgueilleux et arrogant qu'il était brave, il ne jugeait aucune récompense assez grande pour ses services. Ses exigences et ses insolences exaspérèrent Anne d'Autriche: elle le fit arrêter (janvier 1650). Ce fut l’occasion d’une nouvelle révolte.
Aussitôt la femme de Condé et sa sœur, la duchesse de Longueville, soulevèrent les provinces dont il était gouverneur, la Bourgogne et la Guyenne. Puis l’intrigant Paul de Gondi, mécontent de n’avoir pas encore reçu le chapeau de cardinal, entraîna de nouveau Paris et le Parlement dans la révolte (février 1661).
Mazarin parut céder: il remit Condé en liberté, quitta la Cour et passa en Allemagne. Il en revint bientôt et trouva la France dans une étrange confusion. Les Parisiens étaient
brouillés avec Condé; mais en même temps, ils tenaient leurs portes fermées au jeune roi Louis XIV. Condé s'était allié aux Espagnols et tenait la campagne contre Turenne, qui commandait l’armée royale.
L'épisode principal de la guerre se déroula devant Paris. Turenne attaqua Condé dans le faubourg Saint-Antoine. Pris entre l’armée royale et les murs de la ville, Condé semblait perdu quand le canon de la Bastille se rnit à tonner contre les troupes royales. En même temps la porte Saint-Antoine était ouverte et Condé pouvait se réfugier dans la ville. Ce coup de théâtre était l’œuvre de la cousine germaine du roi, Mile de Montpensier, la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d'Orléans, une personne romanesque de vingt-cinq ans qui voulait jouer un grand rôle dans le royaume (juillet 1652).
Mais la discorde était parmi les Frondeurs. Les Parisiens, las du désordre, chassèrent Condé qui s'enfuit aux Pays-Bas rejoindre les Espagnols. Ce fut la fin de la guerre civile. A la demande du Parlement, le jeune roi rentra avec sa mère dans la capitale, au milieu de l’enthousiasme général (octobre 1662). Mazarin, pour donner aux colères qu’il inspirait le temps de s’apaiser, ne revint que quelques mois plus tard (février 1653); la Cour et la ville lui firent alors un accueil triomphal.
Dernières Années de Mazarin. — Mazarin vécut encore huit années, “puissant comme Dieu le père au commencement du monde”, disait-on. Il termina la guerre avec l'Espagne et signa le glorieux traité des Pyrénées. Au dedans son seul acte important fut le rétablissement des intendants: ceux-ci devinrent dès lors les agents réguliers et permanents du roi dans les provinces.
Quand il mourut le 8 mars 1661, le trésor royal était à peu près vide, mais Mazarin laissait à ses héritiers une cinquantaine de millions, qui feraient aujourd’hui plus de deux cents millions.
Conséquences de la Fronde. — La Fronde avait produit les maux habituels des guerres civiles; elle accumula les ruines dans toute la France. Les armées, mal payées, s’en tiraient en ravageant le pays; en outre, elles traînaient la peste derrière elles. Pour soulager les souffrances des misérables, il y eut un bel élan dexcharité: un modeste prêtre, un vieillard de près de
quatre-vingts ans, saint Vincent de Paul, le fondateur de l’ordre des Lazaristes, de l’ordre des Filles de la Charité, de l’hospice des Enfants trouvés, de l’hospice de la Salpêtrière pour les vieillards, organisa un véritable service d’assistance publique. Mais la charité était insuffisante pour tant de misère.
La Fronde eut une autre conséquence, inattendue: elle acheva d’amener la France à la monarchie absolue. Tant de désordres avaient lassé le clergé, les bourgeois, les paysans, même les nobles qui achevèrent de se ruiner dans la guerre civile. Toute idée d’opposition au roi fut abandonée. Au dire d’un témoin, “on ne voulait plus entendre parler d’aucun remuement.”
CHAPLIREFTX
Origine de la guerre de Trente Ans. —- La mort d'Henri IV, la politique maladroite et incertaine suivie après lui par Concini et par Luynes favorisèrent les ambitions de la maison d'Autriche. Ces ambitions furent l’origine d’une longue guerre qui, limitée d’abord à l’Allemagne, s’étendit ensuite à toute l’Europe occidentale. On l’a appelée, en raison de sa durée (1618-1648) la guerre de Trente Ans.
Le chef de la maison d'Autriche était alors l'empereur Ferdinand II. Élevé par les Jésuites, gardant toujours près de lui un confesseur jésuite, Ferdinand II était d’une piété ardente, d’un catholicisme intransigeant. Il avait entrepris de restaurer le catholicisme d’abord dans ses États, où les protestants étaient nombreux, ensuite dans toute l’Allemagne. Mais la religion n’était pas l’unique fin de sa politique; Ferdinand IT songeait aussi à transformer la constitution de l’Allemagne et à faire du titre d'empereur une réalité. A la place d’un empire morcelé en près de quatre cents États, il rêvait d’organiser un empire uni, obéissant à une seule volonté, comme le royaume de France, et que l’étendue de son territoire, le grand nombre de ses habitants auraient fait formidable à l’Europe.
Les projets de Ferdinand II mettaient donc en péril non seulement le protestantisme allemand, mais l’équilibre européen. Ainsi s’explique que la guerre de Trente Ans, d’abord guerre religieuse et allemande, se soit transformée rapidement en une guerre générale européenne.
Succès de Ferdinand II. — Ferdinand II commença par écraser les Tchèques de Bohême, qui, en majorité protestants, s'étaient soulevés contre lui (1618-1620). Puis, les Tchèques ayant été soutenus par un prince protestant allemand, l'électeur palatin Frédéric V, Ferdinand porta la guerre en Allemagne.
r7o LUTTE CONTRE LES HABSBOURG
L'Allemagne était alors divisée en deux camps: un certain nombre d'Etats protestants s'étaient groupés pour former l’Union évangélique dont le chef était l’électeur palatin. Les princes catholiques avaient riposté en formant la Sainte- Ligue dirigée par le duc de Bavière, Maximilien. Celui-ci avait une armée bien organisée, commandée par un bon capitaine, Tilly.
L'empereur s’allia avec Maximilien, qui lui prêta l’armée de Tilly. Grâce à ce concours, il put s'emparer du Palatinat. Puis, de sa propre autorité, il déclara Frédéric déchu: son titre d’électeur, avec toutes ses possessions, furent transférés au duc de Bavière (1623).
Cette mesure était comme le prélude d’un prochain écrasement des réformés. Effrayés, ceux-ci appelèrent à leur aïde le roi de Danemark, Christian IV (1625). Mais Christian ne fut pas plus heureux que Frédéric V. Il fut attaqué par deux armées, l’armée bavaroise de Tilly et une armée nouvelle que venait de constituer pour le compte de l’empereur un aventurier ambitieux et populaire parmi les soldats, Wallenstein. Vaïncu dans toutes les rencontres, Christian fut contraint, par la paix de Lübeck, de s'engager à ne plus intervenir en Allemagne (1629).
Alors se révélèrent toutes les ambitions de l’empereur Ferdinand. Disposant de la puissante armée de Wallenstein, il était en état d'imposer ses volontés à l’ Allemagne. Par l’édit de restitution, il obligea les protestants à lui rendre tous les domaines d’Eglise qu'ils avaient confisqués depuis 1552; il allait acquérir ainsi d'immenses territoires dans toutes les parties de l’Allemagne. Wallenstein le poussait à entreprendre sans plus tarder la réforme de l'empire: “L'empereur doit être maître en Allemagne, disait-il, comme le sont chez eux les rois de France et d’Espagne.”
Diplomatie de Richelieu. — Mais depuis 1624, Richelieu avait pris la direction de la politique française et surveillait attentivement les affaires d'Allemagne. Avec sa grande clairvoyance, il se rendait compte que la transformation de l’Empire au profit des Habsbourg d'Autriche était particulièrement dangereuse pour la France, d’autant plus dangereuse que d’autres Habs-
bourg régnaient en Espagne et que, par leurs possessions d’Italie par le Milanais, il s’en fallait de peu qu’ils pussent opérer la jonction de leurs forces avec celles des Habsbourg d’Autriche. Si cette jonction venait à s’opérer, alors, selon le mot de Wallenstein, “tous les ennemis de la maison d'Autriche seraient dans le sac”. C'était l’empire de Charles-Quint reconstitué et la France mise au même péril où elle s’était trouvée cent ans plus tôt avec François I”. Il était donc nécessaire qu’elle intervint.
Seulement les difficultés intérieures ne laissaient pas à Richelieu la liberté d’agir énergiquement au dehors. Il dut recourir d’abord à la diplomatie et se borner aux mesures de sécurité indispensables. C’est ainsi qu’en 1624 il fit occuper dans les Alpes la Valteline, couloir ouvert par l’Adda entre le Milanais espagnol et le Tyrol autrichien. De même, depuis 1627, il luttait pour assurer la succession vacante du duché de Mantoue à un prince ennemi des Habsbourg. En 1630, en même temps qu’il s’efforçait de détacher de l’empereur les princes catholiques allemands que les ambitions de Ferdinand commençaient à inquiéter, il négociait avec le roi de Suède Gustave-Adolphe qui se préparait à intervenir en Allemagne. Ces négociations aboutirent à Berwald à un traité de subsides et d’alliance (janvier 1631).
La Guerre suédoise. — Le roi de Suède était un grand homme de guerre. Il avait déja révélé son génie dans des campagnes heureuses contre la Russie et la Pologne. Il débarqua en Allemagne en 1630, et conquit la Poméranie. L’armée de Tilly fut complètement battue par les Suédois à Breitenfeld, en Saxe (1631). Gustave-Adolphe traversa toute l’Allemagne dans une marche victorieuse. Il occupa les villes principales de la région du Rhin, puis il envahit la Bavière dont il se rendit maître par la bataille du Lech, où Tilly fut de nouveau vaincu, et blessé à mort (avril 1632).
Mais le roi de Suède se heurta alors à Wallenstein, que l’empereur avait rappelé en toute hâte pour défendre Vienne. La rencontre eut lieu à Lützen, en Saxe (novembre 1632). Les Suédois furent encore vainqueurs, mais Gustave-Adolphe, en chargeant à la tête de sa cavalerie, fut tué de deux coups de feu.
La mort de Gustave-Adolphe mit fin aux succès des Suédois. En 1634, ils éprouvèrent un désastre complet a Nordlingen. Ferdinand II se trouvait de nouveau maître de la situation. Pour être plus sûr de son armée, il avait fait assassiner Wallenstein qui intriguait avec la France et la Suède.
Intervention de la France. — C’est alors seulement que Richelieu se décida à intervenir par les armes. Très habilement, en invoquant l’équilibre européen menacé par les Habsbourg, il sut grouper autour de la France la plupart des petits États. Il signa en 163$ une série de traités d’alliance avec la Suède, les Provinces-Unies, les princes protestants allemands, Bernard de Saxe-Weimar, un lieutenant de Gustave-Adolphe, qui s'était constitué une armée à lui; enfin, avec plusieurs princes italiens et les Suisses. En même temps, Richelieu mettait sur pied cinq armées et déclarait la guerre au roi d’Espagne, Philippe IV (mai 1635).
Dès lors il ne s'agissait plus simplement de la liberté de l’Allemagne: c’était la lutte des maisons de France et d'Autriche qui recommençait. Les Français combattaient pour acquérir celles de leurs provinces qu’occupait encore l’Espagne: Artois, Roussillon, Franche-Comté. Ils luttaient pour atteindre les frontières naturelles, et, selon l'expression de Richelieu, pour “mettre la France en tous lieux où fut l’ancienne Gaule”.
La Guerre française. — La lutte fut longue et acharnée, car l'Espagne, qui avait été au seizième siècle la première puissance militaire de l’Europe, était encore redoutable. Elle eut des théâtres multiples: la frontière des Pyrénées, la Franche- Comté, la frontière de la France et des Pays-Bas, l'Allemagne et l'Italie.
Au début, la France fut envahie sur deux points: en Bourgogne, où Saint-Jean-de-Losne, assailli par les Impériaux, repoussa toutes les attaques; en Picardie, où les Espagnols occupêrent quelque temps Corbie (août 1636). Mais, dès 1637, la France prit partout l'offensive. De 1637 à 1642, elle enleva à l'Espagne, au sud le Roussillon, au nord l’Artois.
Les Espagnols essayèrent vainement, à plusieurs reprises, de reprendre l’Artois. Au lendemain de la mort de Louis XIIL, ils furent battus par le duc d’Enghien (Condé), cousin du roi, à
Rocroi (1643). En 1648, à la veille de la paix de Westphalie, ils subirent une nouvelle défaite à Lens. La grande victoire de Rocroi révéla le génie de Condé, tout d’audace et d'inspiration; elle fut le début de la prééminence militaire de la France.
Du côté de l’Allemagne, plusieurs villes d'Alsace s'étaient mises d’elles-mêmes dès 1635 sous la protection du roi de France. Richelieu, il est vrai, signa une convention par laquelle il promettait à Bernard de Saxe-Weimar la possession de l'Alsace. Mais Bernard de Saxe-Weimar étant mort en 1639, Richelieu acheta son armée et la France resta seule maîtresse de l’Alsace.
Pour contraindre l’empereur à signer la paix, les généraux français et suédois projetèrent une marche combinée sur Vienne, capitale des Etats autrichiens. Les Français venant de l’ouest devaient arriver par le Danube; les Suédois venant du nord devaient arriver par la Bohême. Ce plan fut conçu dès 1639, mais les quatre premières tentatives faites pour le réaliser échouèrent. Enfin, en 1648, Turenne put opérer sa jonction avec le Suédois Wrangel. Tous les deux gagnèrent la victoire de Susmarshausen. Menacé dans sa capitale, l’empereur se décida à la paix.
Les Traités de Westphalie. — Depuis 1645 les envoyés des puissances belligérantes s’étaient réunis en congrès dans deux villes de Westphalie, Münster et Osnabrück. Après de laborieuses négociations, ils conclurent les traités de Westphalie (1648).
Les traités furent signés simultanément à Münster et à Osnabrück, le samedi 24 octobre 1648. La Suède et la France, les deux puissances victorieuses, obtenaient les principaux avantages. A la Suède l’empereur dut abandonner les embouchures du Weser, la Poméranie occidentale, les embouchures de l’Oder, c’est-à-dire la rive allemande de la Baltique. La France se fit reconnaître définitivement la possession des Trois Evêchés; elle se fit céder tous les droits de l’empereur sur l’Alsace, particulièrement sur dix villes libres au nombre desquelles ne figurait d’ailleurs pas Strasbourg. La situation de Strasbourg, mal définie, devait donner lieu à de nouveaux conflits entre la France et l’Empire.
En outre, les traités de Westphalie, ruinant les prétentions
des Habsbourg, maintenaient la constitution anarchique de l'Allemagne. Les électeurs firent de nouveau garantir leur indépendance absolue dans leurs États. Ils eurent même le droit de conclure des alliances avec qui bon leur semblerait. L'empereur n’eut plus absolument qu’un vain titre. Comme d’autre part la constitution allemande était placée sous la garantie de toutes les puissances signataires, la France et la Suède avaient légalement le droit d'intervenir dans les affaires intérieures de l’Empire.
Les traités de Westphalie étaient une grande victoire française, non seulement parce que la France atteignait pour la première fois la frontière naturelle du Rhin, mais encore parce qu’ils rendaient impossible toute tentative d’unification de l'empire et réduisaient ainsi l'Allemagne à l'impuissance pour le plus grand profit de la France. Le maintien de ces traités, considérés comme le chef-d'œuvre de la diplomatie, devait être, jusqu’à la Révolution, la préoccupation principale de tous les politiques français.
Guerre contre l'Espagne. — Le roi d'Espagne cependant avait refusé de signer la paix avec la France. Des troubles graves, la Fronde, venaient d’éclater à Paris (1648). Les Espagnols espérèrent à la faveur de ces désordres recouvrer ce qu'ils avaient perdu. On sait comment, à dater de 1651, ils trouvèrent un allié dans la personne même du vainqueur de Rocroi, le prince de Condé, révolté contre son roi et contre Mazarin.
La guerre fut ainsi prolongée de douze années. Le nord et l’est de la France furent cruellement ravagés. La lutte se prolongeait sans qu'aucun des adversaires parvint à prendre un avantage marqué sur l’autre. Pour triompher de la résistance espagnole, Mazarin n’hésita pas à négocier avec le dictateur que la Révolution d'Angleterre avait porté au pouvoir, Cromwell: en 1657 il obtint l'alliance anglaise, d’ailleurs à très haut prix, moyennant la promesse de la cession de Dunkerque, alors place espagnole. Cromwell fournit un corps de 6,000 hommes. Ce renfort permit à Turenne de gagner sur les Espagnols et Condé, près de Dunkerque, la victoire des Dunes (14 juin 1658). Le roi d’Espagne n'avait plus d'armée: il consentit à traiter.
Paix des Pyrénées. — La paix fut négociée et signée dans une petite île de la Bidassoa, à la frontière de la France et de l’Espagne. On l’appela la paix des Pyrénées (1659).
La France recevait au sud le Roussillon et la Cerdagne, au nord l’Artois, avec quelques places de la Flandre et du duché de Luxembourg, parmi lesquelles Thionville. Le traité stipulait en outre le mariage de Louis XIV avec la fille aînée de Philippe IV, Marie-Thérèse. Cette clause devait être par ses conséquences la disposition capitale du traité, et toute la politique extérieure de Louis XIV, cinquante années d’intrigues diplomatiques et de guerre, en devaient sortir.
La paix des Pyrénées marquait le triomphe de la maison de France sur les Habsbourg d’Espagne, comme la paix de Westphalie avait consacré son triomphe sur les Habsbourg d'Autriche. Agrandie de trois provinces, Alsace, Artois, Roussillon, en face d’adversaires à bout de forces, la France, à la fin de 1659, dans l’Europe occidentale, était vraiment la puissance prépondérante.