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LES ARTISTES

aristocratique et les philosophes n’y eurent accès que pendant un temps. Devenue aveugle à l’âge de quarante ans, elle n'avait d’autre plaisir que la conversation, et la vivacité de son esprit, souvent mordant, l’avait fait appeler Madame Voltaire ou l’aveugle clairvoyante. Le marquis et le comte d’Argenson, Choiseul, Montesquieu furent ses hôtes de prédilection. Elle eut pour lectrice, pendant dix ans, Mile de Lespinasse. Un jour elle découvrit que certains de ses familiers, les Philosophes, goûtaient plus encore que les siens les entretiens de sa lectrice; elle la renvoya (1763).

Les amis de Mlle de Lespinasse lui furent fidèles. Pauvre, ne pouvant donner à dîner, elle “donnait à causer” chaque jour de cinq à neuf. Son salon fut, avec celui de Mme Geoffrin, le plus important des salons philosophiques et l'influence qu'il exerça dans le monde des lettres finit par être telle qu’on l’appelait l’antichambre de l Académie.

Les Artistes. — Les goûts et les mœurs du temps trouvèrent dans tous les arts leur fidèle reflet. Sous l'inspiration du Grand Roi, les arts plastiques avaient produit dans le siècle précédent des œuvres majestueuses et un peu froides. Les œuvres françaises du dix-huitième siècle, surtout la peinture et la sculpture, se distinguent par leur libre fantaisie, leur poésie, leur grâce souple et leur élégance.

L'art français, brillant, fécond, novateur, exerce alors en Europe une prépondérance indiscutée. Comme l’écrivait un architecte de ce temps, travaillant lui-même en Allemagne, “Paris fut à l’Europe ce qu'était la Grèce lorsque les arts y triomphaient: il fournit des artistes à tout le reste du monde.”

Parmi les peintres, Watteau — sous la Régence —, Lancret, Boucher et Fragonard furent les maîtres des “Fêtes galantes” et des “Pastorales.” Le chef-d'œuvre du genre, l’Embarquement pour Cythère de Watteau fut exposé en 1717: par la fraîcheur de son coloris, l’exquise lumière du paysage, l'harmonie avec laquelle se groupent les personnages aux silhouettes élégantes et fines, il offre le plus séduisant mélange de rêve et de réalité. D’autres artistes, comme le bon peintre Chardin, surent représenter avec une simplicité vigoureuse et sincère les scènes familières de la vie bourgeoise. Greuze, avec ses ta-

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