LES ARTISTES
bleaux moraux tels que le Retour de l'enfant prodigue, émut les Âmes sensibles qui lisaient Diderot et Jean-Jacques. Quentin de La Tour, psychologue autant que peintre, fut le maïtre incomparable du pastel et du portrait.
La sculpture est représentée par un grand nombre d'artistes d’un talent non moins souple et varié. Du ciseau de Pigalle et de Falconet sortirent aussi bien de gracieuses sculptures de genre, ‘“‘Bacchantes” et ‘“Baigneuses,” que des œuvres de grand style, telles que le tombeau du maréchal de Saxe à Strasbourg et la statue équestre de Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg. Le plus grand maître fut Houdon, élève de Pigalle. En dehors de ses bustes, où il sut mettre autant de vérité morale que La Tour en mettait dans ses pastels, deux œuvres entre toutes l’ont placé hors de pair, la Diane chasseresse qu’il tailla dans le marbre pour Catherine II et dont le Louvre possède une réplique en bronze, et surtout le V’o/faire décharné et railleur de la Comédie- Française, peut-être le plus saissisant portrait nm ait jamais tiré du marbre.
Jusque dans les arts décoratifs, mobilier, décor des appartements, lignes des jardins, on peut apercevoir clairement la transformation des mœurs. Le dix-huitième siècle sacrifie moins à l’apparat, plus au confort et à l’intimité; les meubles sont plus légers, de formes plus souples et plus gracieuses, les appartements, peints en couleurs plus claires, sont plus gais et plus resserrés. Quel contraste plus saissisant que de passer à Versailles des grandes pièces majestueuses de Louis XIV aux petites pièces aimables et coquettes de Louis XV?
Les Sciences. — Un des caractères distinctifs du dix-huitième siècle est le goût des sciences. Par là le dix-huitième siècle prépare et annonce le dix-neuvième.
La science avait déjà fait dans la période précédente de très grands progrès. On peut même dire que c’est au dix-septième siècle que s’est définitivement constituée la science moderne, avec ses méthodes, ses idées directrices et ses principaux instruments de travail. A aucune autre époque on ne compte un aussi grand nombre de savants de génie, tels que Descartes et Pascal en France, Huygens en Hollande, Leïbnitz en Allemagne et Newton en Angleterre. Mais leurs travaux et leurs décou-
vertes n'avaient été connus que d’un petit nombre d'initiés. C’est seulement à la, fin du dix-septième siècle que commencèrent à paraître des ouvrages de vulgarisation scientifique révélant au grand public les immenses progrès accomplis. Dès lors il s’y intéressa passionnément. On se mit à discuter dans les salons sur le système de Newton, comme on discutait auparavant sur une tragédie de Corneille. Tous les écrivains célèbres du dix-huitième siècle s’occupèrent de sciences: Montesquieu communiquait à l’Académie de Bordeaux un mémoire sur les causes de l’écho; Voltaire eut un laboratoire chez Mme du Châtelet, une grande dame qui préférait la physique à la poésie; le comte de Buffon fut aussi savant naturaliste que grand écrivain.
Au cours du siècle, de nouvelles découvertes eurent lieu qui firent sur les esprits une impression profonde; la plus remarquable fut en 1752 celle de l'Américain Franklin qui, par la célèbre expérience du cerf-volant, démontra l'identité de l’étincelle électrique avec la foudre. Par la suite l’année 1783 devait voir en France la première ascension d’un aérostat, invention des frères Montgolfer, et l’expérience décisive par laquelle le grand chimiste Lavoisier parvint à reconstituer l’eau par synthèse de l’hydrogène et de l’oxygène.
Les Idées nouvelles. — Les progrès des sciences donnèrent aux gens instruits l’impression que le pouvoir de la raison humaine était sans limites. La science prétendait expliquer tous les phénomènes de la nature sans avoir recours à des considérations religieuses. De même, à l’ancien régime politique que Bossuet fondait sur l’Ecriture sainte, les écrivains du dixhuitième siècle connus sous le nom de “philosophes” prétendirent opposer un système nouveau fondé sur la seule raison et conforme aux “lois naturelles.” Ils démontrèrent théoriquement les vices de la monarchie absolue et de l’organisation sociale en même temps que les faits les démontraient pratiquement. Leurs écrits préparèrent, autant que la mauvaise administra. tion royale, la Ré olution de 1780.
C’est d'Angleterre que vint la doctrine: là, dès le dix-septième siècle, l’ancien régime politique et religieux, le régime de la monarchie absolue et dé intolérance; avait été détruit par deux