LOUIS XVI. LES PRÉLIMINAIRES DE LA RÉVOLUTION
Louis XVI. — Louis XVI à son avènement avait vingt ans. Sa femme Marie-Antoinette en avait dix-neuf. Tous les deux eurent le même cri quand ils apprirent la mort de Louis XV “Quel malheur! Nous régnons trop jeunes.” Louis XVT était, en effet, tout à fait ignorant du gouvernement, et on ne s'était pas occupé de lui apprendre son métier de roi. C'était un gros garçon, lourd, robuste, ayant fort appétit, passionné pour les exercices physiques, la chasse ou le travail du serrurier ou du forgeron.
Il était honnête et bon, il avait le désir du bien. Mais il était de caractère faible: sa femme le qualifiait elle-même de “pauvre homme.” Il était peu intelligent et timide parce que, au témoignage d’un de ses ministres, Malesherbes, il avait le sentiment de son insuffisance et de la grandeur de sa responsabilité. Par suite il se décida rarement par lui-même et il subit toute sa vie l'influence des uns et des autres. Au début ce fut l'influence bienfaisante de Turgot, plus tard ce fut l'influence néfaste de Marie-Antoinette.
Marie-Antoinette. — La reine Marie-Antoinette était fille de l’impératrice Marie-Thérèse. Son mariage avec Louis XVI, en 1770, avait eu pour objet de rendre plus étroite l'entente établie depuis 1756 entre les Cours de France et d’Autriche. Elle était aussi vive que son mari était lourd. Mais elle manquait de qualités sérieuses et ne rappelait en rien sa mère. Elle était ignorante, frivole, impatiente de toute contrainte. Très honnête, elle se laissa entraîner par sa passion du plaisir à des imprudences compromettantes; on la reconnut dans la foule mêlée des danseurs, un soir de bal masqué à l'Opéra. Elle aussi subissait aisément l'influence de ceux à qui elle avait donné son affection. Comme elle se laissa gagner par une bande
de gens de Cour rapaces et qui profitaient de tous les abus, elle fut avec eux l’ennemie de toutes les réformes, et inconsciemment elle contribua à aggraver la situation financière, et à hâter l'heure de la Révolution.
Turgot. — Au début de son règne, Louis XVI prit pour principal ministre un vieux courtisan, Maurepas. Celui-ci fit renvoyer l’abbé Terray et Maupeou. Puis, pour donner satisfaction à l’opinion publique, il fit rétablir les Parlements supprimés depuis 1771. En même temps il désignait à Louis XVI pour occuper les divers ministères des hommes de valeur et généralement estimés. Le roi “se barricada d’honnêtes gens”: Vergennes, ancien ambassadeur à Constantinople, diplomate habile et qui fut un remarquable ministre des affaires étrangères; Malesherbes, secrétaire d'Etat de la maison du roi; enfin et surtout Turgot, contrôleur général des finances.
Turgot avait fait de longues études d'économie politique: il avait collaboré à l’Encyclopédie et publié un important ouvrage: les Réflexions sur la formation et la distribution des richesses. Intendant, il avait appliqué en Limousin une partie de ses idées de réformes, et d’une province misérable il avait fait en treize années une province prospère.
Turgot voulait faire en grand dans le royaume ce qu’il avait fait en petit dans le Limousin. Il voulait y opérer les réformes dont les études des économistes avaient établi l'utilité, appliquer les principes de Quesnay et de Gournay: il voulait tenter l'expérience de la liberté. Le résultat devait étre, dans sa pensée, le rétablissement des finances.
Programme de Turgot. — La situation financière héritée de Louis XV était des plus difficiles. Les dépenses normales dépassaient les recettes de 22 millions. Ce déficit était encore accru par ce fait que 78 millions des recettes futures avaient été dépensés par anticipation. En outre, il était dû 235 millions immédiatement exigibles. C'était au total 335 millions qui manquaient à l’État. L'abbé Terray ne trouvait pas d’autre solution que la banqueroute.
“Point de banqueroute, point d'augmentation d'impôts, point d'emprunts,” tel fut le programme que Turgot présenta au roi. Il espérait tirer le royaume de ses embarras financiers par deux