LES ÉTATS GÉNÉRAUX
Tous les cahiers étaient rédigés, d’ailleurs, dans un esprit de modération remarquable. Il n’y avait pas la moindre pensée de révolution violente. Le roi avait promis, en 1788, la plupart des réformes que souhaitait la nation; celle-ci n’avait pour lui que reconnaissance et amour. On avait l'espérance que tous les maux allaient finir, que le bonheur universel était proche: “Le naufrage est passé, disaient les cahiers d'Auxerre, et nous arrivons dans une terre qui présente l’image du Paradis.”
Le Roi. — Ainsi la révolution paraissait inévitable, mais elle pouvait être pacifique. C’est la faiblesse de caractère de Louis XVI qui le perdit, détacha de lui le peuple et fut la cause des premiers conflits.
Louis XVI avait alors trente-cinq ans. Il était resté honnête et bon, mais il était alourdi par les excès de table, et surtout totalement dénué de volonté. Au moment où allaient se réunir les États Généraux, il était retombé sous l'influence de Marie- Antoinette. Sans plus tenir compte des promesses faites en 1788, il était résolu à maintenir l’absolutisme.
Le Tiers Assemblée nationale. — Le 5 mai 1789, dans la grande salle de l'Hôtel des Menus à Versailles, le roi procéda solennellement à l'ouverture des États. Dans un discours bref, il annonça que les États étaient réunis pour rétablir l’ordre dans les finances. Il ne dit pas un mot de ce qui était le souci de tous, la constitution. Ce fut une immense déception parmi les députés du Tiers.
Dès le lendemain, quand il s’agit de vérifier les pouvoirs des députés, un conflit s’engagea entre le Tiers et la Noblesse, sur la question du vote par ordre ou par tête. Question capitale, car, si on votait par ordre, le Tiers n’avait qu’une voix contre les deux voix des ordres privilégiés, et le nombre double de ses membres ne lui servait de rien. Le Tiers proposa donc la vérification en commun, avec le vote par tête. Par vanité, la Noblesse s’y refusa obstinément. Pendant six semaines, on négocia sans parvenir à une entente. Enfin, le 17 juin, le Tiers, considérant qu'il représentait les quatre-vingt-seize centièmes de la nation, se déclara Assemblée nationale: l’Assemblée décréta aussitôt qu’elle autorisait la perception provisoire des impôts jusqu’à sa séparation; mais par la suite aucun impôt ne