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CHA PATREMV LA CONVENTION

La République. — La Convention, formée de 750 députés, avait été élue au suffrage universel. Mais la plupart des électeurs ne votèrent pas et les Jacobins, seuls organisés, furent presque partout les maîtres des élections. Aussi la Convention était-elle de tendances beaucoup plus démocratiques que la Législative.

Dès la première séance, le 21 septembre 1792, la Convention, à l'unanimité, décréta l’abolition de la royauté. Le soir, Paris fut illuminé et le peuple cria dans les rues: “Vive la République!” Le lendemain 22, la Convention décréta que les actes publics seraient dorénavant datés de l’an I de la République. Le 25, Danton fit décréter que “la République française était une et indivisible.”

Girondins et Montagnards. — Presque aussitôt commença la furieuse lutte des partis, qui était le mal dont devait périr la République.

Deux groupes, acharnés l’un contre l’autre se disputèrent la prépondérance dans l’Assemblée: les Girondins, qui siégeaient maintenant à droite, et les Montagnards, membres des Jacobins ou des Cordeliers, qui siégeaient à gauche. Au centre, la masse des députés, gens hésitants, prêts à céder à l’influence des plus énergiques, formait la Plaine ou le Marais.

Girondins et Montagnards étaient républicains et démocrates. Mais les Girondins, se méfiaient de Paris et ne voulaient plus de la dictature de la Commune. Ils avaient le souci de la légalité et le respect des formes légales: “Plutôt la mort que le crime!” dira le girondin Vergniaud.

Au contraire, les Montagnards, appuyés sur la Commune et les clubs, acceptaient la dictature parisienne, qu’ils jugeaient nécessaire. Pour eux, le salut public devait tout primer; il

justifiait toutes les mesures d’exception: “Dussent nos noms être flétris, répondra Danton à Vergniaud, nous sauverons la liberté.” Les trois principaux membres de la Montagne étaient Danton, Marat et Robespierre. Seul, Danton, patriote clairvoyant, fit des efforts sincères pour réconcilier les deux partis, mais les Girondins repoussèrent toutes ses avances.

Exécution du roi. — La royauté abolie, il restait à régler le sort du roi. La Convention était hésitante. Mais en novembre on découvrit aux Tuileries une armoire à porte de fer où se trouvèrent de nouvelles et abondantes preuves des relations de Louis XVI avec les émigrés. Alors l’Assemblée décida que le roi serait jugé par elle.

Commencé le 11 décembre, le procès se termina le 20 janvier. La Convention déclara “Louis Capet” coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d’attentat contre la sûreté de l'État. Comme tel elle le condamna à mort. Le samedi 20 janvier 1793, à trois heures du matin, par 380 voix contre 310, elle décida que la sentence serait exécutée dans les vingtquatre heures.

Le dimanche 21 janvier, sur la place Louis XV devenue la place de la Révolution, aujourd’hui la place de la Concorde, au milieu d’un carré de troupes et de gardes nationaux, la guillotine était dressée face aux Tuileries. Louis XVI monta à ’échafaud à dix heures, avec un tranquille courage. Il essaya de parler au peuple qui se pressait derrière les soldats. Un roulement de tambour couvrit sa voix.

Le Gouvernement révolutionnaire. — L’exécution de Louis XVI accrut redoutablement les périls où la France était engagée. Elle provoqua une coalition générale de toutes les grandes puissances. En France même, cent mille paysans vendéens se soulevèrent. Aux armées Dumouriez se déclara contre la Convention et prépara un coup d’État, dont le patriotisme des troupes empêcha l’exécution (mars).

Pour parer à tant de dangers, la Convention organisa un gouvernement dictatorial. Elle créa successivement un Comité de Sûreté générale, pour rechercher les suspects; pour les punir, un Tribunal révolutionnaire, qui jugeait sans appel; enfin le 6 avril, un Comité de Salut public qui disposa sou-

verainement des moyens de défense intérieure et extérieure et qui, concentrant tous les pouvoirs, devint promptement un dictateur à plusieurs têtes. Il était composé de neuf membres élus par la Convention. Dans les départements et aux armées, la Convention délégua plusieurs de ses membres, avec pleins pouvoirs: on les appela représentants en mission.

La Convention vota d’autre part, en juin 1793, une constitution nouvelle pour remplacer la constitution de 1791. La constitution de 1793 était très démocratique: elle établissait le suffrage universel et soumettait les lois à la ratification du peuple. Mais on ajourna sa mise en vigueur en raïson de la crise que traversait la République, et la Convention décréta que le gouvernement de la France serait “révolutionnaire jus. qu’à la paix.”

Chute des Girondins. — Cependant la lutte était devenue de plus en plus âpre entre la Gironde et la Montagne. Comme les Girondins avaient proposé, lors du procés du roi, la ratification de la sentence par le peuple, les Montagnards les accusèrent d’avoir voulu sauver le roi; ils les accusaient aussi de vouloir une république fédérative. Par contre, la Gironde accusait Marat et Robespierre d’aspirer à la dictature. Elle fit envoyer Marat devant le Tribunal révolutionnaire qui l’acquitta. . Elle essaya de briser la Commune et fit arrêter un de ses membres, Hébert. A la fin de mai, la Commune de Paris et les Jacobins résolurent de se débarrasser des Girondins.

Le 2 juin 1793, la Commune fit cerner la Convention par 80,000 hommes avec 60 canons, et réclama l’arrestation des principaux députés girondins. L'Assemblée essaya de résister et sortit en corps des Tuileries où elle siégeait. Aussitôt Hanriot, le général de la Commune, commanda: “Canonniers, à vos pièces!” La Convention dut céder: elle décréta d’arrestation 27 de ses membres. Les Montagnards étaient désormais les maîtres de l’Assemblée.

La Terreur. — Le coup de force du 2 juin provoqua dans plusieurs régions, en Normandie, à Bordeaux, à Lyon, à Marseille, des insurrections girondines. Au mois de juillet, en comptant la Vendée royaliste, soixante départements, les trois quarts de la France, étaient en armes contre Paris, Au mème

moment, toutes les frontières étaient forcées par les armées de la coalition. |

La Convention, sans se laisser effrayer par la grandeur du péril, résolut de poursuivre contre tous ses ennemis la lutte à outrance. Elle confia le pouvoir aux Montagnards les plus intransigeants, Robespierre et ses amis, Couthon et Saint- Just: ils remplacèrent au Comité de Salut public Danton, discrédité par sa politique de conciliation (juillet 1793). Quant À Marat, il était mort, poignardé par une jeune fille, Charlotte Corday, qui avait voulu venger les Girondins. Carnot, élu aussi membre du Comité, prit la direction de la défense nationale.

Le Comité de Salut public et la Convention voulurent décourager leurs adversaires par l’épouvante et forcer par la peur le pays tout entier à s’armer contre l'étranger. Ce fut le régime de la Terreur. Déjà les émigrés et les prêtres réfractaires avaient été mis hors la loi. Le 17 septembre, fut votée la loi des suspects qui déclarait prévenus de haute trahison les “partisans de la tyrannie” et les “ennemis de la liberté”: définition d'autant plus redoutable qu’elle était plus vague.

Alors les Comités révolutionnaires procédèrent dans toute la France À des arrestations en masse. Au Tribunal révolutionnaire, l’accusateur public, Fouquier-Tinville, envoya chaque jour.des fournées de condamnés à la guillotine. Parmi les victimes les plus célèbres furent la reine Marie-Antoinette; Bailly, l’ancien maire de Paris; le duc d'Orléans, qui, député à la Convention, avait pris le nom de Philippe-Egalité et voté la mort de son cousin Louis XVI; Vergniaud et les Girondins arrêtés le 2 juin. Jusqu'à la fin de juillet 1794, 2,596 personnes furent exécutées à Paris. L'ensemble des victimes ayant subi un semblant de jugement fut pour la même période et pour toute la France d’environ douze mille. Dans les régions insurgées on procédait à des exécutions en bloc. D’abominables cruautés furent commises par le représentant Carrier, à Nantes: il fit noyer les prisonniers dans la Loire, sans jugement, par milliers, près de cinq mille en sept mois.

Exécution d'Hébert et de Danton. — A la.fin de 1793, grâce à l'énergie des organisateurs de la défense nationale et à la valeur des armées républicaines, le péril extérieur et in-

térieur était conjuré. Toutes les insurrections étaient vaincues, les armeés ennemies repoussées loin de la frontière. Dès lors les Montagnards se divisèrent; il parut à Danton que le régime de la Terreur n’avait plus aucune raison d’être, qu’il était temps de ramener ‘‘le règne des lois et de la justice pour tous.” Son ami, Camille Desmoulins, dans son éloquent journal le Vieux Cordelier, réclamait la création d’un Comité de clémence. Danton, Desmoulins et un certain nombre de Montagnards formèrent le parti des Indulgents.

D’autres, au contraire, trouvaient Robespierre trop modéré et réclamaient de nouvelles mesures de terreur. Ils avaient pour chef Hébert et pour organe le Père Duchêne. Les Hébertistes étaient en outre athées et voulaient déchristianiser la France. Ils avaient fait établir un calendrier nouveau d’où étaient bannis les noms des saints et des fêtes religieuses. Partout où ils dominaient, ils fermaient les églises ou s’amusaient à y célébrer le culte de la Raison. Danton à la Convention flétrit ces ‘““mascarades antireligieuses.”

Robespierre, que cette double opposition gênait, se débarrassa par la violence des uns et des autres. Il détestait l’athéisme et la grossièreté des Hébertistes, l’improbité de certains Dantonistes. Les premiers furent arrêtés et guillotinés, sous prétexte de complot tendant à affamer Paris et à provoquer le massacre de la Convention (24 mars 1794). Quelques jours après, les Indulgents, inculpés de comploter le rétablissement de la monarchie, étaient arrêtés et guillotinés à leur tour (5 avril 1794). Danton, prévenu du danger qu’il courait, avait refusé de fuir: “Bah, avait-1 répondu, est-ce qu’on emporte sa patrie à la semelle de ses souliers !”?

Dictature de Robespierre. — Danton mort, il ne resta plus personne pour contrebalancer l’influence de Robespierre. Celuici exerça pendant près de cinq mois (avril-juillet 1794) une véritable dictature.

Robespierre s’était acquis une très grande popularité et le surnom d’Incorruptible, par sa parfaite probité, la dignité et la simplicité de sa vie — il vivait dans la famille d’un menuisier, — son dévouement sincère à la cause du peuple, et le prestige des mots d’innocence et de vertu qu’il avait constamment à

la bouche. Il avait un orgueil immense, la conviction que toute vérité était en lui. . Ses idées, toutes empruntées à Rousseau, avaient à ses yeux la valeur de dogmes intangibles. Ne pas les partager était d’un mauvais citoyen; les combattre était un sacrilège que seule la mort pouvait expier. C’est pour préparer le “règne de la vertu” qu’il maintint le régime de la Terreur, et la guillotine fut employée, selon le mot de M. Aulard, “à l’amélioration des âmes.” L

Robespierre prétendit ériger en religion d’État le déisme des philosophes; il organisa le culte de l’Étre suprême, et présida lui-même une fête solennelle du nouveau culte (8 juin 1794). Pour exterminer les “impurs,” il fit voter la loi de prairial (10 juin), en vertu de laquelle le Tribunal révolutionnaire jugerait désormais sur des preuves morales, sans entendre ni témoins ni défenseurs, et ne pourrait prononcer d’autre peine que la mort. Alors commença la Grande Terreur: en 47 jours, du 10 juin au 27 juillet, il y eut à Paris 1,376 têtes coupées.

Le 9 Thermidor. — Peut-être Robespierre songeait-il à mettre un terme enfin à ces injustifiables boucheries quand il fut renversé par une coalition de tous ses ennemis, violents ou modérés, le 9 thermidor an II (27 juillet 1794). Une conspiration se forma contre le dictateur : la plupart des conjurés, se sentant ou se sachant menacés par Robespierre, avaient hâte de le devancer et de l’abattre. Ils purent gagner les députés du Marais qui avaient jusque là soutenu Robespierre et se distribuèrent les rôles pour la séance du 9 thermidor, à la Convention. Avant que Robespierre eût pu parler, un des conjurés demanda la mise en accusation du “nouveau Cromwell.” Robespierre essaya vainement de se défendre: le président, qui était du complot, couvrit du bruit de sa sonnette furieusement agitée la voix de l'accusé. Après une tumultueuse séance, aux cris de “à bas le tyran!,” l’arrestation fut décrétée à l’unanimité. Saint-Just et Couthon furent arrêtés en même temps. Cependant la Commune, qui était pour Robespierre, le fit délivrer le soir même et essaya de soulever Paris contre la Convention. Elle n’y réussit pas. A deux heures du matin, le 28 juillet (10 thermidor), les troupes de la Convention blo-

quaient l’Hôtel-de-Ville où elles arrêtaient sans résistance Robespierre et les principaux membres de la Commune. Le soir vers sept heures et demie il était conduit à la guillotine avec 21 de ses partisans.

La Réaction thermidorienne. — La coalition qui venait de renverser Robespierre comprenait surtout des terroristes. Mais après la victoire ils furent bientôt écartés et le pouvoir revint aux modérés ou aux terroristes repentis.

Une inévitable réaction se produisit alors contre les Montagnards et leur politique : c’est ce qu’on a appelé la réaction thermidorienne. La plupart des lois d'exception furent abrogées, le régime de la Terreur fut aboli. On rappela à la Convention les Dantonistes et les Girondins survivants. On ferma le club des Jacobins. Carrier fut condamné à mort pour les atrocités de Nantes, Fouquier-Tinville pour les monstrueuses parodies de justice du tribunal révolutionnaire. Le tribunal lui-même fut réorganisé, puis supprimé.

Les derniers députés de la Montagne essayèrent de soulever les ouvriers des faubourgs pour reprendre le pouvoir. Le peuple était d’ailleurs exaspéré par le renchérissement des vivres, et par une terrible crise de misère. Deux émeutes éclatèrent successivement le 12 germinal et le 1* prairial an III (1% avril et 20 mai 1795): les insurgés envahirent la Convention en réclamant “du pain et la Constitution de 1793,” mais ils furent repoussés et désarmés. Les chefs montagnards furent guillotinés.

Un autre danger menaça alors la Convention. La défaite du jacobinisme avait enhardi les royalistes. A Paris le parti royaliste se recrutait surtout parmi la “jeunesse dorée,” c’està-dire la jeunesse élégante : les muscadins ou incroyables armés de gourdins, donnaient la chasse dans la rue aux Jacobins. Dans le midi, il y eut une véritable Terreur blanche: on massacra les Jacobins à Lyon, à Tarascon, à Aix, à Marseille. Pour assurer la durée de la République, la Convention inquiète décréta que les deux tiers des députés du futur Corps législatif seraient pris parmi ses membres. Le décret des Deux Tiers ruinant les espérances des royalistes, ceux-ci tentèrent un coup de force. Le 13 vendémiaire (5 octobre 1795), une formidable insurrec-

tion éclata: elle fut écrasée, grâce aux habiles dispositions d’un jeune général, Napoléon Bonaparte, mis à la tête des troupes de la Convention. Guen

Trois semaines plus tard, le 26 octobre 1795, la Convention déclara sa session terminée et se sépara aux cris de: “Vive la République!”

Les Conquêtes de 1792. — Au lendemain de Valmy, les armées françaises avaient pris partout l'offensive. En quelques semaines elles occupèrent au sud-est la Savoie et Nice, possessions du roi de Sardaigne, au nord-est, les pays allemands de la rive gauche du Rhin, jusqu’à Mayence (septembre-octobre 1792). Au nord les Autrichiens furent chassés de la Belgique par la victoire de Dumouriez à Jemmapes (6 novembre).

Ces glorieux succès surexcitèrent l’orgueil national, et, tout en prétendant libérer les peuples, les révolutionnaires s’abandonnèrent bientôt à la politique de conquête et d’annexion; ils reprirent la politique traditionnelle de la royauté, l'achèvement de la France par la conquête des frontières naturelles, le Rhin et les Alpes. La Convention décréta d’abord que, dans tout pays occupé par les armées françaises, les droits féodaux et les privilèges seraient abolis. Puis, au début de 1793, elle déclara ces pays réunis à la France: pour sauvegarder les principes, elle fit voter l’annexion par des conventions locales dans chaque pays.

La Première Coalition. — Les conquêtes et les annexions, l’exécution de Louis XVI, qui parut un défi aux souverains, provoquèrent une rares générale contre la France.

L’Angleterre, gouvernée par le ministre Pitt, ne voulait à aucun prix laisser les Français maîtres de la Belgique et du grand port d'Anvers. Elle déclara la guerre en janvier 1793 et eut pour alliés, avec l'Autriche et la Prusse, la Hollande, l'Espagne, les États italiens et allemands, et même la Russie qui d’ailleurs ne prit aucune part à la guerre.

Les coalisés étaient décidés à démembrer la France et à écraser la Révolution : “Il s’agit, disait un envoyé anglais, de réduire la France à un véritable néant politique.” Il semblait, en effet, impossible que la France ne succombât pas devant une

ligue aussi formidable.

La France envahie. — Au début, on put croire que la coalition triompherait aisément. De mars à octobre 1793, les armées françaises subirent des revers presque continus.

Au nord, les Autrichiens reprirent la Belgique après la able de Neerwinden (18 mars). Dumouriez, vaincu et destitué, passa à l'ennemi. Les Prussiens reprirent Mayence après quatre mois de siège (juillet). La France fut envahie par toutes ses frontières. Les Espagnols occupèrent Perpignan et Bayonne. Toulon fut livré aux Anglais par les royalistes (27 août). Les Autrichiens et les Prussiens pénétrèrent en Alsace, tandis qu’une autre armée autrichienne prenait Valenciennes et assiégeait Maubeuge (septembre). En même temps éclataient les insurrections royalistes et girondines contre la Convention : les trois quarts de la France lui échappaient.

Elle se sauva par des prodiges d’énergie. Le 23 août 1793, les conventionnels votèrent le décret héroïque de réquisition: “Dès ce moment jusqu’à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition pour le service des armées. Les jeunes gens iront au combat; les hommes mariés forgeront les armes et transporteront les subsistances; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les hôpitaux; les enfants mettront les vieux linges en charpie, les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l’unité de la République.” Grâce à cette levée en masse, on put jeter aux frontières neuf armées, dont l'effectif total monta à 750,000 hommes, chiffre prodigieux alors. Les généraux faibles ou suspects furent arrêtés, exécutés, et remplacés par des chefs jeunes et enthousiastes.

Victoires et conquêtes. — Ces mesures énergiques furent efficaces. Dès la fin de l’année 1793, la victoire revint aux troupes françaises. Au nord, Maubeuge fut débloqué par la victoire de Wattignies gagnée après deux jours d’une lutte acharnée où l’on vit le commandant en chef, Jourdan, et le délégué du Comité de Salut public, Carnot, mener, fusil en mains, les charges de l’infanterie française (15-16 octobre). A l’est, l’Alsace fut dégagée par la victoire de Hoche au Geisberg près de Wissembourg (24 décembre). Dans la même

période les insurrections étaient écrasées et Toulon repris aux Anglais.

En 1794, les armées françaises prirent de nouveau l'offensive pour reconquérir la Belgique et la rive gauche du Rhin. La Belgique, défendue par le duc d’York et les Anglais établis sur l’Escaut, par Cobourg et les Autrichiens établis sur la Meuse, fut envahie par deux armées, l’armée du Nord commandée par Pichegru, l’armée de Sambre-et-Meuse commandée par Jourdan. Après six tentatives inutiles, Jourdan, ayant pour lieutenants Kléber, Marceau, Championnet et Lefebvre, força le passage de la Sambre à Charleroi, avec environ 80,000 hommes, et battit les Autrichiens à Fleurus (26 juin 1794). Illes rejeta ensuite dans la vallée de la Meuse, puis sur le Rhin, où il occupa Cologne et Coblentz. De son côté, Pichegru rejetait les Anglais sur Anvers (juillet), puis en Hollande, où il les suivit. En moins de trois mois la Hollande était occupée à son tour (janvier 1795), et la flotte hollandaise elle-même, bloquée par les glaces au Helder, tombait au pouvoir de quelques escadrons de hussards (30 janvier 1796).

Traités de Bâle et de la Haye. — Les victoires françaises et les affaires de Pologne amenèrent en 1795 une première dislocation de la coalition. Le roi de Prusse, soucieux de ne pas laisser la Russie et l'Autriche procéder seules à un troisième partage de la Pologne, le roi d'Espagne menacé d’une invasion française, signèrent la paix à Bâle (avril-juillet 1795). La Prusse reconnaissait l’occupation des territoires de la rive gauche du Rhin, Belgique et terres d'Empire, par les armées françaises. A la pacification générale, elle devait recevoir des compensations en Allemagne si la France gardait définitivement ses conquêtes. Le roi d'Espagne céda la partie espagnole de Saint-Domingue aux Antilles. Il devait bientôt s’allier à la France contre l’Angleterre.

De leur côté, les Hollandais traitèrent à la Haye (mai 1795); ils durent céder à la France leurs provinces de la rive gauche du Rhin, s'engager à lui fournir contre les Anglais l'appui de leur flotte, et modifier leur constitution: les Provinces-Unies devinrent la République Batave, démocratique et centralisée

à la française.

La Guerre de Vendée. — Pour bien juger la grandeur de l'effort accompli par la France de 1793 à 1796, il faut toujours se rappeler qu’à la guerre contre l’étranger s’ajoutait la lutte contre les insurrections, dont la plus redoutable fut l’insurrection vendéenne.

Commencée en mars 1793, elle dura jusqu’en 1795. Les insurgés, appelés ’endéens ou Chouans, mirent sur pied jusqu’à 80,000 hommes. Leurs bandes, qui se donnaient le titre d'armée catholique royale, étaient commandées par des hommes du peuple, le garde-chasse Stofflet, le charretier Cathelineau, et aussi par des nobles, la Rochejacquelein, Charette, etc. La lutte entre les bleus — les républicains — et les blancs — les royalistes — prit un caractère d’acharnement incroyable.

Au début l’absence des troupes régulières, appelées toutes aux frontières, facilita les progrès de l’insurrection. Les Vendéens s’emparèrent de Cholet, de Saumur, franchirent la Loire, et essayèrent d'enlever Granville. Mais l’armée republicaine avait été renforcée, elle était commandée par des chefs tels que Kléber et Marceau. Repoussés devant Granville, battus au Mans (13 décembre), les Vendéens subirent, au second passage de la Loire, à Savenay (23 décembre), un épouvantable désastre.

Ce fut la fin de la grande guerre. Les insurgés ne formèrent plus que de faibles bandes, mais presque impossibles à détruire, dans le Marais et le Bocage, pays propres à la guerre de partisans, l’un coupé de mille cours d’eau, l’autre hérissé de bois et de haïes épaisses bordant d’étroits chemins creux. On ne vint à bout de l'insurrection qu’en 1795. La pacification fut l’œuvre de Hoche: il l’obtint par la douceur et surtout par de justes concessions en matière religieuse. Par contre, un corps d’émigrés ayant été débarqué par les Anglais et vaincu à Quiberon Quillet 1795), la Convention fit fusiller tous les prisonniers.

Les Comités de la Convention. — L'œuvre intérieure, accomplie en même temps qu’on luttait pour la vie, ne fut pas moins considérable. La Convention fut la plus laborieuse des assemblées politiques. Partagée en de nombreux comités — Comité de législation, Comité de finances, Comité d’instruction publique, etc., — elle toucha à tout, et, si en bien des cas elle ne put achever la tâche entreprise, elle a du moins la gloire

° miration

LA

d’avoir été partout l’initiatrice: c’est d’elle que datent la plupart des grandes institutions modernes. Poursuivi sans relâche au milieu d’une crise terrible, ce labeur colossal provoque l’ad- ’

Principales Créations. — En matière de finances, la Convention décida sur la proposition de Cambon de ne pas répudier la dette héritée de l’ancien régime, mais de la “républicaniser”” et de la confondre avec la prodigieuse dette nouvelle résultant des nécessités de la guerre contre l’Europe; elle institua le grand livre de la dette publique.

En matière de législation, elle poursuivit la rédaction d’un code unique, décrétée mais à peine commencée par la Constituante. Elle donna à la France un système de poids et de mesures scientifiquement établi, le système métrique, adopté aujourd’hui par la presque totalité des États civilisés.

Elle étudia avec la plus grande attention toutes les questions d’enseignement. ‘Après le pain, disait Danton, l’éducation est le premier besoin du peuple.” Il fit proclamer le principe de l'obligation et de la gratuité de l’enseignement primaire; on ne put d’ailleurs l’organiser faute d’argent. Pour l’enseignement secondaire, la Convention fit ouvrir, sur le rapport de Lakanal, les “écoles centrales,” d’où sont venus les lycées et les collèges de la France d’aujourd’hui. Pour l’enseignement supérieur, elle créa, conserva ou réorganisa les principaux établissements scientifiques ou artistiques, et la plupart des grandes écoles: Collège de France, École des Langues orientales, Bureau des Longitudes, Muséum, où les plus illustres savants, Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire, Jussieu, enseignèrent les sciences naturelles; Conservatoire des Arts et Métiers, Bibliothèque et Archives Nationales, Musée du Louvre, Écoles de Droit et de Médicine, École des Mines, École centrale des Travaux Publics devenue l’École Polytechnique, École Normale, École du Génie de Metz, aujourd’hui à Fontainebleau, École de Mars, la première ébauche de Saint-Cyr, etc. Enfin à la veille de se séparer le 24 octobre 1795, la Convention créa, pour remplacer les anciennes académies, l’Institut de France destiné à être, selon le mot de Daunou, “l’abrégé du monde savant, le corps représentatif de la République des Lettres.”

Grandeur de la Convention. — Ces indications sommaires suffisent à faire comprendre combien injuste fut l’accusation de “vandalisme” longtemps portée contre la Convention. Quand elle se sépara, ses ennemis eux-mêmes sentirent, selon l'expression d’un témoin, le général Thiébault, “qu’il s’en allait quelque chose de grand et que la scène allait paraître vide.” Trente ans après, en 1825, un illustre orateur royaliste, l’avocat Berryer, devant un auditoire tout enflammé de haine contre la Révolution, portait sur la Convention le jugement de l’histoire: “Te n’oublierai jamais que la Convention a sauvé mon pays.”

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