CHAPITRE VI LEBMRECTOIRE
La Constitution de l’an III. — La constitution de jan III, votée par la Convention pendant la réaction thermidorienne était moins démocratique que la constitution de 1793.
Tandis que celle-ci établissait le suffrage universel, la constitution de l’an III établissait le suffrage restreint: pour avoir le droit de vote, il fallait savoir lire et écrire et payer une contribution directe.
Le pouvoir législatif était confié à deux conseils: le Conseil des Cinq Cents, le Conseil des Anciens. Les Cinq-Cents préparaient les lois; les Anciens les adoptaient ou les rejetaient; les deux Conseils étaient renouvelables par tiers annuellement.
Le pouvoir exécutif était confié à un Directoire: de là le nom du régime. Le Directoire, composé de cinq membres, était élu par les Conseils et renouvelable par cinquième chaque année. Le Directoire n’avait pas le droit de dissoudre le Corps législatif, et le Corps législatif n’avait pas le droit de révoquer les Directeurs.
Dificultés politiques et financières. — Le premier Directoire élu comprenait cinq conventionnels: Barras, Carnot, Reubell, Letourneur et La Réveillère-Lépeaux. Il se trouva aussitôt aux prises avec les plus grandes difficultés, d'ordre politique et d’ordre financier.
Au point de vue politique, le Directoire eut à lutter contre les partis extrêmes, les royalistes et les anciens Jacobins démocrates. Quelques-uns de ceux-ci adhéraient au programme communiste de Gracchus Babeuf, un journaliste, qui voulait supprimer la propriété individuelle et faire une révolution sociale. En 1796, il y eut plusieurs conspirations qui échouèrent toutes; Babeuf fut arrêté et exécuté.
Mais, dès 1797, l'opposition conquit la majorité dans les Con-
seils; alors les Directeurs se défendirent par des coups d’État. Le coup d’État du 18 fructidor (4 septembre 1797) fut dirigé contre les royalistes: la plupart des députés royalistes furent arrêtés et un certain nombre déportés en Guyane; on remit en vigueur les lois d'exception contre les émigrés et les prêtres réfractaires. L’année suivante le coup d’État du 22 floréal (4 mai 1798) fut dirigé contre les Jacobins qui avaient rouvert les clubs et fait élire un grand nombre de députés: le Directoire fit casser l’élection de soixante Montagnards.
D'autre part, les finances étaient désorganisées par suite de la ruine du commerce et de l’arrêt de toute industrie. La monnaie de papier créée par la Constituante — les assignats émis en quantité prodigieuse — avait perdu toute valeur. La détresse financière amena en 1797 une banqueroute partielle; puis, en 1798, l'établissement de l'impôt sur les portes et fenêtres. Ces deux mesures rendirent la bourgeoisie hostile au régime.
Avec cela la France était dans un état moral déplorable, lasse de tout, n’aspirant qu’au repos, au bien-être, au pain quotidien. Une profonde misère dans le peuple; à Paris, chez ceux que d’audacieuses spéculations avaient soudainement enrichis, une rage de plaisir, un luxe insolent dont l’étalage insultait à la misère publique. Parmi les hommes politiques les plus en vue comme Barras, beaucoup d’égoïsme et de corruption. Aussi le régime du Directoire laissa-t-il aux contemporains l'impression d’un régime de décomposition générale et, selon le mot de l’un d’eux, ‘“‘de pourriture des pourritures.”
La Guerre contre l'Autriche. — Tandis que les partis s’usaient en luttes stériles dont la nation se désintéressait, les armées républicaines continuaient leurs exploits. De là peu à peu un profond changement dans l'esprit public: à la passion de la liberté succède la passion de la gloire militaire. Ce n’est plus aux orateurs des clubs ou aux chefs de parti que va la popularité, c’est aux généraux victorieux.
Après les traités de Bâle, l’Angleterre, l'Autriche et la plupart des États italiens n'avaient pas désarmé. Carnot, devenu directeur, conçut le projet de lancer trois armées sur Vienne. Commandées respectivement par Jourdan, Moreau, Bonaparte,
elles devaient avancer par trois routes différentes: en Allemagne, par la vallée du Main et la vallée du Danube; en Italie, par la plaine du P6 et les vallées alpestres.
Les opérations commencèrent en 1796. Le plan échoua en Allemagne: Jourdan’ fut battu et rejeté par l’archiduc Charles sur la rive gauche du Rhin (septembre). Moreau, parvenu dans la région du Danube jusqu’à Munich, fut, par suite de la retraite de Jourdan, obligé de rétrograder et de rentrer en Alsace.
Les coups décisifs furent frappés en Italie par Bonaparte.
Bonaparte. — Napoléon Bonaparte était né à Ajaccio, en Corse, en 1769, peu de temps après que l'ile eût été vendue par les Génois à Louis XV. Élevé comme boursier du roi à Brienne, admis à l’École militaire de Paris, il en sortit à seize ans avec le grade de sous-lieutenant d’artillerie. Il détestait alors la France et rêvait d'assurer un jour l'indépendance de la Corse. La Révolution modifia ses sentiments: il devint bon patriote et Jacobin.
Capitaine en 1793, il se distingua au siège de Toulon et décida de la prise de la ville en enlevant un fort qui commandait l'entrée du port. Cette action d’éclat lui valut le grade de général de brigade à vingt-quatre ans. Mais il fut destitué en 1795 pour avoir refusé un commandement en Vendée. Il songeait à prendre du service en Turquie, quand, en octobre 1795, on le chargea de défendre la Convention contre les royalistes insurgés. Général de division au lendemain du 13 vendémiaire, il reçut peu après le commandement de l’armée d'Italie qui, selon le mot d’un de ses lieutenants, Marmont, “lui ouvrit la porte de l’immortalité.”
Campagne d'Italie. — La campagne d’Italie dura un an, d'avril 1796 à avril 1797. L’armée française livra dix-huit grandes batailles et soixante-cinq combats. Forte à peine de 36,000 hommes, elle détruisit cinq armées autrichiennes dont la moins nombreuse compta 45,000 hommes.
Le Piémont était occupé par une armée autrichienne et une armée sarde, au total 70,000 hommes. Bonaparte, passant au col de Cadibone, se glissa entre les deux armées ennemies, rejeta à l’est les Autrichiens en leur infligeant trois défaites en trois jours, notamment à Dego (15 avril). Puis il revint sur
les Sardes qui, battus à Mondovi, se hâtèrent de traiter. Le roi de Sardaigne reconnut à la France la possession de Nice et de la Savoie.
Bonaparte reprit aussitôt la poursuite des Autrichiens. Par la grande victoire de Lodi (11 mai), il se rendit maître du Milanaïis. Les princes italiens du nord et le pape, effrayés, traitèrent à leur tour. Bonaparte leur imposa de lourdes contributions de guerre, près de cinquante millions qui, envoyés à Paris, permirent au Directoire de vivre un certain temps.
Les opérations ultérieures eurent pour centre Mantoue, forte place qui commande les débouchés de la vallée de l’Adige, route principale d'Autriche en Italie. Pour sauver Mantoue, assiégée par Bonaparte, les Autrichiens envoyèrent successive-. ment quatre armées qui furent détruites l’une après l’autre. Après la victoire décisive de Rivoli, Mantoue capitula (2 février).
Désormais maître de toute l'Italie du nord, Bonaparte put marcher sur Vienne. Il força le passage du Tagliamento, le col de Tarvis et le col de Neumarkt. Au même moment Hoche et Moreau franchissaient de nouveau le Rhin et refoulaient devant eux les Autrichiens. L’avant-garde de l’armée d’Italie était au col du Semmering, à moins de cent kilomètres de Vienne, quand l’Autriche consentit à signer les préliminaires de paix de Léoben (18 avril 1797).
Traité de Campo-Formio. — Les préliminaires de Léoben furent transformés en traité de paix à Campo-Formio (octobre 1797). C'était Bonaparte qui, imposant ses vues au Directoire, avait dirigé les négociations. Déjà ce général républicain prenait des allures de dictateur: il réorganisait l'Italie à sa guise, inaugurait une politique brutale de conquérant.
Par le traité de Campo-Formio, François II reconnut secrètement à la France la frontière du Rhin. Il renonça à la Belgique et au Milanais dont Bonaparte fit la République cisalpine. En échange Bonaparte lui livra la République de Venise. Pour indemniser les princes dépossédés de la rive gauche du Rhin, un congrès devait se réunir à Rastadt.
Assurant à la France ses frontières naturelles, ce traité était la conclusion de la politique séculaire de la royauté. Mais,
dépassant les frontières naturelles, il marquait aussi le début d’une politique d’aventures, la politique napoléonienne.
La Lutte contre l'Angleterre. — De tous les ennemis, l’Angleterre était le plus difficile à atteindre. Depuis le début des hostilités, ses flottes étaient maîtresses des mers. Le Directoire reprit d’abord le projet d’un débarquement en Irlande et confia l’entreprise à Hoche: une tempête la fit échouer (décembre 1796). Bonaparte reçut à son retour d'Italie le commandement de l’armée d'Angleterre.
Bonaparte imagina de frapper les Anglais ailleurs que dans leur île. L'Inde étant la source principale de la fortune anglaise et l'Égypte commandant une des routes traditionnelles de l'Inde, il proposa au Directoire d'entreprendre la conquête de l'Égypte, base d'opérations pour une expédition dans l’Inde. Ce projet grandiose devait hanter Napoléon pendant toute sa carrière.
Le Directoire approuva le projet. Il était d’ailleurs fort heureux de se débarrasser de Bonaparte dont la popularité et les intrigues commençaient à l’inquiéter.
Expédition d'Égypte. — Les préparatifs furent conduits dans le plus grand secret et très rapidement. Le 19 mai 1798 une flotte de près de 300 navires, transportant une armée de 35,000 hommes, quittait Toulon. Bonaparte emmenait comme lieutenants deux des meilleurs généraux de la République, Kléber et Desaix. Quarante jours plus tard, après avoir occupé Malte au passage, l’armée française débarquait à Aboukir et enlevait Alexandrie (30 juin).
L'Egypte, province de l’Empire turc, appartenait en fait à la féodalité militaire des Mamelouks. Les Mamelouks, cavaliers intrépides, essayèrent d’arrêter l’armeé française à Gizeh près du Caire. La bataille eut lieu au pied des grandes Pyramides : toutes les charges des Mamelouks vinrent se briser sur les carrés de l’infanterie, qui ne perdit pas 30 hommes et tua plus de 2,000 cavaliers à l’ennemi (21 juillet). Deux jours après, Bonaparte était maître du Caire. Mais le 1° août la flotte française était surprise dans la rade d’Aboukir et anéantie par l’amiral anglais Nelson.
Bonaparte était dès lors coupé de la France et prisonnier en Égypte. Il occupa et organisa le pays, comme s’il y devait
demeurer toujours: ainsi commençal a renaissance de l'Égypte qui devait redevenir au dix-neuvième siècle un État riche et actif. Bonaparte avait emmené avec lui plusieurs savants illustres qui, constitués en Institut d'Égypte, étudièrent le pays, ses produits, ses monuments.
La situation s’aggrava quand le sultan, poussé par les Anglais, déclara la guerre à la France (septembre 1798) et entreprit de reconquérir l'Égypte. Apprenant qu’une armée turque se concentrait en Syrie, Bonaparte y courut, enleva les ports de Gaza et de Jaffa, écrasa les Turcs près de Nazareth au Mont- Thabor (16 avril 1799), mais, faute d’artillerie, il ne réussit pas à s ’emparer de Saint-Jean-d’ Acre. Il dut revenir en hâte en Égypte où les Anglais s’apprêtaient à débarquer une seconde armée turque : à peine à terre, elle fut anéantie à Aboukir (24 juillet).
Un mois plus tard, informé de la situation périlleuse où une seconde coalition mettait la République, sans attendre les ordres du Directoire, Bonaparte s’embarquait secrètement pour la France. Il laissait le commandement de l’armée d'Égypte à Kléber.
La Deuxième Coalition. — Pendant l'expédition d'Égypte, l'Angleterre avait réussi à former une nouvelle coalition.
La coalition eut pour cause la politique de propagande et d’empiètements suivie par le Directoire en 1798 : en pleine paix il annexa Mulhouse, Genève, Montbéliard, enfin tout le Piémont. Il intervint à Rome et en Suisse, transformant les États de l'Eglise en République Romaine et l’ancienne Confédération suisse en République Helvétique centralisée sur le modèle franaçis. Le trésor des papes et 43 millions pris en Suisse servirent à payer les préparatifs de l’ expédition d'Égypte.
Mais ces procédés audacieux, qui rappelaient les procédés de Louis XIV au lendemain de la paix de Nimègue, eurent les mêmes conséquences: successivement le roi de Naples, l’empereur, le tsar Paul [*, le sultan entrèrent dans l’alliance anglaise. A la fin de l’année 1798, la seconde coalition était formée.
Les coalisés mirent en ligne 350,000 hommes, dont 80,000 Russes, tandis que le Directoire disposait à peine de 150,000
soldats et avait à défendre, outre la France agrandie, les ‘“‘républiques-sœurs,” c’est-à-dire la Hollande, la Suisse et la plus grand partie de l'Italie. En outre les armées ennemies étaient commandées cette fois par deux bons généraux, l’archiduc Charles et le Russe Souvorof, héros des guerres de Turquie et de Pologne.
Zurich. — Aussi les premiers mois de la guerre furent-ils marqués par de graves échecs. En Allemagne, l’archiduc Charles battit Jourdan à Stokach et le rejeta sur la rive gauche du Rhin. En même temps Souvorof chassait les Français d'Italie par les victoires de Cassano, de la Trebbia et de Novi (mars-août 1799). Au nord, une armée anglo-russe débarquait en Hollande. La France était de nouveau menacée d’une invasion.
Elle fut sauveé par l’habileté de Masséna. Celui-ci se maintenait en Suisse sur les positions qu’il occupait derrière la Limmat et la Linth, en face d’une armée austro-russe établie à Zurich. Or les alliés décidèrent que le corps autrichien de Suisse irait rejoindre l’archiduc Charles sur le Rhin et serait remplacé par l’armée russe de Souvorof. Mais dans cette sorte de chassé-croisé, il y eut un instant où les Autrichiens étant partis et Souvorof n’étant pas encore arrivé, le corps russe de Zurich se trouva isolé. Saisissant l’occasion, Masséna se jeta sur Zurich et y écrasa les Russes dans une bataille de deux jours (25-26 septembre 1799). Puis il se retourna vivement contre Souvorof qui arrivait d'Italie par le Saint-Gothard: pour échapper à une capitulation, les Russes furent obligés de se jeter dans les massifs des Alpes, abandonnant toute leur artillerie. Après ce désastre, le tsar, furieux, se retira de la guerre.
Au nord les Anglo-Russes, battus et bloqués par Brune, durent signer la capitulation d’Alkmaar et se rembarquer (18 octobre 1799).
Retour de Bonaparte. — Le dégoût causé par la situation intérieure, les angoisses provoquées par le péril extérieur au début de l’année 1799 hâtèrent la chute du Directoire. Le gouvernement semblait impuissant à rétablir l’ordre. Dans l’ouest et dans le midi de nouvelles insurrections royalistes avaient éclaté. Les mesures extrêmes prises par le Directoire — un emprunt
forcé de 100 millions sur “la classe aisée,” une loi des otages contre les parents d’émigrés ou d’insurgés — rappelaient les mauvais jours de 1793 et effrayaient l'opinion publique. D'autre part le luxe et les mœurs de Barras, le membre le plus influent du Directoire, faisaient scandale. A la lassitude de la politique s’ajoutait le mépris pour les politiciens.
Alors se constitua, autour de Siéyès, un parti qui voulait une revision de la constitution. Mais pour faire cette revision, au besoin par un nouveau coup d’État, il fallait le concours d'un général populaire. Après de longues hésitations Siéyès fit appel à Bonaparte dont la popularité était immense depuis la campagne d'Italie. ;
Le 8 octobre, Bonaparte, parti d'Égypte avant d’avoir reçu l’ordre de rappel du Directoire, débarquait à Fréjus. Quand la nouvelle parvint à Paris, le 15, il y eut une universelle explosion de joie. Son voyage fut un triomphe. Quand il entra À Paris, l'enthousiasme toucha “au délire.” Selon le mot d’un contemporain, le général Mathieu Dumas, “il trouva tous les partis disposés à lui décerner le pouvoir dictatorial.”
Le Coup d’État de brumaire. — Siéyès, alors membre du Directoire, et Bonaparte commencèrent aussitôt à préparer le changement de la constitution. Tout fut organisé en trois semaines. Ils eurent pour complices un des directeurs, Roger: Ducos, Talleyrand, qui avait été ministre des affaires étrangères, Fouché, ministre de la police, la majorité du Conseil des Anciens et le président du Conseil des Cinq-Cents, Lucien Bonaparte, frère du général. Le plan des conjurés était le suivant : obtenir la démission des directeurs de telle sorte que le pouvoir exécutif se trouvât vacant; faire nommer par les deux Assemblées, pour remplacer les directeurs, un comité exécutif provisoire dont les membres seraient chargés de reviser la constitution, c’est-à-dire en fait de préparer une constitution nouvelle. Comme on s'attendait à quelque opposition parmi les Cinq-Cents, et par crainte qu’ils ne parvinssent à organiser un mouvement populaire dans les faubourgs, on décida de faire voter par le Conseil des Anciens le transfert des deux assemblées au château de Saint-Cloud, à quelques kilomètres de Paris.
Le samedi 9 novembre 1799 — 18 brumaire an VIII —, le
président des Anciens, qui était du complot, annonçait aux députés la découverte d’une grande conspiration contre les pouvoirs publics. "Les Anciens, docilement, décrétèrent le transfert des deux Conseils à Saint-Cloud, et donnèrent à Bonaparte le commandement des troupes de Paris, avec mission de veiller à la sûreté du Corps législatif. En même temps, par la démission de Barras que négociait adroitement Talleyrand, le gouvernement se trouva désorganisé.
À Saint-Cloud, le lendemain 19 brumaire, le complot faillit échouer. La majorité des Cinq-Cents était hostile au projet de revision et au coup d'Etat. Dès le début de la séance les députés prêtèrent le serment de maintenir la constitution. Quand Bonaparte se présenta dans la salle du Conseil, accompagné de quatre grenadiers, les cris de: “A bas le dictateur! Hors la loi!” éclatèrent de toutes parts. Des députés se précipitèrent sur lui et essayèrent de le frapper à coups de poing. Les grenadiers le couvrirent de leur corps et l’emmenèrent. Il avait complètement perdu la tête et l’aventure allait tourner pour lui en catastrophe, lorsqu'il fut sauvé par le sang-froid de son frère Lucien. Celui-ci présidait les Cinq-Cents. Quand les députés demandèrent le scrutin sur la proposition de mise hors la loi, Lucien abandonna la présidence, et retarda ainsi le vote pendant quelques instants. Il sortit, se présenta aux troupes, leur raconta que les députés avaient voulu poignarder leur général, que l’Assemblée était terrorisée par une poignée de brigands “payés par l’Angleterre,”” et d’accord avec Siéyès, leur donna l’ordre, en qualité de président des Cinq-Cents, d’entrer dans la salle et d’en chasser les députés. Les grenadiers obéirent. Le soir, un groupe de députés vota la suppression du Directoire et institua pour le remplacer une commission provisoire de trois consuls, Siéyès, Roger-Ducos et Bonaparte.
En fait Bonaparte était seul maître de la situation. Le 19 brumaire marquait la fin non seulement du Directoire, mais de la Révolution et de la République.