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CET APE RER TN

BES LETTRES! ET:LESVARTSYDANS En SECONDE MOITIÉ DU XIX° SIÈCLE

La Littérature. Le Réalisme. — Jamais la production littéraire ne fut plus abondante et plus variée qu’à la fin du dixneuvième siècle. Les jeunes générations de cette période continuèrent la lutte contre les règles conventionnelles et les formules tyranniques; elles réclamèrent toutes les libertés et applaudirent à toutes les audaces. Cependant la tendance la plus marquée et qui prévalut longtemps fut la tendance réaliste.

Le réalisme naquit d’une réaction contre le romantisme, de même que le romantisme était né d’une réaction contre le classicisme. Le romantisme avait péché par excès d'imagination, de sensibilité, d'enthousiasme et de lyrisme: malgré d’illustres survivances, il parut fort démodé après 1848. Aux visions imaginaires des romantiques, les réalistes opposèrent l’observation exacte, précise et minutieuse de la réalité. Le réaliste, selon Flaubert, ‘creuse et fouille tant qu’il peut, aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, il voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu’il reproduit.” En même temps qu’il s'oppose au romantisme, le réalisme vient se relier à la tradition classique par un autre caractère: sa tendance à l’impersonnalité. Avec une complaisance dont on s'était lassé, les romantiques avaient pris le public pour confident de leurs passions et de leurs émotions intimes; les réalistes proclamèrent au contraire que le “grand art est impersonnel” et que “l'artiste ne doit pas plus apparaître dans son œuvre que Dieu dans la nature.”

Le Naturalisme. — Le réalisme triompha à l’époque du second Empire; puis, exagérant ses propres tendances, il se continua sous la forme du naturalisme, qui est ce qu’on pourrait appeler la littérature à prétentions scientifiques. Deux

influences présidèrent à la formation du naturalisme, l'influence des savants eux-mèmes et surtout de Claude Bernard, le fondateur de la physiologie expérimentale, et l'influence de Taine, si grande dans les trente dernières années du dix-neuvième siècle. Philosophe, critique, historien, esprit systématique et puissant, Taine (1828-1893) prétendit introduire dans la philosophie, la critique et l’histoire, la méthode expérimentale qui triomphait avec Claude Bernard dans les sciences naturelles: il enseigna que les faits humains, déterminés par la race, le milieu et le moment, sont soumis à des lois comme les autres faits de la nature, et que par conséquent il convient de les étudier par les mêmes méthodes.

“De tout petits faits bien choisis, importants, significatifs, amplement circonstanciés et minutieusement notés, voilà aujourd’hui, disait-il, la matière de toute science.” Et telle fut aussi la méthode du naturalisme: travaillant sur des carnets de notes, multipliant leurs enquêtes, accumulant “les documents humains pris sur le vrai, sur le vif, sur le saïgnant,” les écrivains naturalistes s’efforcèrent, selon la formule des Goncourt, de “livrer au public des tranches de vie” et même de faire œuvre de savants qui expérimentent et qui concluent.

Le Roman. — C’est dans le roman que le réalisme trouva son expression la plus parfaite. L’école des romanciers réalistes reconnut pour maître un des plus vigoureux écrivains du dixneuvième siècle, Gustave Flaubert (1821-1880). Madame Bovary, histoire de la vie d’une petite bourgeoise provinciale, est le type le plus achevé et peut être considéré comme le chefd'œuvre du roman réaliste. Le meilleur disciple de Klaubert fut son filleul Guy de Maupassant (1850-1893), presque l’égal du maître par la pureté classique de la forme et le don de l’observation;s observateur d’une précision seulement plus âpre, plus cruelle, plus impitoyable.

Le naturalisme eut pour “inventeurs”? les frères de Goncourt, Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870). Ils lui donnèrent sa méthode. Ils lui montrèrent son véritable domaine, en introduisant dans leurs romans — dont le plus caractéristique est Germinie Lacerteux (1865), histoire d’une pauvre domestique — la réalité humble et vulgaire, ‘les basses classes” de la

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société qui ont “droit au roman; disaient-ils, dans un temps de suffrage universel, de démocratie et de libéralisme.” Le naturalisme s’épanouit sous sa forme la plus puissante et la plus vulgaire dans l’œuvre d’ Émile Zola (1 840-1903) qui, allant plus loin encore que les Goncourt, prétendit fonder le “roman expérimental,” et groupa ses œuvres dans le vaste cycle des Rougon-Macquart, “histoire sociale et naturelle d’une famille sous le second Empire.”

Le Théâtre. — Comme le roman, le théâtre fut renouvelé par les théories réalistes: le drame romantique, entièrement déchu après 1848, fit place à la comédie de mœurs. Emile Augier (1820-1889), voulut être le peintre fidèle de la bourgeoisie française, le défenseur convaincu de la tradition et de la morale familiales; le Gendre de M. Poirier (1854), Maître Guérin (1864) sont parmi ses œuvres les plus fortes et les plus solidement composées. Alexandre Dumas fils (1824-1895) se fit connaître d’abord par des comédies d'observation telles que le Demi-Monde (1855), puis, ayant conçu l’ambition “de mettre l’art au service des grandes réformes sociales et des grandes espérances de l’âme,” il fit jouer des pièces à thèse, le Fi/s naturel (1858), les Idées de Madame Aubray (1867), où il s’efforçait de battre en brèche les préjugés les plus enracinés.

Le réalisme suivit au théâtre la même évolution que dans le roman: d’une génération à l’autre, il se fit plus âpre, plus brutal, plus dédaigneux de toutes les conventions en usage. Henry Becque (1837-1899) donna, avec les Corbeaux (1882), le chef. d'œuvre de cette comédie réaliste qui pousse l’exactitude de l'observation jusqu’à la cruauté.

La Poésie. — Du vivant même de Victor Hugo, la poésie s'engagea dans des voies nouvelles qui l’éloignèrent du romantisme. On vit entre 1850 et 1860 se former l’école dite plus tard ‘“‘parnassienne”” qui, par réaction contre le lyrisme impénitent des romantiques, leurs confidences abondantes et leurs négligences de style, s’imposa comme une discipline sévère l’impersonnalité et le souci de la perfection de la forme, poussé jusqu’au dernier scrupule. Le grand poète du Parnasse fut Leconte de Lisle (1820-1894): ses Poèmes antiques (1852) et ses Poèmes barbares (1862) atteignirent en effet la perfection que

visaient les Parnassiens, et leur perfection même est presque leur seul défaut.

Mais les nouvelles générations se lassèrent plus vite encore de la perfection parnassienne qu’elles ne s'étaient lassées du lyrisme romantique. Elles subirent davantage l’influence d’un poète, fort discuté, infécond, maïs curieux de sensations rares et morbides, Baudelaire (1821-1867): son œuvre maîtresse, les Fleurs du Mal, parue en 1857, devint le bréviaire de quelques jeunes poètes. Après lui, la poésie se préoccupa moins de rivaliser avec les arts plastiques que d’exprimer comme la musique les harmonies les plus mystérieuses et les plus subtiles de la nature. Avec Verlaine (1844-1896), la poésie évolua vers le “Symbolisme,” et pour se rapprocher de son idéal inaccessible, elle s’affranchit de toutes les règles que consacrait une tradition séculaire.

L'Histoire. — L'influence scientifique, visible déjà dans le roman et le théâtre, pénétra surtout l’histoire et même la transforma si profondément qu’en quelque sorte elle la détacha de la littérature et la rapprocha de la science.

Bien que Michelet représentât avec éclat jusqu’en 1874 l’histoire romantique, trois grands historiens, Taine, Renan et Fustel de Coulanges, furent à des degrés divers les initiateurs de-l’histoire dite “scientifique.” On a vu plus haut quelles furent les théories et la méthode de Taine: il les mit en pratique en construisant deux œuvres puissantes, l’Histoire de la Littérature . anglaise (1863) et les Origines de la France contemporaine (1876- 1894), où l’esprit de système l’emporte sur l’esprit d'observation. Ernest Renan (1823-1892), comme lui philosophe, critique et historien, et comme lui grand écrivain, exerça sur les générations contemporaines une influence comparable à celle de Taine: sa vaste érudition, jointe à une intelligence pénétrante de psychologue, lui permirent de renouveler l’histoire des religions, dans ses deux œuvres maîtresses, l’ Histoire des Origines du christianisme (1863-1881) et l'Histoire du peuple d'Israël (1888- 1894). Mais Renan consentait encore à “solliciter doucement” les textes. Fustel de Coulanges (1830-1889) prétendit se dégager de toute idée préconçue, maîtriser toute fantaisie d’imagination, faire œuvre impersonnelle et plus véritablement scienti-

fique dans sa Cité antique (1864), premier modèle de l’histoire objective.

La Peinture. — Comme la littérature, les arts plastiques furent dominés longtemps par la tendance réaliste, la préoccupation de reprendre étroitement contact avec la nature, de l’étudier sans cesse, de la reproduire aussi sincèrement que possible.

Dès avant 1848, une admirable école de paysagistes français avait commencé à rejeter la tradition du “paysage historique,” c’est-à-dire de la nature “embellie” de ruines antiques ou de personnages grecs ou romains, pour représenter la nature ellemême, sans embellissement d’aucune sorte, un coin de forêt, une échappée sur la plaine, une simple ferme, une mare, un bouquet d’arbres..| Corot (1796-1875) fut le maître le plus illustre de cette école, poète autant que peintre, se plaisant à rendre les aspects les plus poétiques de la nature, les lumières du matin, subtiles et douces, sur les arbres et sur l’eau.

Cependant, jusque sous le second Empire, la grande peinture historique avait conservé sa prépondérance: c’est Courbet (1819-1877), qui se chargea de la détrôner et qui se fit le chef de l’insurrection réaliste. Démocrate ardent, révolutionnaire, il lança des formules analogues à celles des Goncourt et de Zola: “Le réalisme, proclama-t-il en 1855, est par essence l’art démocratique Poursuivre les idées, les mœurs, l’aspect de mon époque selon mon appréciation; être non seulement un peintre, mais encore un homme; en un mot, faire de l’art vivant, tel est mon but.” Rejetant les sujets historiques, Courbet se mit donc à peindre ‘sans pose” des scènes familières; il exposa des tableaux aux titres significatifs, les Casseurs de pierres, V Enterrement à Ornans, les Demoiselles des bords de la Seine, qui firent scandale, lui valurent d’être exclu des “Salons” officiels, mais applaudi et suivi par la jeunesse comme l’avait été Delacroix. A la génération de Courbet appartient un autre grand peintre, Millet (1814-1875), réaliste puisqu'il fut l'interprète fidèle de la vie paysanne dans ses gestes les plus humbles, mais dont l’œuvre d’une émouvante gravité invite à la méditation.

Par la suite, sous l’influence de Manet (1832-1883), le réalisme s’orienta vers l’impressionnisme. Il s’efflorça de trouver des procédés nouveaux pour exprimer toute la vie et tout l’éclat de

la lumière. Ce fut un éclatant feu d’artifice dont on se lassa bientôt pour revenir, par les détours les plus imprévus et les théories les plus hasardeuses, à la simplicité, à l’ordre et à la composition décorative: Quelques-uns des plus grands maîtres de la peinture contemporaine, travailleurs indépendants, ne se rattachent d’ailleurs à aucune école: ils ne furent ni réalistes, ni impressionnistes, ni classiques, ni romantiques; il leur suffit d’être eux-mêmes: tel Puvis de Chavannes (1824-1898), peintre de vastes fresques d’une composition harmonieuse et d’une noble sérénité.

La Sculpture. — Bien que la statuaire classique eût conservé des partisans fidèles qui prétendaient continuer la tradition antique, la sculpture, elle aussi, évolua; elle eut, comme la peinture, ses novateurs audacieux qui s’imposèrent par la puissance de leur génie, Carpeaux sous le second Empire et plus près de nous le maître Rodin. Carpeaux (1827-1876), élève de Rude, sut animer ses groupes et ses bustes d’une vie ardente; nul mieux que lui n’a su traduire, dans le bronze ou la pierre, “les sensations physiques, le frémissement du plaisir, la flamme du regard, le rire de la gaieté, l’excitation musculaire de la danse.” Rodin (1840-1917), d’un génie plus vigoureux, plus profond et plus ample, plus dédaigneux encore des conventions académiques, a exprimé comme “au paroxysme” toutes les passions et la douleur humaines; la plupart des personnages et des groupes qu’il façonna se rattachent à une conception monumentale, la Porte de P Enfer, où passe le souffle de Dante et de Michel-Ange.

La Musique. — La musique française avait été représentée dans la première moitié du dix-neuvième siècle par de brillants compositeurs qui travaillaient surtout pour le théâtre. La faveur du public allait de préférence aux œuvres de facture claire et simple, dont les mélodies étaient faciles à retenir. Ce genre d'opéra ou d’opéra-comique est resté très populaire en France jusqu’à nos jours. Sous le second Empire, les deux compositeurs en vogue furent Ambroise Thomas (1811-1896), dont l’œuvre la plus célèbre, Mignon, fut jouée mille fois de 1868 à 1894, et Gounod (1818-1893), dont l’opéra Faust (1859) eut un succès plus prodigieux encore. Dans la période suivante,

Bizet (1838-1875), mort à trente-sept ans, donna avec Carmen (1875) le chef-d'œuvre de l’opéra-comique français.

Mais, dans la même période, l’art musical français évolua: il renouvela sa technique et élargit son domaine. D'une part la musique de théâtre subit l'influence du grand compositeur allemand, Wagner (1813-1883). D'autre part il se forma une école nouvelle de musiciens qui, travaillant surtout pour les églises ou pour les orchestres des concerts, produisit des œuvres plus savantes et moins populaires, Oraforios et Symphonies. Le maître de cette école fut un Belge naturalisé français, César Franck (1822-1890).

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