LES SCIENCES DANS LA SECONDE MORMIÉELDU:XIX" SIÈCEE
Le Mouvement scientifique. --Le mouvement scientifique, qui avait pris au début du dix-neuvième siècle une si grande extension, a continué à se développer avec une ampleur croissante jusqu’à nos jours.
En France, comme dans tous les pays civilisés, la place prépondérante prise par les sciences est le trait essentiel de la période contemporaine. La civilisation contemporaine est avant tout une civilisation scientifique.
Les caractères du mouvement scientifique sont restés les mêmes que dans la première moitié du dix-neuvième siècle, mais singulièrement accentués.
La production scientifique devenant de plus en plus considérable par suite de l’accroissement du nombre des travailleurs dans tous les pays, la spécialisation ou — ce qui revient au même — la division du travail a été poussée à l'extrême. De nos jours chaque travailleur est obligé de se cantonner non plus seulement dans une seule science, mais dans une petite partie de cette science.
Par suite de l'importance des applications pratiques des sciences, tousles pays civilisés se sont efforcés de développer et de perfectionner leur organisation scientifique. En France, comme dans tous les autres pays, l’enseignement scientifique a pris une importance de plus en plus grande. On a multiplié les chaires de facultés, les laboratoires, les écoles techniques; on a accordé aux savants, pour leurs recherches souvent coûteuses, des subventions importantes. Il reste d’ailleurs beaucoup à faire dans cette voie; sous le rapport de l’organisation scientifique, la France s’est laissée distancer par des pays comme l’Allemagne et les États-Unis.
Le développement extraordinaire des laboratoires a eu pour
conséquence le développement de la méthode expérimentale. Le domaine de la méthode expérimentale s’est considérablement étendu dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle; après avoir été la méthode exclusive des sciences physiques et chimiques, elle est devenue la méthode de la physiologie et de la médecine, fondées auparavant sur l’observation seule. Grâce au perfectionnement de l'outillage des laboratoires, grâce à l’emploi de procédés nouveaux comme la photographie, on a pu obtenir par l’expérimentation des résultats d’une exactitude et d’une précision croissantes. Par l’emploi combiné des expériences proprement dites et des hypothèses ou théories, les progrès des sciences expérimentales ont été extrêmement rapides: les expériences nouvelles font naître de nouvelles théories, et réciproquement, dès qu’une théorie est formulée, on procède immédiatement de tous côtés à des vérifications expérimentales qui à leur tour élargissent la science.
Mais le développement des sciences expérimentales ne s’est pas fait au détriment des mathématiques. Les mathématiques sont restées la science fondamentale et ont continué, elles aussi, à se développer dans tous les sens. Leurs progrès mêmes ont été utilisés par les autres sciences, les mathématiques étant considérées comme le langage scientifique par excellence, à l’aide duquel on peut exposer avec une clarté plus grande les résultats des autres sciences. Déjà dans les siècles antérieurs l’astronomie était devenue, sous le nom de mécanique céleste, une branche des mathématiques: de même les mathématiciens modernes se sont efforcés de réduire en formules mathématiques les résultats obtenus dans les sciences physico-chimiques.
Les Grands Savants français. — L'école française compta dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle un grand nombre de savants éminents, mathématiciens, astronomes, physiciens, chimistes, naturalistes, etc. Elle contribua au progrès de toutes les sciences. Mais ce sont principalement les sciences chimiques et biologiques qui furent renouvelées et developpées par les savants français, parmi lesquels trois grands noms dominent tous les autres: Claude Bernard, Pasteur, Berthelot. Berthelot fut surtout un chimiste; Claude Bernard et Pasteur transformèrent la physiologie et la médecine.
La Chimie. Berthelot. — Le développement de la chimie est un des faits les plus remarquables de l’histoire contemporaine de la science. Il est dû pour une très grande part aux travaux des savants français, dont le plus illustre est Berthelot.
Berthelot (1827-1907) eut la gloire de résoudre complètement le problème de la synthèse organique. Jusqu’alors la chimie minérale et la chimie organique semblaient deux domaines absolument distincts; il paraissait impossible, en partant des éléments, de reproduire les corps de la chimie organique comme on le faisait pour les corps de la chimie minérale; on croyait que ces composés organiques ne pouvaient se former que dans l'être vivant, sous “l’action mystérieuse de la force vitale.” Berthelot établit au contraire que, par de simples procédés de laboratoire, on pouvait obtenir les composés organiques: il réalisa la synthèse des alcools, des éthers, des acides gras et de l’acétylène (1854-1862.) Il se consacra ensuite à la chimie physique; il mesura la vitesse des réactions chimiques, la quantité de chaleur qu’elles dégagent, créant ce qu’on a appelé la thermo-chimie. Il fut ainsi amené à étudier les substances explosives: en 1870, pendant le siège de Paris, le gouvernement le nomma président du Comité scientifique de défense, et il perfectionna la fabrication des poudres. C’est à un de ses collaborateurs, M. Vieille, qu’est due l'invention de la poudre sans fumée. Membre de l’Académie des sciences et de l’Académie française, esprit prodigieusement varié et fécond, auteur de nombreux traités de science et de philosophie et de plus de 600 mémoires, Berthelot fut aussi un grand citoyen, républicain et démocrate convaincu; il siégea au Parlement comme sénateur, fut ministre de l’instruction publique (1886-1887) et ministre des affaires étrangères (1895-1896).
La Physiologie. Claude Bernard. — Avec la chimie, la physiologie est la science qui progressa le plus rapidement dans cette période. Elle en est redevable surtout à un grand savant, Claude Bernard, dont on a pu dire qu’“il n’etait pas un simple physiologiste, mais la physiologie même.”
Les deux plus belles découvertes de Claude Bernard en physiologie portent, l’une (1849) sur la fonction glycogénique du foie, c’est-à-dire la propriété que possède cet organe de mettre en
réserve le sucre; l’autre (1862) sur le système des nerfs vasomoteurs qui dilatent ou rétrécissent les vaisseaux sanguins. |
C’est par l’expérimentation que Claude Bernard était arrivé à faire ces découvertes. Son principal titre de gloire est d’avoir établi d’une façon définitive que les sciences biologiques pouvaient et devaient avoir recours à la méthode expérimentale. Jusqu’alors on considérait cette méthode comme réservée exclusivement à l’étude des phénomènes physiques et chimiques; on prétendait qu’elle était complètement impuissante devant les phénomènes de la vie: physiologistes et médecins ne travaillaient que sur des faits d'observation. Avec Claude Bernard la physiologie et la médecine devinrent des sciences expérimentales: il en indiqua les principes dans le plus important de ses ouvrages, l’/ntroduction à l'étude de la médecine expérimentale, qui parut en 186$ et suscita de retentissantes polémiques. La grande majorité des médecins nièrent d’abord la valeur de ses théories et les traitèrent d’utopies; elles finirent cependant par prévaloir, et quand Claude Bernard mourut, en 1878, nul ne songeait plus à contester l'importance de son œuvre.
Pasteur. — Cette méthode expérimentale dont Claude Bernard venait de poser les principes, Pasteur en fit un admirable usage. Savant de génie, le plus grand savant peut-être du dix-neuvième siècle, il accomplit une œuvre immense, féconde au point de vue scientifique, infiniment bienfaisante au point de vue social.
Né en 1822 à Dôle dans le Jura, Louis Pasteur était fils d’un sous-officier de l’Empire. Devenu professeur, il se consacra d’abord à l’étude des fermentations: il démontra que le phénomène de la fermentation n’était pas purement chimique, comme on le croyait jusqu'alors, mais qu’il était causé par des êtres vivants, les microbes, dont les germes, épars dans l’atmosphère, peuplent surtout les poussières déposées. De cette première découverte Pasteur sut faire sortir d'importants résultats pratiques: il indiqua, comme remède efficace contre la fermentation, le chauffage, qui tue ou paralyse les ferments nuisibles (1867). C'est ce qu’on a appelé la pasteurisation, appliquée d’abord au vin, puis au lait et à la bière.
Chargé en 1865 d’étudier la maladie qui décimait alors les
vers à soie, Pasteur se trouva orienté aïnsi vers l’étude des maladies infectieuses. Il commença par opérer sur les animaux et étudia d’abord le charbon, puis le choléra des poules. Après avoir établi que ces'maladies étaient dues également à l’introduction de microbes dans l'organisme, il réussit À isoler ces microbes, à les “cultiver” artificellement et à engendrer la maladie en inoculant cette culture; puis, découverte capitale, il montra qu’en inoculant une culture vieillie de microbes on pouvait préserver de la maladie: la culture ainsi atténuée constituait un vaccin.
En 1881, Pasteur découvrit la vaccination anticharbonneuse. Il se mit ensuite à l’étude de la rage: après plusieurs années d'expérience sur les animaux, il se décida enfin, en 1885, non sans de terribles angoisses, à tenter l’inoculation du vaccin sur un enfant mordu par un chien enragé. L'expérience réussit pleinement.
Alors Pasteur fut reconnu dans le monde entier comme un bienfaiteur de l’humanité. Une souscription internationale permit de fonder en 1888 l’Institut Pasteur, pour l’étude des maladies infectieuses. Un an avant sa mort, en 1894, il put assister à la découverte par un de ses élèves, le docteur Roux, d’un sérum guérissant la diphtérie.
Grandeur de l’œuvre de Pasteur, — L'œuvre de Pasteur a eu des conséquences incalculables.
On a parlé plus haut des procédés de pasteurisation du vin, de la bière et du lait, appliqués aujourd’hui universellement. La maladie du charbon, qui décimait jadis le bétail, a presque complètement disparu. Dans les grandes villes de tous les pays, des Instituts Pasteur ont été fondés, où l’on combat efficacement l’affreuse maladie de la rage. Grâce au sérum du docteur Roux, la mortalité par la diphtérie est tombée de 70 pour 100 à 7 pour 100. La vaccination contre la fièvre typhoïde donne les meilleurs resultats.
La doctrine de Pasteur a rendu à la chirurgie des services non moins considérables. Elle à permis d’établir que les complications fatales, auxquelles donnaient lieu presque toutes les opérations graves, étaient dues aux microbes apportés soit par les poussières atmosphériques, soit par l’opérateur lui-mème ou
par ses instruments. Dès lors, par l’emploi de désinfectants qui détruisent les microbes — l’antisepsie —, par des soins minutieux de propreté — l’asepsie — , on est arrivé à éviter les complications dans la plupart des cas. La chirurgie a pu s’enhardir et risquer une multitude d’opérations nouvelles.
Enfin les découvertes de Pasteur ont fondé ce qu’on peut appeler l'hygiène sociale. Grâce à elles, la société a pu entreprendre une lutte rationnelle contra la maladie, empêcher par des mesures sanitaires rigoureuses la propagation des maladies infectieuses, arrêter aux frontières des invasions de peste et de choléra, supprimer presque complètement les grandes épidémies.