CHAPITRE XVI PO CCE OUR EN ET, L'AUPATX
La Grande Offensive allemande. — Au début de l’année 1918, le front oriental tout entier s’effondra: l'Allemagne imposa les traités de Brest-Litovsk à la Russie et de Bucarest à la Roumanie (3-16 mars 1918). Dès lors, elle résolut de concentrer à l’ouest toutes les forces vives de son armée et de frapper sur les Alliés un coup décisif avant l’entrée en ligne des Américains. Grâce aux transports de troupes effectués d’est en ouest, elle s’assura une grande supériorité d'effectifs — environ 200 divisions contre 168. Elle avait sur les Alliés une autre supériorité, capitale à la guerre: l’unité de commandement. Tandis que les armées britannique, française et belge obéissaient chacune à un chef distinct, au contraire du côté de l’ennemi tous les moyens d’action se trouvaient concentrés entre les mains d’un seul homme, Ludendorff, devenu en fait le véritable chef de l’Empire et de l’armée.
Commencée le 21 mars, l'offensive allemande se prolongea, avec de longues pauses, jusqu’au 18 juillet 1918. Grâce aux méthodes tactiques perfectionnées par Ludendorf, elle aboutit À de grands succès, mais non à la victoire décisive qu’il avait escomptée. À trois reprises, en Picardie (21 mars), en Flandre (9 avril), sur l'Aisne (27 mai), les fronts anglais et français, submergés par une avalanche d’obus toxiques, furent entièrement rompus. Les Allemands ramassèrent un butin énorme; ils approchèrent d'Amiens, de Calais, poussèrent même jusqu’à 65 kilomètres de Paris, qu’ils bombardaient sans trêve, soit par avions, soit par de monstrueux et mystérieux canons, d’une portée de 120 kilomètres.
Le Renversement de la bataille. — Jamais la situation n’avait été aussi critique pour les Alliés. Cependant leur résolution de lutter jusqu’au bout et de vaincre ne faiblit pas. En France,
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cette résolution était incarnée par le premier ministre Clemenceau, vieillard de soixante-seize ans, arrivé au pouvoir en 1917 avec la volonté de réprimer impitoyablement toutes les défaillances et. de faire “la guerre intégrale.”
D'autre part, sous la menace du désastre, les Alliés se décidèrent enfin à instituer le commandement unique: il fut confié au général Foch ‘(26 mars). Sous l’impulsion du président Wilson, les États-Unis hâtèrent leurs envois de troupes: les débarquements mensuels passèrent de 48,000 hommes en mars à 280,000 hommes en juin. Enfin l'Etat-Major français, sous la direction du général Pétain, mit au point de nouvelles méthodes défensives et offensives, dont le trait le plus original devait être l’emploi en masse des chars d’assaut légers et des avions. Dès le mois de juin, une quatrième offensive allemande, en direction de Compiègne, fut promptement enrayée.
Le renversement de la bataille, ainsi préparé, s’opéra du 1$ au 18 juillet 1918. C’est la deuxième victoire de la Marne: elle aboutit à l’eFondrement du plan de Ludendorff et décida du sort de la guerre. Le renversement se fit en deux temps: premier temps, le 15 juillet, échec de la grande offensive allemande, lancée par Ludendorff de part et d’autre de Reims, brisée net en Champagne, devant l’armée du général Gouraud; deuxième temps, le 18 juillet, succès de l’offensive française, déclenchée brusquement dans le flanc ennemi, entre l’Aisne et la Marne. Comme en 1914, les Allemands durent repasser la Marne, se replier sur l’Aisne et sur la Vesle.
La Grande Offensive de Foch. — La victoire de la Marne marque le début de la grande offensive alliée. Cette offensive,
dirigée par Foch, dura quatre mois (18 juillet-1r novembre): elle aboutit à la défaite de l’Allemagne et à la suspension des hostilités.
Foch ne laissa pas À l’ennemi déconcerté le temps de se ressaisir et de reconstituer ses réserves. Par un élargissement méthodique de la bataille, il multiplia ses attaques sur tous les points du front; les Allemands furent sans cesse contraints de se replier sous menace d’enveloppement. D’abord Foch réduisit les “poches” créées dans le front allié par les victoires allemandes (juillet-septembre) et refoula l’ennemi sur la ligne
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Hindenburg. Puis les formidables positions de la ligne Hindenburg elle-même furent assaïllies et forcées (septembre-octobre); les Alliés rentrèrent à Saint-Quentin, Cambrai, Laon. Enfin, par une offensive concentrique de toutes les armées alliées, Foch entreprit de rejeter le gros des armées allemandes dans le massif boisé des Ardennes pour l’y envelopper et le forcer à capituler. A bout de forces, l’Allemagne n’évita le désastre qu’en acceptant toutes les conditions des Alliés, par l’armistice du 11 novembre 1918.
Victoires de Syrie, de Macédoine, d'Italie. — La capitulation de l'Allemagne avait êté précédée et hâtée par la capitulation de tous ses alliés. Dès le 15 septembre, l’armée de Macédoine, commandée par Franchet d’Esperey, avait remporté une éclatante victoire, puis, par une avance rapide, elle avait obligé la Bulgarie à déposer les armes (29 septembre), reconquis toute la Serbie et menacé l'Autriche d’une attaque à revers. Au même moment, l’armée de Syrie, commandée par le général anglais Allenby, remportait sur les Turcs une victoire décisive (18 septembre) et les obligeait à demander l’armistice (30 octobre). Enfin l’armée italienne, commandée par le général Diaz, mit fin à la résistance autrichienne par la victoire de Vittorio-Veneto (27-30octobre). La monarchieaustro-hongroise, en pleine dissolution, s’effondra : tandis que les Italiens entraient à Trente et à Trieste, des gouvernements révolutionnaires se constituaient à Vienne et à Budapest; les Croates et.les Slovènes avaient déjà proclamé leur union aux Serbes; les Tchèques et les Slovaques, leur indépendance. Sans abdiquer formellement, l’empereur d'Autriche Charles I* renonça au pouvoir.
La Révolution allemande. L’Armistice. — En Allemagne, l'unité avait une base nationale trop solide pour être sérieusement ébranlée, mais la défaite engendra du moins la révolution.
Guillaume II avait essayé par une double manœuvre de conjurer la catastrophe qui le menaçait: d’une part, renonçant à ses prérogatives essentielles, il avait formé un ministère parlementaire (2 octobre); d’autre part il avait fait appel à la médiation du président Wilson pour la conclusion immédiate d’un armistice et l'ouverture de négociations de paix (5 octobre). Cette double manœuvre échoua. Le président Wilson et les