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de la Neusirie, ne voyant aucun orage se former au
delà du Rhin, reconnut qu'il i^tait temps enfin de soumettre Uunald et les peuples d'Aquitaine : ilmar* cha avec ses leudes du côté du midi , et se disposa à entreprendre une guerre d'extermination. Hunald ne lui en laissa pas le ten^» Hors d état de lutter contre la puissance neustrienne, il se hâta de fléchir et de se soumettre, et ce lut ainsi que Pépin fut vainqueur sans avoir combattu.
Or, d'étranges résolutions intervinrent qui changèrent encore , sous quelques aspects , la face politique^ de la Gaule. Garloman, jeune encore, toujours victorieux, toujours redouté, se trouva las des grandeurs du monde, et se retira dans un cloître situé sur le mont Soracte , à peu de distance de Rome. Plus Urd , importuné des bruits humains qui arrivaient encore jusqu'à lui, il se réfugia dans le célèbre monastère du mont Cassin, près de la irontière des Abruzzes, et se livra tout entier aux austères devoirs de la vie cénobitique. Avant d'abdiquer, Carloman recommanda ses deux iiJs à son frère Pépin ; mais ce dernier était peu disposé à admettre ses neveux à la possession de i'Austrasie : il convoitait pour lui-même ce magnifique héritage, et, tuteur des fils de Garloman, il «ivait résolu de les dépouiller. Aucune résistance sérieuse ne traversa l'accomplissement de ses projets ambitieux, et I'Austrasie passa d'elle-même sous le commandement de Pépin. Vers le même temps Hnnald, à son tour, renonça au monde, et se démit de la souveraineté de. l'Aquitaine en laveur de son (ils Waifer. Ainsi la Gaule , catholique et fervente au
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milieu de ses luttes sociales , vit descendre du trône
deux de ses plus illustres chefs ; et tant était vive la piété des hommes de ce temps, qu'aucune parole de blftme, qu'aucun témoignaged'ironie ne saluèrent cette double abdication de Carlouian et d'Hunald , et que leur sacrifice volontaire fut envié de ceux même qui n'avaient ni la sagesse ni la force de suivre de pareils exemples (746-747)* yen ce temps-là, néanmoins, Raghis, roi des Lombards, marcha sur les traces du pieux Carloman, et se retira comme lui dans les saintes solitudes du mont Cassin : autant en advint de trois rois de l'heptarchie saxonne , qui , eux aussi , dépo- ' sèrent le sceptre et se réfugièrent dans un doitre. Depuis bientôt six ans, Gfiffbn, troisième (ils de Charles Martel, languissait dans la prison où ses deux frères victorieux l'avaient confiné. Pépin crut pouvoir lui rendre la liberté, l'appeler près de lui , et le mettre en possession d'un modeste apanage composé de plu« sieurs comtés et de quelques terres fiscales. Tout porte h croire que Griffon n'obtint cette faveur qu'après l'avoir longtemps sollicitée; et cependant, dès qu'il futlibre, il se forma un parti, et troubla la portion du royaume d'Austrasie que traversait la Roer : hors d'état dé se maintenir dans cette contrée en face de son frère, il se réfugia de l'autre côté du Rhin, sur le territoire des Saxons, et fit entrer ces peuples dans sa querelle (748). Pépin, véritable chef de Tempire des Francs , appela à son aide les nations germaniques tributaires de TAustrasie, et la Saxe fut envahie à la fois par les Frisons et ies Slaves- Wendes. A l'arrivée de ces redoutables ennemis, les Saxons du
riMWI «KIFfON. — WAlm. 111
nord sesoumirent^ etoonsentireDt à payer aux Francs
le tribut annuel de cinq cents vaches que leur avait imposé Dagobert V% et dont ils s'étaient si souvent affiranchis par la révolte. Pépin voulut que le châtiment imprimât aux Saxons une terreur exemplaire : étant entré dans la haute Saxe, il ravagea ce pays pendant ^quarante jours, et toutefois il ne parvint pas à se rendre maître de Topiniàtre Gritibn. C^e dernier obtint même Tappui de TassOon, fils d'Odilon , et qui avait succédé à ce chef comme duc de Bavière. Ce soulèvement détermina Pépin à envahir de nouveau la Bavière et la Souabe , et, selon qu*il en avait pris l'habitude, il écrasa ses ennemis et les lit repentir de leur agression. La même année (749) 9 îl crut amener Griffon à se soumettre, en lui cédant le duché du Mans et douze comtés en Neustrie ; mais , après avoir feint de poser les armes, l'implacable Griffon passa en Aquitaine, et demanda aide et protection au duc de ce pays, Waifer, fils d'Hunald et petit-fils d'Ëudes.
L'histoire remarquera à juste titre ce caractère indompté de Griffon , le représentant opiniâtre du droit germanique, l'homme que ne faisait point fléchir la fortune , et qui , mécontent de n'obtenir satisfaction qu'à moitié, préférait une vie de luttes, de captivité, de sacrifices, à ime existence honorée et à de tranquilles apanages dont il ne pouvait jouir qu'en renonçant, au profit de Pépin , son frère et son spoliateur, à Théritage de leiu* père commiui , Ciiaries Martel. Elle signalera dans Walfer, fils d'Ëudes, un caractère de la même trempe, uu de ces hommes que la violence et l'oppression ne pouvaient vaincre ^ et
142 OAULB FHàlfQDB. — MÉaOTINGIBNS. [T^m
qui se redressaient sans cesse dans leur droit. De pareils noms ne demeurent jamais ensevelis dms le
silence du passé.
Waïfer, à Taudace et à la vigueur d'un Franc , jui* gnait la ruse, la souplesse , et legënie adroit des gens d'Aquitaine. Tandis qu'il épiait les moyens de lutter avec succès contre Pépin, il guerroyait en Septimanie,^ et travaillait à arracher cette contrée aux Arabes : c'était le moment où les successeurs de Pelage ralliaient à eux , dans les Asturies , les chrétiens épars et fugitifs, et continuaient à leur téte l'œuvre si lente et si glorieuse de Taffrancbissement de FEspagne et delà destruction des Maures. Waïfer pilla INarbonne et dévasta le territoire de cette ville , alors au pouvoir des musulmans : ce fut ainsi qu'il révéla son existence à ses ennemis des deux races, les Arabes et les Francs, et qu'il fit entrevoir à Pépin les dangers et les difficultés que l'Aquitaine réservait à ses conquérants et à ses maîtres (749-750).
C'était l'époque où les Francs de Neustrieet ci'Austrasie^ sous le gouvernement de leurs ducs carloçin^ giens (carolings, fils de Charles ), et sous Pépin, le plus ' redoutable d'entre eux, constituaient une société forte, vigoureuse, compacte, qui marchait à la téte de la civilisation chrétienne. Protecteurs naturels de la papauté et de l'Église , les chefs de la nation franque remplissaient en outre la glorieuse mission de- contenir sans cesse les barbares, et de les refouler au delà* des frontières de la chrétienté. Charles Martel n'avait pas accepté dans toute son étendue cet insigne rôle, mais son fils Pépin se montrait plus que lui digne de
7S|.7ja} ▲VÉSUBMENT DE PIPIN. 113
garantir par la puissance du glaive 1 iudépendance de l'iiiglise et rinviolabilité des Francs.
Mais ranibition du maire du palais iiY'tait pas satisfaite par une si longue suite de succès ; il avait pour lui la gloire , la puissance et la force royale; tout cela ue lui semblait que peu de chose, tant qu'un autre porterait le titre de roi. Pépin crut, et il ne se trompa point , que le moment favorable était venu oii Ton pouvait sans crainte remplacer le fantôme par la réalité , et faire descendre du trône cette race dégé* uërée, à laquelle depuis un siècle on avait enlevé pièce à pièce riionneur, la souveraineté et le respect, il ne restait plus à déchirer qu'un lambeau du manteau de Clovis; la main de Pépin était assez forte pour accomplir cette œuvre 9 celle du malheureux Ghildéric assez impuissante pour souffrir cette humiliation.
Pépin gagna donc adroitement les grands , et détermina la plupart d'entre eux à lui offrir la couronne ; un scrupule religieux les retenait encore , et ils hésitaient à dépouiller le jeune roi Ghildéric de sou vain titre. I^our en finir avec cette terreur qui gênait ses prétentions f Pépin consulta le pape Zacharie, et lui fit demander, par ses ambassadeurs, « le- « quel était le plus digne du trône , ou celui qui « exerçait les fonctions de la royauté sans en avoir le « titre, ou celui qui, possédant le titre, était inca- « pable d*en remplir les fonctions? » Le pape répondit «t qu'il valait mieux que celui-là fût roi , qui exerçait la • puissance royale. » — « Etalors, » dit Je chroniqueur qui écrivait sous les successeurs de Pépin , « du conseil
et avec le consentement de tous les l'rancs, et avec T. ui. s
HA GAULE FBANQUE. MÉROVINGIENS. |jnN*m
rautorisation du siège apostolique, l'illustre Pépin, par l'élection de toute la France , la consécration des évéquea et la floumission des princes , fiit élevé au royaume avec la reine Berthrade, selon les anciennes coutumes. » Pépin fut proclamé comme Qovia, et ^ promené sur un bouclier au milieu des Francs , réunis dans l'assemblée nationale du champ de mars. Pour le malheureux Childéric III, on lui laissa la vie ; mais il se vit relégué dans le couvent de Sithieu, nommé depuis Saint-Bertin , à Saint-Omer; il ne survécut (jue de trois ou quatre années à sa déposition (y^iy. U avait un iils qui mourut ignoré, et avec lui s'éteignit la grande famille des rois chevelus, après avoir régné en deçà du Rliiii trois cent vingt-quatre ans depuis Tavénement de Chlodion , et deux cent soixante-six ans seulement , si Ton compte depuis la bataille de Soissons , qui soumit à Govis la Gaule romaine.