CARLOVINGIBMS. PEPIN LE BREF
plaisent à Dieu, de prendre en pitié cette Rome que Dieu nous a confiée... Défendez-la , et délivrez-la en • grande hâte des mains des Lombards, ses persécuteurs , de peur que ces coupables ne profanent mon corps qui a été immolé dans les supplices pour Jésus- Christ , et ne souillent la basilique où il repose par la permission de Dieu... H&tez-vous de secourir mon peuple romain avec l'aide du Seigneur, afin que moi, Pierre, appelé de Dieu à l'apostolat, je yous protège à mon tour au jour du jugement, afui ({ue je vous prépare dans le ciel des tabernacles lumineux et splendides. . . Ne permettez pas que ma ville de Rome . et mon peuple soient plus longtemps déchirés par les Lombards... Accourez, accourez, venez à notre secours , je vous en prie, je vous en adjure par le Dieu vivant... Venez, puisqu'il est notoire (declaratum) qu'entre toutes les nations qui sont sous le ciel, c'est ia vôtre , peuple des Francs , qui est la plus dévouée à Kerre, ap6trede Dieu... » Cette épttre, où la prière empruntait une l'orme à la fois si hardie et si touchante, se terminait par le salut amical : Bene valete, encore en usage chez les Romains.
il n'en fallait pas tant pour déterminer Pépin à venir en aide à l'I^lise et au vicaire de Jésus-Christ : en ces temps de foi ardente et de courage aveugle, il suffisait de montrer aux [>euples la religion opprimée et ses ministres livrés aux outrages , pour déterminer les rois et les armées à tons les sacrifices. Pépin , qui , Tannée précédente , avait fait sentir au roi des Lombards la puissance de son épée et l'avait contraint de respecter les droits du pape, jugea que l'honneur <le
m PRBMIBR CHAMP DE MAI. 193
la nation des Francs était intéressé à déiéndre jusqu'au bout cette juste cause. Il fit publier le ban de la guerre et convoqua son armée. On approchait de 1 époque où les Francs avaient coutume de tenir leur assemblée générale du champ de mars , avant d'entrer en campagne. Cette réunion eut lieu, et on y vit paraître, dans la foule des seigneurs tributaires de Pépin y le jeune Tassillon, duc des Bavarois et fils d'Hitrulde, sœur du roi des Francs. Cette même année, l'assemblée prit une résolution importante : elle décida qu'à l'avenir la convocation générale des Francs serait retardée de deux mois. Dès ce moment , à la dénomination de cbamp de mars, aussi ancienne que ta royauté franque , on substitua le nom de champ de mai; « ce qui fut réglé par Pépin , dit le continuateurdeFrédégaire, pour l'utilité publique des Francs. » En effet 9 les limites de notre patrie avaient été si fort reculées, qu'il était devenu presque impossible aux gouverneurs et aux leudes des provinces lointaines de se trouver présents à l'assemblée générale de la nation au temps fixé; souvent aussi les rigueurs de la saison empêchaient les contingents de troupes de se mettre en marcbe, et les différents corps de l'armée perdaient beaucoup de temps à se compléter et à s'attendre réciproquement. Force fut donc de substituer un règlement approprié aux nécessités d'un grand peuple, à des usages qui ne pouvaient convenir qu'à des tribus. Quoi qu'il en soit , les répugnances des grands et les incertitudes des leudes cédèrent devant Tenthousiasme du roi et les exhortations du chef de l'Église. On décida que la guerre serait immédiatement enlre-
T. ui. 13
Oigitized
194 GARL0V1M6ISM8. FfiPili LE BREF. (7»
prise contre les Lombards , et les troupes s'acheminèrent vers les frontières du royaume de Bourgogne et de l'Italie. En apprenant qu'elles allaient enfin apparaître sur les Alpes , le roi des Lombards se hâta de lever le siège de Rome et de se porter à la rencontre des Francs. De son côté, Pépin suivit la route de Chàlon et de Genève, et se porta vers les défilés de Saint-Jean de Maurienne.
Gomme il approchait des frontières de la haute Italie, on vit arriver de Constantinople à Rome deux personnages que l'empereur d'Orient avait chargés d'une mission directe auprès de Pépin : c'étaient George, prosecrétaire, et le silentiaire Jean. Ils ne venaient pas demander au roi des Francs d'épargner les Lombards; mais ils revendiquaient, pour leiu: maitre Constantin Copronyme, la restitution de l'exarchat et des autres terres italiques dont Astolphe s'était rendu maitre par la iorce , et que les monarques de rOrient n'avaient point osé défendre, abdiquant ainsi leurs droits périmés ou contestables. Le pape fit
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mis en marche pour punir Tinjustice des Lombards. Jean et George se hâtèrent de s'embarquer pour Marseille ; mais à peine mirent-ils le pied dans cette ville, qu'ils y apprirent que Pépin venait de franchir les Alpes. L'un d'eux, le prosecrétaire George, se dirigea sans retard vers les provinces cisalpines ; mais lorsqu'il réussit à joindre le roi des Francs non loin de i^avie, il était trop tard pour faire prévaloir les singulières prétentions de l'empereur d'Orient : déjà, en effet, Pépin avait refoulé devant lui les débris des ar*
m niTwvwHow m pbfim. 195
mées lombardes vaincues au pied du moot Cenift, et venait de contraindre Astolphe à chercher un refuge dans sa capitale , menacée d'uu siège. Vainement donc renvoyé de Constantin Gopronyme invoqua-t«il les droits caducs des monarques byzantins , vainement offrit-il au nom de son maître de rembourser les frais de la guerre ; Pépin n'avait pas envahi l'Italie septentrionale au profit des Grecs , mais pour la liberté et la gloire de l'Église. Il fit connaître à George que, n'ayant pris les armes (|ue pour aiVrauchir Home et le pays , aucun intérêt humain ne pourrait le détacher de cette cause, ni le déterminer à man(|uer aux promesses qu'il avait laites à Tapôtre Pierre* Le proaecrétaire se retira consterné de ce refus ; et, peu de jours aprèsy Pépin campa sous les murs de Pavie, et livra au fer et aux flammes les domaines des Lombards.
En cette extrémité , Astolphe implora un pardon dont il était si peu digne f et que le roi des Francs daigna lui octroyer , à la prière des leudes. Les conditions du traité lurent d'ailleurs assez dures pour Astolphe : ce roi se soumit à être le protégé et le tributaire du royaume des Francs ; il prit l'engagement formel de céder au vainqueur les villes de Texarchat, de la Pentapole , de TÉmilie et du duché de Romt?; et Pépin, libre de disposer de sa conquête , en fit donation solennelle à l'Eglise catholique et aux papes, héritiers et légitimes successeurs de saint Pierre. Ce grand événement fut comme le point de départ de la puissance temporelle des papes : uue ère nouvelle
ouvrait pour l'Église.
Quelques écrivains , aveuglés par l'esprit de parti ,
196 CARL0VIN61BNS. PBPIN LB BREF. (75S
ont blâmé la politique qui avait conseillé à Pépin d elever l'humble héritier de saint Pierre au rang des souverains indépendants ; niais , en appréciant aussi étroitement ce grand fait historique , ils ont été bien mal servis par leur passion. Pépin , en constituant la puissance temporelle des papes , retranchait Rome et la prépondérance catholique de l'empire d'Orieiil, alors en proie aux ténèbres de Thérésie ; il relevait de ses ruines la puissance de l'Occident; il enlevait Rome de la balance où elle faisait trop fortement pencher le bassin en faveur de la puissance séculière qui la possédait. Ce fut donc un acte de prévision que d'affaiblir d'un même coup la domination des empereui\s de Gonstantinople et celle des Lombards , en rattachant l'élise à la nation des Francs par des liens tout particuliers de reconnaissance et de maternité politique. £t en cela l'ambition de Pépin servit d'instrument aux desseins de Dieu. Dans la situation où se trouvait alors le monde, Rome était sans relâche me- , nacée par les barbares campés en Italie : trop éloignée de l'empire d'Orient pour être suffisamment protégée y elle était moralement détachée de cet empire par les persécutions des iconoclastes , et en même temps inquiète pour la foi. 11 entrait dans les vues de la Providence que cet état de choses , si dangereux pour l'unité catholique, eût promptement un terme; et rétablissement du pouvoir temporel de Rome fut à la fois pour les Francs un agrandissement ou un gage de puissance, et pour la religion chrétienne une nouvelle source de conquêtes (i).
(i) Ajoutons que le» difBcultés qui existaient , sous ce rapport, au
m RÉSISTANGB8 DE l'aQUITAUIB. 197
De retour dans les Gaules, victorieux et fils ainé de
Rome, Pépin ny rencontra désormais ni résistances systématiques des grands, ui refus de concours de la part des peuples de Neustrie et de Bourgogne ; toutes les provinces delà monarchie franque lui obéissaient, plus encore peut-être par respect et par devoir que par le sentiment de la crainte. La Petite- Bretagne n'osait renouveler les défis; à l'exception de JNarbonne, encore au pouvoir des Arabes, et que les lieutenants de Pépin assiégeaient depuis trois ans , la province (|ui reçut plus tard le nom de Languedoc, et qu'alors on appelait la Septimanie, ne voulait plus reconnaître d'autre roi que les fils de Charles Martel ; la dominalion des musulmans était presque entièrement rejetée au delà des Pyrénées; et déjà même, sur le territoire espagnol, Alphonse-le-Gatholique relevait le sceptre des Goths, et rendait à la civilisation chrétienne Astorga, Léon et la Galice. L'Aquitaine seule, sous le gouvernement du farouche Waïl'er , conservait sa nationalité indépendante et sa haine pour le joug des Francs : peuplée de races éternellement opposées à la conquête germanique, elle avait subi , depuis deux ou trois siècles , des invasions, des dévastations, des pillages; elle ne connaissait les Francs que par le meurtre
bnitieDe siècle» devaient se reprodatre à toutes les époques de Phistoiie de PÉglise catbotique. La souveraineté temporette des papes n'ajoute rien aux droits et à la sainteté de l^Église, mais die est une condition utile à
sa dignité et à son indépendance. Grâro à ro fait d'une haute importance, le pape est, en toute liberté, le pore (•(•miiuin (1rs fulMes de tous •es pays. Une situation contraire, en .siKiinettanl le < liel <le PEf^lise, en tant qu'homme, à une puissance séculière, gèncgait Taction indépendante du pontife sucœsssenr de Pierre*
198 GARLOYINGIINS. — PBPIN LE BRBF. PSB
et rincendie; et quand, vaincue et désolée, elle s'était
vue contrainte de fléchir sous la force, sa soiimission n'avait duré qu'aussi longtemps que le pied du maître s'était posé sur son territoire : chaque fois qu'eUt avait pu respirer de nouveau, elle avait recommencé d'être libre. Aussi, nonobstant les triomphes de Pépin par delà le Wéser et les Alpes, avait-elle médité les moyens de s'affranchir. L'avénement d'une nouvelle dynastie au gouvernement des Francs lui avait fourni un prétexte de révolte ; plus tard, les progès de la puissance de Pépin en Septimanie lui firent comprendre qu'à tout prix il fallait combattre, si elle voulait conserver un débris de liberté; et Waifer, son chef énergique et persévérant, Waïfer, le représentant de sa nationalité menacée, l'appelait de nouveau dans la voie des sacrifices de la guerre.
Le peuple d'Aquitaine, et le duc Waïfer placé à sa téte, étaient donc pour le roi des Francs des ennemis opiniâtres et redoutables , nonobstant la disproportion numérique des peuples et des armées. L'Aquitaine, en y comprenant la Wasconie, égalait à peine la sixième partie de la monarchie iranque ; mais son Cl anisation militaire, ses ressources, sa richesse, sa fécondité en bonunes et en moissons, entraient enligne décompte, et lui permettaient de balancer parfois avec honneur la puissance des races du Nord. Les ducs d'Aquitaine avaient d'ailleurs à leur solde des milices et des aventuriers de tout pays, qui ne formaient pas la moins importante partie de leurs armées; tantôt c'étaient des 6oth| refoulés d'Espagne par les Maures, tantôt des leudes ueustriens et bourguignons qui se
mm Mm m itahboiiiib. 199
mettaient au service du plus oflrant : le plus grand nombre de ces hordes vaillantes et peu scrupuleuses
se composait de guerriers wascons , toujours avides de butin et de renommée. Les frontières d'Aquitaine étaient protégées, vers la Loire et vers TAllier, par des forteresses bien pourvues de garnisons et de vivres ; les villes de l'intérieur, quoique moins bien gardées , étaient cependant ceintes de murailles et occupées par des détachements militaires : les châteaux de Bourbon, de Thoars, de Kantiie , les cités de Germont et de Bourges, étaient particulièrement en état d'arrêter les invasions de l'ennemi et de protéger les Élats de Waifer. Là, on avait conservé la langue romaine et les traditions de la politesse italique; et, en résistant aux héritiers deClovis et de Charles Martel, on croyait encore accomplir le devoir de défendre la civilisation contre les barbares (756).
Or, la ville de Narbonne, assiégée depuis plus de six ans par les lieutenants de Pépin, tomba enfin au pouvoir de ce roi. Vainement Soliman Ben«Chebab , l'un des officiers qui commandaient les armées du xaliie de Cordoue , avait-il essayé de la secourir avec un renfort de troupes mahométanes : ces Arabes furent exterminés par les Francs dans les défilés des Pyrénées, et Soliman périt en combattant à leur téte. Quand la nouvelle de ce désastre parvint à Narbonne , les chrétiens de cette ville » et particulièrement les Goths, que fatiguait la longueur du siège, se déterminèrent à entrer en intelligence avec les Francs et capitulèrent f bravant les menaces ou le désespoir de la garnison arabe , désormais hors d'état de résister.
âOO GARL0V1N61ENS. — PBPiN LE BRSF. (7aM«
Un grand nombre d'historiens assignent à cet événement la date de 769, Tan 14^ de Thégire : la domina* tion des Arabes à Narbonne s'était donc maintenue plus de quarante ans. Vers le même temps, selon les chroniques , Soliman , émir des Sarrasins de Gironne et de Barcelone, se soumit à la domination de Pépin, lui et tout le territoire confié à son commandement. * Tout indique, malgré l'absence de détails historiques, que cet événement fut la conséquence de la reddition de Narbonne ; ce fut donc vers l'an 760 que les frontières de la monarchie franque reculèrent , pour la première fois , au delà des Pyrénées et jusqu'à l'Ebre.
Les Francs mirent une garnison chrétienne dans Narbonne, et travaillèrent à rejeter loin delà Septimanie tout ce qui pouvait rester de la domination des Maures. On ne changea rien de plus à l'administra- • tion de cette province , ainsi rattachée au sceptre carlovingien , et l'on maintint les Goths ou les Gallo- Gotbs , anciens habitants de la contrée , en possession des comtés et de leurs vicariats : ce ne fut que par exception, et peut-être en cas de félonie à punir, que. certains Gbths furent remplacés dans la jouissance de leurs bénéfices par des leudes francs, hommes de Pépin. La conquête de la Septimanie éveilla naturellement les inquiétudes de Waîfer, duc d'Aquitaine, et cet intrépide chef avisa aux moyens de faire face aux dangers dont le menaçait la fortune de Pépin. Or, le roi des Francs ne lui laissa guère le temps de se préparer à la guerre; et, peu de temps après c|u'}l eut affermi son autorilc à Narbonne, il tourna
ses armes contre les Aquitains et les Wascons (760). Avant de commencer les hostilité, Pépin adressa
à Waïfer diOérentes sommations énuméraut ses grieis contre le duc d'Aquitaine , et réclamant : i* une compensation convenable pour le meurtre de plusieurs Goths'qui avaient péri par ordre de Waïfer ; a*" l'extra- . dition des leudes et antrutions de Pépin, qui, abandonnant la cause de ce roi, s'étaient réfugiés eu Aquitaine; 3* la restitution des privilèges et des immunités des biensque les églises de la Gaule neustrienne et austrasienne possédaient au sud de la Loire, et que Waïfer n'ftvaitpas craint de méconnaître ou d'abolir. Leduc d'\quitaine opposa à ces diverses réclamations un refus formel et énergique. Irrité de sa résistance , Pépin , à la téte de ses armées , passa la Loire à Mesva y audessous de Nevers , et s^engagea dans le pays des Ar* vernes, promenant partout la dévastation et Tincen* die. Tandis qu'il exerçait ces ravages dans cette contrée, Waïfer eut recours à la dissimulation, et, alin de gagner du temps , envoya au roi des Francs des députés et des otages , avec promesse de faire droit aux exigences de Pépin. Cette ruse réussit; Pépin se replia sur la rive droite de la Loire , emmenant avec lui les otages de Waïfer^ et attendant reflet des engagements solennels de ce duc (i).
(i) On Ut dans Éginhard : • Waïfer, duc d'Aqnitaiiie, ayant rtfosé de rendre aux Mquas des égliies placées août la domination du roi Pépin «t les biens qu'elles possédaient dam ses États, en repoussant avec mé*
pris les remontrances que le roi lui lit faire; à ce sujet par des envoyés, sa rébellion força Pépin îi lui déclarer la guerre. Ayant donc rassrnihl*» loutps srs tmu|K's, le roi entra en Af|uitiaitic, décidé à faire ivstitun , les arme» à la main» tout ce qui appartenait aux église». Arrivé à un lieu '
SOS cARLoviiioims. — PÉPin lb vrbf. ftmm
L'année suivante (761), Pépin tint le champ de mai
à Dueren, sur la Roér, et congédia ses leudes. C'était là que Waifer avait voulu le conduire. Ce prince eut à peine été informé du licenciement des amiées franques, qull appela à lui des bordes wascones (i), et fit invasion , Tépée à la main , dans les provinces du royaume de Bourgogne , portant le fer et le feu à Cbâlon- sur -Saône, dans le pays d'Autun, et dans les cantons situés au delà de l'Allier et de la Loire.
dit Dooé, il y dreua soo camp; et Wan«r, n'otant entasDar la guerre, envoya une ambassade au roi, par laquelle il promit de fiûre tout ce qui
lui serait prescrit, de rendre aux églises tous leurs droits, et de livrer les otages qui lui seraient demandés ; il donna à ce titre deux des pre- . miers de la uation, Adalgaire et Ither. Par là il apaisa si bien Pesprit ir* rité du roi, que Pépin consentit à ne point iaire la guerre. Ayant reçu les otages en foi de PaocompUssement des traités^ il s'abstint de livrer bataille, revint chea lui, renvoya son année, et passa l'hiver à Quiersy» ou il oélébrala lêtede Noël et celle dePiqnea. »
(i) Void encore le rédt d'Ésinhard : « Le duc Waifiur, quoiqu'A donné des olages et juré la paix, décidé à Urer vengeance de la guerra qu'on lui avait faite Tannée précédente , fit avancer son armée jusqu'à la vîHc de Châlon, et ravagea les possessions des Francs. Lorsque cette nouvelle fut portée au roi Pepiii, qui tenait alors l'assemblée générale dans la ville de Dureu, il appela tous ses alliés, entra avec uii appareil belliqueux dans l'Aquitaine et y prit plusieurs forts et châteaux, entre antres Bourbon, GhanteUe-le-Ghàtean et Clermont; quelqoea autrtt forts, notamment en Anver|pe, se rendirent volontairaiiieiit aa ndnquenr» Cependant fe roi dévasta par le fer et le feu tout le pht paya jusqu'à b ville de Limoges, et retourna à Quiersy, où 11 passa lliÂver et célébra la Nativité du Sauveur et lafiMedePAques. Le roi lut accompagné dans cette expédition par Charles, Painé de ses fils, celui qui, après la mort de son père, fut maître de tout l'empire. »
On voit que la brièveté des chroniques ne permet guère à l'historien d 'entrer dans de longs détaib, et que notre tâcha se borne ici à transcrire Éginbard.
m-im PRISE DE CLERMONT. 208
La saison n'^it point enoore avancée^ et Pépin n'a<*
vait pas quitté Dueren. A la nouvelle de l'attaque imprévue de Waïfer, il rappela en toute bAte les contingents militaires qui se trouvaient à sa portée, et se dirigea à marches forcées sur le Berry et le pays des Arvemes. Cette fois il ne se borna point à exercer des ravages dans les campagnes et à incendier des récoltes; il assiégea les places fortifiées, et se rendit maître, en premier lieu, de Bourbon (i), que défendait une garnison wascone. Cette ville ayant été livrée aux flammes, Pépin se porta sur Kantile (Chantelie), forteresse des Ârvernes, et ne tarda pas à s'en emparer. Peu de jours après il mit le siège devant Clermont, citadelle qui dominait Âugustonemetum, alors capitale des Ar* vemes. Cette position était occupée par des auxiliaires wascons, aux ordres du comte Blandinus , Aquitain renommé par ses talents et son courage , et qui s'était dévoué à la cause de Waïfer : leur résistance fut longue et opiniâtre ; à la lin, ils durent céder au nombre, et périrent presque tous, égorgés par les Francs. On épargna Blandinus, qui fut emmené captif en Neustrie. Maîtres de Clermont, les Francs y mirent le feu , et toute la population, hommes, femmes, enfants, vieillards, fut victime de l'incendie (a). Les vainqueurs se montrèrent moins rigoureux envers la ville basse, et se contentèrent de la livrer au pillage. Peu de jours après, ik dévastèrent les campagnes voisines, et se re*
(1) Aujourd'hui Rourbon-rArchaml)aut. C'est la première fois que ce nom de Bourbon apparaît dans notre histoire.
(2) Muititudinem kominam , tam vinnm qmM feminarum , vfl in» fuuuhnimp piurimot m ifuo incêmUo eremavenuu, Freds., Goot. IV«
304 CÂHLOvuioisifS. — PBPm lb brbf. [xaaw
plièrent au nord de la Loire ^ pour y prendre leurs quartiers dliiver ( 761 ). La chronique carlovingienne, «
qui rend compte du désastre de Clermont, dit que Textermination de sa population infortunée eut lieu malgré Pépin : cet acte de barbarie ne saurait donc être imputé à ce roi, mais à la fureur du soldat, irrité par les souffrances de la guerre (i).
Pépin passa la mauvaise saison à Quercy-sur-Oise. Au printemps de l'année suivante (762), il reparut dans l'Aquitaine avec ses troupes, et suivi de ses deux, fils Cari et Carloman. La campagne s'ouvrit par le siège de Bourges. Pépin investit étroitement la place , éleva autour d'elle des machines de guerre destinées à battre les murs ; puis, après plusieurs assauts meurtriers, il emporta la ville de vive force. La garnison de Bourges mit bas les armes , ainsi que son chef, le comte Uunibert, qui commandait le Berry. Pépin renvoya les soldats dans leurs foyers, et retint prisonnier le comte Hunibert et les principaux seigneurs aquitains placés sous ses ordres; en même temps il prit possession de Bourges comme roi, et confia à Tun de ses leudes la garde de cette ville : en agissant ainsi , il témoigna assez de son dessein de réunir toutes les provinces d'Aquitaine à la monarchie franque, et de déposséder la raced'Ëudes de la souveraineté dece pays. Depuis plus d'un siècle, les maires du palais et la famille d'Héristall poursuivaient ce but; et il est évident qu'ils Fauraient atteint plus promptement, si les
(1) Tîsqite nd Clarnm inontcm ca.Ktntm prn rnit , quwl non sua volunate, sed heUatorum vi injecto , concrematum est igne. Annal. Metens., ad fin. 761.