‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 15 sur 32 · iSJ SUITB DE LA 61»1UUL S · texte numérisé non relu

iSJ SUITB DE LA 61»1UUL S

peuples d'Aquitaine , épris de leur indépendance et ennemis opiniâtres des conquérants de sang germauique, n'avaient lutté contre les Mérovingiens et au prix de mille sacrifices.

La prise de Bourges coûta beaucoup à l'arloée de Pépin; de part et d'autre on perdit du temps et des hommes, et le roi des Francs put voir à quel prix il lui faudrait payer TAquitaine. Les chroniques disent, d'une façon assez obscure, que le duc Waïfer avait essayé de secourir cette ville, mais que le corps d*amiëe envoyé à sa défense avait été dispersé et vaincu par Pépin. Celui-ci exigea du comte Uunibert, des prisonniers et des habitants euxmêmes, un serment de fidélité et de soumission ; puis il se porta avec son armée sur le château de Thoars, dont il' s'empara et qu'il livra aux flammes. Cette opération termina la campagne, et les Francs repassèrent la Loire pour reprendre leurs quartiers, emmenant d'ailleurs avec eux leurs prisonniers et les riches dépouilles tombées en leur pouvoir. Avant de hceucier son armée, Pépin lui assigna pour rendez-vous et pour champ de mai , au printemps de l'année suivante ( 763 ), les bords de la Loire et la ville de Nevers, r^s contingents et les tributaires de Pépin se montrèrent dociles à cette convocation ; et lorsque, l'année suivante, s'ouvrit la quatrième campagne de Pépin contre l'Aquitaine^ on vit figurer^ sous les ordres de ce roi , les leudes d outre-Rhin et les soldats de liavière commandés par le jeune Tassillon , leur duc, fils d'Odilon, et , neveu de Pépin par iiiltrude, sa ttere.

206 CARLOVlNGiPiS. PSPlli LIS BREF. - (76S.765

La campa^e de 763 fut signalée , à son début, par les afTreux ravages qu'exercèrent les Francs en Aquitaine. Us s'engagèrent dans les vaUëes montagneuses où la Greuse et la Vienne prennent leurs sources ; puis , s'étant dirigés sur Limoges , ils dévastèrent sans pitié les fermes , les maisons, les cloîtres, tout ce qui pouvait leur offrir une occasion de pillage. Poursuivant ensuite leur route vers le midi , ils se portèrent sur la rive droite de la Vézère, vers la ville d'Isandon 9 qui de nos jours forme à peine un petit village. Cétait alors une cité riche , entourée de vignobles, et qui commandait à une région des plus fertiles (i). Pépin s'empara de cette place, la livra aux flammes , et ravagea inhumainement tout le pays. Après cette expédition , il continua sa marche vers la Dordogne, et ce fut vers le même temps que son neveu Tassillon , duc de Bavière , se détacha de sa cause, et quitta l'armée avec ses leudes germaniques. On pense que les intrigues habiles de Waifer ne furent point étrangères à cette désertion. Quoi qu'il en soit , Pépin franchit la Dordogne et se porta sur Cahors (a).

En apprenant la retraite du duc de Bavière, Waifer jugea que le moment opportun était venu d'attaquer le roi des Francs et de risquer une bataille décisive. Après avoir rassemblé, dans les vallées de la basse Garonne , une armée d'Aquitains et de Wascons , il se mit en mouvement dans la direction du nord et vers

(i) Misandonem,,,» unde pou omnis Jquitama, iam eeeUiiœ fuam monastefia, divites et paupens, vina haben eonsuevenmt, vastavU et eepii. FrtAeg. Ctmt. Cknmie, TV, m.) 763*

(a) Jmtal^ Tilmmf «n. 766*

la-mi ATTITUDS DOUTSUSB DBS BÂVARO». 207

les cantons que traverse la Dordo^^e : mais le sort des armes lui fut contraire ; les Wascous , aux ordres de Blandinus , cet ancien comte des Anrernes dont nous avons déjà prononcé le nom, ne purent soutenir reflbrt vigoureux des Francs , et prirent la (uite après uu combat de courte durée. Ou les poursuivit tant que diurale jour, et on en fit un grand carnage : telle est du moins la version des chroniques carlovingiennes y qu il ne faut accepter qu'avec réserve et défiance (i).

Waïfer, vaincu et fugitif, eut de nouveau recours à la ruse , et chercha , par une feinte soumission , à tlésarnier la colère de Pépin : ses offres furent rconduites et rejetées , mais le roi des Francs ne put néanmoins poursuivre le cours de ses dévastations en Aquitaine. D'un côté, le duc Waïfer, voyant qu'il s'agissait d'une lutte d'extermination et non d'une guerre régulière , se mit à démanteler, à détruire ses propres villes , et à cantonner ses troupes dans d'inaccessibles forteresses, d'où elles pouvaient sans cesse menacer la campagne et enlever à Pépin ses conquêtes, du jour où les Francs victorieux commenceraient à se replier; d'un autre côté, Tassillon, duc de Bavière, après avoir fait défection sous 'prétexte de maladie , avait épousé Luitberge, fille du roi des Lombards; et tout révélait à Pépin que son neveu , non content de lui refuser concours et hommage , entrait désormais dans uœ ligue secrète avec les Lombards et les Aquitains , et se disposait à tenter une diversion sérieuse au delà

' (t) Fndeg, Onmk. Ont. iF.

208 CiUlLOVlNGlENS. PEPIN LE BREF.

des Alpes. Cette silualiou présentait des difficultés sérieuses dont il fallait tenir compte , et Pépin ne poursuivit pas plus loin ses opérations en Aquitaine. Le champ de mai de 764 fut convoqué à Worms (i), sur la frontière orientale de TAustrasie; et le choix de cette ville indique assez que les préoccupations du roi des Francs se reportaient presque tout entières vers la Germanie. Sur ces entrefaites , ïassillon , soit quMl fut de bonne foi, soit qu'il ne songeât qu'à gagner du temps, faisait appel à la clémence de Pépin par l'entremise du pape Paul, successeur d'Étienue (a). Or, tandis que le roi des Francs hésitait à pardonner, une agitation se manifesta parmi les Saxons, et ce nouveau symptôme de guerre ne permit pas à Pépin d'entreprendre immédiatement une campagne décisive en Aquitaine.

L'indomptable Waifer respirait : non moins habile politique qu'opiniâtre ennemi , ii]rallia à lui quelques puissants seigneurs de la Gaule méridionale, et dirigea de nouvelles attaques contre les garnisons franques auxquelles Pépin avait confié la garde de plusieurs cités importantes, telles que Tours, Lyon , Narbonne. Ces expéditions ne furent pas suivies de succès, mais elles inquiétèrent sérieusement la domination des Francs au delà de la Loire (3). Les chefs aquitains ou wascons qui les dirigeaient portent dans les chroni<

(i) Jmai, Prancor, Pleb,^ an, 764. — Egmhardi AmuU, ^

(a) Pmli pap^ Epist. Int., Seripior, ter, Fnuicor,^ tom. IV.

(3) Voir pour ces expéditions, que les duroDiqueB cariovingiennes nien*

tionnent très-brièvemeot, le contioiuitettr de Frédégaire et la vie de

MÎnt Benoit d'Aniane» 5rrt/>/. rer, Francor., tom. IH.

Ms-wj KPiN l'aquivaimb. 309

ques les noms de MansioD ^ parent de Waïfer , de Cbilping, comte des Arvernefty et d'Âmanugues, comte de Poitiers : tous trois furent tués de la main des Francs. Cependant Rémistan y oncle de Waïfer , qui occupait une haute fonction dans le gouvernement d'Aquitaine, se détacha ( ou ignore pour quelle cause ) du parti de son neveu , et se rendit en Austrasie auprès de Pépin , pour lui offrir ses services. Pépin les accepta avec une joie empressée, et récompensa par (le magnifiques présents la défection de Rémistan. ^ Cette même année, la guerre continua entre les Aquitains et les Francs , en l'absence de Pépin qui, retenu dans le Nord par des préoccupations non moins graves, confia à ses lieutenants le soin de venir à bout de la résistance de Waïfer. Cette campagne fut peu décisive (765). Le champ de mai avait été tenu à Attignysur-Aisne. Quand l'hiver fut venu, Pépin alla prendre ses quartiers à Aix-la-Chapelle, et se disposa pour la . campagne qui allait s^ouvrir. Sur ces entrefaites le duc Waïfer démantela et rasa Poitiers, Limoges, Saintes, Périgueux et Angouléme , désespérant de les défimdre contre les attaques des Francs, et ne voulant pas éparpiller ses forces.

Au retour du printemps ( 766), Pépin se rendit à Orléans, où il convoqua le champ de mai ; ensuite il franchit la Loire à la tète de son armée, déterminé celle fois à agir avec la plus grande vigueur et à en iinir avec Waïfer. Il s'arrêta d'abord dans le Berry, iit rebâtir le château d'Argenton, sur le Cher, que le duc d'Aquitaine avait détruit , et y plaça une forte garnison ; d'antres corps furent chargés de garder fiour- T. m. 14

SiO CABLO^mOlBIlS. — MPIM LB BRBF. ITB-IW

ges (i) et son territoire, et tout le pays qui s'étend entre le Cher et la Loire fut confié à la fidélité récente de Rémistau (2). Continuant ensuite sa marche , Pépin pénétra au cœur de l'Aquitaine ; il entra dans Je Limousin et le Quercy , et abandonna toute cette contrée à la fureur du soldat et au pillage* Ce système terrible porta ses firuits. Pépin était à peine arrivé à Agen , qu'il y reçut les soumissions des seigneurs de Wasconie et d'Aquitaine. Ces peuples, qui voyaient leur pays réduit en cendres et leur duc fugitif, n'avaient d'autre parti à prendre que d'implorer le yain* queur et de se soumettre. Satisfait de leur résignation, comptant sur leurs promesses, et convaincu que Wàïfer ne pouvait plus rien tenter de sérieux , Pépin suspendit ses ravages et consentit à rentrer dans ses États. Én revenant , il rétablit et fortifia de nouveau Périgueux, Angoidéme et Limoges, et y plaça des garnisons respectables; il agit de même à T^rd des autres places que Waïfer avait démantelées, puis il passa l'hiver en Neustrie, et célébra les fêtes .de Pâques à Gentilly , l'une des maisons royales qu'il possédait non loin de la Seine. 11 avait subjugué, dans cette campagne , la plus grande partie de l'Aquitaine ; mats le Rouergue, le Gévaudan et l'Albigeois tenaient encore pour la cause de Waifer; et ce dernier, cantonné dans des retraites inaccessibles et dans un pays de monta* gnes , ne semblait point encore disposé à fléchir. Tassillon, duc de Bavière, n'avait pas montré la même

(i) Ànnal. Franc. Pleb. -"jéimaL Tilian., 76'n. (a) Fredeg, Chron.

mm piioGBig wo cnusTUMiBiiB cm l» earba rbs. Il I

énergie : menacé par les armes de Pépin , il avait de iHKiTeau prêté serment au roi des Francs , et s'était humilié comme vassal et tributaire. Quant aux Saxons, la prompte soumission des Bavarois leur avait enlevé les espérances dont ils s'étaient un moment bercés; et s'ils épiaient toujours une occasion favorable pour se révolter, du moins, en attendant, ne fournissaieut-ils à Pépin aucun sujet de plainte grave.

Depuis plus de dix ans, saint Boniface, Tillustre apôtre de la Germanie , avait été martyrisé par les ptfens de la Frise, auxquels il était allé prêcher l'Évangile(i). Lesangqu'ilavait glorieusement répandu pour

(i) > A la fin du septième sièrlc , taudis (jue la Bavi vrvvt les contrits voisines se Ibrtifiaient dans leur foi nouvelle , les papes songèrent à détruire Tidolâtrie dans toute T Allemagne du nord. Kilîan (686) reçut la mission de convertir les Thuringieiis. liOur duo de Gozbert consentit a recevoir le baptême avec une grande partie de son peuple; mais Kilian ayant vcmlu contraindre le doc à se séparer de Gailana, la venve de son frère, cdie-ci le fit tuer avec ses onae compagnons, durant une ahaence de son époux. Cet événement arrêta les progrès du christianisme dans la Thu- Hnge.

« Le ehristianisme devait en effet trt)uver au nord heaueoii}) plus d'obstacles qu'il n'en avait rencontre ;m midi. T.es Thuringiens , les Frisons, les Saxons, étaient plus hariiares, ils rtaicnt restés plus fidèles à leurs anciennes coutumes : pi*écher parmi eux l'Évangile , ee n'était point sett> lunent leur apporter une religion nouvelle, mais vouloir changer Conte kororguiisation intérieure. D'ailleurs, les missionnaires leur étaient saspecls : n'étaient>ib pAnt en retelion constante avec ces FVancs-Auatraitens, leurs étemels ennemis? n'était-ce point de là qu'ils partaient, là qn'ilsrevenaient ? n'était-il pas même souvent arrivé qu'ils se présentaient comme les agents directs des maires du palais ? (tétait toujours après une défaite qu'ils les voyaient venir an milieu d'eux, apportant un ordre des ïois francs pour se faire respecter et écouter. Aussi , dans l'esprit de ces peuples , ridée de Findépendanoc* politique se mêlait toujours à celle de la conservation de l'ancSm culte.

SIS OAftLOVlMGlBNB. — mW hE miF. PNMW

Msus-Cbrist ne fut poiut une semence vaine , et l*œuvre de conversion commencée par ce grand

« Bout vaincre tant d'obitMles , il fiiUot de toog» eClbrU. La» mcNiies Wifarid, Wikbert, Wilibrord et ses dôme compagnons , prêcbireDt vai- . penient dans la Frise ; ceux qui se hasardèrent dans la Saxe furent encore moins henreux : ils périrent victimes de leur zèle. Cependant le })apc Sergius ayant nommé Wilibrord évdqae de Frise , Pépin loi donna pour résidence le château de Wiltabourg , où s^éleva plus tard la ville d'Utrecht f et de là il put étendre peu à peu autour de lui des prédications fructueuses .

« Cependant le temps approchait où ie christianisme allait s'implanter dans rAUemague septentrionale d'une manière .définitive. Les maires d'Austrasie comprenaient mieux chaipie jour quds avantages ils pouvaient retirer de ces missions. Ces peuplades si incommodes , le christianisme allait les fixer, leur iàire tomber les armes des mains, les oonduwe dans une voie nouvelle de paix et de civilisation ; toutes ces conquêtes de la religion seraient pour eux des victoires. Aussi y aidèrentpils de tout leur pouvoir. Charles Martel, Pépin, secondèrent puissamment les eirorts de saint Boniface , à qui était réservée la gloire de londer i'Kgiise d'Allemagne. C'était un Anglo-Saxoii , né vers ()8o à Kirton , dans le comté de Devon : il s'appelait Winfried ; pkis tard il prit le nom romain de Boniladus. Sou activité extraordinaire se proposa trois résultats principaux : continuer la conversion des païens» réformer les églises déjà fondées, fonder de nouveaux évècfaés en les soumettant immédiatement à PÉglIse de Rome.

« D'abord , pour ce qui concerne la propagation de rÉvangile , si Ton excepte les Frisons et les Saxons , chez lestjueis les missions avaient déjà commencé, tout l'ancien pays des Cattes , sur la rive droite du Rhin, était encore livré au |)aganismc. Si l'on omet aussi les tentatives infructueuses laites antérieurement par Kilian dans la Thuringe méridionale, Bonilace est le premier qui ait pénétré dans ces forêts, et c'est à lui qu'appartient le mérite d'avoir changé totalement Paspect du peuple et du pays. Dans le principe, il agit avec beaucoup de précantioiis, suivant en cela les préceptes de Grégoire4e-6rand , qui , malgré son aversion pour Vmn» cienne littérature classique , avait expressément recommandé aux mtssionntiires de ne pas détruire les temples et les bois des peuples pitreits , mais de les transformer en églises chrétiennes, et de ialre succéder aux sacrifices des i*epas joyeux et li aternels. Les premières générations, ajouta-

I»-WQ COMVUUHOMS BN GBRIUMiB. 213

homme continua après sa mort presque sans obslaciesy comme si le mertyr eût achevé dm» le del le

t-U » vandroDt d'abord peu de chose, mais les soivantm deviendront nécensaitenuBt mwlleowi. Daniel» évéqoe de Windierter, dool BonUnoe proiait surtout oonseily kû écrivit dans le même sens : Qa*il ne fallait piMexaspérer les païens, mais les gagner parla voie de la douceur; qu'il fallait leur demander souvent : • Pourquoi , si vos dieux ont créé le monde » ont-ils Ijesoin de sacrifices ? Pourquoi vos pays sont-ils couverts de frimas, tandis que ceux des chrétiens produisent le vin et l'huile? ■ Ces moyens réussirent k Boniface, et, pendant le court séjour qu'il fil pour In |iremière fois dans la Uesse (jaa), plusieurs milliers d'habitants reçu» rent le baptême.

• Mais quand il fitt de retour de Rome avecla[dignitéépisoopale et avec les instructions Immêdiales du pape, quand il put compter sur le puissant appui de Qiafles Blarlel, fl commença à agir avec plus d'énergie. Il con« vient iui*niéme que , sans les secours du pouvoir temporel , il ne serait

parvenu à son but ni auprès des païens , ni auprès des denii-clirétiens. A Gcismar, non loin de Gudcnsberg et de Fritziar, était le chêne du Tonnerre, sous lequel le peuple s'acquittait des cérémonies religieuses et recevait la justice. Quelques Uessois, convertis au christianisme , persuadèrent à Boniface que si ce chêne était renversé , avec lui tomberait la croyance aux anciennes divinités. Bonifiioe suivit le conseil , et lui-même ftappa l'arbre à coups de bâche. Les idolitres le regardaient tranquillement , convaincus que h foudre de Tlior ne pouvait manquer de frapper Paudacieux qui osait porter la main sur Farbre consacré à ce dieu. Biais quand Parbre ftit tombé comme un aibre ordinairè, tous restèrent frappé!i d'un muet étonnement; et, du bois de l'arbre du tonnerre, Boniface put construire une église chrétienne. A Amoenebourg , a Fril/lar et dans d'autres lieux, des églises, des couvents et des écoles furent également fondés.

« Bientôt de nouveaux auxiliaires de L'un et l'autre se\e lui arrivèrent de la Grande-Bretagne , et l'cenvre de la conversion des idolâtres continua sins interruption. Gqpendant on eut beaucoup de peine avant d'obtenir que le peuple changeât ses mœurs et son genre de vie; il ne pouvait se résigner aux jeûnes prescrits par PÉglise, ni se conformer à kdéfêiitiequi lai était faite de se nourrir de certains animaux déelaréH impu». Boniface se vante d''avoir converti cent mille lionnncs; niais comme on n'a rien de certain sur l'étendue du territoire qui! parcourut, on ne peut déter-

GARLOVIKGIBMS* PBPIH LE BREF. iWm

ministère que le fer des idolâtres avait suspendu en œ monde. A 1 époque ou il mourut , le roi de» Francs venait de mettre fin à la domination des mahomëtans dans le midi de la Gaule.

Cette période n'était pas stérile pour les progrès et l'airefmissement de la foi dans les États de Pépin. Si Ton n'a point perdu de vue oe que nous avons dit de rautorité accordée au clergé de la Gaule dans les af-

miner avec certitude l'importance du résultat, eu égard à la population.

« Vers le même temps, Piniiin avait loiidé des couvents chez les Aleinaiis, et nutamiuent daoâ la charmaote île de Reichnau , près de Constance (724).

« Ctiei les Frisons, an oontraire, le christianisme ne put obtenir auciui succès durable, tant queoe peuple eut à lutter contre là domination des Francs. Après la mort de Rathbod , ils se réunirent sous le duc Poppo, pour relever les auteb et la liberté de leurs anoètres. Poppo succomba, les bois sacrés furent détruits , mais les sentiments du peuple restèrent immuables.

« Il en l'ut de même clie/. les Saxons. (Charles Marte , Carloman et Pépin pénétrèreiit sou\ent chez eux a\ec leurs arnuîes , et les deux derniers pr»-tetidirent que ceux qu'ils avaient soumis consentaient iaciicment au bap* . léme; mais ik voulaient seulement parler des peuples de la Thurînge septentrionale, qui • depuis le partage de leur pays et depuis rimmigration des Souabes et des Hessois, étaient devenus tributaires : encore n*étaitH» qu'une croyance imposée, et sans consistance aucune.

« Mais la tâche des missionnaires ne se bornait pas aux efforts, souvent impuissants, qu'ils faisaient pour convertir les païens; les églises précédemment fondées en Bavière , en Alemannie , cii Thuringe , réclamaient non moins de soins cl de zèle. Chez la plus tiiaiide partie du peuple, au uoiii près, tout était resté ce qu'il était autrek>is, ou plutôt c'était un mélange singulier des anciennes cérémonies du paganisme et du culte cbrétien. fls ne pouvaient s'habituer à voir dans les bois, les fontaines et les arbres, des objets inanimés, à considérer les rochers comme des tuasses inertes. Ils continuaient de prier dans ces lieux , et, à défaut des anciennes idoles, ils y adoraient les saints du christianisme, elc, » (M. P. Lebas, membre de rinstitut. )

faires de législation civile et dans les qiiestioQs qiû touchaient aux intérêts des ëgUseSy on ne s'étonnera pas

de voir les cliamps de mai, où assistaient les évéqueSi transformés bien souvent en conciles ou en synodes religieux , et investis du droit de veiller au maintien de la discipline. Dès l'année 755 , à son retour

de presque tous les évéques de la Gaule î on y avait dressé plusieurs canons importants : les uns détermi* liaient le pouvoir dcj^i évê(|ues dans leurs diocèses, tant sur le clergé que sur les moines et les laïques f pour la correction de leurs mœurs; d'autres ordonnaient qu'à r avenir on tiendrait, dans la Gaule, deux conciles chaque année, le premier au mois de mars, « ei^ présence du roi et dans le lieu qu'il choisirait , » le second au mois d'octobre, a Soissons ou ailleurs, selon que l'auraient décidé les évéques eux-mêmes. On peut induire de cette dybsposition que sous le rapport politique, et en tant que représentants du clergé et du peuple au champ de mai annuel , les évéques se considéraient comme soumis au roi ; mais qu'ils se proclaniaienl indépendants du contrôle royal et de toute volonté séculière, lorsqu'il s agissait de conciles destinés au règlement exclusif des affaires ecclésiastiques. De nos jours, et onze siècles après la mort de Pépin, l'Église catholique n'élève pas d'autres prétentions et ne se montre point soumise a d'autres principes.

Les autres cauuus lèiuoi^iiaienl de la sollicitude du clergé des Gaules en faveur de toutes les classes de la société, et surtout envers celles qui n'avaient que la

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216 CARLOVlNGlBMft. PEPIN LE BREF.

religion pour protectrice. Défense était faite aux abbesses de sortir de leur cloître sians permission ; que s'il y avait des monastères de filles si pauvres qu'on ne pût y observer la règle , l'évéque en avertirait le roi, afin qu'il y pourvût par ses aumônes: Le coneile permettait de voyager le dimanche avec des chevaux, des boeufs et des chariots , mais il interdisait en ce saint jour les travaux de la campagne; il ordouuait que les mariages fiissent célébrés publiquement; il prescrivait que nulle église ne demeurât plus de trois mois sans évéques; il exemptait les pèlerins de tous droits de péage, et il statuait que les causes des veuves, des orphelins et des églises seraient expédiées les premières et aux frais du roi par les comtes et les juges : défense était faite à ces derniers de recevoir des présents.

Ainsi les évéques continuaient d'intervenir dans le gouvernement de la monarchie en modifiant les lois ou en publiant des ordonnances que nul n'osait contester et contredire , et qui traçaient aux rois , aux comtes, aux clercs et au peuple lui-même des devoirs sérieux, qui engageaient la conscience de chaque individu soumis à la juridiction des diocésains. La société ne perdait pas de temps en de vaines chicanes; elle ne cherchait pas à établir ime ligne de démarcation entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel : elle se sentait dominée et conduite parles ministres de Dieu, et elle acceptait le frein religieux avec d'autant plus d'empressement qu'il mettait surtout obstacle aux convoitises du grand et du riche. Ces hommes d'armes, qui avaient coutume de tout usurper auuom del'épée

mJm VMêÊÈê M LA miMAHCS BOGLtSIAiTHtDE. W

et de la force, étaient trop fiers, trop ignorants, trop passionnés pour ne point multiplier les scandales ; et alors même qu'ils avaient obtenu l'honneur redoutable d'exercer le ministère ecclésiastique, il leur arrivait quelquefois d'opprimer le pauvre , et d'affliger le sanctuaire par le spectacle de leurs dâiaucbes. Quelle autorité, mieux que celle de l'Eglise, eut pu restreindre et condamner leurs violences? M etait-ce pas l'Église qui liait ou déliait au nom de Jésus-Cbrist, elle (jui, avant d'accorder le pardon au pécheur, exigeait la réparation deTinjustioe? Ët pourquoi la société, menacée par l'aveuglement des passions individuelles, n'aurait-elle pas eu recours à cette puissance mystérieuse qui domptait les âmes? Alors la loi n'était pas l'expression de la volonté du nombre, elle était uoe prescription imposée à l'homme de par le Sefr» gneur ; et on se soumettait à elle parce que son origine était sainte, parce qu'elle était vraiment le droit sociaL

Or, eîi Italie, Astolphe, roi des Lombards, qui avait si souvent persécuté les souverains pontifes, était mort des suites d'une chute de cheval. Cet événement était arrivé en 756; et après un conflit de peu de durée entre le moine Ratchis, irère d' Astolphe, et Didier, duc de Toscane, ce dernier, appuyé par le pape et par les Francs, avait été recoimu roi des Lombards. Avaut de monter sur le trône , et tandis qu'il avait besoin du concours d'Étietnie 11 , il avait solennellement promis à ce saint pontite de restituer, au domaine de saint Pierre, Faenza, Imola, Ferrare, et tout leur territoire, aussi bien (|u Osimo, Aucune^ Nomana et

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218 GiOLaviiMMBiii. — wom vê mv* m^m

Bologne. Lin moment rassuré sur le compte des Lam* bards, que les menaoes de Pépin tenaient en respeet^ le pape n'était pas sans inquiétude sur iesdispositioas de l'empereur greo Constantin Copronyme , toujours

prêt à revendiquer , comme possession légitime des monarques d'Orient, les villes et les proiFÎnces que le roi des Francs avait soustraites à la domination d'Astolpbe pour en faire don aux héritiers ck saint Pierre.

Le 29 mai ySy, le pape Paul avait remplacé comme chef de l'Église le vénérable Étienne II. A son avènement j il avait écrit au roi des Francs pour lui en donner avis, et sa missive renfermait les lignes sui* vantes : « Tenez pour certain que nous et notre peuple nous persévérons dans l'amitié que le seigneur de bienheureuse mémoire^ le très-saint pontife mon frère, a contractée avec vous. » Ce langage n'était pas une vaine formule ; il indiquait que le pape , désormais chef d'un peuple,' traitait d'égal à égal avec un autre souverain, et n'attribuait aucune souveraineté, auoun protectorat politique aux monarques de race carlovingienne, nonobstant les servcies qu'ils en avaient obtenus gratuitement et sans concession.

Pépin entretint des relations adectueuses avec le nouveau pape, et de part et d'autre les deux souverains se témoignèrent, par des égards réciproques et par des présents, combien ils avaient à cœur de maintenir la bonne harmonie entre les peuples de la Gaule et les Etats dont l'Eglise se proclamait à bon droit souveraine à titre temporel. Pépin fit don au vénérable Paul d'une table précieuse qui était comme un autel

m-m nwuf wi Mm rnsmàm fwtmA. 919

portatii I et qui fut solenmUeinent placée dans l'égliie de Saint^Pierre) k pape envoya à Pépin des liwes grecs et une horloge pour la nuit. Lo roi des Francs voulut alors que dans les églises de la Gaule on se con*

format désormais à la liturgie romaine, et que l'on adoptât le ohant romain : ces réformes utiles furent presque partout acceptées. Tandis que Pépin, iiial^rtî sa puissance, se plaisait à donner aux chels temporels de Rome ces marques d'une respectueuse déférence, le roi des Lombards etTempereur des Grecs ne négligeaient aucune occasion d'amoindrir ou de menacer la domination légitime de la papauté sur le domaine de saint Pime» Entouré de dangers et exposé aux en* treprises de ses ennemis , le pape faisait appel à la aoUicitude vigilante de Pépin.

Didier n'avait point encore ose lever entièrement le uiasque ; mais, au mépris de ses promesses^ il avait Tin* gratitudedese maintenir en possession des villes et des territoires qu'il avait cédés aux papes à son avènement au trône des Lombards. Pépin, incessamment averti par le saint pontife Paul, adressait à Didier des représentations pressantes y auxquelles l'artificieux Lombard feignait de céder^ mais qu'il éludait hypocritement chaque fois qu'il voyait s'éloigner l'orage. Cette situation, mêlée d'espérances et d'incertitudes, se prolongea jus([u à l année ']()'] , époque où mourut le pape saint Paul. A peine avait-il fermé les yeux, que le ducdeNépi , un Lombard nommé Tolon, entra dans Kome à ia léte d'une troupe de gens armés, et couiraignitle peuple d'élire pape l'un de ses frères , encore laïque, et qiti s'appelait Constantin. Ce dernier usm pa

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sacrilégemeDt la papauté, et se fit, par l'emploi de la

force , ordonner en quelques jours sous-diacre et évéque. Ce criminel, qui osait ainsi s'installer au faite de rÉglise, opprima Rome et le peuple chrétien durant treize mois , à l'expiration desquels il fut déposé ; et le pape Étienne III, canoniquement élu, prit le gouvernement du monde catholique. Cet événement fut suivi de réactions populaires, et la multitude se laissa aller à des excès et à des meurtres qu'aucune autorité régulière ne put empêcher.

Cependant Pépin avait tenu à Bourges le champ de mai de 767. De l'avis des grands, il laissa dans cette ville la reine Bertrade, sa femme , plusieurs comtes, et un corps d'armée destiné à servir de réserve ; puis, s'étant mis à la tète de ses autres troupes , il entra dans le pays des Arvernes , dans le Rouergue , dans le Gévaudan, et soumit les principales villes de ces provinces sans que les lieutenants de Walfer osassent lesdéfendre. Bientôt après il se rendit maître d'Albi; pénétrant ensuite dans la Narbonnaise èt sur le territoire de Toulouse , il occupa militairement cette dernière ville, et revint à Bourges vers le mois de juillet. On voit que sa campagne avait été courte, et qu'aucun obstacle sérieux n'avait retardé la marche des Francs. D'après le conseil des leudes, il réscdut de recommencer une nouvelle expédition, et de s'emparer, s'il était possible, , de la personne même de Waifer , le plus infatigable de ses ennemis. Tandis qu'il s'avançait victorieux et menaçant dans la direction de la Garoime , un grave danger éclata derrière lui. Rémistan, cet oncle de Waïfer, auquel l'epiu avait conhé la garde du Berry,

m] ntmwuM wam en auditaiiib. 8Si

se reprocha d'être l'instruineDt de la ruine des héritiers de so» firère le duc Eudes, de célèbre mémoire ; et, au lieu de persévérer à soutenir Pepiu , il fit défection et recommença la guerre , pour le compte de Waïfer, dans les campagnes du Berryet du Limousin. Ainsi menacé du côté de la Vienne et du Cher, Pepiu se bâta de se replier vers ses réserves, et il abandonna inachevée son expédition en Aquitaine. Durant cette seconde campagne, les Francs, harcelés sans relâche par les Wascous et par les liordes de Waïfer, avaient eu à endurer de nombreuses pertes et de longues fatigues. Les Aquitains , tantôt subjugués par Pépin, tantôt momentanément replacés sous les ordres de leur duc, virent augmenter leurs misères dans une proportion rapide. Des deux côtés on les traitait en peuple conquis ; et ce que Tun de leurs maîtres consentait à éparj^iier ne tardait pas, au premier retour de la fortune , à subir les ravages de l'autre. Hé* niistan, promenant dans tout le Limousin et dans plusieurs cantons duBerry le pillage et Tincendie (i), se montra le digne émule des leudes francs, et ne laissa aux populations qu un souvenir de crainte et de haine. Pépin cependant ne voulut se reposer qu'aux approches de rhiver ; mais, pour se trouver en mesure de poursuivre la guerre presque sans désemparer, il ne retourna point en Austrasie, et prit ses quartiers à

(i) lia ut mUUu eoiomu terne ad hèonuèdumt iam ûgros guam vinems colère non audebat, {Fredeg. (Arôme,) Plus loin, le même annaliste parle dw fiiamisons que détruisît Rémîstan : Bemvtfnnus eHjtftxiias quas ipxf rcjc in ipsius eivitatiùus dimiscrat^ nimiuiu iiijestus accessit. {Jd,, ittc, ci/.) •

Oigitized

SH cARLOvmottMS. — wm li mr. tm

Boui^es : ses troupes ne furent pas licenciées^ contrairement à la coutume des Franc s • mais on les répartit^

en cantonnements dans les provinces du royaume de Bourgogne et le long de la Tallëe delà Loire (i).

(768). Dès le mois de février, elles furent concentrées dans le fierry, et se tinrent prêtes à entrer en campagne. Bientôt les hostilités commencèrent. L'armée franque était divisée en deux corps cmisidérables : Fun , que le roi conduisait en personne , se porta sur la Wasconie, pour en chasser Waïfer et pour soumettre ce pays aux races du Nord ; l'autre , dont le chef n'est point nommé dans les chroniques^ fut dirigé sur la rive gauche de la Dordogne, et eut mission de poursuivre Rémistan. On ignore si ce dernier livra quelque bataille aux lieutenants de Pépin , mais le silence de l'histoire autorise à croire icfu'il n'en fut rien ; on sait seulement que le redoutable parent de Waïfer fut fait prisonnier par les Francs , et livré à Pépin au moment où ce dernier entrait en Aquitaine. Le roi, disent les chroniques, le fit aussitôt attacher à un gibet par les comtes Hunibert et Ghiseler, et ces leudes acceptèrent avec empressement cet office de hautjusticier du prince. Après cet acte de vengeance , Pépin prit la route de Saintes. Comme il arrivait dans cette ville, on lui livra la mère de Waïfer, une soeur et plusieurs neveux de ce prince : il les épargna, et se contenta de les maintenir captifs. Continuant ensuite sa route, il remonta le cours de la Garonne pour se rapprocher des confins de la Wasconie. En chemin,

m wÊmtàMCM oMMum db màïwm* 9t3

un seii^iir d'Aquitaine , abandonnant la cause de

Waifer, lui amena une autre sœur de son ancien chef. Ce traître s'appelaitÉberwig. Cepeadaut Pépin somma les Wascons de se soumettre à ses lois : ces peuples , et leur gouverneur appelé Lupus , se trouvèrent hors d'état de tenir téte aux armées franques , et, malgré la vive antipathie que leur inspirait la domination des races du Nord, ils se résignèrent à subir le joug de Pépin jusqu'au moment où il leur serait encore possible de le briser (i) : leur exemple fut suivi par d'autres peuples d*Âquitainedont les noms ne figurent pas dans les chroniques (2).

La cause de Waifer était perdue sans retour; mais cet infatigable ennemi des Francs ne voulut pas se rendre, et persévéra dans une lutte désespérée, ku mu lieu de sesElals con(|uis et occupés par le vainqueur, on le vit errer, à la téte de quelques partisans, de forél en forêt, de montagne en montagne, plus semblable à un proscrit qu'au chef d'un peuple. Or, comme il venai l de se jeter, avec ses bandes, dans la vaste forêt d'Édobole(3), non loin de Foitiei^, il ne tarda pas à y être cerné par Timmiense armée de Pépin. Poursuivi sans relâche durant un mois, traqué comme une béte fauve, et toujours échappant aux atteintes de ses ennemis, il réussit plus d*une fois à disperser et

(1) Fascones, qui ultra Gamnam conumrantur, sacramenta et abside.t dtmant, Fredeg. Chronic.

{1) Et aliœ multœ qu/im piurcs gentes ex parte H aifari ad tmn nientts^sc. ditioni suœ suùdiderufit. {fd., Iitc. cit.)

(3) Per sylvam quœ voeatur Edobola, Frédég. Aujourd'hui c'est In ioplKde Vtr.

2S4 CAiLoviHGmis. — nriM le buf. m

à vaincre les corps dëtachës sur ses pas. Un moment

on le laissa respirer : ce fut à l'occasion d'une ambassade qu'envoyait à Pépin le calife Al-Manzor,*ie deuxième de la race des Abbassides , et que le roi des Francs voulut recevoir à Celles, sur la Loire , où il se rendit escorté de ses leudes. Tandis que cette entre* vue faisait diversion à la guerre, Waïfer réussit a liiir, et à prendre une position plus sûre dans les envi* rons de Saintes.

L'histoire est muette sur le but et sur la portée des ouvertures qui eurent lieu à Celles entre Pépin et les envoyés du prince des crojants (Al-Mounienim); on sait seulement que les représentants du calife furent reçus avec les plus grands égards, et reconduits avec honneur jusqu'à Marseille. Or, à cette époque , la dynastie des Abbassides, issue d'un oncle de Mahomet, avait enlevé le califat aux Ommiades : ces derniers, après s'être réfugiés en Afrique et avoir traversé le détroit, venaient de fonder une puissance redoutable en Espagne, et depuis un demi-siède menaçaient les Francs et les Aquitains. H est fort probable ( et de judicieux historiens l'ont remarqué avant nous) que le calife Al-Mansor et Pépin, l'un régnant à Bagdad, l'autre sur le Rhin et sur les Pyrénées, avaient voulu se concerter sur les moyens de détruire l'empire du calife de Cordoue, leur ennemi commun. De part et d'autre on se fit de riches présents; et, s'il ne nous est pas permis d'apprécier les résultats de négociations à peine indiquées dans nos chroniques, nous pouvons du moins constater jusqu'à quel point, à l'avènement de la race carloviugienne, la renommée des Francs

mi MORT DB WAÏPKR. 328

s'était étendue, puisque, du fond de rArméiiie et des bords de la mer Caspienne, on recherchait déjà leur alliance.

Waifer avait mis le temps à profit pour augmenter

le nombre de ses partisans et tenter un dernier effort ; mais ce fut en \aiu qu'il essaya de recommencer la lutte : Pépin reparut bientôt à la téte de son armée , el son retour suffit pour décourager ceux des Aquitains et des Waacons qui rêvaient encore le maintien de leur indépendance. Waïfer se vit rejeté dans les forêts et dans les montagnes, suivi de près et vivement harcelé par quatre escares (escadrons) de milices franques, chacune commaudée par un comte. Pour plus de sûreté, Pépin gagna des partisans de Waïler, qui le mirent à mort le 2 juin 768(1). Ainsi péritle dernier et le plus illustre des princes aquitains issus de Charibertetde la race de Mérovée : sa mort amena pour de longues années la soumission des provinces méridionales de la Gaule à la domîination carlovingienne ; et la monarchie franque , déjà suzeraine des Saxons etdes Bavarois, forma dès lors un royaume compactdepuis le Wéser jusqu'à TEbre. La VVasconie et l'Aquitaine, subjuguées par le fer et désolées par Tincendie, fléchirent sous le joug des races du Nord; et cependant elles ne renoncèrent ni à leur, nationalité ni à la gloire de constituer une patrie : sous un chef de leur propre sang , vassal et tributaire de Pepiu , elles continuèrent à nourrir leurs vieilles haines et leurs espé-

(1) Ânmiî. Franc. Lambec., an. 768. Et ailleurs nous lisons, dans le

«Diitiiiualeur de l'rétlégaire : J)itm hor u^ercntur, ut asserunty tufnsiUo rC'lii^ Jactum, // mjaims primceps Jqnitaniw a suLt interfret us est, X. III. 1â

CARLOVUtGlBMS. PEPIN LE BREF. 17»

rauces rajeunies; et nous verrons que bien longtemps encore ces deux contrées, aussi bien que la Septimanie, leur digne sœur, formèrent dans la Gaule un peuple à part, et distinct de tous les autres par son rôle politique et par ses traditions.

Le roi des Francs survécut peu de temps à son riyal. Comme il était à Saintes, il iîit atteint d'une dangereuse hydropisie ; il se fit successivement transporter au tombeau de Saint-Martin , à Tours , puis à celui de Saint-Denis , près de Paris , et ordonna que d'abondantes aumônes fussent distribuées aux religieux et aux pauvres. Il sentit enfin que sa mort approchait; plein de cette pensée, il convoqua les grands, tant les ducs et les comtes que les prêtres et les évéques (i); et là, avec leur consentement, il partagea ses États entre ses deux fils Charles et Carlomau. Il donna à Fainé le royaume d'Austrasie, qui comprenait, outre Tancien royaume gaulois de Metz, les vastes provinces situées au nord du Rhin ; Carloman eut le royaume de Bourgogne , la Provence , la Septimanie, TAlsace et le pays des Allemands. Il mourut ensuite le septembre 768, et fut enterré à Saint-Denis, après avoir régné onze ans comme maire du palais, et seize comme roi; il voulut lui-même ( ire euseveli comme un pénitent, à la porte de l'église, et la face contre terre (2).

bils de Charles Martel et père du plus illustre de

(i) Voir le quatrième ooDtiiinateiir ile Frédégpûre.

« Si dieat aucuns qu'il Yoult ainsi cstre enseputeuré, pourle pccbié « de son pere, quile» «tiftmes avoit toUn»»» es^lya». » (Ckron* de

m] MOBT DB PBPDI. SS7

nos rois , Pépin se montra digne de cette lignée de héros. Politique adroit, guerrier infatigable, homme d'État et grand capitaine , il se fit pardonner son avènement au trône en réliabilitaut aux yeux des peuples le titre de roi, depuis longtemps avili. Son génie militaire et la vigueur de ses entreprises portèrent plus loin que jamais la gloire des Francs ; mais, quelle que soit la grandeur de son règne , elle doit disparaître devant celle du règne de son iil&^ et c'est ce qui fut ' clairement marqué par cette inscription gravée plus tard sur son tombeau : a Ici repose Pépin , père de c Cbarlemagne. »

Pépin est surnommé le Bref à cause du peu d'élévation de sa taille. Quelques seigneurs plaisantaient sur ce défaut naturel; il en fut informé, et résolut de leur imposer silence. L occasion se présenta bientôt. Il donnait un jour à ses courtisans le spectacle du combat d'un lion avec un taureau : déjà ce dernier allait 8uccoml>er sous les furieuses étreintes de son ennemi, lorsque Pépin, se tournant vers les seigneurs, leur demanda qui d'entre eux se sentirait assez de courage pour aller séparer ou l uer ces redoutables animaux ; personne n'osa répondre. « Ce sera donc moi, » dit le roi des Francs; et , tirant son sabre, il se jette dans .l'arène, va droit au lion, lui coupe la gorge , et, sans perdre de temps , décharge un si rude coup sur le taureau, qu'il lui abat la téte. Tous les assistants demeurèrent frappés de cette force et de cette audace , et Pépin leur dit avec fierté : a David était petit , et il « a vaincu le géant Goliath^ Alexandre, en dépit de sa c taille peu élevée, surpassait ^ en force ses plus illustres

228 CARL0VIN6I1EN8. — CHARLES BT CARLOMAM. (m>77l

<K généraux. » Alors les courtisans s'écrièrent, dans leur langage h yperbolique, qu'il était digne de Tempire du monde. Cette anecdote est racontée par le moine de Saint-Gall ; mais plusieurs historiens modernes la révoquent en doute , sans donner de leur sentiment aucmie raison solide. Quoi qu'il en soit de son authenticité , elle est plus digne de foi qu'une autre légende fort peu accréditée d'ailleurs, et d'après laquelle Pépin, se trouvant à Âix-la-Chapelle, aurait lutté contre le démon en personne, et vaincu par les armes matérielles, surtout par le signe de la croix, le dangereux ennemi du genre humain. Cette naïve chronique renferme un sens caché que les chrétiens devinent sans peine ; mais, envisagée sous le point de vue historique, elle sert à peindre l'esprit et les mœurs d'une époque.

Charles et Carloman, héritiers de Pépin (768), après avoir honoré leur père par de pompeuses funérailles, ne tardèrent pas à prendre possession des royaumes qui leur étaient échus. Le 9 octobre, l'un et l'autre fureut reconnus et proclamés rois, lepremier à Noyon, l'autre à Soissous, <c en vertu du consentement des grands et de la consécration des évéques. » On sait d'ailleurs qu'ils avaient déjà été sacrés par le pape Etienne II au mois de juillet de l'an 754» et que leur avènement au trône, sanctionné d'avance par l 'relise, ne pouvait rencontrer aucun obstacle. Charles ou Cari, l'ainé des deux frères, était âgé d'environ vingt-sept ans le jour

où il prit possession de ses Etats ; Carlo man était plus jeune d'environ huit années. Tout indiquait, il faut le

dire, que les deux frères negouverneraientpoint en paix

Wnil àVÉNBlIKIT BBS PIL8 DB FBPIH. 999

leurs provinces , et que, des deux côtés, ils saisiraient tons les prétextes de guerre et de lutte qui pourraient se produire. Quoi qu'il en soit, le partage qu'avait (ait Pépin entre ces deux princes ne fut point exactement luaiutenupar eux. Avec l'assentiment des seigneurs , des ëvéques et des leudes, ils convinrent que le roi Charles aurait pour sa part l'ancien royaume de Pépin , c'est-à-dire la Neustrie et la Bourgogne, tandis que son frère Carloman régnerait sur TAustrasie et sur les provinces germaniques. L'Aquitaine échut à Charles, au moins pour la plusgrandepart;etceprinoe, oon content de ces vastes domaines, mit également la main sur une portion du territoire d'Austrasie. Cette audacieuse usurpation aurait infailliblement amené la guerre entre Charles et Carloman ; mais des dangers communs que leur suscitèrent leurs irréconciliables ennemis leur firent une loi de se concerter et de s'entendre pour y faire fiaice.

Et d'abord le théâtre de la lutte l'ut transporté en Aquitaine. Après la mort sanglante de Waifer et la victoire de Pépin, Hunald, l'ancien duc d'Aquitaine, qui s'était fait moine, sortit du cloitre où il avait vécu ignoré pendant plus de vingt-trois ans : il était père de Waïferet fils d'Eudes, et comme eux animé d'une haine iarouche contre la domination des Francs. Ayant donc jeté le froc, ce vieillard, presque octogénaire, se mit à parcourir les États dont Pépin avait dépossédé la race de Charibert, et il appela partout le peuple à secouer le joug carlovingien. Les mécontents, si nombreux en Aquitaine, se rallièrent à lui, et tout indiqua bientôt que la révolte aurait de sérieuses rami-

S90 CARLOTINGIBHS. — CRABLKS ET GAULOMAll. imni

ficationsen Wasconie (768-769). Charles, fils aîné de

Pépin, et qui avait reçu en apanage le pays où le vieil liunald suscitait la guerre, se bâta de faire appel au concours de Carloman , et tous deux franchirent la Loire à la téte de leurs armées. Leur bonne intel* ligence ne (ut pas de longue durëe : arrivé dans le Poitou, Carloman, selon toute apparence, eut à se plaindre des hauteurs et des prétentions de son frère, et il revint sur ses pas. Charles, abandonné à ses seules ressources, appelaàlui quelques renforts;etdèsqu'ille$ eut reçus, il se porta rapidement sur le territoire qui est situé entre la Dordogne et la Garonne, et qui servait alors de théâtre aux entreprises d'Hunald. Lupus, parent de ce vieillard, et qui a\ait reçu de Pépin, a titre de vassal et de tributaire, l'administration de l'Aquitaine et de la Wasconie, se montra infidèle aux traditions de sa Ëamdille, et, au lieu de répudier le protectorat des Francs, il. ne craignit pas de livrer au roi Charles et à ses leudes l'opiniâtre Hunald et sa femme. Telle fut la fin d'une révolte qui n'interrompit cjue peu de temps la soumission de l'Aquitaine. Afin de tenir en respect cette contrée, le roi Charles fit élever, près du confluent de la Garonne et de la I>ordogne , une forteresse qui reçut le nom de Franciac, et parait porter aujourd'hui celui de Fronzac ; il revint ensuite dans le royaume des Francs, emmenant avec lui Hunald prisonnier. La captivité de ce vieux chef dura deux ans, au bout desquels il réussit h s'évader et à se réfugier à Rome , auprès du pape : nous ne tarderons pas à voir que, toujours dévoué à lutter contre les Francs, il se réfugia à Pavie auprès de Didier, roi des Lombards.

Le gouYeroeur de Wasoonie, Lupus, avait acheté la

clémence de Charles en trahissant Hunald : or un fils de Waïfer, qui portait également le nom de Lupus, re* leva le drapeau de l'indépendance pour lequel avaient lutté tour à tour un des Hunald et W aïier , ses avantnreux prédécesseurs; à la téte d'un corps de parti* sans j il se jeta sur les provinces qu'administrait son eouflin Lupus pour le compte des Francs, et il chassa de son gouvernement cet indigne rejeton des ducs d'Aquitaine. Peu de jours après , Lupus 11 lut reconnu pour chef de la Wasoonie et de l'Aquitaine, et l'histoire ne dit pas pour quelle cause le roi Charles n'entreprit nullement de le punir et de le dépomller de ses domaines. Peut-être le nouveau duc se résigna-t-il, au moins en apparence, à reconnaître la suprématie et le protectorat des Francs; et ceux-ci, pour ne point recoounencer une lutte désastreuse, affectèrent-ils de se contenter de cette soumission douteuse.

D'autres soins préoccupaient le fils aîné de Pépin , et attiraient ses regards du côté de l'Italie. Le roi des Lombards , Didier, toujours ennemi des papes , cherchai) à se ménager d'importantes alliances. Après avoir marié sa Çlle Lutberge à TassiUon , duc de Bavière, il proposait de faire épouser Ghisèle, fille de Pépin, par l'un de ses fils, et de donner Désidérata (Désirée), sa seconde fille , à Charles ou à Carloman , les plus redoutables de ses voisins. La reine Bertrade , mère de ces deux jeunes rois et veuve de Pépin , prétait l'appui de son intervention et de ses conseils à cette double alliance matrimoniale; mais le pape Etienne lU, toujours en butte aux menaces de Didier,

23S cahlotingishs. — chablvs bt carloiian.

voyait avec douleur ime combinaison qui devait avoir

pour but d'unir la puissance des Francs , ses prolecteurs, à celle des Lombards, ses ennemis. |1 écrivit donc aux deux rois francs de repousser avec horreur Falliaiice que proposait Didier, et ses iostancas, ou pour mieux dire ses remontrances paternelles, étaient d'autant plus vives que Cari et Carloman , déjà légitimement mariés, ne pouvaient sans crime répudier leurs femmes et contracter une nouvelle union au pied des autels. Telles étaient encore les mœurs des bar» bares, (jue le principe de Tindissolubilité du lien conjugal ne cessait d'être méconnu par les rois francs et par les leudes, et que le clergé des Gaules ne parve* nait pas à faire entièrement respecter, à cet égard , les lois divines : disons même que plus d'une fois , par faiblesse ou par ignorance , il avait paru autoriser des divorces que l'élise catholique , en la peraonné de son chef, condamnait avec une sainte et persévérante énergie.

Les lettres du pape Étienne III aux princes francs

nous ont été conservées ; elles témoignent de la crainte qu'inspirait au pontife l'ambition de Didier et de la nation lombarde ; elles respirent une répugnance si vive, que nous avons peine, de nos jours, à en comprendre l'expression. Le souverain pontife conjurait les deux rois de ne point se souiller a par une alliance avec la nation perBde et infecte des Lombards , dont naissaient des enfants lépreux ; » il ajoutait, avec une courageuse fermeté, qu'il ne leur était pas permis de répudier leurs épouses légitimes, et d'imiter en cela la conduite des païens : « Que Dieu vous préserve de

9ii.nf] «OftT DB CAIOOIIAII. SS3

ce crime , disait-il , vou8 qui êtes une nation sainte

et un sacerdoce royal î » Nonobstant ces avertissements du chef de l'Église, les intérêts de la politique temporelle furent seuls écoutés, et le roi Charles épousa Désidérate , princesse des Lombards , après avoir éloigné de lui sa première femme. Quant à Ghisèle , sœur des deux rois , elle refusa d'accepter pour luari le fils de Didier, et voulut se consacrer à Dieu dans un cloître. Peu de temps après, elle mourut abbesse de Chelles

(7 7^*7 7 ^ )* '® même temps, la mort délivra Charles d'un concurrent et d*un rival : son frère Carloman , encore fort jeune, descendit au tombeau, laissant pour héritiers deux fils presque au berceau, que la reine Girberge , leur mère , conduisit auprès de Didier, roi des Lombards , comme si elle eût voulu implorer en leur faveur la protection de ce prince.

Sans paraître se soucier des droits de ses neveux , agissant comme on l'eût fait à l'égard d'un royaume abandonné, d'une couronne vacante, Charles prit possession des États de Carloman, et fut, à ce titre, acclamé roi par lesévéques et les leudes. Peu de temps après, le roi des Francs répudia Désidérate , fille du roi des Lombards, et la renvoya à son père. Tout porte a croire qu'en prenant cette détermination imprévue, Charles ne fit que céder aux exhortations du pape et aux remords de sa conscience ; mais il arriva qu'un mariage, naguère conclu dans le but d'établir des liens d'amitié entre les Lombards et les Francs, n'eut d'autre résultat que de susciter entre eux des causes inévitables de haine et de vengeance. Rn la même année mourut le pape Etienne III ; mais, avant

9M CABlOVIWnilS. CHABLnUGlIB. («M-fW

de fermer les yeux , le chef de l'Eglise eut la eonsole*

tion d'entrevoir le terme des dangers et des afHictions dont Rome se trouvait menacée par la double hostilité des Grecs et des barbares. Pour la papauté et pour les peuples, une ère nouvelle allait conunencer en même tmnps que le règne de Charlemagne.

CHARlEMifiSEï roi dos FtAiioi.

ramiteB rBiiooB do mÈam.

Pour nous conformer aux traditions des peuples , et en quelque sorte par nécessité, nous désignerons désormais le fils aîné de Pépin, Car 1-le-Grand , sous le glorieux nom de Cbarlemagne ^ consacré par l'admiration des siècles, et que nulle école sérieuse n'a osé remplacer par une autre appellation mieux en harmonie peut-être avec le texte latin : il serait puéril (l'atïecter une exactitude de terme que démentiraient à chaque page les habitudes de Thistoire.

Lorsque la mort de Carloman laissa Charlema^ne chef et unique souverain de la monarchie, la domination des Francs s'étendait, au delà du Rhin, jusqu'à la Saaie, rivière ((iii séparait les Thuringiens, sujets des rois carlovingiens , du pays des Sorabes, peuples de race slave, d'où sont descendus les Serbes, et qui depuis longtemps étaien t établis dans la Gemuinie centrale. Les anciens royaumes de Neustrie , d'Austrasie et de Bourgogne conservaient à peu près les mêmes limites que leur avaient données les rois mérovingiens ; mais ils obéissaient à un seul maître , sans revendi-

Oigitized

236 GàRL0VlN6I£NS. — GHÀRLEMAGNB. £171-9»

quer une nationalité distincte. L'Aquitaine , agrandie de la Septimanie 9 subissait le joug, plutôt vaincue que conquise ; une portion de son territoire , la Wasconie, qui recevra plus tard le nom de Gascc^e, obéissait à un chef particulier^ duc ou prince , administrant sous la tutelle et sous la surveillance des Francs. Au delà des Pyrénées, quelques cantons, désignés sous le nom de Marches d'Espagne , faisaient partie du royaume carlovingien, et touchaient à la vallée de l'Èbre par leurs extrêmes limites. Une moitié de rUelvétie gauloise appartenait directement aux Francs; l'autre, c'est*à-dire la moitié orientale, dépendait de TAllémanie, et n'était que tributaire. Entre le royaume de Bourgogne , soumis aux Carlovingiens, et la monarchie italienne des Lombards , à la veille de sa ruine , s'étendait et se développait la chaîne des Alpes. Les autres frontières du pays des Francs s'appuyaient comme aujourd'hui sur l'Océan et la Méditerranée. En Germanie, plusieurs peuples vassaux formaient comme autant d'avant-gardes de la civilisation firanque contre les barbares : c'étaient les Frisons , deux fois subjugués par Charles Martel ; les tribus de la Souabe ( les anciens Suèves )que Carloman, frère de Pepiu , avait soumises ; les Bavarois que gouvernait encore TassiUon, neveu de Pépin, si souvent ramené par la force à subir le joug des Francs; c'étaient enfin les Esclavons Carinthiens , limitrophes de l'empire des Avares. Par delà les provinces sujettes ou tributaires des Carlovingiens, étaient les Sarrasins au midi , les Grecs et les Avares à l'orient, quelques nations esclavones en face de la Thuringe, et surtout.

ni47D L^BDBomi A l'aténbmbiit m auBLnaoïm. S87

du côté du Wëser y les Saxons, qui ne cessaient d'épier

des occasions de soulèvement et de révolte. Plus loin apparaissaient les Danois et les Normands ( ou hommes du Nord)^ hardis et infatigables pirates qui , sans relâche , menaçaient les vassaux , les tributaires et les alliés des Francs, en attendant le jour^ déjà prochain , où ils oseraient entamer Tempire même de Charlemagne.

Au delà du territoire des Bavarois , et derrière la rivière d'£ns, la domination des Francs rencontrait celle des Avares, peuples de la famille des Huns, dont les immenses domaines, bornés au midi par la Drave et le Danube , s'étendaient jusqu'à la mer Noire et par delà les contrées où s'élève la moderne Odessa. Les r^ons que nous appelons aujourd'hui provinces Danubiennes , Hongrie , Moravie ( ancienne patrie des Quades), aussi bien qu'une grande partie de l'Autriche actuelle , dépendaient de cette monarchie Avare , débris de l'empire d'Attila , qui s'appuyait , vers l'occident, aux montagnes des Bohèmes. Ces derniers, également de race slavone , étaient bornés au levant par les Slavons moraves , au couchant par la Bavière transdanubienne, et par la Thuringe : ils habitaient les terres qu'avaient jadis peuplées les Marcomans, et ils tenaient leur nom des tioies, colonie gauloise dont l'établissement sur les terres teuloniques remontait peut*étre au fabuleux Sigovèse. Au delà des Bohèmes, et des deux colés de l'Elbe , campaient les hordes slavones, que nous avons déjà mentionnées sous le nom de Sorabes : ces peuplades , attenantes à la Thuringe, s'étendaient aussi sur la droite de i'Ëlbe, en

S38 CIBL0Wi6IKIi6. — CHARLKMAfiNS. ffl^m

face de la Saxe méridionale; plus bas, jusqu'à la mer Baltique , tout le pays qui borde l'Ëlbe et l'Oder , et qui comprenait une partie notable de la vieille Germanie abandomnée de ses anciens peuples vandales | burgondes, goths, faërules, était alors occupé par diverses nations de race esclavone : c'était entre autres la peuplade des Obotrttes, établie dans ce que nous appelons le Mecklenbourg , et qui confinait à la Saxe orientale ; à Test des Obotrites étaient les Wiltzes, leurs ennemis , qui ne cessaient de les harceler : les Wiltzesy égàlement appelés Wétélabes^i habitaient vm Tembouchure de l'Oder, en face de l'Ile de Rugen, les cantons qui correspondent aujourd'hui à la Poméranie occidentale; non loin d'eux, à la pointe du moderne Holstein , étaient les Wagres ; au-dessus des Wagres et des Obotrites , sur la rive même de l'Elbe , étaient les Polabes , les uns et les autres d'origine slave, et dont il serait impossible de déterminer exactement les limites. C'était le temps où Theptarchie auglo-saxonue subsistait encore, et embrassait, dans la Grande-firetagne , l'Angleterre actuelle y moins le pays de Galles, et, en outre, la partie méridionale de rÉcosse. Les sept ou huit petits royaumes qu'allait bientôt absorber, sous un sceptre unique , Egbert , roi de Sussex , donnaient au monde le triste spectacle de luttes, d'usurpations, de déchirements et de guerres civiles qui les épuisaient tour à tour : au dehors, la race bretonne se maintenait toujours indomptée dans le pays de Galles ; et les Scots , toujours remuants, semblaient suspendus sur les tètes de l'heptarchie comme une menace permanente.

m-im L'ssPMiiii. — UB MORD. — L'niraa omc. MO

La plus graude parlie de l' Espagne élail encore courbée soub le joug des Maures, et le califat de G>r*

doue, au pouvoir de la dynastie des Ommiadesy n'était en réalité qu'une vaste prorâice musulmane» Cependant, depuis plus d'un demi-siècle, le drapeau de rindépendanoe chrétienne , arboré par Pélage el par ses fils, se déployait peu à peu sur un territoire reconquis y toujours augmenté, et qui portait déjà le nom de royaume des Asturies. En atten* daut le jour, encore éloigné de sept ou huit siècles , où cette croisade catholique affranchirait du joug des Maures le dernier village espagnol, les provinces mahométanes de la Péninsule obéissaient à TOmmiade Ald-ei-Rhaman, échappé de la destruction de sa race, et qui , Tan i38 de Thégire (756), avait été reconnu roi d'abord dans Ârchidona , et bientôt après à 8éville, à Cordoue el clans toute l'Andalousie. Sous ce nouveau maitre, Gordoue devint la capitale du califat d'Occident, landis (|ue les Abassicles, implacables ennemis des Ommiades , établissaient à Bagdad le siège principal de leur immense empire et du califat d'Orient. Or, tandis que rislamisiiie, partagé en deux puissantes branches, prenait ainsi poesession de toutes les contrées qui s'étendent du Douro aux bouches de r Indus, et du royaume de Fez à l'empire du ïhang ou des Chinois, déjà commençaient à poindre, au nord de r£urope, les royaumes des Danois et des Suédois, et vers les extrémités orientales, sur la Vistule et le Dnieper, les tribus dont le nom (^Poiéués , Slaves de la plaine) n'avait plus qu'une transformation à subir avant de constituer la nation polonaise.

S40 CABLOVmOIBlfS. GHàBLBHÀGlIB. pTI-m

Cependant, sur les deux rives du Volga, et de la mer Caspienne à Tempire des Avares, se développait, sur des steppes incultes et sur des déserts glacés , la domination des Khazarset celle des Finnois orientaux , héritiers des Scythes et des Massagètes. Ces barbares ne prenaient encore aucune part aux événements de l'Europe , el la civilisation , renaissant partout où se montrait un apôtre ou un martyr chrétien , ne connaissait pas même le nom de ces ennemis.

L'empire grec présentait , depuis deux siècles , le honteux spectacle d'un peuple livré aux révolutions, à la corruption , à la fraude et au crime : entouré de toutes parts de nations barbares, encore mal assises et souvent ébranlées ou déplacées par des secousses subites, exposé à des assauts continuels et à de fréquentes invasions, cet État, déchu de sa grandeur antique, jouet des mahométans de l'Asie , objet de pitié et de mépris, avait eu à sa téte^ depuis la mort d'Iiéraclius, une série de monstres couronnés dont les noms ne méritent pas de figurer dans les annales franques, et qui, pour la plupart, restèrent étrangers à l'histoire de notre pays. Depuis longtemps l'édiiice élevé par Justinien et consolidé par Bélisaire avait commencé de périr, lambeaux par lambeaux ; comme le Rhin, l'empire d'Orient se perdait obscurément dans les sables , avant d'arriver à son dernier jour : en attendant, il subissait le joug des bourreaux , des courtisans et des eunuques, et la dynastie isaurienue, qui venait de succéder à la race dégradée des Héraclides, ne se distinguait de cette dernière que par une disposition furieuse à persécuter l'Eglise

m^rm LIS tGMI0Cl.A8TB8 lYSAWriMS. « 341

et à faire prévaloir partout la grossière béffesie des iconoclastes. Ces violenoes, oescrimes, ces attentats avaient

eu pour contre-coup clliabituer les peuples d'Occideut à mépriser la puissance grecque, et à considérer oonune légitime toute tentative qui aurait pour but de secouer son joug honteux; et c'est ainsi que la ^ papauté ^ longtemps traitée en vassale par les indignes successeurs de Tliéodose , se trouva miraculeusement affranchie de la tutelle des empereurs grecs , en attendant le jour où l'épée des Carlovingiens découperait pour elle un royaume indépendant au milieu de iltalie. Il y avait déjà plus d'un demi-siècle que le pape (Grégoire , protestant avec une sainte énergie contre les excès des monarques grecs, avait écrit à Tun d'eux , à Léon Tlcouoclaste : <c Dieu m'est témoin que j'ai fait recevoir vos lettres et vos images par les rois d'Occident, vous comblant de louan^ijes pour vous assurer leur paix. Maintenant ils ont vu que vous aviez fait briser Fimage du Sauveur , et mettre à mort je ue sais combieu de femmes en })résence d'étrangers, Romains, Francs, Vandales, Goths et Africains. F.t voilà que vous pensez nous effrayer, et vous dites : J'enverrai à Rome ; je briserai l'image de saint Pierre , et j'enlèverai Grégoire chargé de fers, comme mou prédécesseur Constant fit enlever Martin. Cependant vous devez savoir et tenir pour certain que les pontifes sont à Rome comme un mur iuébraulable , comme un double rempart, comme des arbitres de paix et des modérateurs entre rOrient el i'Occident... essayez, et vous verrez tous les Occidentaux

prêts k venger les injures dont vous affligez l'Orient. » m. IG

Digitizcd

242 CAILOTIICGIBIIS. — CIAILHAAIIIE. (ITI-fll

L'empereur Léon l'isaurien , à qui s'adressaieut ces énergiques paroles, avait eu pour successeur, en Taii 741 7 ce même Constantin Copronyme dont nous avons déjà stigmatisé les violences lâches et crimi* nelles contre TÉglise orthodoxe et le culte des images : abandonné aux plus infâmes débauches, livré aux pratiques de la magie , persécuteur et bourreau des évêques et des moines , il souffrait ignominieusement que l'empire tombât pièce à pièce au pouvoir des Sarrasins et des Bulgares. L'histoire frémit d'horreur au spectacle des supplices qu'il inventa pour punir la généreuse résistance des catholiques. Constantinople n'offrait à tous les regards, sous le r^ne de ce monstre, qu'une population de misérables en proie à la corrup^ tiou, et qu une élile de confesseurs et de prêtres à qui les exé(5uteurs impériaux crevaient les yeux, coupaient le nez, arrachaient la langue , et prodiguaient destraitefnents encore plus horribles. Mais la révolte contre Dieu et son Christ enfantait une moisson de mort, et tels fléaux que le ciel déversait sur l'empire grec ajoutaient aux épreuves de cette nation sans l'éclairer, sans lui faire enfin produire des œuvres de repentir et de pénitence.

Par bonheur pour l'Eglise et pour la gloive même de l'humanité , l'Occident, nonobstant ses causes de déchirements et de luttes, donnait au monde d'autres exemples : si les chefs des Francs conservaient encore des mœurs rudes et barbares, du moins aspiraientils de bonne foi à servir la vérité et à faire triompher la justice. De Clovis à Charles Martel, et de Charles Martel à son pelît-tils Charlemagne, les rois de la Gaule

ni-Tas aufiftfON m auMÊOuamu. 243

neustrienneetles chefs austrasieiis avaient souvent tiré le glaive pour assurer la liberté de rÉglise; et Dieu, pour les récompenser de leurs efforts , leur préparait une ère de grandeur sans égale dans le passé de notre pays : période magnifique, qu'embrasse tout entière le règne de Cbarlemagne, et que nous osons à peine raconter, tant œ récit dépasse nos forces. Plus de dix siècles se sont écoulés depuis la mort de ce puissant monarque, et son souvenir grandit d'Age en ftge. Chaque

peuple du continent européen remonte à lui comme au point de départ de sa propre existence : la Gaule i qui se perdait pour ainsi dire dans la vaste étendue de ses possessions; T Allemagne, qu'il couvrit de champs de batailles pour la constituer sur une base nouvelle ; rEspagne, dont il iUt le modérateur; TOccideut et l'empire romain , qu'il fit renaître de leurs cendres , sont autant de contrées où sa mémoire est demeurée l'objet d'un culte spécial , que Thistorien n'envisage qu'avec étonnement* Qu ajouterons-nous si , pour couruuuer le tableau de son immense renommée, nous remarquons que le ciel même revendique ce roi des Francs pour Tun de ses saints?

Gharlemagne , comme l'avait été Govis dans des conditions moins heureuses , fut l'homme de la civi* lisation et de la conquête. Clovis avait régénéré la Gaule ; Gharlemagne arracha à la barbarie la Germa* nie et le monde teutonique. Clovis; rassemblant avec peine les éléments d'une société à demi*sauvage, avait trouvé dans le principe de la religion catholique un assez fort pour pouvoir créer un ordre nou-^

veau , et fiiirç succéder Tétat de peuple à Fétat de

244 CARLOVINGIENS. — GIIAKLBlfÀGlŒ. [Ttum

horde. Charlemagne j chef d'une nation déjà catho« lique et disciplinée^ posa d*une manière détiniti-ve les fondements de la puissance temporelle de l'Eglise , et termina l'invasion des barbares. L'un , chef de tribus farouches et insoumises, triompha souvent par la ruse et par le meurtre ; l'autre, plein du sentiment de sa force et de sa mission, dompta sès ennemis en les écrasant de son courage ; tous deux législateurs , tous deux chargés d'une mission semblable , et laissant à des .successeurs indignes de venir sur leurs traces la tâche qu'ils avaient laborieusement commencée ; tous deux, enfin, différents en cela peut-être, que l'un, Clovis, semble avoir été trainé à la remorque de son peuple, tandis que Charlemagne parut plus grand que sa nation et que son siècle.

La guerre que ce roi des Francs commença alors contre les Saxons fut la plus longue , la plus sanglante de celles qu'il entreprit, et celle qui fatigua le plus la nation. Ces barbares peuplaient le nord de la Germanie. D'abord contenus au delà du W éser et soumis à un tribut par les Mérovingiens , la faiblesse des rois fainéants et les agitations intérieures qui épuisaient la Gaule leur permirent de franchir ce fleuve et de ravager l'ancien pays des Francs , l'une des dépendances septentrionales du royaume d'Austrasie. Souvent battus et mis en fuite, ils ne se laissaient point décourager par leurs défaites, et revenaient avec des forces nouvelles. C'est ainsi que les Francs eux-mêmes, trois siècles auparavant , avaient plusieurs fois inondé la Gaule, malgré les efforts des gouverneurs de l'empire. Des missionnaires chrétiens avaient été envoyés

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771^ «UllllB COimB LIS aàXOMS. S4K

chez les barbares sous le gouverDement de Charles Martd et de Pépin ; mais les Saxons, livras aux superstitions des peuples Scandinaves , opposaient une résistance sauvage aux progrès de rÉvangile. Éâtiaail^ ils vaincus et réduits à Timpuissance ? ils courbaient la téte, recevaient le baptême, et se pliaient aiuL cérémonies du culté catholique : les Francs se retiraientils tranquilles et pleins de confiance ? les nouveaux convertis brûlaient les églises, égorgeaient les missionnaires, et couraient en foule se prosterner aux pieds de leurs idoles. « D'autres causes d'ailleurs, dit l'historien Éginhard , pouvaient chaque jour troubler la paix. ]Nos frontières rencontraient les leurs presque toujours dans des plaines ouvertes, à la réserve d'un petit nombre d'endroits où d'épaisses forêts et des montagnes séparaient nos limites. Ces plaines étaient sans cesse exposées au carnage , aux rapines et aux incendies des Saxons. Aussi les Francs en étaient tellement irrités , que non-seulement ils leur rendaient la pareille , mais qu'ils crurent de leur dignité d'entreprendre contre eux une guerre ouverte. Cette guerre, commencée de part et d'autre avec beaucoup d'animosité , se continna pendant trente-trois ans avec plus de dommage encore pour les Saxons ({ue pour les Francs. Elle aurait lini plus tôt, si la perfidie des Saxons l'eût permis. On ne saurait dire combien de fois ils furent vaincus, combien de fois ils se rendirent en suppliants au roi, promettant de faire ce qui leur était ordonne , livrant sans retard des otages et recevant nos ambassadeurs. Quelquefois ils étaient tellement doiif>tés et abattus, qu'ils promettaient d'aban*

946 CAHLOVUmiÊM. — (QflAlUtlUUdlIB. t^«4TS

donner le culte des démons et de se soumettre à lâ foi cbrétîeniie. Mais s^ils paraissaletit qudiqiiefots enclins à le iaire , on les retrouvait bientôt après empressés à détraire qu'ils avaient fait ; en sorte qu'on ne saurait dire auquel des deux partis ils se montrèrent jdus faciles. . . Mais la grandeur d'àme du roi et sa constance dans la boUne ou mauvaise fortune ne purent jamais être vaincues par leur légèreté; jamais il ne se rebuta de ce qu'il avait commencé , jamais il ne laissa aucun de leurs outrages impunis , jamais il ne négligea ou de conduire une armée contre eux ou deTen^oyer sous les ordres de ses comtes , pour venger leur perfidie etleur infliger la peine qu'ils avaient méritée, etc. »

Ce qui ressort le plus clairement du récit d'Êginhard et de la lutte opiniâtre qui depuis près de deux siècles existait entre les Francs et les Saxons, c'est qu'il y avait deux Germanies : l'une à demi romaine, à demi civilisée et presque entièrement chrétienne, celle que nous appelons le royaume d'Austrasie; Tautre toujours sauvage et païenne , semblable y sous beaucoup de rapports, à ce qu'elle avait été au temps de Tacite, et qui résistait énergiquenientpour le maintien de ses mœurs, de ses lois et de ses dieux : c'est cette dei nière f|ue représentait la Saxe au déclin dil huitième siècle et à la mort de Pépin. INous ne saurions trop insister sur cette vérité historique, dont la démonstration résulte des faits eux-mêmes , et qu'il importe de ne jamais perdre de vue, si l'on veut se faire une idée juste de la mission de (lharlemagne et delà grandeur du conflit suscité , sous son règne , entre la «civilisation et la société barbare : celle*ci devait étie

iri-fm LA emuNiB au hoitièiib sièglb. 247

vaiocue, c'e&t sa destinée inévitable iorsquelle se trouve en présence de sa rivale. Il y a dans l'histoire

de tous les peuples, à un momeul plus ou moins rapproché de leur origne , une période durant laquelle deux tendances se manif'eslenl, deux génies opposés se révèlent. La nation se scinde en deux parts : ï une s'attache au sol par la religion, la propriété, les institutionsy et le besoin des jouissances matérielles; Tautre continue de répudier tout ce qui fixe les hommes au territoire, tout ce qui est en contradiction avec les bonheurs de la vie errante et les satisfactions nées de la guerrç. Les invasions sont comme le mode accoutumé des peuples qui sont voués à ce double travail : leur mouvement jette d'un côté ceux que la civilisa* tion attire à leur insu peut-être, ceux qu'elle absorbe, ceux sur lesquels elle réagit et dont elle triomphe, alors uiéine <ju'ils Cl oient la sul)jnguer et la Taire disparaître dans le désordre brutal de la force ; il retient et refoule de l'autre c6té ceux qui, au bien-être, à l'or, au luxe , aux oripeaux des cours nujnarcliiques, préièrent la vie âpre et rude des forets, le droit que chacmi se fait par le glaive , les profondeurs mystérieuses des bois , les incertitudes de la chasse et de la pèche, le culte des dieux grossiers et sanguinaires, mais redoutés par les ancêtres, et qui réservent aux braves le céleste hydromel, les louanges des Walkiries et les joies belliqueuses de la V alhalla. La ( icrmanie à demi romaine, la Germanie à demi policée parle christianisme, comprenait les 1 l ancs d' Austrasie, de iNeustrie et de tH)urgogne, et avec eux les peuples entraînés dans leur sphèrci les Alemans, les Thuringiens, les Bavarois, les

348 CABL0V1N6IB1I8. — CWABLBMAftHB. cni-ITt

Lombards eux-mêmes. La Germanie demeurée persé> virante dans le culte de ses idoles et dans l'amour des

traditions, c'était la confédération saxonne, ralliant à elle toutes les tribus décidées à rester barbares, des bords de l'Elbe à la Yistule, et des montagnes des Marcomans aux Alpes Scandinaves. Les quelques lignes que nous avons empruntées à Eginhard, et les détails un peu concis que nous avons déjà donnés sur la ligue saxonne , ne suffisent pas pour initier le lecteur aux origines et à la consistance nationale de cette portion de* la Germanie : on nous pardonnera sans doute, dussions-nous revenir sur nos pas , d'entrer ici dans quelques développements indispensaUes.

Les Saxons, dans l'origine, habitaient cette r^on de la Chersonnèse cimbrique qui, plus tard, a formé le Schleswig et le Holstein ; ils peuplaient également la partie du littoral qui fait face aux iles de Busen, de Nordstrand et d'Héligoland; plus tard , leur nom s'étendit aux tribus de la basse Germanie qui s'étaient successivement rattachées à leur cause, et que Ion aurait pu croire placées sous leur protectorat. Vers le temps où s'ouvrit l'ère de Charles Martel, ils peuplaient, de l'Elbe al'Yssel, un vaste territoire divisé en trois districts par deux lignes de retranchements. On appelait Ostphal le pays de Test, Westphal celui de l'ouest , Engern la contrée du milieu. Ces barbares gardaient la mémoire de leurs anciennes émigrations. Ils se disaient venus du Nord, et de ces colonies de pirates qui vivaient dans les rochers de la Scandinavie ; du nom de leur arme nationale (sachs)y on les appelait les « Grands'CouleauXj les Saxons; » et les modernes

m4f$ï UÊ» SAXONë.

peuplades de 1 Amérique du Nord, (jui caïupeiit au delà du Missouri et vers les lacB du Canada, présentent saus doute uu spectacle analogue à celui que dounaient au mmide chrétien les Saxons à demi-sauvages de la période mérovingienne (i).

Cependant les Saxons étaient surtout des brigands de mer : sur de fr^es vaisseaux, mais habitués à braver les fureurs de TOcéan, ils remontaient les grands fleuves de la Germanie et dé la Gaule, et se faisaient gloire de piller les villes, de dévaster les provinces; dès l'enCuice ils savaient manier une rame, hisser une voile, et conduire au milieu des vagues un grand bateau plat| bordé d'osier; on les voyait se réjouir aux approches des tempêtes qui devaient cacher leurs expéditions et disperser les flottes de renneiui (:i); leurs bateaux tiraient si peu d'eau, qu'ils s'avançaient aisément à cent milles dans les grandes rivières ; ils étaient si légers, qu'on les transportait aisément sur <Ies chariots d'un fleuve à l'autre. Dès le cin(|uièuie siècle après Jésus-Christ, ils avaient pris place parmi les conquérants de la Grande-Bretagne , et avaient fondé , avec les Jules et les Angles, 1 heplarciiie à laquelle leur nom est encore attaché; une ter- Ci) Voir dans les moderne» les savantes pa^es de leu M. Oxauam, qui a si ImUamiiieot élucidé les origines germaniques. Voir pour le nom des Saxons ce passage de la chronique de WiUkind : • Fuenmi Mttem ei fui koefaemore nomem Ulis imiium tiwhmi : ouliM tnim nostra lingua SaÂs Hieimtur,

{•}.) Qdin et /iremnricus piratam S(n<nia /nicfus .spcra/^tf , <ni fulle sninni Jnliarc Hritannnm Ltidiis ; et usjiuio i^laiicum marc JinUerc icmùo, ( Sidon,f in paneg)r, ^ci/, 369. )

S80 CARLOVINGimS. — GBAKtBllAGNB. flMH

reur sans égale précédait à ce nom , qui ne rappelait

aux Bretons que des idées de carnage et de sang. Les Saxons y vainqueurs et maîtres de la Bretagne, avaient eu la triste gloire de faire disparaître de ce pays la religion, les mœurs, les lois i[\xe les Homains avaient cultivées au prix de tant d'efforts , et de supprimer par le fer les formes de la justice civile et criminelle , les rangs de la société, et tout ce qui rappelait le christianisme ou Fempire*

La nation se divisait eu trois castes, les £tlielings, les FrOings , les Lassens, c'est-à-dire les nobles, les hommes libres et les affranchis ; et leurs coutumes différaient peu de celles de l'antique Germanie. LesSajLons ne se mariaient qu'entre eux , gardant toutefois avec une inquiète jalousie la différence permanente des castes; nonobstant cette distinction originelle, les intérêts du peuple étaient communs : tous les ans, dans chaque canton, les trois ordres des affranchis, des libres et des nobles, élisaient douze représentants; ces députés rassemblésdans un lieu appelé Marklo, sur les bords du Weser, au centre de la Saxe, y traitaient des affaires publiques. Eu temps de paix chacun vivait inviolable sur sa terre, sous l'autorité d'un juge cantonal. Trois chefs avaient, chacun pour sa circonscription, le droit de convoquer en armes les Saxons V\ estphaliens et Ostphaliens, et les Angrariens (ceux d'Ëngem). Si la guerre était générale, le sort désignait celui qui tous devaient obéir. Les soldats chevelus, vêtus de saies, armés d'une longue lance, d'un bouclier court et du couteau, se rassemblaient autour de l'étendard sacré, où Ton voyait les images symbohques

mjfm fioer h*mA sm lboII hi9V0I1Ib. Vi\

du lion y de l'aigle et du dragon ( i ). Cette organisation

vigoureuse et simple rappelait la Germanie de Tacite : ce qui la rendait plus forte encore dans ses effets, c'est qu'dile avait pour base TidolAtrie teutonique, ce paganisme grossier mais tenace qui rattachait les peuples à leur patrie, en divinisant les bois, les fleuves, les moissons, et toutes les manifestations visibles de la nature. Aux yeux des Saxons, les Francs , les Goths, les Lombards, les Alemans, devenus chrétiens, n'étaient que des transfuges qui avaient à la fois clëserté la terre natale et les dieux des ancêtres pour se plier aux lois, aux mœurs et aux dogmes religieux des Romains : ils avaient horreur de ces Germains qui reniaient les traditions dupais, et, loin de conclure volontairement alliance avec ces partisans du christianisme , ils tournaient leurs regards et leurs affections vers les peuples Scandinaves, dont le paganisme était comme le frère ainë de leur propre culte ; et leurs pirates, revenant chaque année sous le toit natal pour y passer la saison d'hiver, les remplissaient d'une

sombre exaltation et d'un sauvage fanatisme, en leur parlant des sacrifices humains d'Upsal et des banquets célébrés en IHionneur de Woden leur dieu, leur roi,

(i) Jkmtqm iUorum Hngua Adiùtgi, suiUfui Friimgi, simt 91»' Laui dkmuur, {VU, S, Lebuim, apiid PerU, U,) • Ei id kgibus firmaium, ttt mtlla paré in copulandis eonjngiis proprÙB sortis terminas transférât f itd nobUis nobUem ducat, et liber liberam, Hbertus conjnnfiatur libertœ et sen*us ancilltTy » trtinslatio S. Alexandrie Sachsenspiegel. Ce texte établit formellenieiil les trois castes aii-ticssous (les(juellcs fi^^urnit les esclaves. Va »|uanl aux détails louriiis sur le gouvcriicinent et les mnnu s militaires, voyez encore les savantes études de l'eu M. F. O/anatn, la chronique de Witikiod, yilam Lebuinif Adam de Btém»f etc.

S5t GAUL0V1N6UIII8. — auMMMàsm. [Tl-m

et l'auteur de leur race. Ajoutons <iue ces banquets sinistres n'étaient que trop souvent souillés par des vestiges d'anthropophagie , coutume abominable qui se trouve cbez tous les barbares, et dont aucune société sauvage n'a pu se dire exempte (i).

Durant la période qui s'écoula de la décadence des Mérovingiens à raffermissement de la maison d'Héristali , les Saxons avaient bien souvent entamé l'em* pire des Francs sur les frontières du nord, et on les, avait vus subjuguer peu à peu les possessions transrhénanes de l'Austrasie* Rivaux des Francs au delà du Rhin , non-seulement ils s'étaient soustraits au faible tribut que les premiers Mérovingiens leur avaient imposé , ils aspiraient encore à englober dans leur confédération ou à occuper pour eux-mêmes les terres germaniques méridionales qui reconnaissaient la domination des Carlovingiens. Vainement les maires du palais d'Austrasie et les chefs du sang des Pépins avaient plusieurs fois ravagé la Saxe et arraché à ce pays une soumission précaire par de sanglantes défaites ; les Saxons, toujours prêts à se paijurer et non réduits , n'étaient jamais las de combattre pour leur liberté et leurs idoles : héritiers de la puissance morale des Francs et des Thuringiens, ils visaient sans relâche à dominer la Germanie tout entière, et «1 maintenir, par leurs secours, leur dévouement et

(i) Au temps de Diodore de Skale, les Celles dlriande |Mmaient pour

(.anuibales ; dans les temps héroïques de la Grèce, on retrouve Tbistoire de Tantale et de Pélops; au trei/ièine siècle de l'ère chrétienne, Albert le Grand visitait les |)eLiples <le la Poméranie pour y détruire Tborrible usage de dévorer, les viefllards.

m-mi LE CHRlftTlAMlMlB ET l' IDOLATRIE SAXONNE. 253

leurs exemples 9 toutes les peuplades du Nord, du Wëaer à la Vktule, sous l'empire de ridolàtriey et dans la tradition politique et militaire de leurs ancêtres. £n un mot , ils rassemblaient et constituaient au-dessous d*eux et autour d'eux une Germanie ptienne, toujours immobile sur son territoire et par ses mceurs.

En face d'elle commençait à s'établir la Germanie

chrétienne. Quatre évéchés couvraient la Franconiey

la Hesse et la Thuringe; derrière celte première ligne, les JBavarois, les Alamans et les Francs occupaient des contrées jadis tributaires de Rome , mais entièrement absorbées désormais par le principe teutonique. Au delà venaient encore les Anglo-Saxons, dans la Grande-Bretagne ; les Wisigotlis, dans les Astories; les Lombards eux-mêmes, dans lltalie septentrionale ; et ces divers peuples semblaient être sinon la Germanie proprement dite, la Germanie mère, du moins autant de colonies germaniques se rattachant par les traditions et le langage à la commune patrie. La mission de saint Boniface avait fondé TÉglise d'Allemagne, la royauté de Pépin Tavait affermie; le r^ne de Cbarlemagne n'allait pas tarder à oûiisolider, à étendre ses conquêtes, et à faire triompher, au delà du Wéser^ la vérité et la civilisation chrétienne. Pour accomplir cette œuvre, ce grand homme avait besoin de briser plusieurs obstacles , et le premier qui s'offrait à lui était le peuple saxon. La guerre qu'il entreprit pour subjuguer ces barbares était comme l'avant-coureur des croisades du moyen âge, et voici dans quels termes naïfs un poêle , d'origine

Oigitized

254 CMU^OVllfii^lEIift. — CHAEUnUfiini. C77«-m

saxonne, en proclama le caractère providentiel : « L'Étemel, dit-il, qui dans sa miséricorde veut le salut du genre humun , avait connu que rien ne pouvait adoucir la dureté des Saxons ; et afin de les forcer à subir le joug doux et léger du Christ, il leur donna pour maître et docteur de la foi le glorieux Charles, qui , les domptant par la guerre , sinon par la raison, devait les sauver malgré eux (i). » On verra bientôt agir et combattre ce rude apôtre.

Ainsi il ne s'agissait pas seulement , comme semble le dire Éginhard, d'une simple question de f rontières et de quelques collisions suscitées par le désir du pillage : la question religieuse était au fond du débat, vivace et persévérante , et soutenue d'ailleurs par le glaive et Tincendie, comme savaient le faire des barbares de la veille et des barbares du lendemain. Il s'agissait d'extirper de la Germanie, ou du moins de rejeter loin de la vue des Francs, les débris du culte de Woden , de Dunar et de Saxnot ; les derniers des Germains n'avaient pas moins à cœur d'en finir avec le christianisme, qui n'épargnait aucun anatbème aux coutumes sauvages et sanglantes demeurées chères aux fils des vieux Teutons. L'étendard des Saxons appelait à sa défense les paganismes germaniques , scan-

(i) O pietas benedicta Dei , quœ vult genus omne Humanum fieri sah uml Quia noverat hujus Non aliter gentis molliri pectora posse.,. Oh hoc doctorem talem fideique magistrump ScUicet insignem CanUum danavit titdem p Qui beUo pnmereî quos non ratione domarti, Sieque vd invitas salimn cogati ipiOSm

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