‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 18 sur 32 · rRq HOUfBLLB RÉVOLTE W Là mB · texte numérisé non relu

rRq HOUfBLLB RÉVOLTE W Là mB

château où saint Booitace, ce grand apôtre de la Germanie, n*ëtant encore qu^archevéque miasioû* naire , avait autrefois fondé un ëvéchë suffragaut du siège métropolitain de Mayence. Cette ville , aujourd'hui détruite, était située sur une hauteur, non loin de TÉder; elle résista vigoureusement aux Saxom, et ces barbares, renonçant à l'emporter de vive force I se mirent à ravager la campagne. Bientôt ik se montrèrent devant le monastère de Fritzlar, sur la rive gauche de l'Éder. C'était la première fondation de saint Boniface. Quand les barbares approchèrent, la torche en main , une térreur mystérieuse les saisit ; et les chrétiens se rappelèrent avec une sainte confiance que le martyr avait prédit , en l'honneur de l'église de Fritzlar, qu'elle ne serait jamais brûlée. Or, à l'aspect des chrétiens et des idolâtres, selon le témoignage des chroniques (i), apparurent deux jeunes hommes vêtus de blanc qui défendaient les abords du sanctuaire ; et les Saxons, n'osant soutenir ce prodige, prirent la fuite sans même être poursuivis. Cependant Charlemagne accourait en toute liàte, suivi de ses armées. Il marchait dans la direction du Rhin, vers Ingelheim, ferme royale qui! avait bâtie dans les faubourgs de Mayence. Comme il arrivait à Spire , il vit venir à sa rencontre Gondeland , abbé du monastère de Lauresheim , dont les fondements avaient été posés onze ans auparavant , du vivant de Pépin, dans le diocèse de Worms et sur la rive droite du fleuve : cet abbé le pria d'assister à la dé-

(t) Égiobard, Jimales, ad aim, yji^. Amuihs laurissemu et FuU démet ^ aiemm, 774. Ammks Franeat,, Ihid.

274 CARLOYIHGllIfS. — CHARtmAAHB. (Hl-TTS

dicace de son ^lise , et Cbarlemagoe s'y trouva le i4 du mois d'août (774)- Quelques jours après, arrivé à iDgelheim , il disposa tout pour réduire sans retard et avec énergie les rebelles de la Saxe; dans ce but, il fit passer le Rhin à son armée, divisée en quatre corps ; trois de ces détachements joignirent les barbares et les dispersèrent, puis ils revinrent en Austrasie chargés de butin. La saison d'hiver ayant ensuite suspendu les opérations au delà du Rhin, Charlemagne se rendit à Quiercy-sur-Oise, où il célébra les fêtes de Noël et de Pâques i^^i^^^S)' Après avoir rempli ces pieux devoirs , il ne tarda pas à tourner ses regards du côté de l'ennemi , et convoqua le champ de mai à Duren , entre Aix-la-Chapelle et Cologne. La guerre ayant été de nouveau résolue et les contingents militaires se trouvant prêts , Charlemagne marcha pour la seconde fois en personne contre les Saxons (775). Il prit Siegbourg, au confluent du Ruhr et du Lenne; .puis il marcha droit sur Éresbourg, dont il releva les fortifications détruites par les Saxons , et où il mit garnison. Se tournant ensuite vers le Wéser, il rencontra à Brunsberg un corps ennemi qui chercha à lui disputer le passage de ce fleuve : il battit les Saxons, passa sur Tautre rive, et s'avança jusqu'à TOcker. Les Ostphaliens se présentèrent sur les bords de cette ri* vière avec leur chef Hessio , firent leur soumission et livrèrent des otages, hassuré de ce côté, Charlemagne revint sur ses pas, et trouva, près de Bukesberg, les barbares d'Engern (les Angrariens ou Angres) rassemblés sous les ordres de Bruno 9 leur chef, et de quelques éthelinfis de leur nation : ik se aoumi-

n^m DÉVAin dbs saxous. 27 S

rent comme les Ostphaliens, et subirent les mêmes

^ conditions. Sur ces entrefaites , les détachements que Charlemagne avait laissés sur les bords du Wëser furent attaqués par les Westpbaliens en un lieu que Ton nomme Uudbéki, et où campaient les troupes sustrasiennes. Les Francs allaient au fourrage négli» gemment et sans précaution. Comme les fourrageurs rentraient à la obute du jour, des barbares, se mêlant à eux en alliés , réussirent à s'introduire dans Tenoeinte du camp(i); durant la nuit, ils se jetèrent sur les Francs endormis .et-^mmencèrent à les massacrer, îves cris des mourants et le bruit de la lutte ayant réveillé le reste de l'armée , on se vit bientôt en mesure de terrasser les Saxons et de déjouer leur audacieuse attaque : la perte des Francs n*en avait pas moins été fort grande. Instruit de cet incident, Charlemagne accourut à la hâte , tooiba sur Varrièregarde des Westpbaliens, la tailla en pièces, et contraignit les barbares de se soumettre à leur tour et de livrer des otages , garantie douteuse de leur fidélité à venir.

Les trois nations principales de la Saxe étaient vaincues et désarmées. Charlemagne aurait pu , au lieu

de se contenter de leurs protestations periides, les

(i) lie poète MUCOD» qui raconte la surprise du camp des Francs par ceux de sa mlioD , cberdw à imiter les allures de Virgile , et D*y parvient guère :

Pars snèvectat omu viridis simul ut raque fœni.

Sic introgresxi Frnucomm castra dohsi ,

Qund ri non potcrant, cgerunt artf. Scd ulim

Est dictum : • Dolus au virtus quis in hnste rcquimt ? •

(Poeta Saxo., ad ann. 776,)

876 €AllL0irill61SN8. — GHAILUAGMB. [774-773

subjuguer plus* complètement et achever de les détruire ; mais de nouveaux mouvements venaient d*ë-

dater en Italie, et le forçaient de rétablir sa domination encore ébranlée au delà des Alpes. Les princes et les seigneurs de la race lombarde ne s'étaient soumis qu'à regret, et ne cessaient d'épier l'occasion de secouer le joug des Francs ; leurs dispositions menaçantes inquiétaient vivement le pape, qui entretenait une correspondance assidue avec Gharlemagne. Vers la fin de T^née (775) , Adrien instruisit ce prince d'un complot formé entre Hil^ebrand, duc de Spolète, Aréghise, duc de Bénévent, Réginald, duc de Cliiusi, et Rotbgaud, duc de Frioul, pour rappeler de Constantinople Adalghise , fils de Didier, et le proclamer roi des Lombards et d'Italie. Adalghise, d'après ce que mandait le pape, devait descendre en Italie vers le mois de mars de l'année suivante avec une flotte et une armée grecque, se joindre aux quatre ducs, envahir Rome et relever la monarchie de Didier : ils eq>éraient profiter des embarras de Gharlemagne, alors occupé de la guerre des Germains. Le danger était loin d'atteindre à de pareilles proportions , non qu' Adalghise et ses afiidés d'Italie ne cherchassent de tous leurs efforts à obtenir le concours des Grecs, mais parce que l'empereur d'Orient, le jeune Léon IV Porpliyrogénète , fils de Constantin Coprônyme, se trouvait assez exposé du côté des Bulgares pour être peu en état de guerroyer en Italie. Quoiqu'il en soit , Gharlemagne , averti par les lettres réitérées du pontife, voulait déconcerter les menées des ducs lombards alors qu'il en était temps encore, et raffermir par sa pré-

m-my wtm m italib. S77

seoce sa récente royauté d'Italie : s'étaat donc con* tenté des assurances pacifiques des Saxons, il revint eu Austrasie , célébra la féte de INoël à Schlestadt , et entra en Italie à la téte d'une armée , vers le oommencement de Tannée suivante.

Déjà ( 776 ) le duc Rothgand avait grossi sa faction , et allait opérer le soulèvement de toutes les provinces du nord; plusieurs villes s'étaient liguées à son appel; une armée considérable était réunie sous ses ordres. Mais Charlemagne apparut soudainement dans le Frioul , surprit les conjurés , dispersa leurs forces, et étouffa presque d'un seul coup leur conjuration. Rothgan détant tombé au pouvoir du vainqueur, fut décapité en punition de sa félonie. Bientôt les villes (jui s'étaient soulevées, et dont la fidélilé avait paru suspecte, se bâtèrent d'ouvrir leurs portes et acclamèrent de nouveau la royauté de Charlemagne. Trévise, l'une d'entre elles, fut réunie au duché de Frioul, et cette province fut confiée, à titre de fief, à Marcaire, l'un desleudes francs. Ces événements s'accomplirent en peu de semaines, et Charlemagne aurait désiré, selon la promesse qu'il en avait faite au pape, se rendre une seconde fois k Rome et y séjourner le temps pascal; mais de nouveaux orages éclatant au nord lui firent un devoir impérieux de revenir en Austrasie , et de tenir téte aux révoltes de la Saxe. Le pape, qui s'attendait à tenir sur les fonts baptismaux un fils de ce prince, fut mortifié de ne point recevoir sa visite ; il lui écrivit pour le prier de ne pas le priver de cet honneur, et il l'adjura de faire exécuter en son entier la donation qu'il avait faite au saint^siége. II

S78 CAELOVlNGIBMft. CHARLSMAGNE. (17^77

est à remarquer I en eitet y que les souverains pontifes n^avaieDt pu eooore obtenir à! être mis en posseflaion de toutes les provinces et de toutes les cités que leur avaient cédées, à deux reprises^ les rois carlovingiena» L'archevêque deRavenne luttait contre le pape pour des intérêts temporels , et prétendait s'emparer de la juridiction civile que revendiquait à juste titre le chef de l'Église. Le vénérable Adrien se plaignait au roi de ce procédé; il s'étonnait de ce que l'archevêque de Ravenne s'obstinât à rester maitre de plusieurs villes de l'Emilie , sous prétexte qu'elles lui avaient été concédées avec toute la Pentapole : ces plaintes étaient fondées, et il est assez remarquable que Charlemagne ne s'empressait guère d'y faire droit, comme s'il eût secrètement désiré de restreindre la donation de Pépin dans déplus étroites limites, et de se réserver une aorte de protectorat ou de souveraineté sur quelques territoires libéralement cédés à l'Église.

Les Saxons avaient repris les armes et s'étaient rendus maîtres d'Ehresbourg , dont ils avaient détruit les retranchements ; vainqueurs sur ce point, ils mirent le siège devant Sigsbourg, et ne purent réussir à emporter cette place. Le courage de la garnison franque n'était pas le seul obstacle qui arrêtât les bar* bares; il s'y joignit cette épouvante religieuse qui déjà avait sauvé des ûammes l'église de Friudar. Les pierres que lançaient leurs machines venaient retomber sur leurs têtes; puis, s'il faut en croire les chroniques (i), on vit briller en l'air deux boucliers

(i) « £i Deo voleMCf peimnœ qmmpnepamvtnmi pltu Mis daamumfe'

mm} «outàvftURT m Sâiom.* S79

de feu, qui semblaient protéger la ville. Bientôt une lortie vigoureuse des Francs aoheira la déroute des Saxons. Sur ces entrefaites | Cbarlemagne , que Ton croyait enoore occupé aux guerres de Lombardie, ar» riva sur les bords du Rhin, et tint le champ de mai à Worms : quelques jours après, àlatéte de ses troupes il pénétra sur le terriloire de la Saxe, et refoula les barbares sur les bords de la lippe. Sa présence inatleudue répandit dans les {nrovinces saxonnes la plus vive consternation, et de toutes parts les populations se soumirent 9 s'engageant, sous la foi du serment, à recevoir le baptéme.^Cbarlemagne, heureux de venir si promptement à bout de son entreprise, accorda la paa aux vaincus, en fit baptiser une grande multitude, et se retira, emmenant avec lui de nombreux otages. Toutefois^ afin de tenir en respect les nouveaux convertis, il releva les fortifications d'Ëhresbourg , et fit construire une citadelle sur la Lippe. L'biver étant venu, il célébra la fête de Noël à Héristall, pays natal de ses ancêtres.

Au printemps de Tannée suivante (777) , Cbarlemagne, pour compléter la soumission de la Saxe, rë* solut de tenir rassemblée nationale à Paderborn , sur les terres des Westphaliens; il s*y rendit avec ses armées et ses leudes, et invita Télite des nations saxonnes

€erutu quam iiiis qui iiifra castrum residetmnt, FidentUtus tam a foris, quam êiiatn et dcintuâ, tv qmétiâ mtUii manmt ttsqm ùdhms êt dieum inditse se iiutar duomm satiêrum colon- ruùeo flommamteg et ggittuttee wpmipêamtceluiam AtuudesFnmeorum et J moles Beriiniami, Ainsi In chroniqueun altestaieni i|iie le prodige avait eu pour témoins ocu- Imi àm iMunet qui vivaient enooie de leur teups.

SSO CARLOVlMCMBlIft* ~ CMAMLlMàftllB« [776-777

à s'y trouver. Les grands et les hommes. libres obéi* rent à œt appel, et plusieurs d'entre eux qui n'avaient point encore reçu le baptême le sollicitèrent comme une faveur. Wittikind seul, le chef national, refusa de paraître à Paderborn et de fléchir devant le vainqueur : il se retira près du roi de Danemark , son beau^frere , et dans cette retraite sâre il épia de nouvelles occasions de guerre. Tout porte à croire qu'en attendant il déprignit aux Danois, sous de sombres couleurs, ce qu'ils avaient à craindre de l'ambition et de la puissance des Francs, et quelle riche proie les Gaules offraient en réserve à des pirates. Un demisiècle plus tard, on vit que ses efforts n'étaient point demeurés stériles. Cependant les Saxons n'épargnaient rien pour désarmer les défiances des Francs. Ils s'engagèrent, selon une formule usitée chez ce peuple, à perdre leur liberté, leurs biens et leur patrie, s'ils venaient à être infidèles au christianisme , à Charles et à ses fils ; de leur c6té, les Francs jetèrent à Paderborn les fondements d'une église. Or, un spectacle inattendu étonna les vaincus et les vainqueurs, réunis au champ de mai de Paderborn : on vil venir, dans cette assemblée, des chefs sarrazins du pays compris entre les Pyrénées et l'Ebre, et ces vassaux musulmans se prosternèrent aux pieds de Charlemagne, suppliant ce prince de les mettre à couvert des attaques de leurs propres ennemis , et le proclamant leur seigneur et leur souverain. « Là, dit la chronique, là vint meisme « au roi un Sarrazin espagnol, Ybna FArabi estoit ap- «c pellé ; aucuns de sa gent avec lui amena. » Il est évideqt que Charlemagne , fidèle aux tradi*

Digiiized by GoOglc

lions de son aïeul, ne voyait point d'un œil indidéreut les souffrances qu*eodiindeiit les chrélieDS wisigolbs sous la domination des Maures d*£spagne, et qu'il ne laissait échapper aucune occasiou de fortifier leurs espérances et de mainlemr leur courage. L'aridité des chroniques n'est point telle que de temps à autre quelques passages» édiappés à l'oubli, n'autorisent de pareilles conjectures (i). Quoi qu'il en soit, la présence d'ibn-el* Arabi au champ de mai de Paderbom suffisait seule pour faire pressentir qu'il s'était passé de graves événements au delà des Pyrénées | et nous devons les indiquer à la h&te.

On a vu plus haut que le dernier rejeton des Ommiades, Abd-el-Rahman (Abdérame), avait passé en Espagne vers l'an i38 de Thégire, s'y était fait reocAinaitre roi, et avait établi à Cordoue le siège du califat d'Occident : un chef arabe nommé Joussouph, à la • téle des tribus de race aiodliarite , et un autre chef nommé Soroail, appuyé sur les mêmes éléments, rallièrent à eux les mécontents , et organisèrent vers les vallées de TÈbre et de la Navarre des corps d'armée destinés à disputer l'Espagne aux lois d'Abd-el-Rhaman. La lutte engagée entre les divers pouvoirs amena des péripéties dont le détail serait long à raconter, mais qui, au demeurant, lurent favorables a la cause

(l) « Quamvis Gallorum ne Germannrumy scu ftnlnrum, muffipiiciùus etsei expediiionUnu implUitus, tamen pieiatu intuitu, quo christianis in Bitpmna stêb Sârraeemis , iatoremiUtu muxUimm ferrer , ingenti miliiûe mum deleeta , jfnBdietam rtgwmm miiit. FUa S, Geimffif omet. «mm.

« Bitx Càroliu, moitié preàbm et fuerelit ekristiammm qui ému/, m Hupmda subjuga Stirraeeiwrum, eum exereii» Bispaminm mtmrii* »

282 GÀRLOVUiaim. ClURLIlUGIIfi. (n«-777

du calife de Gordoue et désastreuses pour ses adver- Mires. Les califes abassides de Bagdad, épiant de loin les occasions de nuire à Abd-el-Rhaman, leur implacable ennemi, ne se laissèrent pas décourager par l in- •UC068 des tribus modharites : ils pandnrent à entrelenir des divisions parmi les Maures d'Espagne, et à susciter de nombreux obstacles au calife de GMrdoue : ce fut surtout dans les régions du nord-est que ces difficultés s'accrurent et devinrent opiniâtres; et Taulorité d'Àbd-el-Rhaman ne parvint pas à s'affemir sur les bords deTËbre, contestée et désavouée, sinon par les popidations, du moins par les rebelles, kmjours prêts à prendre les armes et provo({uer des soulèvements partiels. Âu nombre de ces cbeis ligués contre Abd-el-Rbaman, figurait ce même Soliman-eUÂrabi , que nous venons de désigner sous le nom d'ibn-ei* Arabi, que lui douient les cbroniques dirétiennes : par Tune de ces transactions dont l'histoire de l'Espagne mahométane offrait alors de fréquents exemples^ Soliman^l-Arabi reçut d'Abd-éMVbaman la dignité et les droits d'émir de Barcelone. Plus tard, pour ré« compenser sa fidélité apparente et sa soumission douteuse, le calife de Cordoue le fit émir de Saragosse ; mais dans œ nouveau poste, plus émineot, il ne tarda pas à laisser paraître de nouveau les sentiments de haine et de jalousie qui i'animaientà l'égard d' Abd-el- Rbaman, son souverain : soit que ses desseins secrets eussent transpiré , soit qu'il jugeât lui-même le mo-

Rhaman et de le déposséder du califat de Cordoue , toujours est-il qu'il vint avec d'autres Arabes f iéiom

m-mi raiPAïuTiFft de ousrrs. 283

ou rebelles comme lui , solliciter contre son maitre rinterventioD des chrétiens et celle du roi des Francs. Outre les conjurés qui le suivaient à Paderborn , Ibnel-Arabi avait dans diverses villes de TEspague orieu* taie d'autres adhérents avec lesquels il s'était concerté pour Texécutiou de son entreprise, et qui, associés à son ambition, voulaient comme lid renverser le calife de Cordoue par les mains de Cliarlemagne, et recevoir d'un prince étranger la domination des Maures d'Espagne. Cbarlemagne se mettait peu en pdne de la moralité de cette entreprise. Avant tout, il envisageait Timportanceque pouvait lui donner cette alliance avec une faction mahométane ; et peu lui importail que le calife ée Cordoue fût ou non trahi par les siens, pourvu qu'un roi fidèle à Jésus-Christ saisit une occasion d'intervenir dans les affaires des Arabes et exercer une prépondérance sérieuse sur les peuples. D'ailleurs, son orgueil était ilatté de voir les clielsdes Maures, revêtus de leurs magnifiques costumes, lui rendre sur les terres mêmes des Saxons , et au milieu des leudes de race germanique , ces honneurs et ces hommages serviles dont se montrent toujours prodigues les Orientaux. Eginhard ne donne que peu de détails sur cette singulière entrevue et sur les intérêts qui y furent discutés; mais tout autorise à croire que l'émir de Saragosse et ses aiBdés obtinrent de Cbarlemagne la promesse d'être prochainement aidés dans leurs entreprises contre Abd-el-Khaman, et qu'eu échange ils se reconnurent de nouveau vassaux et tributaires du roi des Francs. Quoi c|u'il en soit, Ibn-el-Arabi et ses compagnons avaient à peine repassé les frontièreà.

284 CARL0VIM61EM8. GHARLBMâGNB. £777-77»

que les hostilités éclatèrent entre lui et le calife de Gordoue, et fournirent à Cbarlemagne un prétexte de bâter son expédition au delà des Pyrénées (777-778). Un demi-siècle s'était à peine écoulé depuis le jour où les Arabes, introduits en Europe par la trabison du comte Julien , avaient envahi la Gaule et menacé d'inonder la chrétienté tout entière; et déjà les émirs • nuisuhnans ouvraient aux armées catholiques toutes les portes de la Péninsule» et déposaient aux pieds de Charles les clefs de TEspagne. Le roi résolut de commencer la guerre dès le printemps; et dans ce but il fit appel à ses leudes de toutes les provinces gallofranques , aussi bien qu'à ses vassaux de Bavière et de Germanie. Les troupes rassemblées par ses ordre» furent réparties en deux grandes colonnes : l*une, destinée à envahir la Catalogne par les défilés qui avoisi* nent Perpignan, devait suivre la mer jusqu'à Gironne et Barcelone, et s'arrêter vers les bouches de l'Ëbre; la seconde devait descendre les Pyrénées et envahir l'ancien pays des Wascons, fertile province qui commençait déjà à porter le nom de Navarre. Le premier corps se composait de Bourguignons, de Neustriens et de Bavarois; l'autre, des contingents de Provence et de Septimanie. Gesforces étaient innombrables, et tout faisait pressentir la procliaine conquête de l'Espagne. Quand tout fut prêt, Cbarlemagne , à la tête des milices du nord, passa la Loire, traversa l'Aquitaine et se rendit à Cassineuil, résidence royale située au confluent de la Garonne et du Lot : ce fot là qu'il célébra les fêtes de Pâques (778). Tandis qu'il accomplissait ainsi son mouvement vers les Pyrénées, il reçut les

m-im npiniTioif m bsfagiib. %88

serments et riiommage de Lupus 11, duc des Wascons :

c'était ce fils de Waïfer, dont nous avons déjà mentionné Texistencei et qu'il ne faut pas confondre avec son cousin Lupus I*', Théroique ennemi* de Pepin-le- Bref, le persévérant et malheureux défenseur de la nationalité du peuple aquitain. Indigne de ce sang et de cette race , Lupus II régnait depuis neuf ans sous la protection des Francs et par la tolérance de Char-' lemagne ; il subissait un joug c|u'il n^osait secouer, et il sluimiliait sous la suzeraineté du roi carlovingien , épiant d'ailleurs l'occasion de trahir ses serments et de fouler aux pieds ses promesses les plus saintes.

La campagne s'ouvrit par des triomphes. Cbarlemagne attaqua Pampeliine et s'en rendit maftre. Abiatar, émir de Huesca, que les chroniques appellent roi des Sarrasins , et qui était un des principaux chefs de ces contrées, vint au-devant du roi des Francs , selon qu'il avait été convenu dans les conférences de Paderborn ; il lui remit les villes dont il était gouverneur pour le calife , et livra son fils et son firère en otages. Cbarlemagne passa TEbre à gué , et arriva bientôt devant Saragosse. Sur ces entrefaites, le corps d'armée qui avait franchi la frontière du côté de la Catalogne , soumit Gironnc et Barcelone , deux cités qui naguère s'étaient déjà reconnues vassales et tri« butaires de Pepin-le-Bref, et qu'Âbd-el-Rbaman avait replacées sous le sceptre des califes de Cordoue. Les deux corps opérèrent leur jonction sous les murs de Saragosse , et leur présence suffit pour faire capituler cette ville, qui, d'après les témoignages des chroniques, était récemment retombée au pouvoir d'Abd-

286 CARLOftMtBMt. — GHAlLnUGIIB. [777-791

d-Rhaman. Dans le cours de cette expédition Cbar-

lemagne eut de justes raisons de se défier d'Ibn-el- Arabi , et il ne voulut pas rétablir ce chef dans le gouvernement de Saragosse. On ignore quels motifii déterminèrent Charlemagne à ne pas pousser ses conquêtes au delà de TÈbre : il est évident que des obstacles se manifestèrent , sur lesquels il s'était fait illusion. D'une part, les Maures ne paraissaient point s'être associés à la trahison de leurs émirs, et, Idhi de se plier volontairement au joug des Francs^ ils se montraient disposés à défendre énergiquement la cause desOmmiades; d'autre part, les populai ions chrétiennes de la Navarre , de T Aragon et de la Catalogne, sur Tentbousiasme desquelles on avait compté, ne semblaient nullement disposées à sesoulever et à briser leur cbaine au prix de luttes et de sacrifices. Ce qui est certain, c'est que Charlemagne, déçu dans les espérances qu'il avait fondées sur ses alliés maures et cbrétiens, ne se trouva plus en mesure de continuer la guerre, et qu'il reprit la route de la Gaule : en passant, il fit abattre et détruisit les fortifications de Pampelune, qu'il avait d'abord épargnées : ce fut, pour un si grand effort , un résultat bien médiocre (i).

Charlemagne, avant de repasser les Pyrénées, voulut du moins maintenir autant que possible sous

(i) Lesbîstoriens aralies qui parlent de cette guerre diseot e^ipressémeat que les musulmans attaquèrent et battirent les chrétiens ; mais il est dtf* ficile de praidre ce témoignage à la lettre. Il est fort dontsat ipie, fé-* duits à leurs aeuin forces, ka Arabes de PEapagne orientale fosaent en mesure de livrer bataille à une armée telle que l'on doit supposer odie des FVancs , pour le nombre comme pour la bravoure. TVHe est Po> pinion de M. Faurid, et nouan^bésitons pas à la croire fondée.

mjm) vÉSAiffM db noMcitm. 287

sa domination les pays qu'il venait de subjuguer. Il

changea la plupart des gouverneurs musulmans , leur substitua des comtes chrétiens, d'origine franque, et confia k ces derniers le commandement des provinces voisines de l'Èbre , et qui reçurent le nom de « Marches espagnoles. » Il continua ensuite sa retraite sans être inquiété , et sans soupçonner le danger dont il était menacé : ce fut ainsi qu'il ramena , sur le territoire de la Gaule , la plus grande partie de ses troupes , chargées de butin et traînant à leur suite de nombreux otages. Or, tandis qu'il était en route y Lu* pus 11, duc des Wascons, se liguant peut-être avec les Arabes et croyant sans doute ( [ue c'en était fait de la puissance des Francs , ne craignait pas de mettre en oubli ses promesses récentes, et de tout disposer, dans les montagnes, pour exterminer Charlemagne et son immense armée. Celle-ci avait à traverser un pays coupé de rochers , de torrents et de précipices ; elle suivait péniblement des gorges étroites , et les bords incultes des gaves. Bientôt Tarrière-garde se trouva engagée dans la vallée de Roncevaux , dominée de toutes parts , et cependant encombrée de chariots et de bagages. « L*armée , dit Éginhard , défilait sur une ligne étroite et longue, comme l'y obligeait la nature d'un terrain resserré. Les Wascons (les Basques) s^embuscjuèrent sur la crête de la mon-

Ml

(avorisait leurs artifices ; de là , se précipitant sur la

queue des bagages ^ et sur Tarrière-garde destinée à protéger ce qui la précédait, ils lés rejetèrent dans le fond de la vallée ^ tuèrent, après un combat opi-

S88 GARLOTIlfGIBRS* — CBàlIilMAiGlIB. (TTMTt

DÎàtre , tous les hommes jusqu'au dernier, pillèrent

les bagages, et, protégés par les ombres delà nuit qui s'épaississaient y s'éparpillèrent en divers lieux avec une extrême célérité. Les Wascons avaient pour eux dans cet engagement la légèreté de ieurs armes et Tavantage du poste. La pesanteur des armes et la diiliculté du terrain rendaient au contraire les Francs inférieurs en tout à leurs ennemis. Ëginhard , maître d'hôtel du roi , Anselme , comte du palais y Roland y commandant des frontières de Bretagne , et plusieurs autres^ périrent dans cette affaire. » Comme on le voit dans ce récit , le désastre de Roncevaux n'est représenté par Éginhard que comme un échec d'arrière -garde : il est à croire qu'il eut de plus vastes proportions , car il causa à Cbarlemagne Fémotion la plus douloureuse. Le nom de Roland , qui se trouve sous la plume d'Éginbard, est tout ce que l'histoire dit de plus précis de cet homme de guerre, dont le nom, immortalisé par la tradition populaire etparles fabliaux du moyen âge (i), est de-

(i) La préteniliie chronique de Tiurptn noonle à peo près eocet termes la fin de Roland : « Roland sonne de son cor; il sonne pour ses coni|)agnons rassembler y et il sonna tant que Ctiarlemaines Tcntendît de Imit milles... « Mon neveu Rollant demande ayde, dit le roi, qui cstoit « loin deja, bien loio. » JLe traUtre Ganelon lui respondit : « Beau sire, ue • retournes pas en arrière , car Rollant a ooustume de corner pour de m petites choses. ■ G desloyal Ganelon , ta perfidie peut estre comparée à celle de Judas! Et Reliant sonnoit toujours du cor, à ce poinct que les veines de son cou se brisèrent; il se coudia sur rherbetle» et eost grant soif. Baudoin » son parent , s'approcha; Rollant estoît prest à trespasser. Baudoin saisit le cor» et Durandal (Tespée très-bdle^ cfere, flamboyante, blanche comme ivoire, de Rollant ); et il s'enfuit Ters Charlemaines pour quérir ayde. Et Rollant estoit aux portes de la mort.

m-mi MORT DB aoLAMO. 289

meurë le type de la vaillance , de Théroïsme et de la force. Roland était comte d'Angers et neveu de Char*

Il fit sa confusion à Dieu, son rédempteur, regardant le ciel , taisant des signes de croix; et quand il dit, «A moi a^del » sa beuoiate ame se sépara de son corps. ■

£l«i|ifliin la mime chroaMiiiei d^ailleurs fabuleuse, et que noua nt ■wHioimoin qye pour dcmiar ium idée k légiodi driovingiemie» rmfaiiuii les pMMfH «âma$, que nous tnuucrivoiis , malgré leur étendue :

« Las H travailBei dea gnms eonx qa'O avoit domies et reoéiia , et angoiseux et trenchiez , grant doloar démenant , s'en vint en tel manière

parmi le bois jusque au pié de la uiontaignc de Cisaire , et descendi de son cheval desous un arbre delez un grant perron de marbre , qui illuec estoit dreciez en un moult biau pré au dessus de là Rniucevuus. Si teuoit . encore Durandal s^eapée (si vaut autant à dire comme Donne grant cop, ^ ou fier durement Sarmzins), S'espée estoit esprouvée sur toutes autres» dere et resplandissans , et de bele façon , trencbana et affilée si fort, ffoe . die ne pooit ne Ibiiidreiii fariner. Si fine esloit i que avant lâuaiet brw . que cqiée. Quant il faut fprant pieœ (a) tnne et r^girdée, il la oommençaà regreterauaaicommeenplorant,et dist entelaumiere : ■ Oespée très-bele, claire et respbnditians , que tt ne oonvient pas fourbir auisi roni me autres , de belle grandeur et d'avenant besche {b), fort et ferme sans nulc niaumaisture , blanche comme uns yvoires par renliciulurc (r) entresei{i;iiic de crois d'or resplandissans, armée de paumluii di- l)»'rill, sacrée et benéoite des lettres du saint non Nostre Seigneur, a et (<j, et avironnée de la force Nostre Seigneur Jhesu-Crist I qui usera plus de ta bonté? qui t'aura? qui te tendra? Cils qui te portera ne sera ja. vaincus ne esbahis, ne japaonr n*anra de ses anemis , ne ne sera sorpris ne déoéns par iànlassies ne par Ulusioiis» mais toujours aura en s'aide la divine vertu. Bir toi sont Sarraans destruis, et gens mescresns vaincu, la foi chrestienne essaude, la bwnge de Dieu mouteploiée et aquise. O tantes fois ai vengé par toi le sane'Nostre Seignour Jbesu-Oristl Oquans . milliers anemis ai occis par toi , tans Sarrazins et Juis et autres anémia de la crois destruiz ! La justice de Dieu est par toi soustenue et emplie : les piés et les mains» aoooulumés à alerà larrechin, sont pai* toi du cors

(a) Iiffnflt*inp»t m&sipar.

¥^ liolpis.

â90 GàELOVIMQIBMS. — * CHmEMACME. I777-77S

les. Sa célébrité avait eu pour base de nombreux exploits que' nulle dirooique œrtaioe ne nou« a racontés , et qui n'en doivent pas moins être acceptés comme dignes d'admjiration et de foi^ puiaque le vague souvenir de ces grands faits d'armes a traversé les siècles , puisque, longtemps après la mort de ce paladin, le chani de guem qui pcurtait son nom animait encore nos ancêtres en face de Tennemi (i). Les

Anivil de fiiit oQQinMf ai ptr toi od« ou Swiuiiis ou J«b « telMit de fois eut«je «voir Tengié fe aanc Jliesa-Grist, O espée benowée, m traiclMiit et en aigineoe très imele , et a qui ne fiit ainques

ne jamais ne sera resamblable , cil qui te forja ne avant ne après n'en put faire une autele : qui de toi fut navrez ne pot onques puis vivre. Je ai trop grant duel se mauvais chevaliers perrecheux t'a après moi. Je ai trop grant dolear se Sanrazios ou autres nescreans te tient et te manie apràamiMMrt« »

• Quant il et lUNi a^ofiéa regreléat UlaievaoontreaKWtt et en feri trois merveidens cm en pemm de auvlire qui devant lui estait; car il la cnidoît brisier, parce que il avoit paour que elle ne irenist ès nudns des Sarrasins, Que ynm eouiaroit-on plus? Lî perrons fti coupez d'amont jusques enterre, et l'espée demoura saine et sans nule briseure : et quant il vit que il ue la porruiL depecier en nule manière., si fu trop dolans. •

Nulle guerre n'a pris dans les légendes une telle importance , et ce n'est point seulement parmi les peuples de la Gaule que le souvenir en est resté : au delà des Pyrénées, le nom de Boncevaux fut aussi souvent pranonoé que de ce oôtéK:i des montagnes ; pendant longtemps les £spegnols regardèrent ce combat comme une de leurs plus grandes gtoires, etBemaid deCarpio^ le vainqueur siqifiQBé de Boland, est un de leurs noms les plus populaires; ils rappeûeiit ce SQUTenir avec fierté dans km

Mala la vistes Francezes La caça de Ronceavallei OOUGsrlosperdiola llnrionm k» den paras («V

(i) Robert Wace , dans sou roman de RoUon , raconte qu'en iod6

fi94

Wascons célébrèrent la destruction de rarrière*garde

des Francs dans des romances populaires qui ne sont point toutes tombées en oubli f et au nombre det« »

les, troupes conduites par Guillaume le Conquérant s'ayançaient, à Hmûw% , précédées par un dimlier ou barde , doat la voix wthlirti il sonore diantiit RolaDd et aoa compigiMnis d'amies tués à Ronoevaux :

TiMIflhr. ki noU bien cmlolt^

SBra&fihevalkl loitallolt,

D9wl ai CJetl ramis) ifinalMl eiaMnt

De Carlemaine et de Boland, Et (l'Olivier et de TsMMn, Ki mfMnmot à SaiiiifllMwaML

Van la domiènne itfiflr un soldat rénélait la da an

puésenoe du roi Louis-le-Groa. « Pourquoi, lui dit oe prince , chanter « Koland, quand, dans les années firan^alses, les Roland ne se trott?enC

■ plus? — Ah ! répondit le soldit, il s'en trouverait encore s'il y avait • un Charleinagne à leur \èU\ » La chanson de Roland, dont M. Fran* cisque Michel a publié, il y a peu d'années, une rédaction du Xll'" siècle (^z), et qui n'a <]ue dix-huit cents vers environ, se retrouve dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale , avec des développements qui donnent à ce poiow «na étoMlne da plus da dis mille vers. Au Mf^el da la chanson da Bnland, uneenwv assaiymve a été répandue : «Conunent se fiiit-il,a-<-on dit, qu'une chanson aussi oélèbve, que les soldats firan^is répétaient encore sous le règne du roi Jean (b), soit aujourdiiul perdue ? > StPoo s'est ohstiné h recherdier dans les manuscrita une chanson très* tourte, com— celle de Richard Cœur-de-lion sur sa captivité, par exemple (r). Si Ton avait su ce que l'on entendait aux XllF et XIV siècles par une chanson de gestes, c'est parmi ces poèmes qu'on aurait cherché la chanson de Roland, ainsi que l'a fait M. Fr. Michel, qui ««st parvenu à en i*etrouver Pune des rédactions primitives. Le peu d'étendue de ce poème, la divisifMian couplets nonorinua, le cri ooi» qui revient à de courts in* tenralles, tout concourt à fiùre reconnaître que c'est là un des textes

(a) La cbanjion de RdaiHl ou de Roncevaux, du XlI* siècle, publiée \)oar la prt^ iBMte fois, d'aprt^ K> tnannarrit de la fcilliietliÉUBS BodUisnaa, à OiImnI, psr fr«

Midiel. Paris, Sylvestre. iW?, ln-8".

(6) Roquefort, âuii de la poé-ùe françmiu dans le» W et Xll* siècles^ p. 'JM Fr» Uicbel, Chanson dr Roland, p. f3.

(c) Mentionnée au tome V de cette histoire.

392 CABL0V1H01III8. — aUBISHAGlIB. f777-m

«pMlles nous ideyons ranger le chant d^Mtobicar^ hymne basque que La Tour-â' Auvergne découvrit le premier dans un couvent de Fontarabie, et qui appartient à l'histoire :

<c Un cri s'est élevé du milieu des montagnesdes £scnaldunacs (les Basques); et Tetcheco-jauna, debout devant sa porte , a ouvert Toreille, et il a dit : « Qui « va là? Que me veut-on ? x> £t le chien , qui dormait aux pieds de son maître , s'est levé, et il a rempli les environs d'Altabicarde ses aboieuieiUs.

« Au col d'ibaneta un bruit retentit; il approche. Cest le murmure sourd d'une armée qui vient. Les nôtres y ont répondu du sommet des montagnes ; ils ont soufflé dans leurs cornes de bceuf, et retchecojauna aiguise ses flèches.

« Us viennent! ils viennent! Quelle hi^ie de lances! comme les bannières versicolores flottent au milieu! quels éclairs jaillissent des armes ! Combien sont-ils? Enfant, compte-les bien! Un, deux, trois, quaire, cinq, six, sept , huit, neuf, dix, onze , douze, treize, quatorze, quinze, seize, dix^sept, dix-JuUt, dix^neuf, vingt.

c Vingt, et des milliers d'autres encore! On perdrait son temps à les compter. Unissons nos bras nerveux, déracinons ces rochers, lançons-les du haut de ces montagnes jusque sur leurs têtes. Écrasons-les!

tuons-les !

originaux de ce chant de guerre si fiuneox , oomme le. prouve ce dernier vers :

Ci fait la geiie qm twMu» deelimit (a), {a) Chanson de Roland, p. I5S.

a El qu*avaient-i]s aflaire daus uo& inoutagues , ces hommes du Nord? Pourquoi sont-ib venus troubler notre paix? Quand Dieu fait des montagnes, c'est pour que les hommes ne les franchissent pas. Mais les rochers en roulant tombent ; ils écrasent les troupes ; le sang ruisselle , les chairs palpitent. Oh ! combien d'os broyés ! quelle mer de sang !

a Fuyez^ fuyez, ceux à qui il reste de la force et un cheval 1 Fuis, roi Garloman, avec tes plumes noires et ta cape rouge! Ton neveu, ton plus brave, ton chéri y Roland , est étendu mort là-bas. Son courage ne lui a servi à rien. Et maintenant, Escualdunacs, laissons les rochers. Descendons vite, en lançant nos flèches à ceux qui fuient.

(c Ils fuient! ils fuient! Où donc est la haie de lances? Où sont ces bannières versicolores flottant au milieu? Les éclairs ne jaillissent plus de leurs armes souillées de sang. Combien sont-ils? Enfant, compteles bien! yingt, dix^neuf, diX'huii, dix-sept, seize, quinze^ quatorze, treize, douze, onze, dix, neuf, liuil, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un...

« Un ! il n'y en a même plus un ; c'est Ifini. Etchecojauna , vous pouvez rentrer avec votre chien , embrasser votre femme et vos enfants, nettoyer vos flèches, les serrer avec voire corne de hti'ur, et ensuite vous coucher et dormir dessus. La nuit, les aigles viendront manger ces chairs écrasées , et tous ces os blanchiront dans réternitë ( i ). »

Les Basques appartiennent aujourd'hui à la France ;

(i) Traduction de M. Gmi de Montghve. /onrmi/ ite Vlmstiiia kii* tariqmé, iS34.

194 CABLOVlMOIBltS. --^ OHARLEMÀGNE. [177*771

la gloire des Wascons leurs pères , contemporains de Cbarlemagne, se confond dans le faisceau de toutes les gloires de notre pays, et l'on nous pardonnera de n'avoir point voulu amoindrir le souvenir de Ronce« vaux , qui parut amer à Gharlemagne, et dont ce roi . ne tira point vengeance par l'épée. 11 se borna à faire arrêter et à faire attacher à un gibet le duc Lupus II, traître à son seigneur, et qui fut ignominieusement mis à mort sans forme juridique. Cet indigne reje> ton de Waïfer laissait deux fils, entre lesquels Cliai Jemagne consentit à partager le duché de Wasconie , se réservant d'ailleurs la suzeraineté de cette province.

Gharlemagne fit prendre soin de la sépulture de

Roland et de ses compagnons d'armes , et le monument qu'il leur fit élever subsistait encore au commencement du siède dernier. Voici ce que rapporte à ce sujet un historien de Cliarlemagne :

« A trois cents pas de l'église de Notre-Dame de Roncevaux et de l'abbaye de ce nom , on a bati autrefois une chapelle funèbre , sous laquelle on a creusé un caveau où se voyaient quelques ossements. Autour de la chapelle on avait élevé trente tombeaux , simples et sans inscriptions. Sur un des murs intérieurs, une peinture à' fresque représentait une bataille : c'était la joturnée de Roncevaux. On y voyait quelques inscriptions , entre autres celles-ci : Thierry (lArdemjdS^ RioL du, MaSy Guide Bourgogney OUiner, Renaud, Roland. La tradition du pays rapporte que c'est Gharlemagne qui a fait i>àtir celle chapelle , où l'on priait pour les Français morts à Roncevaux ; que

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m.77g] wrrmmD répara^ «m tâm. 105

le caveau est l'endroit même où il les fit enterrer» et

que les trente tombeaux sont ceux des seigneurs les plus considérables morts en cette journée. A Tappui de cette tradition vient un usage immémorial : c'est qu'on n'enterre dans ce lieu que des Français » et ce sont ceux qni meurent dans rhôpital de Fabbaye de Roncevaux ; les gens du pays ne souffraieul pa:> qu'on y enterrât un des leurs. »

Cependant la lutte engagée depuis tant d'années entre les Francs et les Saxons venait d'entrer dans une période nouvelle. Jusqu^à ce jour, les Saxons avaient combattu à la manière des barbares , et leurs eilorts avaient échoué en face des résistances d'un ennemi qui avait pour lui l'avantage de la civilisation et de la discipline : c'est ainsi que les Gaulois et les Cimbres des jours antiques s'étaient brisés contre la science militaire et le courage raisonné des Latins. Instruits par leurs récentes défaites, éclairés par le spectacle, de plus en plus rapproché de leur pays , que leur présentait l'organisation des forces de Cbarlemagne, ils comprirent la nécessité de se grouper, de concentrer leurs attaques, et de se plier sous un chef unique. Les services rendus, le courage et rintelli^^encedérignaient aux tribus saxonnes l'homme qui devait les commander et les réunir en faisceau ; c'était l'opiniâtre Witikiud, celui de la nation qui avait persévéré dans sa haine contre Charlemagne, et préféré les incertitudes de l'exil an bien*étre de la soumission. Les regards se tournaient vers cet illustre chef, alors réfugié près du roi de Danemark; et toutefois on prétait une oreille avide aux rumeurs qui arrivaient de l'autre lK>rd du

296 GAiLOTiifGism* — GHAïunutt!». vm-m

Rhin. La nouvelle du désaaM de Ronœvaux avait circulé dans les villages de la Saxe ; on s'était dit avec joie que Charlemagne pouvait être vaincu ; pendant quelque temps on Tavait cru mort , et cet événement si désiré avait réveillé toutes les espérances éteintes. Witikind reparut soudainement sur les terres des Westphaliens, et la guerre éclata de nouveau. 1^ barbares^ avides de vengeance, marchèrent armés de répée et de la torche du o6té du Rhin, et envahirmt comme un torrent tout le pays que les Francs avaient récemment occupé entre ce fleuve et le Wéser. Us enlevèrent et brûlèrent la forteresse que Charlemagne avait construite sur laLippe* JN*ayant point osé traverser le Rhin , ils livrèrent au fer et à Fineendie toute la frontière , depuis le château Duiz, sur la rive droite en face de Cologne, jusqu'au confluent du grand fleuve et de la Moselle, où s'élève aujourd'hui Coblentz. Les métairies et les bourgades furent détruites ; les églises et les monastères devinrent la proie des flammes et le théâtre des plus sanglantes fureurs : ils n'épargnèrent ni le sexe, ni l'âge; ils égorgèrent les moines et les vierges consacrées à Dieu ; et ils voulurent, par ces attentats et ces violences sacril^es, tirer vengeance de la compression qu^avait exercée sur eux le roi des Francs, en les contraignant à recevoir le baptême. Les barbares de la Frise et du Danemark y également suscités par Witikind, se rendirent complices de cette guerre : la Hesse et la Thuringe furent les principaux théâtres de leurs excès, et partout se répandirent l'épouvante et la mort. Au milieu delà consternation générale, les religieux de Fulde

111^ tÉrARB DIS UMumé un

cliai^èrent sur leurs épaiiles la châsse 4e saint Bo£ii« face , sortirent de leur dottre, et allèrent camper à deux journées de distance^ vers le sud.

Cbarlemagne vivut encore; il vénait de châtier la trahison de Lupus II et d'appesantir le joug sous le» quel se courbait la Wasconie. Ck)inine il arrivait à Auxerre/ à son retour de Fexp^tion de Navarre, il apprit la nouvelle révolte des Saxons, et, sans hésiter, il prit les mesures que la circonstanoe réclamait. Par ses ordres , les contingents d'Austrasie et d'À.lemanie se portèrent sur la droite du Rhin et tombèrent sur les Saxons , aveuglément occupés de vengeance et de ^pillage. Ils les rencontrèrent pour la première fois sur la rivière d*Éder , non loin (ks frontières de la Hesse, en un lieu que les annales nomment Lihési ou Radenield : les ayant attaqués près du gué et au passage même du fleuve, ils les dispersèrent et en firent un grand carnage. Les débris des hordes saxonnes , vaincues et mises en fuite, se réfugièrent dans leurs marais et dans leurs bois du côté du nord, et allèrent raconter aux fenmies et aux vieillards que le roi des Francs n'avait rien perdu de sa puissance , et qu'il ne larderait pas à reparaître plus redoutable que jamais. Cependant la saison d'hiver approchait; les pluiès et les froids suspendirent la guerre , et Giarlemagne termina paisiblement dans sa résidence d'Uéristall cette année (778), qui avait commencé par un désastre et s^achevait au bruit d^une victoire. Vers le même teo^, lardne Uildegarde, son épouse,' le rendit père de deux fils jumeaux; Tun reçut le nom de Louis (Lodewig)i qui apparaîtrait pour la première fois dans notre histoire,

398 GAILOVIIMIIMB. OUILUIAGIIK. m

si nous ne devions pas y voir une simple altération du nom de Oovift (Qilodewig); Tattlre, appelé Lothaire (altération du nom de Chlotaire), mourut en bas Age. Des fils intrépides et ncMnbreux qui déjà faisaient Forgueil de Charlemagne , le jeune Louis fut le seul qui survécut à son père et recueillit Théritage de ee grand homme.

L'année suivante (779) fut marquée par des calamités •t des fléaux : dans un plaid national, ou, pour mieux dire, dans un synode d'évêques, d'abbés et de comtes délibérant avec Tassentiment de Charlemagne (i), on édicta un mpiudmire qui eut pour but de remédier, par un redoublement de sacrifices^ aux principales misÀres du peuple. Il y était dit, en substance : « Chaque évéque récitera trois fois le psautier et dira trois messes, Tune pour le roi, l'autre pour Tarmée des Francs , la trmsième au sujet de la misère du temps. Les prêtres diront trois messes à la même intention... Tous, même les laïques, jeùmffont deux jours de suite. Les évêques, les abbés, les ^besses qui en auront le pouvoir, donneront en aumône une fivre d'agent; ceux qtd seront moins riches en donneront une demi-livre; les autres donneront seulement cinq sous. £n outre, les évéques, les abbés et lés abbesses nourriront chacun quatre pauvres jusqu'à la moisson. Ceux qui ne seront pas assez riches en nourriront deux ou trois , ou pour le

(1) Voir k forawle da synode de raimée 77a : « Omgr^gÊtu m ummmsymmhU emtUiù ignscpunt^ mUmtiàus, virùfti* UbutriimtOÊn' tibttSt mui eum pmsimodomno nosiro (Karoh), secundum Dei voluMiO' iem, pro eûMiis opporiumi oonseoseruiit deeretum, • ( Capituhte mmi DCCLXIIX, )

7nn STiiODi matmmiàl n CAPiniLàiBM. â98

moins un. Les comtes les plus puissants donneront en aumône une livre d'argent, et les autres une demi* livre. Ceux qui tiennent des fiefs du roi donneront une demi-livre d'argent pour deux cents familles d'esclaves, einq sous pour cent, et une onœ pour cinquante ou trente... Les laïques qui voudront racheter les deux jours de jeàne donneroal, selon leiuns facultés, ou trois onces d'argent , ou une once et demie , ou seulement trente deniers , et ils nourriront auaai des pauvres à proportion de leurs biens. Que toutes ces prières et ces bonnes œuvres ordonnées pour le roi , pour l'armée et pour la misère présente , soient accomplies à la Saint-Jean (i). ^ Ainsi Taccomplisseaient du devoir social, prescrit mm hetuvux du monde pour le sou* iagenient de leurs frères pauvres , recevait la double sanction du commandement religieux et de la loi sé* culière, et TEgiise des Gaules se montrait efficacement la patronne et la protectrice du peuple. Les prières qu'elle adressa au ciel pour la prospérité des armées nationales furent exaucées.

D'autres capitulaires, qui portent la date de 779, furent égaleineiU promulgués à la suite du plaid ou du synode d'Héristall. On y trouve, comme dans la plupart des lois de cette époque rédigées ou provoquées par les évéques, des dispositions de Tordre pénal confondues avec les prescriptions de l'Église : le christianisme était la base et la règle de la loi, il en était la formule

(t) Mww, Èom, V, ptge 900. — MohrhmkêTt tom, H. «—LtiuPticriptioo qui COOOM0 b nourritam obligitoira «Puii noanfan délariiiiiié dMisenlt «it en quelque aorte PorigiM 4e b taxe MXfWM appabc • taxe des pauvres. »

300 OAlLOViNGUUIS. — f.HABI«BliAGIiE> (17»

nécessaire , et la civilisation tout entière émaDait de lui. Il était dit, dans le décret mixte auquel- nous faisons allusion : « Les évéques suffragaiits seront , selon les canons i soumis à leurs métropolitains, qui auront la libre faculté de chan^ et de corriger tout ce qui leur paraîtra devoir éM^e changé et corrigé dans leur ministère. Les monastères réguliers f ceux de femmes surtout, doivent suivre leur règle , et les abbesses habiter leurs monastères. Un évéque ne pourra recevoir ni ordonner, en quelque grade que ce soity le clerc d'un autre évéque (i). » C'étaient là, évidemment , autant de décisions qui se rattachaimt exclusivement à la discipline ecclésiastique, et qui ce* pendant étaient prises par une assemblée où se trouvaient , mêlés aux évéques et aux abbés , des persan^ iiages illustres et des cotrUes délibérant avec le trè»pieux seigneur (leroi) : ons^étonnerait aujourd'hui que des laïques intervinssent dans de pareilles questions. Et quant aux prescriptions suivamtes, arrêtées par le même synode : « En ce qui concerne les homicides coupables condamnés à mort, si l'un d'eux se réfugie dans une église, il ne sera point pardonné pour cda , et ou lui refusera toute nourriture ; » et ensuite : « Les juges présenteront les voleurs au plaid du comte; si l'un deux ne le fait pas, il perdra sou bénéfice et sa

(i) « De melmpolitanis et suffraganei episcopi eis secundtitn canonrs subjecti suit ; et ta qvœ erga wùiûtierimm iUomm ememUutda cogmotcuni, itèenii anima emeademi mtqae cor/igant,*. Et umaquœqme abbatissa sine • imiermitsUme im 9m nmtnUnn nêidtat^; Ui JMmMi iiceai alttrûu de* ' rieum.neipen mee onUnàn m aiifw gmd», ■ CapUtilan aimi 779. Aa* lus.; tom. I, ptse 19$.

791)* DROIT d'asile. — dImE. 301

charge ; s*il n'a pas de bénéfice , il payera le ban ; et si ce sont nos vassaux , ils perdront leurs bénéfices et leurs charges; » et encore : « Les parjures perdront une main ; si celui qui accuse un autre de parjure demande le combat et sort vainqueur, on cru*, cifiera le vaincu ; si* celui qui a juré remporte la victoire , Faccusateur subira lui-même la peine qu'il voulait infliger (i), » nous devons constater que la première porlail une atteinte grave au droit d'asile dont avaient jusqu'alors joui les églises , et nous ajouterons que les autres, appartenant à la procédure en matière criminelle , étaient plus naturellement du ressort des leudes et des . comtes séculiers , que dans les attiibutions d'un synode. 11 importe de ne jamais perdre de vue de quels éléments se compo* salent ces plaids k demi religieux, à demi civils , soit parce qu'ils servent à caractériser l'origine et la nature des capitulaires carlovingiens, soit parce que l'on peut voir clans ces assemblées mixtes, délibérant sous l'autorité du roi , le point de départ et les précédents d'assemblées nationales non moins célèbres, et qui, plus tard , existèrent et fonctionnèrent sous le titre d*états généraux. Nous examinerons ailleurs, dans leur ensemble, les codes carlovingieus, et les modifications qu'ils introduisirent dans le double intérêt de la société et de la religion. En ce moment

(t) « Ut kemietdœ et eeteri m kgièus mon debent, si ad tede*

tmm eanfugerinty non excusent ur^ neque eis ibidem victus detur.... De fo qui perjurium fecerit, nullam redemptionem det, nisi manum perdat, Quod si accusator contendere voluerit de ipso pcrjurio, stemt ad crucem, etc. . (M, iùid.)

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30S CÂiiLOviiianiis. ~ enARLiiiAGifB. im

celte élude allongerait peut-être le récit des évéoe-

ments qui signalèrent le règne de Charlemagne; nous nous bornerons à constater ici la disposition du capilulaire de 779^ en vertu de laquelle « chacun devait payer sa dime, et ue pouvait en être dispensé que par l'ordre de son évéque (i)« » On «'est demandé si cet article réglait un droit préexistant, ou si, pour la première fois , on faisait alcm aux chrétiens une loi de la dime. Cette dernière opinion ne nous semble nullement fondée. La concision du décret suffit assez pour indiquer que l'obligation existait déjà , mais qu'elle n'avait point encore été corroborée et l'orlifiée par la loi civile , de telle façon que nul n'osât s'y soustraire. Le législateur carlovingien se fût évidemment exprimé d'une manière moins rapide s'il eût introduit un droit nouveau, une taxe inaccoutumée (2). Rien de plus légitime , rien de plus juste, au

(i) « De decims, ut umuquuque suam \decimam domt ; atque per Jussumem pontificis dUpensentur, » {Ibid.^ Ftl*

(a) OnKt duM l'article 4 du ctpitiilûre île Meti, randhiiioiiB le roi Fc« pin : « Ceux qui tiennent les domaines ecclésiastique par Pautorisatioo « du seigneur roi doivent réparer les églises, les maisons épiscopales , « et les monastères dout dépendent ces biens , selon ce (jii'ils en possè- " dent ; et ils doivent encore en payer les redevances, c'est-à-dire les (fé- « cimes ( les dîmes) ei ks ueuvièmes, à l'église dépossédée, ainsi qu» « nous le leur aYOoa ordonné à Vemés. Celui qui nésUfera de le faire» > perdra la chose ocmoédée. • L'on voit ici que la dlme est comprise dans le précaire dû par le détenteur du donuûne ecclésiastique à Péglise dé* poniHéo» et gowbo unoeempantioB de la spoliaiioD, ain d^naarer le aarnpi de PégKs» et la snfcsistanea dea dwes. Cette ^bjj^ iMliifMliiiB ne pouwidt solfire, et souram ele était contestée.

Pour raiicleunclé de la dime chez les Francs, on peut voir le canon du deuxième concile de Màcon, assemblé sous le roi Goutraa en 585,- eC

m Mvmii eAWAeiii m iâii. 908

moym âge y que celte oontribution destinée à poufvoir ambeecHiiedu eidte et à la dignité du aeoerdoce : sans ce revenu, qui assurait sa stabilité au temporel^ rigliae gaUo4mnque ae serait me eiposée aux ca* '

plrices d'un peuple grossier, et serait tombée dans une situation dépendiole ou précaire qui eût enlevé beaucoup de force aux enseignements de ses ministres. Devenus chefs des délibérations publiques et premiers fidèles du prince, les évéquas etks abbés avaient be* soin d'être mis au-dessus des nécessités vulgaires de la yie ; Tindépendance de leuf situation importait à la grandeur de leur ministère , elle leur permettait d'intervenir en faveur de ce même peuple qu'ilsreprésentaientaupreadu roi, et dont ils ne cessaient deplai* der la cause.

Après avoir célébré la féte de PAques à Hérislall f

Charlemagne se rendit à Compiègue, puis à Duren, où il tint le champ de mai : il franchit ensuite le Rhin à la tête d'une armée considérable , vers le lieu où la lippe se jette dans ce fleuve, A Buckliok (Bocbold) il rencontra un corps saxon, qu'O attaqua et mit en fuite. Péuëlrant plus avant sur le territoire de la Saxe, il força, par ses ravages, chaque canton de ce pays à implorer successivement la paix. Après avoir reçu la soumission des Westphaliens, il vint établir son camp surle Wéser, près de MidfuU (MedefuU ), place qui depuis longtemps n'existe plus^ et ce fut là que les Angariens et les Qstphaliens vinrentf à leur tour, prêter de nouveau serment de fidélité et livrer d'autres otages.

qm en fiât une obligation anx peuples » sous peine d'éU« séparés de la comimniion de TÉglise..

304 CABLOTmOIBHB» — C8AKEIHACIIB. m

Gharlemagoe consentit à suspendre ses coups; mais il exigea que, dès le printemps de Tannée suivante^ tous les peuples de race saxonne se réunissent à Hochheim , pour concerta a^ec lui les cmiditions de> la nouvelle paix. La campagne étant terminée, le roi des Francs revint sur ses pas, et hivenia à Worms. Cette même année , ainsi que l'indiquent les capitulaireset iescbroniquesy les subsistances manquèrent dans la Gaule, et il fallut beaucoup de diaritë et de dévouement pour faire face à cette calamité publique.

L'année suivante (780), Gharkmagney à la tète de son armée , passa de nouveau le Rhin, et vint camper à Hocbbeim, au delà du Wéser. Les chefs et les députés des peuples saxons se trouvèrent au rendez*vousque leur avait assigné le vainqueur; et toutefois * on put y remarquer l'absence de Witikind , volontai* rement exilé en ce moment, pour ne pas subir le joug d*un maître. Gharlemagne, ne rencontrant aucun obstacle, publia un célèbre capitulaire qui organisait la Saxe sur de nouvelles bases civiles et religieuses (i). £t d'abord une foule considéraMe de vaincus consentirent à recevoir le baptême. Pour assurer la durée de ces conversions^ sur lesquelles le passé pouvait soulever de justes inquiétudes, Charlemagne décida que les Saxons seraient désormais gouvernés par des comtes francs ; me législation commune leur ftit imposée ; on supprima légalement l'indépendance réciproque de leurs tribus; la liberté germanique fat déclarée sauvage et rebelle; on la fit disparaître sous ^

' (i) £k partibus Saxomœ,

fin GAmOLillIl lÉ6t8fti1IT LA tàXI. 30K

une centralisation de pouvoir : on substitua aux éthelings , aux héterogs , aux chefs nationaux , des dâ^ gués de Charlemagiie; et Ton décréta que ces gou- Temeurs seraient obéis et respectés, sous peine de confiscatiou. Dès ce moment, aucune assemblée, aucune diète saxonne ne devaient être tenues que par la permission du roi , et en présence d'un commissaire par lui désigné. Des églises devaient être bâties, et quiconque oserait les profaner recevrait la punition de son crime. La peine de mort était prononcée contrequiconquesacrifieraitdes victimes humaines aux anciennes idoles du pays ; les relaps et les ennemis* de TÊglise seraient châtiés comme rebelles. J^a Saxe tout entière était désormais répartie en huit évéchés, ayant pour sièges Brème, Verden, Minden , Halberstadt, Hidelsheim, Paderbom , Munster et Osnabûck ; et ce fut là Torigine des grandes prélatures germaniques qui , durant près de dix siècles , régirent les peuples occidentaux de TAUemagne.

« // n plu à tous, disait le capitulaire, que les églises du Christ actuellement construites en Saxe, et qui sont consacrées à Dieu, ne jouissent pas tle moins triionneur, qu'elles soient même bien plus respectées que. ne l'ont été les temples des idoles. » Et le capitulaire établissait ensuite pour les églises de la Saxe le droit d'asile que l'on venait d'enlever Bpx églises delà Gaule. La loi ajoutait : v Si quelqu'un entre violemment dans une église et y enlève quelque chose à force ouverte ou par larcin, ou qu'il mette le feu à l'église, qu'il soit puni de mort. » Et ailleurs : « Si quelqu'un conspire

avec les païens contre les chrétiens, et qu'il, s'obstine T. m. sb

306 CAALOVUiGlfilIt. ~ CHÀMLBMàanE. (7W

iaus son inimitié contre eux, qu'il soit puni de mort. » On ne tardera pas à voir Charlemagne faire une vaste et terrible application de cet article. Toutefois, une autre disposition de la loi ouvrait le champ lilnre à la miséricorde : déterminé à amener le peuple saxon au christianisme par la terreur et Tespérance , Charle** magne voulait que les attentats oonmiis en haine de la religion fussent punis de mort; mais il décidait aussi que la rémission du péobé, accordée au tribunal de la pénitence , devait avoir pour effet de soustraire le coupable à la vengeance des lois : a Si quelqu'un, disait-ily pour cescrimes capitaux commis en secret, se réfugie volontairement, aux pieds d'un prêtre, et qu'après en avoir £sdt sa confession, il veuille en faire pénitence, le témoignage du prêtre l'absoudra de la mort. » Plus loin , on lit dans le capitulaire ; « Si quelqu'un fait un vœu aux fontaines , aux arbres ou aux forêts , ou qu'il fasse quelque offrande suivant les rites des païens^ et mange en l'honneur des démons; s'il est noble, qu'il paye soixante sous; s'il est ingénu, trente; homme de mainmorte , quinze. S'il n'a pas de quoi payer l'amende, qu'il soit livré à l'église pour la servir jusqu'à ce que les sous de la composition aient été acquittés. Nous avons résolu de livrer les devins et les sorciers aux églises et aux prêtres. » L'article qui supprimait les plus précieuses libertés des Saxons était conçu en ces termes : c Nous défendons généralemént à tous les Saxons de faire des assemblées publiques , à moins que notre envoyé (missus) ne les convoque de notre part. Mais chaque comte tiendra le plaid et rendra la justjce dans son comté, et nous reoomman*

m MOAmATIIMI IVPOgÉt A LA tAXB* 307

dons aux préIres de veiller à œ qu'il ne soit pas fait autrement. » •

Eu résumé, eu vertu de cet acte célèbre, la Saxe perdait les droits et le titre de nation indépendante,

pour devenir vassale et tributaire des Francs, comme la Bavière et la Souabe. On ne pouvait guère s*at<tendre à ce (ju'elle se résignât paciiiquement à cette humble condition, à ce que , de païenne qu'elle était encore, elle acceptAt franchement une loi qui punissait du dernier supplice le Saxon demeuré lidèle aux pratiquesducullede Woden, celui qui 8ecâi?Âer/ii/ pour ét/iajjjjer au baptême. 11 devait donc s'écouler beaucoup de temps avant l'heure où les nouveaux évéques jetés sur un sol idolâtre se trouveraient tiansformés en princes du saint empire. £t toutefois, c'est du capitulaire dont nous parlons que découle la civilisation puissante dont l'Allemagne moderne est en possession ; c'est à l'institution des huit évéchés, c'est au gouver* nement des comtes carlovingiens (jue remontent , comme à un point de départ, les progrès intellec^tuels, le bien*étre matériel , la prospérité morale , tous les avantages qui font la gloire et la force de cette vaste luitbn dont Charlemagnè fut le conquérant, le paci» ficateur et le chef, et qui s'associe à la France pour exalter le nom de ce prince. Pour le moment , la bar* barie et le paganisme teutonique n'étaient point sufiisamment désarmés , et se tenaient prêts à recommencer la lutte (i).

(i) On s'est plusieurs l'ois demandé si ce fut bien en 780 qu'eut lieu cette oi-gaiiis.ilion nouvelle delà S:i\e : nous iriiésitons pas, avec la pluptrt des historiens, à assigner cette date à,cefi;rand événement. Voici ce

308 CAHLOVIMOIBHS. — GHAHLOAGIIB. [Ut

' L'année suivante (78 1), le roi des Francs célébra la féte de Pâques dans la basilique de Saint-Pierre. Ce prince avait été rappelé à Rome pour déjouer, par sa présence, les nouvelles intrigues des Lombards et des Grecs. Il avait mené avec lui ses trois fils Charles, Carloman et Louis (Lodewig ), nés de la reine Hildegarde. Le jeune Carloman fut baptisé parle pape Adrien, qui lui donna le nom de Pépin, bien que ce nom fût déjà celui d'un roi plus âgé que ses frères, et fils de la reine Himiltrude. Après le baptême de cet eni'aiU, Charlemagne le proclama roi des Lombards (i), et le jeune I^uis, son frère, fut déclaré roi d'Aquitaine. Le pape <M>nféra à l'un et à l'autre l'onction royale.

Le royaume des Lombards en Italie , dépendance de Charlemagne, comprenait non-seulement les provinces cisalpines et transalpines , il comptait encore, comme terres vassales, le Bénévent, le I rioul, Spolèle, la Pouille et la Calabre ; la Vénétie, la Dalmatie, l'istrie, la Croatie, qui plus tard furent détachées de la iTionarchie grecque, reconnurent à leur tour la loi de Charlemagne , et , à ce titre , firent de la mer Adriati((ue un golfe tout entier placé sous la main des Francs. Cette situation (Charlemagne ne pouvait se le dissimuler) était profondément antipathique aux Lombards ; les traditions de la nationalité germanique n'étaient point encore effacées, et ce peuple supportait impatiemment un ordre de choses en vertu du-

qne dit k chroDique de MoitMMSyW «mi. 780 : ■ Diviiii ( i«x Mànigs) ifuam patriam imter epiteopos^ preséyterot et Mata, mi m m Miiaremt ei pnediearemt, »

(1) Textuellement roi eo Italie {rex im IfmiUt )•

m\ AOYAUHK DE lombaudik. 300

quel il était absorbé par la race fraoque , naguère sa

rivale et son ennemie : de sourds méconlenlemenls se manii'estaieot daus le pays; ils favorisaieui les es* përances ambitieuses des seigneurs lombards^ et surtout ils venaient en aide à la prétendue légitimité d^Adalghise, héritier du dernier roi, qui ne cessait de mendier à Conslanlinople l'appui des empereurs grecs. Celait bien assez d*avoir à lutter contre la race saxonne; il importait de calmer les ressentiments des Lombards , et de donner satisiactiou à leurs susceptibilités natimiales, tout en conservant de fait la souveraineté de leur pays et la direction de leurs intérêts. Le roi des Francs n'ignorait pas qu'il atteignait ce double but en plaçant à leur téte un enrant dont il se réservait la tutelle , et qui , même émancipé , ne devait pas cesser d'être son tributaire et son vassal. Avec un roi particulier, fût-il carloviugien , les Lombards ne disparaissaient pas du rang des peuples, et le sacre conféré a ce jeune prince par le chef de TÉglise lid donnait une auréole de légitimité, de nature à engager la conscience des sujets et la soumission des leudes.

La politique de Charlemagne ne fut pas aussi heureusement inspirée lorsqu'il plaça la couronne d\\quitaine sur la téte de son fils le roi Louis. Si ce prince n'eût pas été , dans l'avenir, le seul héritier de son père (et qui pouvait prévoir la mort des autres fils de Charlemagne ? ), l'Aquitaine, au lieu d être rattachée à la monarchie franque, aurait eu une dynastie particulière et aurait reconstitué sa nationalité. Or les Mérovnigiens n'avaient point eu à s'applaudir d'a-

3iU CARLOVIMOIKHS. — CHARLKIIAGNE. [7BI

voir VU la race de Gbaribert dominer ce pays^ puisque de ce sang étaient sortis les Eudes, les Walfer, les Uunald ^ et cette lignée d'hommes énergiques dont les efforts et le courage avaient retardé l'œuvre d'unité et de concenlralioii couslamiuent poursuivie par les maires du palais et par les rois de Neustrie. Mais c'était là une pensée qui n'appartenait pas au règne de Charlemagne, période si rapprochée de la barbarie germanique, qu'il ne venait à l'esprit de personne qne le père pût deshériter la plupart de ses fil» au profit de la royauté, et dans le seul intérêt de l'unité monarchique.

Après avoir traité les affaires qui l'avaient appelé k Rome , Cfaarlemagne se rendit à Milan : ce fut là que Tarchevéque Thomas eut l'honneur de tenir sur les fonts baptismaux Gbisele , fille du roi des Francs. Pépin , couronné roi en Italie , resta dans ce royaume, sous la conduite d'habiles ministres que son père lui donna a la fois pour conseils et pour précepteurs.

Charleniagne ayant ramené dans les Gaules son fils Louis, à peine âgé de trbis ans (781), voulut que cet eiil'ant, presque au herceau, fut montré aux peuples qu'il devait un jour gouverner. Le jeune Louis fut porté jusqu'à Orléans, oà il devait passer la Loire pour entrer en Aquitaine : là , il tut revêtu d'armes et d'habillements que Ton avait faits pour sa taille; on Je mit à cheval, e(, sous la tutelle d'Arnold , l'un des plus illustres leudes de son père, on le conduisit au milieu de ses sujets. Charlemagne voulait que ses ea« fants grandissent et parvinssent à l'adolescence sous les yeux des peuples y et qu'ils se formassent de bonne

fm] UMMy MOI D'AQUITàllII* TAMUtOH. 311

heure à la iaogue, aux mœura et aux usaged des

hommes à la léte descjiiels ils auraient un jour à marcher (i)« il pensait avec raison que ces rapports réci« proques du roi et du fidèle , du vassal et du seigneur ne pouvaient commencer de trop bonne lieure. Ainsi l'intérêt des peuples commençait à compter pour beaucoup dans Ja conduite des rois, et la suprême puissance était enfin réputée une fonction et une charge , plutôt qu'un bonheur.

Cliarlemagne sortait d'ailleurs réserve ^ en Aquitaine comme en Italie , Tautorité réelle et absolue sur toutes les choses du gouvernement ; et si le jeune roi était Aquitain par Téducation et le costume^ l'administration restait erolttsiyement confiée aux gens d'Austra** sie {2).

TassilloDi duo de Bavière » avait autrefois prêté

serment de iidëiilé au roi Pépin , à ses fils et à la nation . firanque^ Depuis im an , après avoir plusieurs fois fait preuve d'insoumission et de répugnance à r^fard de ses su^rains, il s'était presque ouverte-

(i) Fit, Lud* imper., c. 4 : « Oecurriiad Patritknmamt habitu WtU'

conum, cum roœvis sibi pueris indutus , amiculo seiiieet roiundo , rnanc*

tlt cnmic 'uf (lijjusu ^ cruralibiu distcntis , calcarihiis cnlii^ulis insert 'ls j missile manu jenns ; hac enim delectafio voluntnsrjue ordina^'cnit pn- Urna, » En accordant aux Aquitains un r(ji particulier élevé dans leur pays , connaissant leurs mœurs et jportaut leur costume , Cbarlemagne voulait foire prendre eo patience à oe peuple une administration complènent et finaiM|lM«

(ft) Fiim iMdwu o. S : « Mimnt autem pêt tùtmm jifuitâmiMM eojRiVef, Maiea, me non aliot plurimos quot Fasiot vulgo vacant ex gente Franeonm, quorum prudentiœ et fortitudini nuUi calliditate^ mdli vi ohviare faerit tuium, eisqae eommisit curam regni prout utile judicaviifjinium tut amen villarumque rfgiarum rura/eni prwisionem, •

31S ' GARLOVIlIGUNg. — CHAELnUAMB. tM

^leot détaché de l'alliance de Gharlemagne t et en cela il avait suivi les inspirations de sa propre femme, lilie de Didieri Tancieu roi des Lombards , qui aspî- . rait à tirer vengeance des malheurs de sa famille. Char» lemagiie aurait pu le faire repentir de cette défection, mais les circonstances ne semblaient point of^KHrlunes ; la Saxe continuait d'être travaillée par des ferlaeuts de révolte f et il était imprudent de se mettre sur les bras une guerre avec la Bavière, guerre qui pouvait entraîner un soulèvement de la Germanie tout entière contre les Francs* Dans les conférences qui avaient eu lieu à Rome entre le pape Adrien et Chariemagne, on s était promis de recourir à la voie de la persuasion et des conseils, et les deux souverains , agissant de concert | avaient chargé des hommes influents et sages de se rendre auprès de TassiUon et de l'éclairer sur ses devoirs. Ces députés engagèrent le duc de Bavière à rentrer sous la protection du roi ; et sans doute laissèrent-ils entendre que tout refiis aurait des conséquences graves, puisque Tassillon vint en personne à Worms, où l'attendait Charlemagne, et renouvela entre les mains du roi ses serments de foi

et d'hommage. Ainsi, pour le moment, fut écartée,

par la prudence et la modération , une difficulté dont la solution militaire aurait été douteuse. Vers le même temps, Irène , qui gouvernait Fempire grec comme régente de l'empereur Constantin son fils , alors âgé de dix ans, fit proposera Charlemagne de fiancer ce jeune prince à Rotrude , l'une des filles du roi des Francs. Le contrat fut arrêté, les promesses scellées par serment de pflrt et d'autre -, mais le mariage ne devait

lit) NOUVELLE RÉVOLTE DES SAX0N8. 313

jamais avoir Kea. Ce fut égalemmt à cette époque que Charlemague , dans son excursion en Italie, rencontra l' Anglo-Saxon Alctiin , disciple du vénérable Bède , et fut charmé parla sagesse, Téloquence et le haut savoir de cet homme illustre. Il en fit son ami ; il en obtint la promesse qu'il viendrait se fixer auprès de lui et rassister de ses conseils. Ainsi qu'on le verra plus tard, Alcuin resta fidèle à cette promesse, et sa présence parmi les peuples francs fut un bonheur inespéré pour la civilisation et pour les lettres.

Au printemps (78a), Charlemagne résolut de tenir le champ de mai sur les terres mêmes de la Saxe, afin de fortifier dans Tesprit des vaincus l'idée de sa grandeur , et de contenir les mécontents par le sentiment de leur Impuissance. 11 passa le Rhin, du côté de Cologne, avec une armée, et vint camper vers les sources de la Lippe. Ce fut là qu'il tint l'assemblée. Tous les chefs saxons s'y rendirent, à l'exception de l'opiniâtre W itikind, qui avait fui chez les Northemans. Charlemagne reçut diurant le champ de mai les ambassadeurs (le Sigefried , roi des Danois , et ceux du khan des Huns ou Avares, qui vinrent lui demander la paix : il les renvoya avec des paroles favorables. Le plaid national étant terminé , Charlemagne revint en Austrasie , plein d'espoir dans la durée des promesses (|u'il avait recueillies, et convaincu que la Saxe, en face de sa redoutable épée , n'oserait désormais remuer. H oubliait que Witikind , volontairement exilé , lui recrutait de nouveaux ennemis, et s'adressait à tous les instincts patriotiques de la Saxe pour réveiller cette contrée au nom de la liberté et de ses dieux. L'œuvre

314 GABIiOVimMSNt« — GHABLIII4MB. [m

defloulàvementte préparait donc^ sous les i^pparenoea

de la soumission du peuple . La Saxe avait encore trop de sang et trop de souffrances à dépenser pour accepter liumblement le joug des comtes francs , Tautorité des évéques ^ l'impôt de la dime , l'abolitioa du paganisme 9 la destruction complète de ses droits antiques : elle n'attendait qu'un signal.

Les Slaves-Sorabes le donnèrent, en envahissant la Germanie sur plusieurs points, et en se jetant sur divers cantons de la Saxe et de la Thuringe. A la faveur du tumulte, Witikindy qui entretenait l'inimitië desSaxons, reparut chez eux ; et à sa voix ils se souvinrent de leur indépendance aboliei de leursdieuxvaincuset proscrits. Les garnisons franques qu'ils attaquèrent furent défaites dans la vallée du Soleil (Suntal), aux bords du Wéser ; deux délégués de Gharlemagne , représentants du roi {^missi dominici)y furent massacrés^ avec eux périrent quatre comtes, vingt seigneurs, et la moi* tié des troupes carlovingiennes. En même temps les missionnaires furent chassés ou mis à mort , les chrétiens persécutés, et Tinsurrection s'étendit victorieuse jusqu'au Rhin : toutefois, ce fut à cette limite que s'arrélèrent les rebelles. Soit imprévoyance naturelle aux barbares , soit faiblesse , ils ne firent rien pour consolider leur victoire et pour grossir leurs bandes armées, en appelant les contingents de toutes les tribus : menacés de la prochaine vengeance du roi , ils n'essayèrent pas de s'y dérober, et le châtiment ne fit point défaut à leur révolte. A peine venaient-ils de poser les armes et de se partager le butin, que Charlemagne occupait de nouveau le pays , plus menaçant

ui\ MasbacUe de verden. 315

et plus terrible qu'à aucune époque de celte lutte.

Ciiarlemagiie arriva sans rencontrer d'obstacles jusr qu'au lieu où l'Aller se jette dans le Wëser; et là il manda devant lui les chefs saxons, pour les interroger sur les auteurs et les complices de la guerre. Tous s'accordèrent h nommer VV ilikiiul ; et ce chef, qui avait encore pris la fuite , échappait au ressentiment du roi. Charlemagne se flt alors liirrer la plupart des chefs et des soldats qui avaient pris les armes au mépris du capitulaire , devenu loi de la Saiie , et qui prononçait la peine de mort contre quiconque attaquerait les clirétiens, tuerait les comtes , pillerait les églises et rétablirait le culte des idoles. Les Saxons étaient tous complices de ces crimes ^ et ils ne pouvaient invoquer d'autre excuse que le nombre des coupables. Charlemagne se montra sans pitié. 11 appliqua aux rebelles le code saxon, qui punissait de mort les traîtres; et quatre mille cinq cents de ces malheureux furent décapités le même jour à V erden, sur les bords de l'Aller. Cette épouvantable exécution remplit dMiorreur toute la Saxe (i). Pendant que diarlemagne, qui croyait avoir noyé la révolte dans

le sang, se retirait à Thionville pour y passer Tliiver, les familles et les tribus saxonnes se levaient en armes pour venger leurs morts ; la Saxe entière était debout,

(i) M* Ampèi'e a exprimé ({ucl(|ues <ioules sur la réalité de cel événement ; mais le témoignage des Ghroui(|ues est formel à cet égard :

Trntiita sunt sane telufiionim his duo Lrtho Millia qnini^rnti viri, qui tam f^mvt hrllum liiius contra francos gesse re suasis (Poeta Sa&o.)

316 CARLOVlNGIIEfS. — CHAKUmAGME. I7«l

la guerre allait se faire sans miséricordei et Witikind devait la conduire.

Sur ces entrefaites mourut la reine Hildegarde, la femme bien-aimée de Gharlemagne. Nous avons déjà parlé de son origine (i) : « née estoit de Suave, « et femme de grant beauté et de noblesse (a). » Elle mourut après onze ans d'un mariage heureux et fécond. A sa mort , le roi épousa Fastrade , fille du comte Rodolphe, de race franque : c'était une femme orgueilleuse et dure , qui exerça quelquefois sur Gharlemagne une regrettable influence. De son union avec Himiltrude, sa première femme, le roi avait eu un fils, beau de visage ^ mais mai lait de corps, et que Ton appelait Pepin-le*Bossu. Hikiegarde lui avait donné de plus dignes enfants ; Tainé, nommé Charles (3), est ce même personnage à qui les fabliaux et les chroniques romanesques du moyen âge font jouer un rôle : dès l'âge de douze ans, cet entant marchait avec son père sous les drapeaux austrasiens contre les Saxons. Gharlemagne le fit gouverneur, ou, pour éire plus exact, « roi » des provinces centrales de la Gaule (4), decet ancien royaume de Neustrie auquel on donnait déjà le nom de Francia^ et qui, plus tard, devait former le cœur de la monarchie. Alcuin mandait à ce jeune prince ; « J'ai appris que le pape,

(1) Elle était d'une maison illustre desSuèves {^Souabe),

(2) C/tmnique de Stùni'Denis,

(3) Une opiiiion non moins accréditée est que Charloi était fils d'une concubine.

(4) Les provinces et les dncbés ralenuit de la oooroone prenaient souvent le titre de royaumes. Uans pluslews charles, le mol regimm est appliqué à de simples Hefii*

m NomriLLB guiiiiib. 317

du consenlement de Charlemague , vous avait confié le titre de roi , en vous mettant sur la téte la couronne qui désigne cette dignité ; je me réjouis fort de l'iionneur que vous procure non-seulement ce titre , mais encore du pouvoir qui y est attaché. » Et une autre fois it lui mandait encore : c Ayez |lour fidèles et leudes des gens sages, habiles, pieux, craignant Dieu, qui soient gouvernés par la vérité... JNe souifrez pas que votre dignité soit ternie par les mauvaises actions des méchants, (fui voudraient abuser de votre nom. a Ces conseils suffisent pour établir que le roi (Charles / dans son gouvernement de Neustrie , exerçait une autorité réelle^ quoique toujours vassal et subordonné de son père. Au milieu des camps , ce jeune roi donnuit l'exemple de l'audace, et sou nom portait Tellroi jusque dans les forêts de la Germanie. On ne sait pourquoi les romans de chevalerie, œuvres d'ignorance autant que de poésie , transformèreut plus tard « Chariot » en idiot et en traître , en querelleur et en lâche , ù qui son père pardonnait toutes sortes de caprices : ces ridicules traditions ne reposent sur aucun texte sérieux , sur aucun fait accrédité dans l'histoire.

Cependant les Saxons avaient fait briller « leurs grands couteaux, » et vengeaient déjà leurs* frères mis à mort à Verden par ordre de Charlemagne. On en vint à une bataille sanglante près de Detmold, dans les mêmes lieux où jadis les légions d'Auguste avaient été défaites; la lutte fut très-longue, et la victoire demeura indécise. Chariemagne se rendit à Paderbom pour y attendre de nouveaux renforts , et dès qu'il les eut reçus il prit Toffensive. line seconde bataille ,

318 CARLOVINOim. eHABLIMAailB. ITgS

aussi incertaine que la première^ fut livrée sur les bords de la Hase 9 el krm des Francs y quoique uuiltre du terrain sur lequel on avait combattu , ne jugea pas qu'il fût prudeot de poursuivre renneau : il se rqplia de nouveau dans le pays de Paderborn , et passa Thiver à Ehresbourg, ûoutraireuieut aux habitudes mi^ litaires de sa nation , le roi ne voulut pas que son armée sa dispersât durant la mauvaise saison, afui de pouvoir reprendre la guerre au mois de mai. Il confia la conduite d'un corps très-considérahle à son filsCJiarles, et lui prescrivit de parcourir le territoire saxon en tous sens, et d'exercer la destruction et le pillage partout où répée des Francs pourrait atteindre. Ses ordres furent exécutas ^ et de vastes cantons devinrent le tliéàtre de dévastations cruelles, sans toutefois que les tribus saxonnes consentissent à mettre bas les armes. Au retour du printemps , le champ de mai fut tenu à Paderborn , et Charlemague n'eut point la consolation de voir paraître les vaincus et de recevoir leurs soumissions. Déterminé à ne pas laisser ù ses ennemis le temps de se rallier et de lever des armées , il se porta à deux reprises du coté de TElbe, veillant par., lui-même à ce que Ton n'accordât aux Saxons ni paix ni trêve , et à ce qu'on appesantit sur eux toutes les rigueurs dont peut disposer la force. Dans le cours de ces expéditions aventureuses, il apprit la mort de sa mère, la reine Bertrade ou lierlhe, veuve du roi Pépin (783).

Charlemagne, étonné de vaincre et d'avoir toujours à combattre, commençait à reconnaître j en dépit de sa colère , qu'il valait peut*>étre mieux pacifier le pays

mj DÉPÀiin vr désasteis ras tixoiis. 319

que de le livrer aux flammes : étaut donc venu eu un lieu nommé SUngfurd y et delà en un autre nommé Scanninge, il chercha à entamer des conférences , dans le but d'amener les chefs saxons k un traité.

Tandis que son fils Charles ^erroyait encore contre les W estphalieiiSy Charleniagne se rendit à Worms (784), e^ s'y tint prêt soit a suivre le cours des négociations, soit à entrer de nouveau eu campagne, si la situation réclamait encore sa présence au milieu (le ses troupes. De Worms, il pouvait veiller aux affaires de la Gaule et de l'Italie , poser un pied sur la Germanie , un autre sur FAquitaine. Les Westphaliens venaient de faire une nouvelle levée d'armes, et de provoquer une confédération sur la Lippe. Le jeune Charles, instruit de ce mouvement, se porta en toute hâte avec de la cavalerie vers le lieu de rendez- vous . des Saxons , et dispersa leurs bandes guerrières vers Dragiui. 1/hiver approchait : voyant la Gaule tranquille et s'irritant de la persistance des Saxons , Charleiuagne se détermina à eutrer de nouveau en Saxe malgré les pluies et les neiges , et il prescrivit à ses troupes de le suivre. S*étant donc avancé dans le cœur du pays , il célébra la fête de iNoël dans sou camp , sur le fleuve Ambra ou sur TEmmer, dans la métairie de Luidi, près d'une forteresse saxonne appelée Skier. Il arriva ensuite à Remen , au confluent du Wéser et de la Werne, sans cesser de livrer les terres des Saxons aux plusafl'reux ravages : mais les inondations, les débordements des fleuves et la rigueur de Thiver ne lui permirent pas de pénétrer plus avant , et il se vit bientôt contraint de se replier sur Ehresbourg et

320 CARL0V1NGIEN8. — QSàELlllÀGNE. pr»

d'y prendre ses quartiei-s. Ce fut là qu'il fit venir près de lui la reine Fastrade et sou fil^ Louis , roi d'A- ' quitaine , énfant de sept àns , qui parut à la cour de son père armé et vétu à la mode des Wascons, et suivi d'une escorte de jeunes Aquitains, fils de ses vassaux, et destinés à être plus tard ses propres fidèles.

Lorsque la rigueur de l'hiver se fat un peu apaisée (785)) Charlemagne recommença à désoler la Saxe, à la couvrir d'incendies et de ruines; il ne laissa à ce malheureux pays ni repos ni espérance : ce fut un vaste système d'extermination et de guerre à mort j et cependant le roi n'en continua pas moins de négocier en secret avec les chefs.

La constance de ceà derniers iiit moins patiente en face des revers que n'avait pu l'être , jusqu'à ce jour, celle de leur peuple; ils comprirent que dans cette guerre d'extermination l'avantage allait rester au plus fort, à celui qui pouvait supporter les plus longs sacrifices; et leur soumission ne devait pas se faire attendre. Charlemagne ayant convoqué le cbamp de mai à Paderbom , appela à lui , dans cette résidence , de nouveaux contingents militaires , et se mit ensuite à reprendre le cours de ses dévastations. Désormais cependant elles étaient devenues inutiles; aucune résistance ne se manifestait, et le roi des Francs, après avoir passé le Wéser, arriva sans obstacle vers les bouches de l'Elbe , dans le canton où s'élève la ville moderne de Lunebouj^.. Ce fut là que, s'étant arrêté , il fit dire à Witikind et à Alboin , autre chef des tribus saxonnes, de venir le joindre, et de se coa-

7isi GOinmsiON db withinh. à21

oerter avec lui sur les moyens les plus propres à assurer Tentière pacification du pays : ils hésitaient encore f mais il leur fit donner sa parole et leur livra des otages. Gomme ils tardaient à se rendre à cet appel y il prit le parti de rentrer sur les terres de la Gaule, et ce fut dans la métairie royale d'Altignysur-Aisne que les deux illustres Saxons s'al)()uclièrent enfin avec lui, et traitèrent des conditions de la paix. Pour première marque de soumission, 'Witikind demanda le baptême. Son exemple entraîna les peuplesde la Saxe et de la Frise. Plus tard, le hardi Saxon prouva a la Germanie et a la Gaule (|ue sa conversion était sincère: on le vit montrer autant de zèle pour étendre et affermir la foi chrétienne, qu'il avait d'abord manifesté d'acharnement pour la cause des idoles. L'imagination des peuples s'empara de ce grand événement. On racontait qu'aux jours des fêtes solennelles, Cliarlemagne avait coutume de faire distribuer une pièce d'argent à chacun des pauvres cjui se rassemblaient à sa porte. Or, il arriva que, le jour de Pâques, Witikind, déguisé en mendiant, s'introduisit dans le camp pour en observer les dispositions. Le roi faisait dire la messe sous sa tente ; et quand le prêtre éleva la sainte hostie, Witikind vit, dans le pain consacré, latigiure d'im enfant d'une beauté parfaite. Après la messe , on distribua des aumônes. Le guerrier se présenta à son rang , fut reconnu sous ses haillomi, arrêté, conduit au roi. Alors il raconta sa vision , demanda à devenir chrétien, et fit enjoindre aux chefs de son parti de poser les armes. Cbarlemagne le fît duc, et changea coDlre un cheval blanc le

T. TII. 3t

323 GARL0ViNG18M8. — CUARLSIIAGNE. im

cheval noir Je son éçu : ceci est le récit des Saxons* Ce peuple inflexible ne voulait avoir •cédé qu*à Fin-i tervention de Dieu même (i). Plusieurs martyrologes placent Witikind au rang des saints dont s'honore FEglise (a); des chroniques en font la souche des rois de la troisième dynastieet Tancétre de Robert-le* Fort : il est certain que le nom de ce grand homme survécut longtemps dans les traditions populaires, et qu'au treizième siècle les jongleurs français aimaient à faire entendre la chanson de Witikind le Saxon (3), le Roland de la Germanie, l'Arminius de la Saxe.

Gharlemagne ayant soumis la Saxe à Jésus-Christ et aux Francs, manda cette heureuse nouvelle à Offa, roi des Neustriens, et au souverain pontife $ il pria le vénérable Adrien d'ordonner dans toutes les églises

(t) Otanam.

(a) Hist, de V Église gall.^ I, 12.

(3) Cil bastart juglor qui vont par ces viliaux, A ces grandes vielles en dépéciés forriauXy '

Chantent deGuitedin ( Witikind),

( Jean Bordiel, trouvère d'Amu.)

Le aonvanir de la hitte béroiqtte aoutenue par V^itiàind eoom CîImp» lenuigne est resté longtemps dans la mémoire des peuples* Guitedin de Sassoigne ( W^itikind de Saxe) fut chanté par les jonglears. Jean Bor> did fit mfime sur ce chef un roman fort cnrienx, mais ou Guitedin est devenu un roi sarrasin , très-zélé pour la religion de Mahomet » et allié des rois d'Hyrcanie, de Nubie et de Perse. (Voir les additions à la dissertation de M. Moniii sur le roman de Roncevaux). Les généalogistes ont prétendu que c'était de ce fameux Witikind que descendaient les empereui^ de la maison de Saxe» et qu'il était l'aïeul du comte de WaUiergy d'où sont venus les andens comtes d^OIdembourg , et par conséijiaent les ducs de Holstein f la maison impériale de Russie^ celle , de Danemark et celle du dernier roi de Suède. Si cela est, la race de WHikind a en une destinée bien plus brillante » et surtout une durée bien plus bn^ue que la dynaalie de m ^raiai|uenr.

catholiques des actions de grâce et des prières. Le pape lui répondit pour le féliciter de sa ifictoire , et il ajouta : a Quant à ce que Votre Excellence royale nous a fait dire qu'elle aoubaitait que , pour remer^ cier le Seigneur de cet heureux événement et attirer de (dus en plus ses bénédictions sur vos armes victorieueesy noua fiaaiona chauler les louanges de Dieu dans toutes les églises eu un même jour du même mois | et que noua ordonnasaiona dea litanies , c'est-à-dire des processions pendant deux jours y vous ne pouviez nous faire ime demande qui nous fût plus agréable. Pour sa tisfiûre en cela votre piété^ nous avons ordonne^ par l'autorité apostolique, qu'on lit incessamment, dans tous les lieux aoumia à l'Église romaine^ votre mère , des processions solennelles les trois jours suivants 9 savoir : la veille de Saint^ean-fiaptiste, le jour de la fête de Saint-Jean et de Saint-Paul, et la veille de Saint-Pierre (i). » Nous verrons plus tard qu'une partie de la nation aaxonne avait seule subi le joug des l'rancs, et que d'autres peuplades de ce sang relevèrent le vieux drapeau cLe l'indépendance et tirèrent de nouveau l'épée. Pour le moment, Charlemagne croyait avoir affermi à jamais sa domination dans la Saxe*

Vers le même temps (785-786), une conjuration se forma contre Charlemagne dans les provinces d'outre-Rhin , et principalement en Thuringe : elle avait pour chef un comte nommé Uartrade , et les chroniques donnent pour cause à ce soulèvement la

(i) Qhê.^ CnMt., XCL

3S4 GARL0T11I6IBII8. GHARLIMAOItt. I7SS.7M

cruauté de la reine Fastrade, qui, abusant elle-même de son ascendant sur Tesprit de son ëpoux, Pavait entraîné à des rigueurs injustes et intempestives. Si le siège du complot était enTburinge, des ramifications existaient sur divers points de TAustrasie et de la Neustrie, partout où il se trouvait des ambitieux mécontents et des haines suscitées par la jalousie. Le but des conjurés était de mettre à mort Charlemagne, et d'affranchir toutes les nations teutoniques courbées sous répée des Francs : tout indique la présence de nombreux Saxons parmi les fauteurs de ce crime. ' Charlemagne ftit instruit de ce qui se tramait contre sa personne ; mais il crut devoir temporiser, afin de n'agir sévèrement qu'à l'instant où les traîtres seraient hors d'état d'opposer une résistance sérieuse. Au jour marqué, les troupes franques occupèrent la Thuringe, prirent position des cantons où les conjurés exerçaient la plus dangereuse influence, et forcèrent ces derniers, par le seul fait de leur présence, à fuir, et à chercher un refuge près des reliques de saint Boniface, au monastère de Fulde* Ils espéraient que, par respect pour le martyr, Charlemagne leur ferait grâce; mais le roi, après leur avoir laissé croire à un prochain pardon , prit le parti de châtier les plus coupables d'entre eux, et de les priver de la vue. Quelques-uns de leurs complices, arrêtés, et traduits à Worms devant l'assemblée générale de la nation , furent condamnés à diverses peines, telles que la confiscation des biens etTexil. En face de leurs juges ou de leurs vainqueurs, ils firent.preuve d'une énergique audace : « wSi nos « alliés ou nos compagnons , dit Tun d'eux à Charle-

7».7W1 hk BBmONB ARMORICilIlB. 3SS

« magne, eussent écouté mes conseils , tu n'eusses ja- '« mais repassé vivant sur Tantre bord du Rhin. » C'était le cri du patriotisme germanique, deveim coupable du jour où il en avait appelé au poignard. Quelques accusés furent encore condamnés à perdre les yeux ; un petit nombre, dont rinnocence fut reconnue, obtiu* rent d'être renvoyés absous. Cette conjuration est mal défmie par Tbistoire. £u l'absence de détails précis , il devient presque impossible d'en découvrir les véritables raisons, car la cruauté de la reine fut plutôt un prétexte ou un signal d'agitation qu'une cause profonde et générale : nous croyons que cet événement ne fut, en réalité , qu'un symptôme des efforts que tentait la Germanie pour ressaisir sa li* berté vaincue et proscrite.

Depuis le règne de Ûovis., la. Bretagne avait réussi à maintenir vis-à-vis des Francs , sinon son indépendance absolue, du moins, sa nationalité, et une partie de ses droits comme peuple : elle avait ses comtes(i)

(i) Lm téf^mnn de. BmasM prenaient alors le titre de tyram el de mabiiemu. Le premier de oes deux noms était emprunté à la langue grecque ; et comme dans les actes de Bretagne» datés des premiers siècles du moyen âge, Pon troufe des noms de femmes accompagnés du titre de tyrannisse, il parait qu'elles pouvaient acquérir les .terres aux« quelles le titre de tyran était attaché. L(; second ( inabtierne ), qui signifie /ils Je scigncuty a une «ripinc <('lli(jac; ot le mot mab qui en est la racine, et qui veut dire , en breton , iils de tel ou tel, a une analogie évidente et incontestable avec le mab des F^cossais et des Irlandais. Quant au titre de cem/e substitué au titre de roi, en Bretagne, sous la domination des Francs» nous n'avons à cet égard d'autre autorité que ocDe de Grégoire de Tours ; et les écriirains bretons la conleslent avec de grandes apparences de vénté » comme résultant d'une interpoHation maladroite ou d'une interprétation erronée. Dans I^épitaphe de Childe»

3S6 CARLOTniGIBIIS. — CHARLEHAGIIE. t7S8-7S6

particuliers , vassaux des rois de Neustrie^ et, après eux Tassaux des GaHoTingiens; mais leur soumission était de pure forme, et les Francs avaient bien souvent dû renoncer à se faire payer le* tribut qu'ils avaient imposé aux Bretons. La Bretagne armoricaine était comme le dernier débris de la Gaule. Sur cette pointe de terre, avancée dans l'Océan et couverte de pauvres bruyères, s'étaient réfugiées, l'une après Tautre , les races qui avaioit conquis Fiuticien pays des Gaëls : c'est là que la nationalité celtique arborait encore son drapeau, nonobstant les souvenirs de la domination romaine et les invasions successives des rois mérovingiens : le culte sauvage des druides y avait dressé ses derniers autels , et caché dans l'ombre des bois ses derniers sacrifices. Vainement le roi Pépin, après s'être emparé du canton de Vannes , avait-il contraint Waroc , comte des Bretons , à reconnaître de nouveau ia suprématie des Francs ; ces promesses arrachées par : la force étaient oubliées et méconnues, depuis que Ton supposait h Charlemagne de trop graves embarras du côté de l'Ëlbe et des Âipes pour qu'il essayât de recommencer, svn- les grèves de l'Armoriquet ia lutte désastreuse de Roncevaux. Charlemagne résolut de- faire repentir les Bretons de leur audace. Ën Tan 786, il fit passer dans leur pays une

bert V, Canao , souverain de la Bretagne, est qualifié da titre de roi ; Ip même titre est donné à Alain dans la chronique des rois bretons , insérée au Rflcueil dm historiens de FhuM». Quoi qu'il en soit, il est avéré que les chefr bretons, sons la dynastie mérovinsienne, agissaient avec indépendance, et ne se résignaient niiUement à subir lu snaornil^té des rVuniss,

armée franque commandée par Ândulfe , son sénéchai et son lieutenant. Andulfe pénétra clans les retraites de la Bretagne ^ malgré les marais et les abattis d*arbres qui en défendaient les approches ; il s'empara des forteresses bretonnes ^ écrasa Tune après l'antre les peuplades celtiques (]uî maudissaient le joug des Francs y les força de renouveler leurs hommages et de consentir encore au tribut. Après cette expédition, qui fut longue et rude, Andulfe vint à Worms auprès de Charlemagney et conduisit à ce roi les chefii bretons (capitaneos) qu'il s'était fait livrer comme otages. Aucune autre inquiétude ne troublant désormais les provinces galio-franques , Gharlemagne résolut de passer en Italie pour soumettre à son obéissance le duché de Bénévent j seule partie du royaume des Lombards qui ne reconnût point encore son autorité.

On a vu plus haut que le duo de Frioul, ayant essayé de se soustrairez la domination de Charlemagne, avait été puni de mort comme félon , et remplacé par un leude du roi t effrayé de cet exemple ^ le duc de Spolàte s'était soumis aux Carlo vingieus; plus hak'di , et moins exposé peut-être aux attaciues des Francs , le duc de Bénévent n'avait rien épargné pour maintenir son autorité hors de la tutelle de Charlemagne. I.e duché de Bénévent n'était point alors , comme aujourd'hui ^ un point assez inconnu de l'Europe : son territoire comprenait les trois quarts du moderne royaume de Naples; le dernier cpiart appartenait encore aux empereurs grecs. C'était un pays rempli de grandes villes, facile à défendre contre un

Oigitized

328 CARLOVlHGUBHâ. ~ CHAULSIUGHB. 1795.7M

ennemi venant du dehors , et que les Francs ne pouvaient atteindre qu'après de longues et pénibles marchés à travers toute l'Italie ; de telle sorte qu'une ar* mée carlovingienne ne pouvait arriver sur les frontières deBené^nt que fatiguée, et à demi détruite par les chaleurs de Tété et par les maladies. Pour des soldats découragés avant de combattre , c'était une rude tache que d'entreprendre le siège de citadelles situées pour la plupart au bord de la mer, et que le duc de Bénévent pouvait aisément ravitailler. Tels étaient les motifs de la sécurité et de Topiniâtre résistance du duc Aréghise , gendre de Didier, et que l'histoire pourrait appeler le dernier des Lombards. Aréghise entretenait d'ailleurs des relations clandestines avec Tassillon , ce duc de Bavière dont nous avons plusieurs fois prononcé le nom ^ et qui, paiement gendre de Didier, aspirait sans cesse à trahir Charlemagne, et ne subissait la suprématie des Francs que sous l'influence de la peur. Tassillon agissait sourdement, pour ne point éveiller avant l'heure la colère de Charlemagne; mais Âréghise, plus confiant, en vint à se proclamer souverain indépendant du roi des Lombards. 11 se fit sacrer par l'un de ses évéques, et au titre de duc dont il était revêtu, il substitua celui de prince ; il ceignit sa téte d'une couronne, et prit en main le sceptre. Or, tandis qu'il manifestait aux yeux de l'Italie tout entière ces audacieuses prétentions, Charlemagne se disposait à le punir, et se bornait à ajourner le châtiment, afin de le rendre inévitable.

Le roi des Francs , après avoir mis fin aux révoltes

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n$Jm MOlUfelATUW DB CHÂtUBIIAiGlIB. 339

des Saxons, à la guerre de Bretagne et aux agitations de la Thuringe , jugea qu'il fallait profiter des derniers jours de rautomne pour diriger ses soldats contre le territoire de fiëné vent. U ne conduisit d'abord Tarmée qu'aux environs de Florence et de Rome , et ce fut là qu'il la fit hiverner^ afin de pouvoir, au retour du printemps, se porter en avant avec des troupes fraiches. Cette précaution était inutile. La seule apparition de Charlemagne en Italie suffit pour frapper Aréghise d'une consternation profonde; et ce prince n'osa ni défendre sa capitale, ni marcber à la rencontre des Francs. Il se replia en toute hâte sur ses villes maritimes , abandonnant le reste du pays aux arm^ franques. Pendant que les soldats de C!harle> magne occupaient, sans coup férir, ce ):erritoire qu'on ne cherchait pas à leur disputer, Arabise se retranchait derrière les murs de Salerne , et se disposait moins à soutenir uu siëge qu'à gagner du temps et à fléchir le vainqueur. U envoya son fils Grimoald à Rome, avec mission de solUciterla grâce de sou père, et d'offrir, en son nom, de renouer les Uens de vassalité. Charlemagne hésita d'abord à accueillir cet hommage arraché par la crainte; mais enfin il se détermina à user de clémence , et il rangea le duc de Bénéveut au nombre de ses feudataires, en lui imposant un tribut annuel de sept mille sous d'or, et en exigeant que Grimoald restât à la cour des Francs comme otage (i). On fut surpris de cette modération inaccou-

(i)^Égiobafd» jéimai., adaim, Si4. — ErcfaeniiMrt prétend qo'AréglÛM {Jrichis ) îol obligé d'acheter k peix par l'ebendoo immédiat, .d'iio tréaor considéiible qu'il tenait en réaervei et que Chéries ezifea

330 GARLOmOlBIIS. CHABLBMAOWB, {798-786

tumëe. Les anciens annalistes Fattribuent à ïutilUé que Gharlemagne pouvait retirer des Bënéventins

{^rex uiilUate gentis considerata)'^ d'autres, à des motifs religieux {Mifim timaris respecta ), c'est-à'-dire un ferme désir d'éviter une guerre dont le premier résultat aurait, pu être la ruine et la destruction d'un grand nombre d'églises et de cloîtres. Sur ces entrefaitesy les ambassadeurs de Tempire grec vinrent le trouver et le complimenter, au nom de leur souvetain, sur T heureuse cooclusion de cette campagne ; ils insistèrent pour que Ton ne rompit , sous aucun prétexte, le mariage projeté entre l'empereur de Constantinople encore enfant , et Rotrude, fille de Gharlemagne. Le roi des Francs feignit de croire à la sincérité de ces félicitations; mais, au fond, il ne devait pas ignorer que la résistance du duc de Bénévent , et les autres obstacles qu'il rencontrait en Italie, étaient dus pour beaucoup à la jalousie et aux intrigues de l'impératrice Irène, toute-puissante chez les Grecs, et qui avait à cœur de ruiner et d'amoindrir l'influence des Francs à Pavie , à Rome et à Ravenne.

Tassillon , duc de Bavière , avait été complice de la révolte du duc de Bénévent ( 787 ) $ mais un reste de crainte ne lui permettait pas de laisser ouvertement éclater sa haine contre Gharlemagne, et de proclamer une fois encore les Bavarois affranchis de la tutelle des Francs; il cherchait à se ménager l'a*

pour opavrir les finds de la guerre. — Les papes reçnrenl en don les villes de Gapoue, de PtomUûo et de VSteibe, agrandtesement du patrimoine poniffieal. ( Voir Muratori, Itat* medim mm, Cod, Carol. Epist,

Adrian.f etc.)

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