M] DÉCHÉANCE DE TASSILLON
timent presque inévitable. Cbarlemagne , en effet ,
avait découvert que, malgré ses supplications récentes , Tassillon f à peine de retour dans ses Étals, n'avait cessé de renouer des intrij^iies contre la suprématie des Francs et de fomenter des révoltes. Par ordre du roi, on amena de force à Ingelheim la femme de Tassillon , fille de Didier, et les enfants issus de leur mariage. Peu de jours après, on instruisit leur procès , et l'on prit pour base de Taccusation les dépositions des Bavarois eux-mêmes. Tassillon, humilié et désarmé, comparut devant rassemblée générale pour y être jugé. Le roi TiiUerrogea sur ses félonies ; on lui reprocha d'avoir violé sa foi, à l'instigation de Luitberge sa femme, et d'avoir entretenu des intelligences criminelles et avec les Avares et avec les races païennes de la Germanie; on l'accusa de s'être mêlé à des projets de soulèvement contre la monarchie (ranque , et d'avoir sollicité les vassaux germaniques à des actes séditieux^ on mit sous ses yeux le tableau de ses trahisons anciennes et récentes , on lui rappela les paroles de haine et de mort qu'il avait proférées contre la puissance des Francs et contre le roi. Tas* sillon , vaincu par l'évidence, ne put nier les crimes qui lui étaient imputés; et, d'une voix unanime, les seigneurs présents au champ de mai lui appliquèrent les vieilles lois de la Germanie contre les déserteurs et les traîtres , et le condamnèrent à la peine capitale Cbarlemagne mitigea cette sentence , rendue contre son parent; il se contenta de proclamer la
(i) Capitali sentent ia damnatut est, (Kgiabard. )
33é GARLOVIHGim. — CllAm«AI31fB. [W-m
déchéance de TassiUon , de confisquer ses États, et de le reléguer, lui et ses fils, dans un monastère, ou ils prirent l'habit religieux et furent tonsurés. ïassUlon et ses fils finirent leur TÎe dans l'abbaye de Jumiéges ; sa femme et ses filles prirent le voile ; leurs complices furent relégués en exil. Ainsi Cbarlemagne devint maître paisible et absolu de la Bavière, et cette vaste contrée fut réduite - à la condition de province franque (i). L'histoire a justement remarqué la condariinalion de Tassillon par une diète générale, et la confiscation de ses domaines prononcée pour crime de félonie , çomme autant de points de départ de la jurisprudence suivie au moyen âge envers les feudataireset les vassaux convaincus de trahison à l'égard de leur seigneur. Ce furent là des précédents qui servirent de règle au droit germanique, et qui, de nos jours, ont encore été invoqués {i) dans les congrès intematio* naux. Par la ruine de la famille des Agilolfinges (3), Gbarlemagne frappa de terreur les princes et les leudes qui auraient senti chanceler leur fidélité. Ln fait digne d'attention , c'est la part que le pape voulut prendre à cet événement, tantôt en agissant comme arbitre oificieux en laveur du plus faible et du cout
(i) Les actes jde la diète dlDgeOieim ont été recueillis pa^ firagpMiili
dans Stravius, Corpus histor. Germon,
(ot) Au congrès de Vienne, en i8i/|, à l'égard du roi de Saxe, à qui l'on reprochait sa ûdélilé à Napoléon comme uo crime de féiooie envers l'Alleraague.
(S) Nom de la première dynastie des ducs de Bavière, ainsi ooTnmée d'un guerrier de ce pays, Agilolft ou AgiUuphe, qui , vers Pan 533, àèlivra la Bavière du joug des Ostrogoths. Tassillon fut le dernier de ses successeurs.
mm MmmSf wc liniimi, 388
paUe* saisi de remords^ tftntèt en donnant au vaiaal
rebelle des conseils sévères.
Aréghiae venait de mourir | les Bëuéveniiua &up« plièrent Charlemagne de leur renvoyer Grimoald, fils (le ce prince, que le roi des Francs détenait près de, lui à titre d'otage* Or, le pape invitait Charlemagne à ne point rendre à la liberté cet adolescent, ù qui l'on attribuait des sympathies contraires à la cause de Rome, et entièrement fayorables à l'indëpendanoe des Lombards : le vénérable pontife avait d'autant mieux raison de craindre, que la duchesse Adelberge, veuve d'Arégbise et iille de Didier, ne dissimulait qu'à demi sa haine pour les Francs et ses relations politiques avec Tempire grec. Une autre cause d*appréhension tenait à la situatiou qui venait d'être faite, par Timpératrice Irène, au jeune Adelghise, fils de Didier, ré* iugié eu Orient depuis la chute de sou père : on l'avait nommé patrice de Sicile , afin que , des côtes de cette île, il fut tou jours à portée d'observer l'Italie et de nouer des intrigues avec la lactiou lombarde , op-t posée à Charlemagne : et comme si ce poste était en* core trop éloigné des États de l'Église et des terres vassales des Francs, Adalghise se rendit en-Galabre, sur les confins du duché de Uénévent , et se concerta avec Adeiberge , sa sœur, pour assurer l'exécution d'une prochaine tentative contre la domination de Cliarlemague dans le midi de l'Italie. Adrien ne laissait rien ignorer au roi des Francs de ces complota et de ces agitations dangereuses. Il le conjurait de ne point se fier à Grimoald , fils et allié de ses ennemis , et dont la présence dans le duché de Bénévent pouvait
336 GABumHomn. > cHAiimMiiiB. tm-m
amener des complications difficiles. Contrairement à ses habitudes , Cbarlemagne ne voulut pas accéder aux conseils du pape ; il jugea que les craintes du pontife étaient exagérées , et qu*U valait mieux se jratta- • cher Grimoald en lui témoignant une confiance honorablcy qu'en prolongeant sa captivité et en exaltant le parti qui , en Italie , se ralliait • au drapeau de oe jeune prince. Il rendit donc la liberté à Grimoald, et kii permit d'aller à Bénévent prendre possession des États de son père et régner comme tributaire des Francs. Le- retour de Grimoald dans son duché fut salué avec enthouriasme par les Lombards ; mais pour le moment la générosité de Cbarlemagne ne fut point trahie. Lorsque les mécontents d'Italie, unis au patrice Âdelghise, eurent réussi à armer les Grecs contre Cbarlemagne, Grimoald et les Bénéventins, ses sujets, prirent les armes pour la cause des Francs , et cherchèrent à fermer aux conjurés toutes les barrières du royaume dltalie. Adelghise, fils de Didier et oncle de Grimoald, avait cru pouvoir compter sur soo neveu, et il s'attendait à entraîner sous ^ses drapeaux les forces militaires du duché de Bénévent. Grimoald, loin de répondre à son attente, appela à lui le Lombard Hildébrand , duc de Spolète et vassal de Cbarlemagne : ces deux chefs, unis à Winigis, Tun des leudes du roi deà Francs, et son lieutenant^ dans le midi de la Péninsule, se portèrent sur le territoire de la Calabre, et attaquèrent Tarmée grecque, commandée par Adalghise et parle sacellaire Jean,logothète de la milice : ce dernier périt dans le combat, et quelques historiens affirment qu'Adalghise eut le même sort. Quoi-
nr-mi CBnianmcm Et niiis. * 337
qu il en soit, rarmée grecque fut vaincue et détruite^ el le parti lombard vit échouer ses démises espé^ rances.
Les historiens du fias-En^Hre (i) ont consigné dans
leurs annales que (^liarlemagne avait refusé de réaliser le projetd' union précédemment conclu parles somsde . l'impératrice Irène, et en vertu duquel Rotrude, fille du roi des Francs, devait épouser le jeune empereur Constantin VI , qui régnait à Constantinople sous la lutellede sa mère j ils ajoutent d ailleurs que si la négôciation échoua, ce fut moins par un refus de Charlemagne que pur suite des menées secrètes de l'inipératrice Irène : cette princesse, animée d'une ambition sans frein , après avoir sollicité Talliance de Charlemagne, avait fini par redouter uu mariage qui aurait pu ayoir pour résultat d emancipèr son fils et de lui concilier Tappui du roi des Francs. Quoi (ju'il en soit, Égiuhard se borne ià dire que Charlemague u avait pu se décider à marier ses filles , parce qu'il ne pouvait se passer de leur présence; et pourtant il est vraisemblable que des motifs politiques d'un ordre élevé dirigèrent seuls sa conduite en cette circonstance grave, destinée à amener une rupture entre le roi des Francs et la cour de Byzance.
Vers le même temps (788)» les Huns envahirent sur
(i) Voir rhistorlen grec Zonoras. L'empereur Constantin VI était monté sur le trône à Fage de dix nns. Il régnait sous la tutelle de lanière, IMM déjà il se BBontraitirrité de wàÀr te joug d'une femme, et cet velléités de révoltes ou d'insoumission, de la part d'up prince sans vertus et sans courage, alarmaient à juste titre l'ambition d'Irène. L'histoire des luttes sMsdtées entre la mère et le Sis serait longue^ et ne rentrerait pas dans les Kmilis oni nous sâot assinéas.
T. ni. 92
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3Sft CARLoviviaift. eKiaunuONB. tmm
points diffëreaU les i2«taU de Cbarkmagiie; l'uoe de leun honles entra dans la Bavière, tmeautM
se jeta sur le Frioul. Ces deux invasions furent vigou* mueÎDenl Mpouisées. Les barbaree, ayant rassemblé de nouvelles forces, pénétrèrent une secomk fois sur le territoire de la Bavière ; ils fureot de nouveau défaits à la suite d'ime grande bataille , et les pertes qu'ils endurèrent furent si considérables que, pour le momenti ils renonoèient à entamer la monarebie firanque. Vainqueur par ses lieutenants , Gharlemagne voulut visiter la Bavièroi réoerament incorporée à ses États. Cette contrée impatiente du joug des Francs était alors beaucoup plus étendue qu'elle ne Test de nos jours. Outre le royaume moderne qui porte oenom, ellecomprenait plusieurs provinces aujourd'hui rattachées à TAutridie, à la Bohème et au Tyrol. Gharlemagne ne voyait pas sans inquiétude cette contrée ouverte aux incursions des Avares; il jugeait avec raison qu'U fiedlait prendre des précautions offensives et défensives pour garantir la sécurité du pays, et contraindre au respect une population dont la fidélité n'était point encore affermie. Il ne confia pas la Bavière au gouvernement d*un nouveau duc, de peur de substituer à la dynastie des Agilolfinges une famille qui hériterait des prétentions et des droits de cette race princière, dont une loi attribuéeàThéodoric, roidesOstrogoths, parlait ainsi : tt Le duc sera toujours de la famille des AgilolfingeS| comme il Ta été jusqu'ici ; car les rois nos prédécee* seurs ont consenti à ce que, tant qu'elle serait fidèle, tous les ducs fussent pris dans cette famille. » Gharlemagne reconnut qu'il était plus prudent de partagsr
un '•«■Mm dam u mm». SM
laproiruKMMtre des comtes réyocaUeSy doul rmtorilé
dépendrait inmiédiatement de lui. Après avoir réuni en quelque sorte la Bavière à T^uslrasie et à la Bout- ^ogne y Gbarleiiiafi[ne revint à Aix*1a*Cbapelle| où i) acheva Tannée 788, si pleine d'événemeuUy si souvent mafqutfe par des difficultés politiques^ et qui vit iie développer sans relaclie, nonobstant les complications et les guerres» Tœuvre de la grandeur du roi et de la puissance des Francs.
L*année suivante (789), les armées de Cliarlemague franchirent rfiHbOf et pénétrèrent dans les immenses contrées peuplées par les r^ces slaves. Les Abodrites (Obotrites), dont le territoire a formé plus tard TËUI de Mecklembonrg-Schwérin , avaient depuis longtemps solUcité et obtenu Tallianoe des Francs. Les Weltsi ( Wiltses \ leurs voisins , peuples slaves qui babitaient au delà de rLlbe» près de l'Oder, sur les c6tes de la Baltique et au-dessous de l'Ile de Rugen, infes^ laitMiL par de continuelles incursions le territoire des alliés de Charlemagne. Vainement les rois des Francs leur avaientils plusieurs fois intimé l'ordrede respecter les Abodrites, ces avertissements n'avaient cessé d'être méprisés par un peuple qui, reculé vers le nord , se croyait à Tabri des atteintes de la puissance austra-* sienne. Cbarlemagne vésolut de mettre fin à leurs brigandages. A la téte d'une armée de Francs, de Saxons et de Frisons , aidé en outre par les Abodrites et les Sorabes , il francbit l'Ëlbe , entra dans le pays des Wiltzes, le mit à feu et à sang, et soumit toute la contrée qui s'étend de TElbe à TOder* Voici, d'après le récit d L^inbard , quelques détails plus complets sur
340 CARLOflMIBUi. ClAtUMAGNE. (7»
cette guerre : û 11 y a enGemaniei dîtle chrooiqueur, sur le bord de TOcéan , une certaine nation d'Esck- Yong qui se nomment dans leur langue Wëlétabes, et abnt appelés par les Francs Wiltzes. Ce peuple, tou* jours ennemi des Francs, avait coutume de poursuivre de sa haine , d'opprimer et de harceler par les armes ceux de ses voisins qui étaient alliés ou sujets des Francs. Le roi, ne voulant pas supporter plus longtemps cette insolence, résolut de leur faire la guerre, assembla une nombreuse armée, et passa le Rhiu près de Cologne (789). Il prit de là son chemin parla Saxe, et, lorsqu'il eut gagné Tiillbe, il plaça sou camp sur le rivage , joignit le fleuve par deux ponts, fortifia Tun aux deux bouts, et y laissa une forte garnison. Luimême passa le fleuve^ conduisit son armée au lieu désigné, entra sur les terres des Wiltzes , et ordonna de tout ravager par la flamme et le fer. Cette nation, quoique belliqueuse et se confiant en son nombre, ne put longtemps soutenir l'impétuosité de rarmée des Francs. Dès que le roi fut arrivé près de la ville de Dragwit, Wiltzan, qui, par l'autorité desa vieillesse et la noblesse de sa naissance, était supérieur aux autres petits rois des Wiltzes, alla au-devant de lui avec tous les siens, donna les otages qu'on lui demandait, et engagea, par serment, sa foi au roi et aux Francs. Les autres rois et les principaux des Esclavons suivirent son exemple, et se soumirent au pouvoir du roi. Chartes ayant ainsi réduit ce peuple et reçu les otages qu'il avait exigés, regagna VEÏhe par le même chemin, fit repasser le pont à son af mée ; et ayant réglé , en passant, tout ce qui regardait les Saxons, il rentra
mi msMin dams lb mm». 841
dans te pays des Franoti célébra, à Worm», la iete de Noël et celle de Pâques. » Au reste, oette eftpëdition ae fut pas la seule que Cliariemagne eutreprit du côté des Slaves : il eut plusieurs fois à marcher au secours de ses nouveaux ti ibutaireS| attaqués, à leur tour, par d'autres peuples, surtout par les Danois qui babîtaieot au delà de TEyder. A mesure que le roi des Francs reculait la limite de ses États, il déplaçait le théâtre de la guerre , et ne savait où rencontrer la paix et le repos. Toutefois, Tau née suivante (790) ne fut mar* qoée par aucune expédition sérieuse , et cette courte trêve parut consolider un moment la domination gigantesque de Cbarlemagne sur le Danube, sur TUder, Yors la Calabre, et par delà les Pyrénées (1). A aucune
(i) ■ Telles sont les guerres (|uc Charles, le plus puissant des inou.nqiu*s, soutint en divers lieux de la terre, avec autant d'Iiahileté epie de bonheur, pendant les <pinrnntc>septans que dura son règne. Le royaume des Francs, tel que le lui transmit Pipin son père, était déjà mus doute étendu d ibrt} mais il le doubla presque» tant il l'agrandit par ses nobles conquêtes. Ce royaume , en eflet , ne comprenait avant lui que la partie de la Gaule située entre le Rhin , la Loire , l'Océan et h mer Baléare; b portion dtek GemtnielMfaitée parlis Francs, boméopw la Sue» leOanabe, le Rhin et la Sale, qui sépare les Thuringicns des Sorabes, Je [>a) s des Alemans et la Bavière. Charles y ajouta, par ses guerres mémorables, d'al)<)rtl rAtptitaiiie, la Gascogne, la chaîne entière des Pyrénées, et toutes les contrées jusqu'à l'Khre , (pii prend sa source «laiis la Navarre , arrose les plaines les plus fertiles de TEspagne , el se jefle tlans la nier IJaléare, sous les murs de Tortose ; ensuite toute la {ïartie de l'Italie (|ui, de la vallée d'Aost jus(pi*À la Calabre inférieure, frontière des Grecs et des Bé* névcntins, s'étend sur une longueur de plus d'un million de pas; en outre, IsSaxe, portion ooosidérable de ht Germanie, et qui , regardée comme double en largeur de la partie de oette contrée qu'habitent les Francs , est réputée égale en longueur ; de plus, les deux Pimnonics, la Dacie, située sur la rive opposée du Danube, Plstrie , la Croatie, la Dalmatie, à Teiception des villes martiimcs dont il voulut bien abandonner la posses-
â4S CAELOTlMMim. GHAMUHUfiNB. [m
^K>qae \m monarobie galio^fraoque n'avait exercé sur le monde une Influence anm conaidéfnble, et ne »'^it prëaentée aux yeux des peuples sous un plus glorieux aspect . '
Le moment nous semble venu de suspendre le récit des faits, et d'entrer dans quelques détails sur k personne y la famille et la cour de Cbarlemagne , et sur les institutions et les lois qui rendirent si célèbre le gouvernement de ce grand bonnne.
«Cbarlemagne, dit li]ginbard , était large de carrure f rdbuste » et d'une taille élevée, mais bien proportionnée, et qui n'excédait pas en hauteur sept fois la longueur de son pied | il avait le sommet de la téte arrondi , les yeux grands et vifs , le nez aquilin , une belle chevelure , la physionomie ouverte et gaie. Qu'il fût assis ou debout, toute sa personne commandait le respect et respirait la dignité : bien qu'il eût le cou gros et court, et le ventre proéminent, la juste proportion du reste de ses membres cachait ces défauts ; il marchait d'un pas ferme ; tous le& mouvements de sou corps présentaient quelque chose de mâle; sa voix, quoique perçante, paraissait trop grêle pour son corps.
a|on à Pempereur de Goiutantiiioiile» pur suite de FaUiance et de Pamitié qai les uoissaieot ; enfin» toutes les nations barbares et farouches qui oe* cupent la partie de la Germanie comprise entre le Rhin, la Yislule, le Danube et FOoéan . Quoique parlant à peu près une même langue , eDes différent beaucoup par leurs mœurs et leurs usages. 11 les dompta si complètement, fju'il les rendit tributaires. Les principales sont les Wélélabes , les Sorabes, les Obotrites et les Bohémiens , Ce fut avec celleslà qu'il en vint aux mains; mais il accepta la soumiasion des autres^ dont le nombre est plus ^pesaad {*), »
O^Siabanli f^ie de Charlemagne,
m fOMnUIf Dl CHASUBUORM, S4S
Il jouU d'une lanlé oonttammant boom jusqu'aui
quatre dernières années qui précédèrent sa mort : il fut alors fréquemment tourmenté de la fièvre , et finit même par boiter d'un pied. Dans ce temps de souffrance, il se conduisait plutôt d'après ses idées qu« par le conseil des médecins , qui lui étaient détenus presque odieux pour lui avoir interdit les viandes rôties , dont il se nourrissait d'ordinaire ^ et prescrit des aliments bouillis. Il s'adonnait assidûment aux exercices du cheval et de la chasse; c'était chez lui une passion de famille, car à peine trouverait-on dans toute la terre une nation qui pût y égaler les Francs* 11 aimait beaucoup encore les bains d'eaux naturelle* ment chaudes, et s'exerçait fréquemment à nager; en quoi il était si habile , que nul ne l'y surpassait. Par suite de ce goAt, il bâtit à Aix-la49iapeUe un palais qu'il habita constamment les dernières années de sa vie et jusqu'à sa mort. Ce n'était pas, au reste, seulement ses fils^ mais souvent aussi les grands de sacour^ ses amis et les soldats chargés de sa garde personnelle, qu'il invitait à partager avec lui le divertissement du bain ; aussi vit-on quelquefois jusqu'à cent personnes el plus le prendre tous ensemble,
a Le costume ordinaire du roi était celui de ses frères, l'habit des Francs (i). 11 avait sur la peau une
(i) Nous cherchons à oompléter l'histoire par la chroniqae. Go Ut dans le moine de Saint^^all :
« Un certain jour de fête, après la célébration dt la messe , le roi des Francs dit aux siens : • Ne nous laissons pas engourdir par un repos (jui
• nous mènerait à la paresse ; allons chasser jusqu'à ce que nous ayons
• pris quelque animal , et partons tous , vêtus comme nous sommes. ■ La journée éiait froide et pluvieuse ; Charles portait uu hahit de peau
844 CABuyviMnnis. — auiLUMmi. tm
chemise et des bauU-de-cbaii8«es de toile de lin ; pardessus était une tunique vernie, avec une ceinture
de brebis, qui n'avait pas plus de valeur que le rochctdoDt la sagesse divine approuva que saint Martin se couvrît la poitrine , pour offrir, les bras nus, le saint sarritire. l^'s autres '^ei^neurs, arrivant de Pavie, où les Vénitiens avaient apporté tout récemment, des contrées au delà de la mer, toutes les richesses de TOrient» étaient vêtus, comme dans les jours fériés, d'habits surchargés de peaux d'oiseaux de Phénide, eotourés de soie , de plumes naissantes do cou, do dos et de la queue des paons, enrichis de pourpre de et de franges d*éooroede cèdre. Snr quelques-uns briHaient des étoffes pi(|uées ; sur quelques antres, des fourrures de loir. C'est dans cet cquipaf;c qu'ils parcoururent les bois: aussi reviiu'ent-ils déchirés par les branches d'arbres, les épines et les ronces, percés par la pluie, et tachés par le sang des bctes faines ou les ordures de leurs peaux. « Qu'aucun de nous, dit alors Charles avec ma- « lice, ne change d'habits jusc^u'à rbcurc où on ira se coucher; nos vé« « tcments sécheront mieux sur nous. » — A cet ordre, diacun, plus occupé de son corps que de sa parure , se mit à chercher partout du feu pour se réchauffer. A peine de retour» et après être demeurés k la suite de Fempereur jusqu'à la uuit noire, ib furent renvoyés à leurs demeures. Quand ils se mirent à 6ter ces minces fourrures et ces fines étoffes , qui s'étaient plissées et retirées au feu, elles se rompirent , et firent entendre uu bruit pareil à celui de baguettes sèches qui se brisent. Ces pauvres gens gémissaient, soupiraient, et se plaignaient d'avoir pcnlu tant d'argent dans une seule journée. — 11 leur avait été auparavant enjoint [)ar PcmjK'reur de se présenter le lendemain avec les mêmes vêlements : ib obéiixïat; mais tous alors» loin de briller dans de beaux habits neufs , faisaient horreur dans leurs chiffons infects et sans couleur* Charles, plein de finesse , dit au serviteur de la chambre : • Frotte no « peu notre habit dans tes mains , et rapporte-nous-le. « Prenant ensuite dans ses mains et montrant à tous les assistants ce vêtement qu'on loi avait rendu bien entier et bien i)roprc , il s'écria : • O les plus fous des ■ hommes ! quel est maintenant le plus précieux et le plus ytdc de nos
• habits? est-ce le mien , (|ue je n'ai acheté ([u'un W, ou les vôtres, c|ui « vous ont coûté non-sculemcut des livres pesant d'argent , mais plu-
• sieurs talents? •
C'est encore à la même cln onique que nous empruntons quelques dc- " tails sur le costume de Charlemagne et sur les vêtements des Francs de
im Mmuir di CHAiLnucioi. 345
de soie et des chausseUes ;d68 bandeletieft eatouraieiit ses jambes , des sandales renfinrmaient ses pieds ; et
rhiver, un justaucorps de peau de loutre lui garantissait la poitrine et les épaules contre le froid., 'fou* jours il était couvert de la saye des Wenètes, et portait une ëpëe dont la poigpiëe et le baudrier étaient d'or ou d'argent; quelquefois il en portait une enrichie de pierreries , niais ce n'était jamais que les jours de très-grandes fêles, ou quand il donnait audience aux
œttie époque : « Les ornements des andens FnuKt^ qmod Us le pi* raient , étaimt des brodequins dorés au dehors, arrangés avec des cour* roics longues de deux coudées , et des bandelettes de plusieurs morceaux reooamnt les jambes ; ptr-demis on portait des hants-de-chamoet de lin» d^one même conkar» mai» «Tna tninil préefanx el wîé; par> dessus, de très^ngnes courroies étaient serrées en dedans et en forme de croix, tant par-devant que par-derrière | enfin venait une diemise d'une toile très-fine ; de plus, un baudrier soutenait une épée, et Gelle-ci, bien enveloppée (premièrement par un fourreau; secondement, par une courroie; ti*oisièmemcnl, par une; toile très-blanche, et rendue plus forte au moyen d'un enduit tic cire très-brillanlc ), était encore durcie le milieu par de petites croix saillantes , afin de donner plus sûre* ment la mort aux gentils. Le vêtement que les Francs mettaient en der« nier, por-deisus tous les autres, était un manteau bfamc ou bleu de sa* phir à quatre coins , double, et tellement taillé que, quand on le mettait sur ses épaules, il tombait par«dcvant et- paiHlerrièré jusqu'aux pieds , tandis que des côtés il venait à peine aux genoox. Dans lli main droite, chaque Phinc portait un bâton de pommier, remarquable par des nmod» symétri({ues, droit, terrible, avec une pomme d^or ou d'argent enrichie de belles ciselures.
■ Pour moi, continue le moine de Sainl-Gall, naturellement paresseux et plus lent (ju'unc tortue, comme je ne venais jamais en France , ce fut dans le monastère de Saiot-Gall que je vis le chef des Francs revêtu de cet habit éclatant. Deux rameaux de fleurs dW partaient de aips cuisses :1e premier égalait en hauteur ceUe du b^nos; le second^ croissant peu à peu, décorait gknrienseaMQt le sommet da tronc, et, s'élevant an* dessus, le couvrait tout entier. »
346 càKummmÊmi cBAïunumB. m
ainbasBadeiira des autres nations. Les habits étran** gersy quelque riobot qu'ils fuMent^ il ks méprisait, al
ne souffrait pas qu'on Ten revêtit. Deux fois seule* nient, dans le séjour qu'il fit à Aome, d'abord à la prière du pape Adrien, ensuite sur les instances de Léon, successeur de ce pontife, il consentit à prendre la longue tunique, la cblamyde et la chaussure po-» maine. Dans les grandes solennités, il se montrait a¥ttD un justaucorps brodé d^or, des sandales ornées de pierres précieuses, unesaye retenue par une agrafe d'or, et un diadème tout brillant d'or et de pierreries; mais, le reste du temps, ses vêtements différaient peu de ceux des gens du commun*
c Scdm dus le boire et le manger, il Tétait plusen* core dans le boire ; haïssant l'ivrognerie dans quelque homme que ce fut, U l'avait surtout en horreur pour lui et les siens. Quant à la nourriture, il ne pouvait s'en abstenir autant , et se plaignait souvent que le jeûne FincoiaunodaiL Très-rarement donnait-il de grands repas j si! le faisait, ce n'était qu'aux principales fêtes; mais alors il réunissait un grand nombre de personnes. A son repas de tous les jours, on ne servait jamais que quatre plat&i outre le rôti que les chasseurs apportaieiit sur la brôobe, et dont il mangeait plus volontiers que de tout autre mets (i). Pen-
(i) En carême et pendant les temps de jeûne» ces habitudes chaageaient : alors on ne mangeait qu^one fols par jour, et après le coucher da soleil. Go jours-là, le diner de Gharfemagne avait Usa à k hoitièaie héare, c^est-è-dire à deux heures de Paprès-midi. LVmeodole suimnle, neoDlée par la oioioe de Sainl«6ail» nous lUt emnaflre les motifr de cens inftactioD à la règle commime : • Le très plemi et très-fempérant Chailessnât es carèsie rbabitiidcy nue ibis It metse el les vêpres oélé>
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MÊtnuM M CHàiLnuein.
dant ce repas il se faisait rédt&t ou lire, et de préti<^
rence, les histoires et les chroniques des temps passés. Les ouvrages de saint Augustin, et particulièrement eelui qui a pour titre De Ut Cité de Dieu, lui plaisaient aussi beaucoup. Il était tellemeiu réservé dans l'usage du vin et de toute espèce de boisson, qu il ne buvait guère que trois fois dans tout sou repas ; en été, après le repas du milieu du jour, il prenait quelques flroltS) burait im coup, quittait ses irétements et sa chaussiure , comme il le faisait le soir avant de se couober, et reposait deux ou trois heures. Le sommeil de la nuit, il Tinterrumpait quatre ou cinq fois, nonseulement en se réveillant, mais en se levant tout à fait. Quand il se chaussait et s'habillait, non-seule« ment il recevait ses amis, mais si le comte du palais
bréesy de manger à la huitième heure du jour : il ne violail pat cependant la règle du jeûne , ne prenant rien depuis cette heure jusqu'à la ■IÉB6 hiMm du leodeBMiii • conSmaAneBl mi nréemli de Metrn-fiaî- IMur. — • Un oerlaiB évé<pie , plut séfèraipie ne le fecoamMuide rhornim têfjjt, eut la légèreté d'en rcpi^endre ce prince. Le trèa-aagc empereur» dtasimulant son indignation , reçut h réprimande avec humilité , puis kii dit : « Voufi avex bien parlé, brave évéquo; mais moi je tous pres- • crÏH de ne goûter de rien qu'après que les derniers nfliciers de mon palais " auront mangé. * — Quand (Uiarles était à table, les ducs t't les chefs ou rois des divci-ses nations le servaient. Son repas fini, ceux-ci prenaient le leur, servis par les comtes, les préiels et les grands, revêtus de diffé* rentes dignités. Lorsque ces derniers sortaient de table» les ofiMÎers litaifss eicifUs du pahûs t'y niellaient i les che& de toute espèce de ser* TÎce les y remplacent; à cemi-ci succédaient les serviteurs : de celle manière les gens du rang le plus înftrieur ne mangeaient pas avant le miHeu de k nuit. — Le carême élidt près de Snir, et Pévéqne dont on vient de parler avait subi pendant tout ce temps la punition im^Mtsée par Charles. « Evè(|ue, lui dit alors ce clément empereur, vous reconnaisse/, maintenant, j'espère, (pie si, pendant le carême, fe mange avant h ottity ce n'est pas par intempérance, mtà» par sagesse. »
348 CABLOflRCIIIIS. — CBARLnUOMB. (fi»
lui imdait .oonipte de quelque procès sur lequel on ne
pouvait prononcer sans son ordre, il faisait entrer aussitôt les parties, prenait connaissance de laHaire, et rendait sa sentence connue s'il eût siégé sur un tribunal ; et ce n*était pas les procès seulement , mais tout ce qu'il avait fait dans le jour, et les ordres à donner à ses ministres, que ce prince expédiait ainsi dans ce moment.
« Doué d'une âoquence abondante et forte, il s'exprimait avec une grande netteté sur toute espèce de sujets. Ne se bornant pas à sa langue paterneUe, il donna beaucoup de soins à l'étude de langues étran* gères, et apprit si bien le latin qu'il s'en servait oomme de sa propre langue : quant au grec, il le comprenait mieux qu'il ne le parlait. La fécondité de sa conversation était telle , qu'il paraissait aimer trop à causer. Passionné pour les arts libéraux, il respectait les hommes qui s'y distinguaient , et les comblait d'honneurs, diacre Pierre, vieillard natif de Pise, lui apprit la grammaire ; dans les autres sciences il eut pour maître Albin, surnommé Alcuin, diacre breton, Saxon d'origine, Fliomme le plus savant de son temps ; ce fut sous sa direction que Charles consacra beaucoup* de temps et de travail à l'étude de la rhétorique , de la dialectique et de l'astronomie , apprenant Fart de calculer la marche des astres, et suivant leur cours avec une attention scrupuleuse et une éton* nante sagacité ; il essaya même d'écrire, et avait habituellement sous le chevet de sou lit des tablettes et des exemples pour s'exercer à former des lettres quand il trouvait quelques instants libres ^ mais il réussit peu
m HMIfMAlT 1» CHàlLMiAOl». 349
dans cette étude , coiuineiicée trop tard et à un âge peu convenable (i).
« Élevé dès sa plus tendre enfance dans la religion cbrétiennei ce monarque Thonora toujours avec uneexemplaire et sainte piétë. Poussé par sa dévotion, il bâtit à Aix-la-Chapelle une basilique d'une grande . beauté , renricbit d'or, d'argent et de magnifiques candélabres, l'orna de portes et de grilles de brou^ massif, et fit venir pour sa construction, de Ravenne et de Rome, les colonnes et les marbres qu'il ne pou« vait tirer d'aucun autre endroit il s'y rendait exactement, pour les prières publiques, le matin et le soir» et y allait même aux offices de la nuit et à l'heure du saint sacrifice , tant que sa santé le lui permettait ,
veillant avec attention li ce que les cérémonies s'y fissent avec une grande décence. » A ce portrait esquissé par un contemporain, nous n'ajouterons aucune réflexion destinée à en accroître l'eiïet ; nous craindrions à juste titre de substituer une peinture imaginaire à une image copiée^ d'après modèle, par le secrétaire et le gendre de Charles , fils de Pépin.
C'est encore à Éginhardque nous empruntons r|uelques détails sur Fintérieur du palais et sur la famille de Charlemagne; ils appartiennent à l'histoire dès qu'ils tendent à nous faire connaître et apprécier,
(i) Il parait, diaprés ce pasftige d'Éginhard, qu'il s'agisMit moim de nvoir écrire, c*csl^-dire rendre m pemée per réoritvre, qne de poaiéder Fart M diflidle el ■& remnittable, à celle époque, de la calligraphie. Ce deraier art élail pveiqiie une branche de la peialore. Ceal dent ce lar leat partedier qne Charlemagne n'avait pat fiui de progrès.
3liO CABLOVIMIIMS. — €BAALIMA«MB. (Ml
comme père , le plus illustre des rois qui aient gou« yemé notre pays :
« Le roi , dit Ëginhard , voulut que ses enfants , ' tant fils que filles , fussent initiés aux études libéralest que lui-même cultivait. Dès que l'âge des garçons le permit, il les fit exercer, suivant Tusage des Francsi à rëquitation, au maniement des armes et a la chaase* Quant aux filles, pour qu'elles ne croupissent pas dansFoisiveté, il ordonna qu'on les habituât au ftw seau, à la quenouille et aux ouvrages cie laine, et qu'on les formât à tout ce qu'il y a d' honnête.
ce II apportait une telle surveillance à l'éducation de ses fils et de ses filles , que , quand il n'était pas hors de son royaume, jamais il ne mangeait ou ne voyageait sans les avoir avec lui ; les garçons Taccom* pagnaient à cheval , les filles suivaient par derrière ^ et une troupe nombreuse de soldats choisis , destinée à ce service , veillaient à leur sûreté. — Ses filles étaient fort belles, dit encore Éginhard, et il les aimait beaucoup; aussi s'étonne-t-on qu'il n'ait jamais 'voulu en marier une seule, soit à quelqu'un des siens, soit à quelque étranger; il les garda toutes chez lui et avec lui jusqu'à sa mort, disant qu'il ne pouvait se priver de leur société (i). »
(i) Une tradition populaire recueillie dans ia vieille chronique du monastère de Lauresheim, où Éginhard se retira danssavieitlcsscy lui attribue PiMNWcar d'avoir épousé Smiiia, fiUe de CbarlesMigiit. ÉsiolMurd» oomme aoQS Pavons dit , était entré ftrt jenne an serrfoe dn rai, et mk été élevé avee ses propres enfimts. Parvenu au titre de seerétaite deCharics, « aa'a«|aiilaittrès4ioiiotalifemcnidesciion^ ditia clirotiqiief élail bien venu de Imis, et sartont trèa-aimé par k fiia de Pemiiereiar M wUm,
Le nom de Grand, Magnus, que nous donnons par aiitidpatkNi à Chari— agnt (d qu'il ne parak pas
nomaiée Summawk Émma, ((iit était promise aiirol deê Crées (a). •
Le nef fe légende ijoale qa'Égioliard ayant réussi à slntroduira en secret aupris dnSmma/ et pendant FhiTer, s^aperçut, an moment il
voulait se retirer , • que soudainement il était tombé beaucoup de neige, et n'osa sortir , de peur que la trace des pieds d'un liomme ne trahît son secret. Tous deux pleins d'angoisse de ce qu'il» avaient fait , et saisis de crainte y ib demeuraieut en dedans. Enfin, comme, dans leur trouble» ils délibéraient sur ce qu^il y avait à dire, la charmante jeune fille, cpie ramoar rendait audacieuse» donna un conseil» et dit que , s'inclinent» elle le reœmit sur son dos» qn^eOe le porteruit avant le jour tout près de sa demeure» et que» Payant déposé là» elle reviendrait en suivant bien soigneusement les mêmes pas.
« Or, renipereur, par la volonté divine, à ce qu'on croit , avait passé cette nuit sans sonnneil, et, se levant avant le jour, il regardait du ]>aut de son palais. Il vit sa fille marchant lentement et d^un pas chaïu olant sous le fardeau qu'elle portait, et , lorsqu'elle Peut dé|K)sê au lieu convenu» reprenant bien vite la trace de ses pas. Après les avoir longtemps regardés» Pempereur, saisi à la fois d'admiration et de chagrin , mais pensant que cela n'arrivait pas ainsi sans une dispositiou d'en haut » se contint» et garda le silence sur ce qu^ avait vu.
« Cependant Éginhard » tourmenté de ce qu*il avait fait» et bien sAr que» de f^on ou d*autre , la chose ne demeurerait pas longtemps ignorée du roi son seigneur, prit enfin une résolution dans son angoisse » alla trouver l'empereur, et lui demanda à genoux une mission, disant que ses serrices , déjà grand» et nombreux , n'avaient pas re^-u de convenable récompense. A ces |)aroles , le roi , ne laissant rien connaître de ce qu'il savait , se tut quelque temps ; et puis assurant Eginhard qu'il répondrait bientôt à sa demande, il lui assigna un jour. Aussitôt il convoqua ses conseillers , les principaux de son royaume et ses autres fl^ miUers» leur ordonnant de se rendre près de lui. Cette magnifique assemblée de divers seigneurs ainsi réuni6,^11 commença » disant que sa mi^té in^périale avait été insolemment outragée par le coupable amour
(a) d mt à ren&rqaer qn'aeoanedss MtUssdeGkarlenuigne ne portslt la nem é*lmflM, et <|iie esttaqal avait étéisMés à rcnipersir OsnsfHlu imèjn»» flatle s'sppsisit Botmia m grilbrés,
SBS CABLOVlHaiBlfS. — dURLEMAGHB. {TM
avoir porté de son vivant ) , a été consacré , depuis plus de dix siècles, par la constante admiration des
de sa fille avec son secrétaire , et qu'il en était grandement troublé. - assistants demeurèrent frappés de stupeur ; et quelques-uns paraissant dçotcr encore , tant la chose étail hardie et inouïe, le roi la leur fil connaître avec évidence en leur racontant ce qu'il avait to de ses yem , et il leur demanda leuravisà oesiyet. Ibportèrait contre le présomptiieiix auteur du &it des aentence» fort, diverses, les uns TouhDt qn^il fAt poui d'un châtiiDent jusque-là sans exemple, les autres qu'il filkt exilé, d'auties cnfio qu'il subit teUe cm telle peine, chacun parlant selon le sentiment qui l'animait. Quelques-uns cependant, d'autant plus doux qu'ils étaient plus sages , après en avoir délil)éré entre eux , supplièrent instamment le roi d'examiner lui-même celte afTairc, et de décider selon la prudence qu'il avait reçue de Dieu. Lorsque le roi eut bien observé l'affection que lui portait chacun, et qu'entre les divers avis il se fut arrêté à celui qu'il voulait suivre, il leur parla ainsi : « Vous n'ignores pas que les hommes « sont sujets a de non^^reux accidents, et que souvent il arrive que «les « choses commençant par un^malliear ont une issue plus fitvoraUe. H • ne fiiut point se désoler, mais bien plutôt dans cette affidre, qui par « sa nouveauté et sa gravité a surpassé notre ptévoyance, il but plen- « sèment rechercher et respecter les intentions de la Providence, qui ne ■ se tix>mpe jamais , et sait faire tourner le mal en bien . Je ne ferai « donc point subir à mon secrétaire, jKJur cette déplorable action , un « châtiment qui accroîtrait le déshonneur de ma fille , au heu de le ré- « perer. Je crois qu'il est plu» sage, et qu'il convient mieux à la dignité « de notre empire, de pardonner à leur jeunesse et de légitimer leur « mariage. • — Ayant ouf cet avis de Charles, tons se réjouirent haute- « ment, et comblèrent de louanges la grandeur de son âme.
« Éginhard eut ordre d'entrer. Il ignorait complètement quel avait été le sujet de la délibération. Charles le saluant comme il avait résolu , lui dit d'un visage tranquille : « Vous avez fait parvenir à nos oreilles vos « plaintes de ce que notre royale munificence n'avait jmis encore dij^ne- « ment répondu à vos services. A vrai dire, c'est votre propre négli- « gence qu'il faut en accuser ; car, malgré tant et de si grandes alTaircs « dont je porte seul le poids , si j'avais connu quelque chose de votre « désir, j'aurais accordé à vos services les honneurs qui leur sont dus. « Pour ne pas vous retenir par de longs discours, je fierai maintenant « cesser vos pbinles par un magnilique don : eomme je veux vous voir