‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 22 sur 32 · T. III · texte numérisé non relu

T. III

3o4 cAELovmamiiPf ^ ç^wm^W' i'^w*

roi des» Francs QQïïm^ à leur seigo^ur, et qu'ils four^

nimif^nt dm cQDting^au miUtairw «ux •rméds du

suzerain.

Le9 powiewon« de Cburleoiagne, direotemaDt pl||«> cées sous son gouverneipent , et qui constituaient la mqq^rçbi^ franqu^ proprmeqt diu I campr^naiept cinq vastes provinçeg ou royaumes, dont pom rappe*

Ipns ici pgm^ et dont nous allons indiquer le^ di**

vÎMOQS prindpalea : c'étaient l'AustrasiQ , la Neustrie,

le royaume de Bourgogne | rAquitaine, çt le royaume d'lta^«

yAustrade, ou pays des Francs orientaux , passait eu quelqiie sorte pour le foyer et pour le cœur de la monarchie t aurtout depuis la chute des Mérovingiens

et l'avènement de la maison d'Héristall , d'origine

semi'-germanique* pays s'étendait sur les deux rived du Rhin, depuis TEscaut et la Meuse supérieure jusqu'à la Saale , affluent de l'Elbe : il avait au nord la Saxe , que les conquêtes de Gharlemagne y avaient réunie;

au midi, l'AUemanieet la Bavière, également annexées

à la monarchie. Les plus célèbres d'entre les çités aus^ trasiennes étaient AixJa^Chapelle , ainsi nommée de

ses eaux thermales et de la basilique de Sainte-Marie que Gharlemagne avait fait bâtir; Ateta^» ancienne capitale du royaume, et qui avait perdu ce titre depuis l'avènement des Carlovingiens; Mimègue, sur le Wahal; Duren , qui fut plus d*unefois le rendess-vpus aa^igné aux armées irauques , au début des invasions tentées contre la Saxe ; Héristall, berceau de la famille régnante ; Trêves, déchue de sa vieille gloire ; Mayence, toute pleine d^s souveoira de saint Bpniface, 9t d'où

7114111 ADftmaw SI mwmiB. 3âtf

Chskiiemiàgae n'avait qu'un pas à faire pour poser 1# pied sur la Germanie ; c'étaient en outre Ingelheim , Ttiionvilie, Worms, tantôt résidences du roi^ taut6( lieux déngoèi pour les assemblées générales de la na* tiou. De l'autre côté du Rhin, et toujours eu Austrasie^ on trouvait Francfort*sur-le-Mayn , et Wurzbourg , dont le nom , encore obscur , figura plus tard avec honneur dans l'histoire de rAilemagne catholique. Outre r AUemanie et la Bavière , dont les principales villes étaient Constance^ Cbire^ Augibourgi Ratisbonne et Salsfaoufg, l'Austrasie comprenait encore la Frise et sa capitale Deventer, située près du lac Flevo , aujourd'hui le Zuyderzee. Nous verrons plus tard xjue la Carintfaie et sa capitale Villacfa, et la Hunnie , située entre TEns et le Haab | prireiU. place à leur tour dans les dépendances de FAustrasie, au même titre que la Saxe et la Thuringe, dont nous avons si souvent prononcé le nom, qu'il est sans doute superflu de mentionner plus au long leur condition de provinces conquises, incorporées au royauwe de Charlemagne et conservant néanmoins leurs lois et leur administration spéciales. Buckholz , Sigebourg, Badenfeld, Ëhresbouig et Paderbom étaient les cités les plus illustres de la Saxe t pour la Tliuringe , ce n'était plus qu'une faible portion de Tancien royaume de ce nom ; le reste était absorbé par la nationalité franque.

La Neustrie, située, comme on Ta vu plus haut, à Tocoident , s'étendait des 6cootàère§ de VAmltamd et des bouches du Rhin et de la Meuse jusqu'à la Loire et au royaume de Bourgogne. Depuis la bataille de Teatry, qui avait assuré la domination de l'élément

356 CARL0VI1I6IB1I8. — CHÂBLRIIAOIIB. (TW-TOI

austrasien , les anciens royaumes de boissons et de Paris semblaient s'être résignés à subir Tinfluence germanique; ils prenaient leur part de la gloire carlovingienney aûciine agitation ne révélait leurs regrets ': la sécurité , le bien-être matériel, les avantages de la civilisation , compensaient pour eux la ruine de leur antique- suprématie. Avant de régner sur toutes les nations franques, Cbarlemagne avait eu pour apanage la Neustrie, et ce souvenir empêchait peut-être cette dernière contrée de se croire oubliée ou dans une situation amoindrie. D'ailleurs, si la race gauloise était encore en Neustrie forte, prédominante , elle ne s'était point refusée à confondre sa nationalité et son sang avec les familles conquérantes, et nulle part les deux peuples ne se trouvaient mieux assimilés et absorbés Tun par l'autre. C'était là comme le noyau principal de cette nation, formée de tant de races, et qui, par excellence , commençait à porter et à revendiquer le nomglorieux de France (/>*iii?em), qu'allé a conservé sans altération. La Neustrie avait pour capitale Paris, alors abandonnée par les rois; ses autres cités de marque étaient Boulogne-sur- Mer, qui renfermait le plus formidable des arsenaux de Cbarlemagne; Gand, au confluent de l'Escaut et de la Lys, et dont le port abritait une Hotte chargée de protéger le littoral contre les incursions des pirates du Nord; Sithin (aujourd'hui Saint-Omer), Verberie , près de l'Oise; Quiersy , sur la même rivière, et qui fut souvent une résidence des rois; Nôyon, Compiègne, Chartres, Rouen , et enfin Athigny-sur-l' Aisne. La Bretagne, récemment conquise, mais toujours disposée à '

m-mi BOtmeoGNB et aquitaimb* 357

recommencer la lutte, était une dépendance de la

Neuslrie : on la désignait souvent par la dénomination expressive de corne de la Gaule, cornu Gallîœ, que con*serve encore l*unde ses cantons, celui deComwall ou Cornouailles. Les terres qui avoisinaient le paysdes Bretons, et queFon appelait, selon l'usage, les Marc/tes de Bretagne, avaient pour limites la Sarthe et la Loire , et comprenaient les villes importantes de Rennes, de Nantes et d'Angers. Des margraves résidant dans ces grandes cités avaient mission de surveiller le pays , et de le maintenir sous l'autorité des Francs.

Le royaume de Bourgogne présentait une surface moins grande que sous les Mérovingiens. Au nord, il était borné par les Vosges, au midi par la mer Méditerranée; à l'occident il rencontrait la Loire et le Rhône , à Torient les Alpes et T Allémanie , et comprenait encore de ce côté une partie de Tancienue Uelvétie gauloise. Orléans^ Lyon, Genève, Autun, Vienne, Chalon-sur-Saône, étaient les villes principales de ce pays où la race germanique s'était depuis •longtemps laissé absorber par la race gauloise en lui imposant d'ailleurs, en échange de la civilisation romaine, ses lois , son administration , sa hiérarchie, tous les principes qui, se développant avec les siècles, constituèrent plus tard les éléments de Tordre social appelé du nom de féodalité. Mêlé en quelque sorte, à Tune de ses extrémités , au royaume d'Anstrasie , et appuyé , de l'autre côté , sur l'Italie tout empreinte des souvenirs de l'empire d'Occident, le royaume de Bourgogne ne présentait nulle part un corps compacte et homogène : on y trouvait juxta-

ZSS CABLcnrtNoiBiis. — charlemagnb. im-m

posés les débris de la nationalité celticjue dans les

montagnes des Allobsoges; les restes vigoureux des conquérants burgondes^ dans les vallées du Jura, vers les sources du Rhône et du Rhin ; Télément grec, ou pour mieux dire ionien , en Provence ; les mœurs latines , dans la vallée du Rhône et sur le littoral ; la Gaule partout, les Francs nulle part, sinon dans les grands postes admitiistratifs et militaires , où ils agis* salent comme délégués du roi.

L'Aquitaine, bien qu'elle fît partie intégrante des États de Cbarlemâgne, Ck>nservait, comme on Ta vu plus haut, sous le gouverneuieut du jeune roi Louis, sinon les dtoitst, dii moins les apparences d'un royaume spécial , et ne subissait ni le nom ni les lois directes des races franques, qui la maintenaient néanmoins sous leur épée. Les bases de Forganisation dé ce pays, comme ];oyaume, avaient été posées par Charlemagne durant son séjoUrà Cassineuil. Outre l'Aquitaine proprement dite et la W asconie, ce royaume comprit la Septimanie , qui en devint la Marche ou la frontière relativement à TEspagne orientale, et prit en conséquence le nom de Marche ou Marquisat de Gothie. En même temps la Wasconie fut divisée en deux parties, dont la plus vaste, celle qui embrassait les piailles et les cantons cultivés, garda le nom de Duché ; la lisière montagneuse du pays, depuis les sources de la Garonne jusqu'à la Bidassoa, reçut le nom de Marche de Wasconie j et devînt un commandement militaire d'une haute importance : chacune de ces trois provinces ou grandes divisions du royaume d'Aquitaine demeura, comme auparavant, sous-divisée eu

m-m WAëcoftife. — totttiRftifc. 3tt9

comtés (i) qui conservèrent leurs anciennes citcodsdriptions , et eurent à leur iètejdeé leudes francs. Plus tard| les lies Baléares , la Sardaigne et la Corse , purgées des pirates qui les désolaient et protégées Contre

les incursions des Sarrasins, furent ratlaeliées au royaume d'Aquitaine; mais ce ne fut que pour peu de tétnps. L'A(|uitatne proprement dite était partagée j à elle seule, eu quinze comtés, savoir ; le Poitou, leBerry, la Saintonge , rAngoumois, le limosin ^ l'Auvergnei

( Arvernie), le Velay, le l*éri<^()r(l, le Hordelais, TAgéuoiS| le Quercy^ le Rouergue, le Gévaudau^ TAlbigeoiSi et le Toulousain {'i). Au delà des Pyrénées orientales, les Marches de Gotliie et de Wasconie, dont nous venons de parler, avaient pour villes priUcipaies Barcelone, Ampurias, Taraj;one, Girone, liezaiu, Urgel, et plus tard, aux embouchures derÈbre, Tortose, qui iut subjuguée par les Francs (3). Le royaume d* Aquitaine n'avait point de capitale en titre, bien que Toulouse conservât de justes droits à cet hontieUr. A rimitatiod des rois Trancs, celui d'Aquitaine devait séjourner tour à tour dans les diverses parties de ses États, il avait quatre palais aux extrémités opposées du pays, et il était tenu de passer de l'un à l'autre à des époques déterminées, s*arrétant parfois, et selon lescir* constances, tantôt dans une ville, tantôt dansTautre : les champs de mai du royaimie étaient ordinairement convoqués à Toulouse. Reconstituée en État séparé

(i) M. Frarifli.

(a) Bût, d$ fa Gauh méridimale tout let canquinmit gemaint, (3) En l'an Su. Nous anticipons afin de compléter, eu ce moment, l'esquisse gcugt uphique des États de Chariemagne.

360 GARLOVlNGlEIiS. — €HÀRLE1UGN£. L7«h790

et agrandie de la Septimanie et des Marches espagnoles f l'Aquitaine avait la noble mission de contenir les califes de Cordoue , et de préserver la Gaule et FEu*

rope d'une nouvelle invasion de l'islamisme. Le comté

de la famille de W^aifer, et issu, comme lui, des rois mérovingiens. La Marche de Wasconie eut pour comte son frère Adalghier, également dévoué à Charlemagne et non moins oublieux des droits de sa race.

Le royaume d'Italie ou des Lombards, la cinquième et dernière grande province de la monarchie irauque^ s'étendait depuis le pied des Alpes , au nord, jusqu'au territoire de Gaéte, au sud-ouest, et jusqu'au Garigliano , limite du duché de fiénévent, au sud-est. Dans ce territoire étaient enclavés les États de l'Église, libres et indépendants , sous la protection officieuse de Charlemagne, et qui n'étaient tenus, à l'yard des Francs et de leur souverain, à aucune redevance, à aucun hommage, à aucun lien de subordination : entre Charlemagne et le pape , il n'y avait d'autres rapports que ceux de la reconnaissance et du respect , et ces liens étaient réciproques. Si le pape devait à Pépin et à Charlemagne l'iionneur d'exister comme souverain temporel; si c'était aux armes franques qu'il avait du d'être délivré du joug ou des menaces des Grecs et des Lombards, il n'avait engagé ni son autorité ni ses droits ; il voyait dans le chef des Francs le fils bienaimé de l'Eglise , Tinstrument humain de la civilisation chrétienne , mais non un tuteur, mais non un suzerain : faible comme roi temporel, hors d'état de tenir téte aux Grecs et aux barbares , il avait recours.

ùiyiiized by

m-m} PEOVJNGKS GBRMANIQUBS. 361

dans ses dangers, au roi des Francs, comme à son filsy comme au défenseur glorieux de l'Église; et le roi des Francs, pour prix de ses services el de sa puissante amitié , ne réclamait d'autre récompense que le bonheur d'avoir sauvé le pontife , et que la joie d avoir débarrassé de lout obstacle les routes par les* quelles les apôtres catholiques devaient passer pour aller convertir les nations. Mentionnons ici que les principales dépendances du royaume d'Italie étaient le Frioul, ristrie, et plus tard, en outre, la Liburnie et la Dalmatie.

Ainsi , vers la fin du huitième siècle , les États directs de Charlemagne , ceux dont l'ensemble constituait la monarchie des Francs , s'étendaient des rives de l'Ëlbe au Yulturne , des bouches de la Loire au confluent du Danube et de la Raab, du lac Thévo à la viedlée de TÈbre et aux Asturies. En dehors de ces limites si reculées, existaient des peuples vassaux et tributaires , qui formaient comme rarrière4>an du royaume , et qui , groupés volontairement ou de force sous la tutelle des Francs, n'avaient d'autre politique que celle de Charlemagne , d'autres ennemis que les siens. Nous avons déjà mentionné la plupart de ces satellites qui semblaient graviter autour du même empire , et lui servir de sentinelles à l'égard des barbares du JNord et du Midi , des mabométans arabes et des païens slaves ou avares : nous nous bornerons donc à rappeler à la luite les noms des Àbotrites, des Wiltzes^des Sorabesou Serbes, des Esdavonsou Slaves, auxquels, plus tard, les armes du roi ajoutèrent ceux des Czèches et des Horaves, peuples barbares can-

862 GAiiu>¥M0iitii8. *^ ûÉàtdMâàQKE, tmm

tonnés sur les terres et dans les montagnes jadis ha* Mtëes par IbA Maroofnans. Nouft âjouterons à la liste de ces tributaires les Bretons armoricains, le duché de Bénévent) et un petit nombre de tribus sarrâsines espagnoles. Gtàcê à la soumission ét à l'alliance de ces diverses contrées, la domination des Francs s'étendait de FElbe à TOder, delà Ràab k laTheiss et à laDraTe, et de Gaëte à la Calabre ; les Étals de l'Église, à demi enclavés dans ce^ possessions , restant d'ailleurs indé^

pendants , libres de redevance , affranchis de toute suprématie étrangère, et ne se rattachant à Gharlemagne ipie par le double lien des intérêts et de la reconnaissance. Nous insistons toujours sur ce point , parce qu'il est nécessaire de constater cette indépeii* dance réciproque des deux pays, celle du roi des Francs et du pape, afin d'être en mesure d'apprécier plus tard Itt portée des grandes luttes et des grands conflits suscités entre les Césars d'Allemagne et les pontifes du fiioyen âge.

L'existence de la monarchie des Francs avait pour base la civilisation chrétienne, pdur nécessité permanente la eonqnête. A Mesure que Gharlemagne achevait de subjuguer un peuple barbare , une nation idolâtre, il rencontrait au delà d'autres barbares et d'autres païens , et la lutte recommençait au profit des mêmes idées et pour le triomphe des mêmes principes. L'unité d'action , la concentration des intérêts et des politiques sous un sceptre unique , étaient autant de moyens de lutte et d'tnnes de guerre dont le roi des Francs ne pouvait se passer, s'il voulait achever son œuvre ou la défendre. Là était le secret de cette

fm-rm mmm n ghaulsiiaqhs. 383

' grande dictature militaire , qui formait un fai86eau de

toutes les forces vives de la civilisation pour les opposera la barbarie. Cbarlemagne poursuivait un but qui était de faire prévaloir la cause de la religion chrë* tienne, dans le monde , par Tépée des Francs : la logique le condamnait donc à combattre tant qu'un ennemi subsistait encore, k conquérir tant qu'un paya voisin de son royaume servait de foyer à la ré* sistance de l'idolâtrie et de Pignorance, à sacrifier * les national itéséparses et fractionnées des autres peupleft organisés contre cette grande unité franque qui avait poiu* elle le droit, la vérité, la raison ; il faisait la guerre par nécessité, et sous peine de voir son œuvre compromise; et ceux à qui cette nécessité imposait des souffrances, des douleurs, des misères de transition, l'accusaient de tout sacrifier à la manie de la gloire, aux convoitises de son ambition personnelle. Cest ainsi que les contemporains d'un conquérant, ceux d'un Napoléon ou d'un Alexandrejugent ces grands honunes , tandis que l'avenir se cbarge de les justifier, de manifester en quoi ils surpassèrent leur propre siècle et servirent aux progrès du genre humain, et , osons le dire , parfois à leur insu , à l'accomplissement des desseins de Dieu, qui fait surgir, des maux présents ou des^ passions des hommes, le triomphe de la vérité et la victoire de la foi. Le gouvernement de Charlemagne (i) n'était dicta-

(i) Noos somniM arrivés , dans cette histoire, aux années et 790» époques oà la poissanoe politique et militaire de Charlemagne avait at*

teint un très-haut degré . On nous permettra , en esquissafit le taMean de sou gouveroemeot , de jeter quelquefois un regard auticipé sur uu«

364 CARLOVIHGIBIIS. — CHARLBMAGNS.

torial que lorsqu'il s'agissait de briser uo obstacle sërieur; ou de venir à bout de la résistance des barbares. À rintérieur du royaume, en dehors des dangers publics et des nécessités impérieuses , le roi res* pectait les traditions , les coutumes , les lois antiques de ses peuples^ il agissait régulièrement, sans affecter les formes du pouvoir absolu , et en associant à son œuvre les éléments les plus considérables du pays j les assemblées générales de la nation ; il laissait aux peuples soumis à son sceptre leurs usages et leurs administrations ; il ne voulait , il ne pouvait en aucune façon régir, d'une manière uniforme, l'Aquitain et le Saxon f le Gaulois et le Bavarois, le Franc et le Lom* bard ; il évitait avec prudence d'instituer une centralisation inutile , prématurée , et qui , en froissant toutes les habitudes des peuples, aurait motivé sur tous les points des résistances formidables , et rendu nécessaire une seconde, peut-être même une troisième conquête de chaque pays. De nos jours , on procède avec cette autorité excessive j on efface le passé des peuples, et l'on substitue aux nationalités diverses des individus absorbés par la société , et qui cessent d'être des Francs ou des Gaulois , pour se transformer en administres. L'avenir dira si ce système , commode par la simplicité de son mécanisme, est réellement préférable au système contraire , à celui qui admet la diversité dans l'unité , et qui , sous

situation qui fut oelle de la Moonde ountié de soo règne. Si nous procédions antrement, le lecteor ne saisirait pas , dans leur ensemble , la mission el les actes généraux de ce grand homme, et les transfonnntions^ successives de la société firanqiiesous son gouvernement.

m-m] ASBBMBLÉBS GtoÉRALBS ET PLAIDS. â65

ce rapport y semble plus conforme à la nature. L'ëtude de ce problème ne trouyerait point ici sa place. Burnons-nous à faire remarquer que Ton se tromperait étrangement smr le caractère de Gharlemagne , si l'on voulait voir clans ce grand homme , ainsi que Font fait certains historiens ^ une sorte de monarque constitutionnel des temps modernes , gouvernant avec le concours d'une assemblée représentative y s'humiliant devant le teto des majorités , et subissant toutes les entraves dont nos chartes plus ou moins libérales ont embarrassé le pouvoir. Rien de moins défini que la royauté carlovingienne aux mains de CharlemagnCy parce qu'après tout elle ne connaissait ni contrainte persistante y ni contrôle vexaloire et de nature à la paralyser, alors même qu'elle se pliait à maintenir des formes chères aux peuples gerniani(|ues, et à réclamer le concours et les conseils de l'élite de la nation. La même incertitude règne lorsqu'il s'agit d'apprécier exactement ce (]ue furent les assemblées nationales qu il associa à sa pensée , tantôt comme conseils , tantôt comme instrunient législatif, et qui , sous son règne, furent si fréquemment réunies.

« C'était Fusage de ce temps , dit Hincmar, le cé« lèbre archevêque de Reims , de tenir chaque année deux assemblées, et pas davantage. La première avait lieu au printemps : on y réglait les aifaires générales de tout le royaume ; aucun événement , si ce n'est une nécessité impérieuse et universelle, ne faisait changer ce qui y avait été arrêté. Dans cette assemblée se réunissaient tous les grands {ma/ores), tant eoclésias-

366 MLommim. ^ amiMMmOé. itm-tio

tiques que laïques; les plus considérables (seniores), pour prendre et arrêter le» décisions ; Im moioft coasidërables (minores), pour recevoir ces dédsîons, el quelquefois en délibérer aussi, et les confirmer, uou par un oonsenCement formel , mais par leur opinion et radhésioii de leur intelligence. L'autre assemblée y dans laquelle on recevait les donsgénérauxdu royaume, se tenait seulement avec les plus oonndérables (senio'^ res ) de rassemblée précédente et les principaux conseillers. On commençait à y traiter des affaires de Fannée snivante, s'il en ëtait dont il (ét néoessure de s'occuper d'avance , comme aussi de celles qui pouvaient être survenue^ dans le cours de Tannée qui tou* chait à sa fin , el auxquelles il fallait pourvoir provisoirement et sans retard. Far exemple, si, dans quelque partie du royaume, les gouverneurs des fron» tières (nuu diùi) avaient conclu pour uu temps quelque trêve, on recherchait ce qu'il y aurait à fafare afirèm l'expiration de ces trêves, et s'il faudrait ou non les renouveler. Si, sur quelque autre point du royaume , la guerre semblait imminente ou la paix près de se ri^ tablir^ on examinait si les convenances du moment exigeaient, dans le premier cas,, qu'on cooimençàt ou ({u'on souffrit les incursions, et, dans le second , par quel moyen on pourrait assurer la tranquillité. Ces seigneurs délibéraient ausu de longue main sur œ que pouvaient exiger les affaires de l'avenir ; et lorsque les mesures convenables avaient été trouvées, elles étaient tenues si secrètes, qu'avant rassemblée générale on ne les connaissait pas plus que si personne ne s'en fiït occupé et qu'elles n'eussent pas été arrêtées. Si quelque

7I0.7S0] GOKSBlLLEBft. ^ OFPIQlBRfi FAISAIS. 367

mesure ëtait nécessaire, soit pour satisfaire les seigneurs absents , soit pour calmar ou pour éohauiier l'esprit des peuples, et qu'on n'y eût pas pourvu au^ paravant, on en délibérait, on l'arrêtait du consente^ ment des assistarUé{ elle était envuite exécutée de con^ ceri aifee eu» et par les ordres du rai,

a On choisissait les conseillers , Soit laiiquesy soit ecclésiastiques , parmi les hommes reconnus eapables

pour ces fonctions, remplis de la crainte de Dieu et animés en outre d'une fidélité inébranlable , au point de né rien mettre au«dessus des intérêts du roi et du royaume, si ce n'est la vie éternelle. On voulait que ni 9inis9 ni ennemis» ni parpntsi ni dons, ni flatte» ries , ni reproches, ne pussent les détourner de leur devoir ; on les cherchait sages et habiles , non de cette habileté sophistique et de cette sagesse mondaine qui

est ennemie de Dieu, mais d'une juste et vraie sagesse qui les mit eu état non-seulement de réprimer, mais encore de confondre pleinement les hommes qui ont placé toute leur coniiançe dans les ruses de la polit tique humaine.

« Les conseillers tinsi élus avaient pour maxime , comme le roi «lui-même, de ne jamais confier à leurs domestiques (i) ni à toute autre personne ce qu'ils pouvaient s'être dit familièrement les uns aux autres, soit sur les ailaires du royaume, ^it sur tel ou tel in«> dividu en particulier,,.

(i) On entendait par domestiques, domestici^ non pas les serviteurs, mais toutes les jMirsonnes atta("lu'es à la maison , comme les écuycrs , les chand)oHan3, etc. ïl y en avait de deux sortes attachés à la maison d«

Tempereui^ et qu'où nommait mwistcriales çt puiutmi.

368 GARLOVIMGIENS, — CHARLBMAGNE. (7W-790

« V apocrisiaire , c'est-à-dire le chapelain ou garde du palais I elle chambellan, assistaient toujours aux oonseik; aussi on les choisissait avec le plus grand soin , ou bien , après les avoir choisis , on les instruisait de manière à ce qu'ils fussent dignes d'y assister. — Quant aux autres officiers du ^2\2às{mimsteriales), s'il en était quelqu'un qui , d'abord en s'instruisant , ensuite ea donnant des conseils , se montrftt capable d'occuper honorablement la place d'un des conseillers royaux, ou propre à devenir tel, il recevait l'ordre d'assister aux réunions , en prêtant la plus grande attention aux choses qui s'y traitaient , rectifiant ce qu'il croyait devoir l'être, apprenant ce qu'il ignorait, retenant dans sa mémoire ce qui avait été ordonné et arrêté. On voulait par là que j s'il survenait au dedans ou au dehors du royaume quelque accident inopiné , si l'on apprenait quelque nouvelle inattendue et à laquelle on n'eût pas pourvu d'avance (il était rare cependant qu'en de telles occasions une profonde délibération fût nécessaire , ou qu'on n'eût pas le temps de convoquer les conseillers habituels de l'empereur ) ; on voulait, dis-je, qu'en pareil cas les officiers du palais j avec la grâce de Dieu et par leur longue habitude, soit d'assister aiuc conseils publics, soit de traiter les alïaires domestiques , fussent capables , selon les circonstances , ou de conseiller ce qu'il y avait à faire, ou d'indiquer le moyen d'attendre sans inconvénient le temps ii\é pour la réunion du conseil...

« Dans l'tme ou l'autre des deux assemblées, et pour qu'elles ne parussent pas convoquées sans motif (i),

(i) Ne quasi sine causa emwoeari videnutur, M. Guisot fait observer

Oigitized by

Page 1