‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 24 sur 32 · PROCÉDURE CRIMINELLE · texte numérisé non relu

PROCÉDURE CRIMINELLE

barbare et le Gallo-Rotnaiiiy considérant toujours ce

dernier comme vaincu, comme d'une condition moins noble, et méritant moins de protection pour son honneur , ses biens et sa vie elle-même ; il maintenait dans la loi des Kipuaires l'épreuve par le combat et l'épreuTepar le serment; il introduisait la peine de mort pour certains grands crimes , et l'esclavage pour le meurtre de famille ; il necliangeait, d'une manière notable, ni l'état des terres ni l'état des personnes; ét la composition , quoique modifiée sous plusieurs rapports , continuait à varier selon que l'honmie frappé, blessé ou tué, était leude, évéque, moine, barbare, ou gaulois.

En principe , le serment de l'accusé, en l'absence

de toute preuve réelle, en tenait lieu. On a déjà vu que le législateur envisageait cet usage avec une sorte de crainte, et qu'il multipliait les garanties : au lieu d'un serment , on en exigeait parfois plusieurs, celui de l'accusé, celui de ses amis et de ses proches; et ceux-ci recevaient alors le nom de cojureurs {conjU: ratores). Us étaient appelés non pour attester la vérité du fait, mais pour répondre de la véracité de celui qui les appelait en témoignage. On n arrivait guère qu'à multiplier les parjures. Aussi les Francs préféraient recourir aux épreuues, à celles de l'eau bouillante et du fer chaud; et Ton assure que Charlemagne préférait celle de la croix. Le combat judiciaire était d'ailleurs l'accessoire d'un grand nombre de procès ; après l'avoir imposé aux parties, on l'imposa aux témoins., et le juge lui-même n'en fut pas à l'abri : Nous ordonnons, dit un capitulaire, que si quelqu'un

406 GAIIL0?»I6IBM8. — CBABLEHAGIIX.

ne peut se procurer des témoins autrement, les témoins dont chaque plaideur aura besoin dans Tin-

térét de sa cause soient amenés à l'assemblée du peuple par les soins du comte, pour attester la vérité et pour confirmer par serment... S*il y a partage , et que les uns témoignent en faveur d'une partie et les autres en faveur de l'autre, qu'on leur demande s ils sont prêts à défendre leur témoignage par les armes. Si tous s'y montrent paiement disposés, qu'ils jurent encore, et que le combat décide ; mais si une partie des témoins recule, que le témoignage des autres soit reçu sans contestatira* Si deux bandes de témoins, appelés à témoigner dans une affaire, rendent des témoignages contradictoires ; que le comte choisisse un d'un côté et un de l'autre, et qu*ils se battent avec des boucliers et des bâtons. Si les témoins sont trop jeunes, qu'on les soumette à l'épreuve de la croix; s'ils sont trop vieux, et qu'ils ne puissent se tenir en croix, qu'ils envoient leur fils, leur proche, ou n'importe quel étranger, pour les remplacer : et celui qui sera convaincu de faux , qiiil perde la main droite. » Dans les cas de félonie, le combat par l'épée était seul admis : ni les femmes , ni les vieillards , ni les infirmes , n'étaient exempts du combat judiciaire ; les uns et les autres devaient se faire représenter par un champion : un capitulaire de 80 1 substitua néanmoins le jugement de la croix en faveur des clercs , des infirmes et des iinddes. Quiconque était convaincu de faux témoignage avait la main coupée, à moins qu'il ne la rachetât à prix d'ai^ent. On voit que la jurisprudence de Cbarlemagne se rapprochait de la loi salique, et que les

MinilCaPIS. — PLAIDS PROVINCIAUX. 409

mœurs aussi bien que les iustitutions faisaient souvent

retour au droit des Germains : à la différence de ce qui avait lieu sous l'empire des lois romaines, la vie de rbomme redevenait précieuse et sacrée, le législateur craignait d'y toucher inéuie dans les circonstances les plus odieuses, et se contentait de doubler et de tripler la composition.

La cité romaine continuait de subsister avec ses municipeSy ses défenseurs, et le cortège de règlements impériaux qui avaient jadis été imj30sës à la (iaule, et que la conquête ^vait épargnés partout où ils ne formaient pas un obstacle à la suprématie des barbares, partout où ils avaient fourni aux rois francs, wisigotbs et burgondes, desinstrumentsperfeptionnés d^administration intérieure , qu^après tout ils préféraient aux plaids tumultueux, aux mails, et aux institutions libres importées de la Germanie.

Au-dessous des assemblées générales de la nation et sous l'autorité du roi, le gouvernement s'exerçait , dans les provinces franques, par les plaids provinciaux , par les assemblées des comtés et des centuries , réunies sous la présidence de centeniers et de comtes, et chargées soit de rendre la justice, soit de délibérer sur les affaires qui intéressaient la circonscription. Dans Forigine, ces plaids étaient convoqués à des intervalles périodiques fort rapprocbés, et tous les hommes libres, tous les rackimbourgs des districts devaient s'y rendre. A côté de ces institutiohs libres existaient des institutions aristocratiques et exceptionnelles, dont le nombre tendait à s'accroître, et parmi lesquelles nous devons signaler les justices

410 CARLOVlNGlËiSS. CHARLEMAGAE.

seigneuriales. Le propriétaire d'un grand alieil ôu

d'un grand bénéfice , entouré de ses fidèles , de ses colons et des serfs de ses doniaines , leur rendait la justice , tantôt seul , tantôt avec lé concours de ([uel'ques assesseurs , et la juridiction des comtes et des centeniers nes*exerçaitpassUr sasterrespriviliées^ con* cédées aux fidèles du roi. On sent que plus s'augmentait le nombre des bénéfices royaux, et plus s'accroissait également celui des pays soumis à la juridic** lion des seigneurs, et placés en dehors de l'administration et de la liberté communes. Or le système, des institutions libres alla déclinant de jour en jour. Les plaids locaux, devinrent déserts ; les rachimbourgs se lassèrent de s'y rendre pour perdre leur temps à la discussion des intérêts des districts , et pour subir la volonté orgueilleuse des ducs , des comtes , des mar^ gravps, ou des autres officiers royaux presque toujours amovibles , et fort peu disposés à se prêter aux exigent!^ locales. Ceux-ci continuaient, il est vrai, de convoquer les mails et les plaids; mais ils n'avaient d'autre but que d'imposer des amendes, des compositions, et de s'enrichir, en invoquant le nom et l'an-' torité du roi. 11 en était ainsi depuis plus d'un siècle , et l'action administrative apparaissait partout désordonnée et impuissante. Pour remédier à cet abus, Charlemagne restreignit à trois par an le nombre des plaids auxquels les hommes libres de chaque circonscription seraient tenus d'assister; il substitua à la justice incertaine et contrainte des rachimbourgs celle de juges désignés d'avance , revêtus d'un caractère public , appelés éclievins ou scabini^ et dont les

I1J8T1GBS SIlGlinmULBS. 411

fondions étaient d'ailleurs amovibles : et ce iiit ainsi que le pouvoir judiciaire , primitivenient attribué au peuple j fut exercé par de simples ofliciers royaux, ou par leurs délégués. Gharlemagne ne négligea pas , d'ailleurs, de régulariser les justices seigneuriales qué les titulaires de bénéfices ne pouvaient rendre qu'en vertu des droits délégués par le prince : « Si quel* qu'un de nos vassaux, dit-il dans un capilulaire , ne rend pas justice à ses hommes , que le comte et notre envoyé ( missus) s'établissent dans sa maison et vivent à ses dépens jusqu'à ce qu'il ail rendu justice. » £t autre part il ajoute : « Si des voleurs se réfugient dans la juridiction de quelque seigneur , que léS juges du lieu le rtnnettent aux plaids du comte : celui qui négligera de le faire perdra son bénéfice, et s'il n'a pas de bénéfice, il payera une amende. Il en sera de même à l'égard de nos propres vassaux. » Âu surplus , nous remarquerons, avec un illustre histo* rien, tout ce que le tableau des intitulions administratives et civiles de cette époque présente de contra* dictions et d'incertitudes, «c Rien, dit M. Gulzot, n*é* tait bien déterminé ni bien clair dans la situation des bénéficiers et la nature de leurs pouvoirs; ils étaient en même teni[)s délégués et indépendants , propriétaires et usufruitiers , et l'un et l'autre de ces caractères prévalait en eux tour à tour. Mais, cpioiqu'il en soit, ils étaient sans nul doute en relation avec Cbarlemagne, qui se servait d'eux pour faire partout parvenir et exécuter sa volonté. »

(iliarlemagne n'eut pas la pensée d'abolir les justices privées; leturs institutions étaient inhérentes à la na-

41S GAELOVIMGIB^S. — CttARtEIIAGNE.

ture même du droit germanique ; elle était la conséquence forcée de la constitution intérieure de la famOle : placée sous la domination du père , elle se rattachait à T ancienne organisation politique de la tribu. La juridiction domestique existait chez les Germains, et Tacite en témoigne expressément; nous la retrouvons dans ce passage de la loi des Bi- * puaires : « Nous ordonnons , d*un commun accord et par délibération commune , conformément aux traditions de nos pères et aux coutumes nationales , qu'aucun des grands (iti«//ic5 opiimaiuni), ni. majordomes, ni domestiques, comte, graf, chancelier, ou tel autre dignitaire chaîné de rendre la justice dans la province , ne reçoive des présents pour la cor- • rompre. » Enfin, sous Charlemagne, entre plusieurs textes qui la consacrent, on lit dans le capitulaire de faillis : « Que chacun juge dans la forme qu'il administre, et tienne fréquemment des audiences; qu'il rende assidûment la justice , et qu'il fasse en sorte que nos serviteurs se conduisent avec sagesse. » Tout ce capitulaire de Fillis n'est, d'unbout à l'autre, qu'une sorte de traité sur la juridiction domestique du roi : celle des seigneurs avait la même origine et la même nature, et ne se rattachait point à la loi romaine ; c'était un droit inhérent à la propriété du sol, et que l'on retrouve chez les Anglo-Saxons , chez les Wisigoths, chez les Lombards; et toutefois une étude réfléchie des textes historiques tend à établir que les justices seigneuriales étaient limitées à certains faits ou à certains actes, et que les sentences rendues pouvaient être attaquées par voie d'appel auprès du roi ou du comte.

losncis nmnÉBS. 413

Les lieux où le comte et les autres seigneurs rendaient la justice sont désignés dans les 'monuments sous les noms de malberg^ qui signifie un tertre ou une éminence , et de curtis, qui indique une enceinte circulaire et dose. Les scabini étaient les véritables juges ; le comte se bornait à présider leur tiibunal , et à prononcer la sentence qu'ils avaient rendue. On leur adjoignait , selon Turgence , un certain nombre de suppléants ou de juges consultants que Ton appelait boni homines, et qui avaietit mission d'éclairer ou d'observer leur justice. Ceux qui étaient dans la truste ou sous la protection du roi , ne pouvaient être jugés que par lui. Toutes les juridictions de Tempire franc, y compris celle des nùssi dominici eux-mêmes, ressortissaient à la cour du roi^ autrement dit à la juridiction du comte palatin, qui formait comme le degré le plus élevé des institutions judiciaires de cette époque. Le comte palatin, indépendamment des causes qui venaient par appel à son tribunal, connaissait en outre de toutes les affaires où la paix pitblique était intéressée, etparticulièrement des séditions, des révoltes , et des attroupements à main armée.

L'intelligence de Gbarlemagne , appliquée sans relâche au gouvernement de plusieurs royaumes rassemblés sous un même sceptre , ne trouvait pas mi aliment assez digne d'elle dans la réforme des lois et Tamendement des institutions : comme ce grand génie avait à lutter contre Tignorance des peuples, il était tourmenté du besoin d'étendre le domaine de l'esprit , et ce fut un merveilleux spectacle que de le voir aux prises avec les difficultés de cette mission.

4i| GÀRLOVINGlimS. CHARI.E1IAGNB.

Q avait vu 4e près lltalie , il s'était mis en rapport .

avec les papes, et il avait pu comprendre jusqu'à quel point Tétude des lettres et la pratique des sciences intellectuelles influent sur la civilisation des empires : tous ses efforts avaient donc tendu à faire revivre, chez les Francs, le flambeau des connaissances hu* maines; et comme l'exemple du prince qui étudie . porte autant fruit que celui du capitaine qui combatde sa personne, il n'avait point reculé devant les fatigues scolaires ; et , recommençant péniblement sa propre instruction , il s'était fait initier lui-même aux connaissances littéraires et philosophiques, qu'il cherchait à propager parmi ses peuples. Plein de goût pour les lettres , il respectait ceux qui contribuaient à en répandre la culture , et il n'épargnait aucun effort, aucun soin pour rendre à la civilisation les nations rangées sous le sceptre des Francs. Il avait fait venir des pays étrangers, et surtout d'Italie, où les lettres étaient encore cultivées avec succès , plusieurs savants destinés à relever les écoles publiques dans le nord de la Gaule : « Il rassembla à Rome, dit le moine d'Angouléme , les maîtres de l'art de la grammaire et de Fart du calcul , et il les conduisit dans ses États , en leur ordonnant d'y répandre le goût des lettres ; car, avant le seigneur Charles , il n'y avait chez les Francs aucune étude des arts libéraux. » École palatine, écoles épiscopales, écoles des monastères, toutes ces institutions s'étaient éteintes , l'une après l'autre , dans la nuit du dernier siècle mérovingien : Charle magne entreprit de les faire revivre, et il y parvint^ à la grande Ivoire de son règiie. Douiiiit^ par la passion du sa-

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r.H41tMiMA4jtMg PROTÉGK hS& LBTTRB8. 41 S

voir, avide de reagir sur les intelligences, il ne se laissait rebuter par aucun obstacle , et cependant il comprraait combien cette œuvre de régénération intellectuelle dépassait la mesure de ses forces. Au milieu des ItalienSi des Irlandais, des Anglo-Saxons dont il s'était entouré, et (jui cherchaient dignement à seconder ses vueS| l'idéal d'une science plus parfaite le désolait encore, et lui arrachait ce cri de naive impatience : « Plût à Dieu que j'eusse seulement douze clercs tels que saint Augustin et saint Jérôme ! » Et le moine Alcuin le reprenait en disant : a Le Créateur du ciel et de la terre n'en a eu que deux , et tu en demandes douze! »

Or, si le roi des Francs ne pouvait mettre en œuvre (les génies d'une si iurte trempe , et s'il était réduit à de moins illustres auxiliaires , il n'en travaillait que plus à stimuler le zèle et à blâmer la tiédeur de ceux dont il pouvait , à juste titre , réclamer le concours ; il écrivait à l'archevêque de Mayence : a Au bienheureux évêque, son père, Charles, se confiant au secours du Christ. Tandis que vous veillez avec l'aide de Dieu à la conquête dès âmes , nous trouvons très-surprenant que vous ne montriez aucun zèle à instruire votre clergé dans les lettres. Car vous voyez de toutes parts les ténèbres de l'ignorance se répandre^ parmi vos peuples; et lorsque vous pourriez les éclairer du rayon de la science , vous souffrez qu'ils languissent dans la nuit. 11 y a cependant deux clercs, l'un attaché à un évéque , l'autre à un abbé , que vous avez exercés aux arts libéraux , de telle sorte qu'il ne leur manque presque rien pour atteindre le comble de la perfection.

416 CAftLOTmOimS. — CHAHLBKAGinE.

Ayez donc soin d'appliquer les vôtres à l'étude autant qu'il est en vous, les pressant tantôt par d'affectueux conseils, tantôt par de sévères reproches ; et s'il en est de pauvres dans le nombre, excitez-les en les aidant de vos secours. Si vous ne pouvez en attirer d'autres , du moins, parmi ceux qui sont attachés au service de votre Église , vous pouvez instruire ceux que vous jugerez capables. Et qui croira, en effet, que, dans une si grande multitude soumise à votre gouvernement | ,on ne puisse trouver personne à instruire?... Tous ceux qui vous connaissent pour disciple du saint martyr Boniface attendeni de vos efforts le plus grand fruit. Préparez-vous donc désormais , aimable père , à redoubler de soin pour nourrir vos fils dans les arts libéraux 9 afin de satisfaire ainsi à notre plus ardent dësir, et de mériter la récompense étemelle. » Ce langage respectueux atteste que nul détail n'échappait au génie de Charlemagne, et que le rétablissement de rétude était, à ses yeux , non-seulement un progrès social , mais une affaire qui intéressait la conscience et le service de IMeu.

En l'an 787, au retour de son troisième pèlerinage, Charlemagne adressait une missive à tous les évéques et à tous les abbés de ses royaumes, et il faisait appel à leur concours pour hâter le rajeunissement des âmes parles lettres : «... Nous vous exhortons, disait-il, non-seulement à ne pas négliger l'étude des lettres , mais encore, avec une humble intention bénie de IMeu, à rivaliser de zèle pour apprendre, afin que vous puissiez pénétrer plus facilement et plus sûrement les mystères des saintes Écritures. Or, comme il y a dans

charlbmàomb protège LB8 Lvmss. 417

les livres sacrés des figures , des tropes , et d*autres omements semblables, il nVst douteux pour personne que chacun, en leslisant, ne saisisse d'aulant plus vite le sens spirituel, qu'il s'y trouve mieux préparé par l'enseignement des lettres. 11 faut choisir pour ce ministère des hommes qui aient la volonté, le pouvoir d'apprendre, et le désir d'instruire les autres : et que cela soil fait seulement dans l'intention pieuse qui inspire nos ordres... Ne négligez point d'envoyer des copies de cettelettreàtous vos suffiragants et dans tous les monastères , si vous voulez jouir de nos bonnes grâces. Au lecteur, salut (i). »

A dater du jour où fut écrite cette lettre fameuse , commença , dans la Gaule , la renaissance des lettres et de la science. Deux ans plus tard , un capitulaire ordonna ({u'uuprès de tous les monastères et de tous les évéchés fussent instituées des écoles où l'on enseignerait la grammaire, le calcul , la musique ; en outre , dans chaque paroisse le curé devait gratuitement apprendre à lire aux enfants qui lui seraient confiés. Partout l'enseignement du chant ecclésiastique figurait à côté de l'enseignement vulgaire ; on formait les habitudes des Francs aux harmonies du chant grégorien. Afin de s assurer qu'à cet égard ses intentions seraient remplies, Charlemagne avait envoyé à Rome deux clercs pour s*y instruire k fond de tout ce qui se rattachait à la musique chrétienne ; à leur retour, il en garda un pour sa chapelle , et il

(^i) Sneyeliea de Hfteru eoiendis, aputi Sirmond , Omvcî/m Gaftiff, tome If, p. r>V-

418 CARLOVINGIENS. — ^ GHABL£I1AGN£.

envoya l'autre à Drogoii , son fils , évêtjue de Metz. £q peu de temps l'école de chant de cette ville de-> vint la plus illustre de toute la Gaule; et comme le roi avait ordonné à tous les oiaitres de chant de corriger leurs antiphonierssur ceux qu'on avait riqiportés de Rome, Fusage du chant grégorien ne tarda pas à se propager dans toutes les dépendances de la monarchie franque. Cette étude était alors fort importante ; elle faisait partie des sept arts libéraux, et ce n'était pas la moins considérée. 11 est dit à la louange de Leidrade, archevêque de Lyon , qu'il avait dans son diocèse des chantres assez habiles pour en former d'autres. Gervolde, qui gouvernait le monastère de Fontenelle, dirigeait lui-même seschoeurs. Cbarlemagne, il faut le dire y rencontra quelque résistance à l'établissement de cette réforme musicale. On fut obligé , dans plusieurs provinces , de brûler tous les livres du rit ambrosien, qu'on avait suivi jusqu'alors ; mais enfin les volontés du prince s'accomplirent, et le chant grégorien prévalut : m Seulement, dit le moine de S.-Gall, les Francs ) avec leurs voix naturellement barbares » ne pouvaient rendre les modulations , les cadences et les sons tour à tour liés et détachés des Romains. Ils les brisaient dans leur gosier, plutôt que de les exprimer. »

Les instruments que Ton préférait pour accompagner les chants des musiciens étaient l'orgue , des espèces de petites harpes ou de lyres , des vieUes assez semblables à celles dont on se sert encore , et des

flùles a deux tuyaux. Voici la description que le moine de Saint-GaU donne de Torgue en usage à cette

Éflow OAiLovnmniiM. 419

époque : a Cet admirable iiistruaient , à Taide des cmm d'airain et de soufflets de peaux de taureau, chassant Tair comme par enchantement dans les tuyaux aussi d'airain , égale par ses rugissements le bruit du tonnerre , et par sa douceur les sons légers de la lyre et de la cymbale, yj

Alors s'élevèrent des écoles célèbres d'où devaient sortir les hommes les plus illustres du siècle suivant: celles de Ferrières, en Gàtinais ; de Fulde, dans le dio* cèsedeMayenoe ; deReichnau^dans celui de Constance; d'Àniane, dans le midi de la Gaule; de Saint-Wandrille 9 en Neustrie. Partout le clergé se montrait Adèle à sa mission .de prendre en main et de porter au* devant des peuples le flambeau de l'inteUigence. Les préoepfees de ses obefs hiérarchiques lui traçaient

ce devoir; et Théodulfe, rvêque d'Orléans et l'un des étrangers que Charlemagne avait appelés dans la Gaule , insérait ce, qui suit dans l'un de ses Gapitu* laires :

ff Si quelqu'un des prêtres veut envoyer à l'école son neveu , ou tout autre de ses parents , nous lui permettons de l'envoyer à l'église de la Sainte-Croix ^ ou au monastère de Saint* Aignan, ou de Saint-Benoit, ou de Saint-Lazare, ou à tout autre des monastères confiés à notre gouvernement.

ff Que les prêtres tiennent des écoles dans les bourgs et les campagnes ; et si quelqu'un des fidèles veut leur confier ses petits enfants pour leur faire étudier les lettres, qu'ils ne refusent point de les recevoir et de les instruire, mais qu'au contraire ils les enseignent avec une parfaite charité, se souvenant qu'il a été écrit .

4M CARUmNGIBHS. — CIIAftLniAOlIB.

Ceux qui auront été samnts brilleront comme les feux ita firmament, ei ceux qui en auront instruit pluMurs dans la voie de la justice luiront comme des étoiles ilans toute m éternité. Ët qu'en inslruisant les enfanU ib ii*exigent pour cela aucun prix et ne reçoivent rien, excepté ce que les parents leur offriront volontairement et par affection, j»

Le moine de Saint-Gall parle aussi d^meëoole d'enfants que (^harlemagne aurait instituée , et confiée à rÉcossats Clément : « Forcé de partir pour des expéditions militaires , il enjoignit à Clément de rester dans la Gaule , et lui confia , pour les instruire , un grand nombre d'enfants appartenant aux plus nobles familles, aux familles de classe moyenne, et aux plus basses. Afin que le maître et les élèves ne manquassent point du nécessaire , il ordonna de leur fournir tous les objets indispensables à la vie, et assigna pour leur habitation des lieux commodes.

<f Après une longue absence , le très- victorieux Charles, de retour dans la Gaule, se fit amener les enfants remis aux soins de Clément, et voulut qu'ik lui montrassent leurs lettres et leurs vers. Les élèves sortis des classes moyenne et inférieure présenimnt des ouvrages qui passaient toute espérance , et où se faisaient sentir les plus douces saveurs de la science. Les nobles , au contraire , n'eurent à produire que de froides et misérables pauvretés. Le très-sage Charles, imitant alors la justice du souverain Juge , sépara ceux qui avaient bien fait, les mit à sa droite, et leur dit : « Je vous loue beaucoup, mes enfants, de « votre zèle à remplir mes intentions et à rechercher

ÉCMMM GARLOvmumw. 491

<c votre propre bien de tous vos moyens. Maintec nmtéSamz^vouB d'atteindre à la perfi^tion ; alors « je vous donnerai de riches évéchés, de magnifiques a abbayes, et vous tiendrai pour gens considérables à « mes yeùx. » Tournant ensuile un front irrité veins les élèves demeurés à sa gauche, portant la terreur dans leur oonadenoe par son regard enflamme , tonnant plutôt qu'il ne parlait, il lança sur eux ces paroles pleines de la plus amère ironie : « Quant à « Yoiis, nobles, vous fils des principaux de la maison <c royale , vous enfants délicats et tous gentils , vous « reposant sur votre naissance et votre fortune, vous fc avez négligé mes ordres et le soin de votre propre « gloire dans vos études , et préféré vous abandonner « à lamoUesse, au jeu, à la paresse, ou àde futilesoc* . «r cupations* » Et, ajoutant à ces premiers mots son serment accoutumé , et levant vers le ciel sa tète auguste et son bras invincible, il s écria, d'une voix foudroyante : ce Par le roi des cieua:, permis à d'autres de «c vous admirer; je ne fais, moi, nul cas de votre nais- « sance et de votre beauté. Sachez et retenez bien « que si vous ne vous Iiàtez de réparer, par une cousc tante application , votre négligence passée , vous « n'obtiendrez jamais rien de Charles ! »

A voir ce grand homme, dominateur de vingt peuples et victorieux de tant d'armées, se réduisant, pour faire revivre la science , tantôt au travail obscur de récolier, tantôt aux fonctions de maître de classe, on se rappelle Pierre l*' dans les chantiers de la Hollande, et l'on comprend que c'est pai* l'exemple que l'on régénère les empires.

iSi GARLOVimim. 421URLIIIIAfiNK.

Nous avons prononcé les noius d'Alcuin, deThëodutfe et de Lekhrade : le premier, Aiiglo8azon d'origine comme saint Boniface , avait acijuis une instruction profonde dans les écoles monastiques d'Angleterre et d'Irlande, pieuses retraites où s'étaient réfugiées les sciences, chassées du continent par les inyasionsdesbarbare». Pour complaire àCharkmagne, il Tint dans la Gaule enseigner la grammaire, la rhétorique, la jurisprudence, la poésie, l'astronoaiie, rhistoire naturelle , les mathématiques , la chronologie, et l'explication des saintes Ecritures : théologien de premier ordre , érudit versé dans la dialectique et lettré élevé au-dessus du niveau de son époque , il fut Tun des auxiliaires et l'un des instruments les plus utiles de Charlemagne ; il eut pour disciple Agobard , archevêque de Lyon , qui écrivit contre les épreuves judiciaires ou jugement de Dieu, et les condamna au nom de l'Église , et Raban, archevêque deMayence, auteur de l'hymne l'eni Creator; nous ne parlerons pas de Charlemagne, qui fut le plus illustre de ses élèves. Leidrade était né dans la Norique; il fut bibliothécaire de Charlemagne et archevêque de Lyon ; plus d'une fois , ainsi que Théodulfe, son digne émule et Goth d'origine , il remplit les hautes fonctions de missiu domi/Ucus, A la suite de oea hommes célèbres on peut citer Turpiin , l'archevêque de Reims, à ({ui a été attribuée une Cihronicjue fabuleuse ; Adalliard , abbé de Corbie et conseiller de Charlemagne; Haliigaire, évéque de Cambrai; Anségise, conseiller de Charlemagne et abbé de Fonlenelle; Ernold le Noir, abbé d'Aniane; Uiiduin, abbé

ALOUm, LBIDRADK^ THÉODULPB. 4Sd

de Saint-Denis; saint Benoit d'4nian(> ; Angilbert, qui Alt abbé deSainURiquier; et Éginbard^ surintendant, puis secrétaire de Charlemagne , son gendre même, s'il faut en croire une légende très-douteuse , et qui, plus tard, écrivit la vie et l'histoire de ce grand homme.

Gharlemagne, pour s'exercer de plus en plus à lu littérature et à la adenoe , eut l'idée de fonder, dans son propre palais , non-seulement une école que dirigeait Aicuiu (i) , mais encore une sorte d'académie

( i) Il oem nslA de Penseigmiiieiit cPAIeuin un stogulier édiantUloii qui pourra donner une idée de ce (|ir étaient et le génie de cet homme

illustre , et la nature des sciences du temps de Charlemagne, et les méthodes adoptées pour los propa{;er : c'est une conversation intitulée Disputatioj entre Alcuin et Pépin , second fils de CJuirleiuagnc, qui avait alors quinze ou seize ans. Nous en mettrons textuellement sous les yeu\ du lecteur une grande partie. liC» inti'rlorutcurs sont Pc/fin et Alcuiiu P. Qu'est-ce que l'écriture? — .4. La gardieinie de l'histoire. — P, Qu'est-ce que la parole? — .V. L'interprète de l'âme. — P. Qu'est» oe qui donne naissance à la parole? — jé, La langue. — P. Qu'est-œ que la langue? — ^. Le fimet de Pair. — P, Qu'est-ce que l'airi — ji. Le eontervatenr de la vie. — P. Qu'est-ce que la vieP — J, Ufle joiiisHUMse pour les heureux, une dooleiir pour ks misérables, Fattente de la nort. P. Qu'est-ce que la mort? — Un événement inévitsbie, un voyage incertain, un sujet de pleurs pour les vivants, la oonirmation des testaments, le larron des hommes. — • P. Qu'est^se que l'homme? — > A, L'esdave de la mort, un voyageur passager, hAte dans sa demeure. — P. (liomment l'homme est-il placé? — .4. Comme une lanterne exposée aux vents. — /*. Où est-il placé? — //, FiUtre six parois. — /*. Iies{|iu'lles ? — /. liC dessus , le dessous, le devant, le derrièiv , la droite, la piurhe. — P. Qu'est-re (luc le sommeil ? — .V. I/iniaj;e de la mort. — /*. Qu'est-c«' (juc la lib<M-té de l'homme? — L'iruKxxnoe. — Pm Qu'est-ce (|ue la tète ? — yi^. Le faite du corps. ~ P, Qu'est-ce que le corps ? — ÏJi demeure de l'âme. — Ici suivent vingi^ix questions relatives aux diverses parties du corps humain , et que l'on supprime parce qu'elles sont dépourvues de tout intérêt. FepiB reproMl : — P, Qu'est-ce que leeiel? — J, Une sphère mobile,

424 GABJLOViNGlfiMb. — CMAHLEMÀGNE.

dont il voulut être membre , et qui se réunissait fréquemment. Chaque académicien , comme pour mettre dec6të la hiérarchie séculière , suhstituaità son nom celui d'un personnage de l'antiquité. Alcuin

une voûte iinnieiiîse. — P. Qu'est-ce que la lumière? — ^, Le flambeau de toutes choses. — P. Qu'est-ce que le jour? — J, Une provocation aa travail. — P. Qu'estH^e que le soleil? — ^. La splendeur de l'unie vers , la beauté du firmament , la grâce de la nature , la gloire du jour, le distributeur des heures. — Nous sapprimerooségalemeot ici ôoqques» tiens sur les astres et les éléments. — P, Qu'est-ce que la terre? — ^. La mère de toutœ qui croit» la noiurice de tout ce qui adste, le grenier de la vie» le gpoffine qui dévore tout — P. Qu'est-ce que la mer?

— ^. Le diemin des «udadeux» la firootière 'de la terre.,. Pliâldlefîe des fleuves, la source des pluies. ^ Suivent six questions insignifiantes sur des objets matériels , pris dans la nature. — P, Qu'est-ce que Thiver ?

— L'exil de l'été. — P. Qu'est-ce que le printemps? — Le peintre de la terre. — P. Qu'est-ce que l'été? — //. La puissance qui couvre la tene et mûrit les fruits. — P. Qu'est-ce que l'automne? — ^4, Le grenier de l'année. — P. Qu'est-ce que l'année? — Le quadrige du monde. — Nous omettons encore ici cinq questions astronomiques. — P, Maitre, je crains d'aller sur mer. jé. Qu'est-ce cpn te conduit sur mer? — P. La curiosité. — w^. Si tu as peur, je te suivrai partout oà tu iras. — P. Si je savais ce que c'est qu'un vaisseau, je t^ea préparerais un» afin que tu vinsses avec moi. — Un vaisseau est une maison errante, une auberge partout , un voyageur qui ne laisse pas de traces. — P, (^est-ce que Pberbe? — vêtement de la terre. — P. Qu'est-ce que les légumes? — A, Les amis des médecins, la gloire de» cuisiniers. — P. Qu'est-ce qm rend douces les cfaoaes amères? —

La fiiîm. — P. De quoi les hommes ne se lassent-ils point? ji. Du gain, — P. Quel est le sommeil de ceux qui sont éveillés ? — j4. L'espérance. — P. Qu'est-ce que l'espérance? — v^. Le rafraîchissemer>t du travail, un événement douteux. — P. Qu'est-ce que l'amitié? — J. La similitude des âmes. — P. Qu'est -i c (|ue la foi ? — La certitude des choses ignorées et merveilleuses. — P. Qu'est-( e qui est merveilleux?— .V. J'ai vu dernièrement uu homme debout, la tète eu bas; un mort marchant, et (jui n'a jamais été. — P. Comment cela a-t-il pu être? Jb^xplique-lc-moi. — jé. C'était une image dans l'eau* — P. Pourquoi

ÀCAJ>ÉM1K PALATINE. 4^ •

se nommait Horace ; Adaihard , Augustin ; Éginliard , Galliopius; Thëodulfe , Pindare ; et Charlemagne , qui, k l'exemple du roi*prophete, voulait régner selon le cœur de Dieu , avait reçu le nom de David.

n'ai- je pas compris cela iiu>i-nicine , asant vu tant de t'ois uiif rliost* semblable?^ — ^. Comme tu es un jeune homme de lM>n caractère et doué d'esprit oaturel, je te proposerai plusieurs autres choses extraordinairefl. Essaye, si ta peax , de les découvrir toi-même. — P. Je le lérai, mais si je me trompe , redrésse-moi. — ^. Je le ferai oomme to le désires. Qiielqa'iui qui m'est inoonno a oonversé avec moi sans langue et sans voix; 0 o'étaitpaa anparavant, ilne sen point après, et jern Pai entendu ni connu. — P. iUn rêve peut-être t'agitait , maître? — J, Précisément , mon fib. Écoute encore ceci. J'ai vu les morts engendrer le vivant, et les morts ont été consumés par le soiflBe du vivant. *- jP. Le feu est né du finottement des branches akhes, et fl a consumé les branches. — jf. Il est vrai. — La conversation se termine en ces termes : — .-i. QuVsl-ce (jui est et nVsl pas en même temps? — P. I^c néant. — .4. Comment j)cut-il vive cl ne piis cire? — P. Il est de nom, et nVsl pas de fait. — j4. Qu'est-ce (pi'un messager muet? — P. Celui que je tiens à la main. — Que tieus-tu à la main? — P. Une lettre. — Lis donc heureusement, mon fib. — « Comme enseignement, ^it M. Guizot après avoir cité ce passage, de telles conversations sont étrangement puériles; oomme symptôme et principe de mouvement inleUectael, elles méritent toute attention; eUes attestent cette curiosité avide avec laquelle l'esprit, jeune et ignorant, se porte sur toutes choses, et ce plaisir si vif qu'il prend à toute combinaison inattendue, à toute idée un peu ingénieuse : disposition qui se manifeste dans la vie des individus comme dans celle des peuples , et qui enfante tantôt les rêves les plus bizarres , tantôt les plus vaines subtilités.

• A de telles époques , dit ailleurs le même écrivain , auv jours de sa naissance , dans la joie de ses premières conquêtes, Pcsprit n'est ni régulier, ni ditlicile ; il s'inquiète peu de la beauté et de l'utilité rccllc de son travail : ce qui lui en plail surtout, c'est le jeu de In pensée; il jouit de lui-même plutôt qu'il n'étudie ; sa propre activité lui importe plus que les résultats : qu^on l'occupe^ qu'on l'intéresse, c'est tout ce qu'il demande ; il est charmé, pourvu qu'il découvre ou produise queli|ue chose de nouveau , d'inattendu. •

4^6 GARLOVIMGlEHë. « — GHAELSHAGMB.

Les exhortations de cette académie palatine contribuèrent à répandre le goût de l'étude* Cbarlemagne^ toujours empressé de donner Fexemple, composa lui-même une grammaire tudesque ; et il traduisit en langue germanique plusieurs termes d'art et de sciences , afin que les Francs pussent se familiariser plus facilement avec les idées qu'exprimaient ces mots(i). Il fit faire un recueil des chansons nationales qui retraçaient les usages de tous les peuples a demi-sauvages soumis à sou empire, et particulièrement de celles qui rappelaient les événements ménM>rables et la gloire des héros. De cette manière , dit Éginbardy il les conserva à la postérité. Malbeureu*sèment cette opinion ou cette prédiction d'Éginbard ne s'est pas vérifiée jusqu'à nous.

De tous les objets de l'étude de Fbomme , la théologie, la connaissance des livres sacrés du christianisme, et celle des Pères et des docteurs de TÉglise,

(i) Voici les noms donnés aux mois et «UL vents par t^iiirhmii||Mi, d?a|rà Éginhard ( vmd la tradadkm da irait Adatong) :

« Janiriar, WiiUtrmanoki (moia d'hiver ). ~~ Fénitit, Honuum {mtm <k boue}. ^ Bfarb» Lm%mmmioki ( moia de printempa). — Avril, termanoki ( mois de PAqnea ). — Mai, IFiiumiumolU ( moia d'amoor). — - Juin, Frakmamuwkt ( mois des prés ). — Juillet, J7oii4mmiioA# (moia dea foins). — Août, ^raniMBio^ ( moia dea moitsona). » Septwnhra, Wintumanoht (mois des vents). — Octobre, H^indummemanoht (mois de?» vendanges ). — Novembre» Uerbistmanoht ( moi» il^automne )• >— Déc<?nil)re, Helmanoht ( ce dernier mot n'a pu être expliqué).

« Quant aux vents, il nomma celui (fest ostrohivint ; l'eurus, otsnn^ f/ro/ii,- le sud-est, sundosdrtjni; ceim du midi, sundroni ; l'auster africain, sundcwesdroni ; rafiricain, wetsundroni ; le zéphyr, wesdroni ; le vent du nord-ouest, wetHordroni ; la bise, mtrdwudmU; le vent ds nord, ttordmU ; l'aquilon, nordoadfotd; et le vultnnM^ tfimudrmL •

BMSNIinilMT THÉQLOMIII». 4S7

étaient cultivées avec le plus de soin, il fallait à chaque instant définidre ou attaquer les opinions religieuses qui se succédaient avec rapidité, et qui répaiulaieiit en Europe, en Asie et en Afrique, le trouble, la confusion, le d^rdre, ks haines et les persécutions. Il fallait citer les discours des Pères , les passages des livres saints, les décisions des conciles, et les maximes transmises par la tradition. Quoique la philosophie d'Aristote, qui avait remplacé celle de Platon dans l'empire d*Orient, ne fût en quelque sorte enseignée que dans les écoles de la Grèce , de Constanlinople et de l'Asie Mineure , c'est-à-dire dans les contrées où l'on parlait la langue de cet homme justement fameux, quelques communications de la dialectique du philosophe de Stagire, lesprit naturel des théologiens français, le besoin de combattre contre les écrivains

d'Orient, le désir de leur opposer des armes égales, avaient introduit dans les ouvrages de ces théologiens

une manière de raisonner assez forte , et ([uelques éléments de l'art de la critique. Il ne fallait pas être peu érudit ni peu exercé dans Tart de présenter ses idées avec avantage et de réfuter celles de ses adversaires, pour lutter avec honneur contre un Photius, patriarche de Gonstantinople , homme d'un savoir très-étendu; un INicéphore , autre patriarche de la même ville, et un Théodore Studite, dont on a beaucoup loué les connaissances et l'esprit supérieur f i).

(i'est un grand et magnifique spectacle que celui que présentent, au déclin du huitième siècle. Char-

(i) Laoépède, ffistoin de VBttnpe, hnitièiM époque.

428 GARLOVUlfilBMS. — CHiJUUIIUIMIK.

lemagne et la cour, ces savants et ces moines, ces maitres et ces élèves, se livrant tous avec une ferveur naïve à Fétude des lettres romaines , cberchant tous à passer à leur tour dans le sillon qu'avaient ouvert les écrivains de la Grèce et de l'Italie, et exhxh mant avec amcnir la philosophie, la poésie, la grann maire, la dialectique, tout ce qui pouvait nourrir, former, échauffer, faire revivre Tintelligencé et la pensée de l'homme, opprimées depuis trois siècles par la lourde épée des Germains et par les ruines amoncelées sur le passage des barbares. La science moderne n'a pas le droit d'être dédaigneuse envers ces hommes, dont les illustres efforts déblayèrent sa route et préservèrent son berceau : la barbarie n'essaya que trop promptement de reprendre sa revanche, lorsque Gharlemagne eut cessé de vivre.

« Gharlemagne , dit Montesquieu, songea à tenir le pouvoir de la noblesse dans ses limites, et à empêcher l'oppression du dargé et des hommes libres. Il mit un tel tempérament dans les ordres de l'Etat, qu'ils furent contre-balancés et qu'il resta le maître; tout fiit uni par la force de son génie. Il mena continuellement la noblesse d'expéditions en expéditions; il ne lui laissa pas le temps de former des desseins, et l'occupa tout entière à suivre les siens. L'empire se maintint par la grandeur du chef... Vaste dans ses desseins, simple dans l'exécution, personné n'eut à un phis haut degré l'art de faire les plus grandes choses avec facilité, et les difficiles avec plus de promptitude. 11 parcourait sans cesse son vaste empire , portant la main partout où il allait tomber. Lesaftaires renaissaient de

toutes parts ; il les finissait de toutes parts. Jamais prince m sut nneux braver les dangers, jamais prince

ne les sut mieux éviter. Il se joua de tous les périls , et particulièrement de ceux qu'éprouvent presque toujours les grands conquérants, je veux dire les conspirations. Ce prince prodigieux était extrêmement modéré; son caractère était doux, ses manières sim» pies ; il aimait à vivre avec les gens de sa cour... Il mit une règle admirable daus sa dépense ; il fit valoir ses domaines avec sagesse , avec attention , avec économie. Un père de famille pourrait apprendre de ses lois à gouverner sa maison. On voit, dans ses Capitulaires, la source pure et sacrée d'où il tira ses richesses. Je n'en dirai qu'un mot : il voulait qu'on vendit les œufs des basses-cours de ses domaines et les herbes inutiles de ses jardins, et il avait distribué à ses peuples toutes les richesses des Lombards, et les immenses trésors de ces Huns qui avaient dépouillé l'univers. »

Ce portrait de Charlemagne, tracé de la main de l'auteur de C Esprit des lais, a toujours été cité, depuis bientôt un siècle , par les historiens qui ont eu à parler du glorieux fils de Pepin-le-Bref. 11 semble que le tableau du règne de Charlemagne serait incomplet, si, il notre tour, nous ne donnions ici place à cette page de Montesquieu : toutefois , il nous importe de faire remarquer que c'est là une esquisse incomplète et maniérée du grand homme dont elle veut transmettre l'image. Indépendamment de ce qu'elle offre une empreinte de l'esprit moderne et des réminiscences politiques empruntées au dix-liuitième siècle, elle laisse entièrement de côté le point de vue religieux »

430 GARL0VIM61UI6, — GHAaUUUaNE. [TW-TIN

le caractère providentiel et catholique de Gbarlemagne. C'est par là, néanmoins, que ce formidable chef de l'empire franc s'est diatingaé de la foule des conquérants et des capitaines. Protecteur de rÉglise , inimti d'une sorte de saoerdoce royal, il eut la gloire impérissable de maintenir et de sauvegarder la ciTili» sation chrétienne , mise en péril par les barbares du Midi et les barbares du Nord, et il termina les grandes invasions qui , depuis trois siècles , menaçaient d'étoufler sous de nouvelles ruines la justice , Tintelli- ^ence, le droit et la religion. Là fut sa mission, là fut sa gloire, et c'est par ce rôle qu'il mérita l'insigne honneur de devenir plus fameux, plus illustre et plus populaire, à mesure que s'étendait poiu* lui la postérité.

Cependant la paix de courte durée dont les États de

Charlemagne avaient joui touchait déjà à son terme : en devenant maître et souverain direct de la fiavière^ le roi des Francs s'était trouvé en contact avec les Huns, dont les hordes campaient dans la Germanie orientale et tenaient sous le joug un vaste empire. Des contestations s'étant élevées vers les frontières entre les deux peuples, les Huns envoyèrent une ambassfule à Charlemagne; et ce priiice, de son c6té, chargea quelques délégués de se rendre auprès de leur khagan , et de n^ocier des arrangements internationaux. On ne put s'entendre, et la guerre ne tarda pas à devenir inévitable. Il y a même apparence qiie le roi des Francs, désireux de châtier les barbares qui menaçaient encore la civilisation et le christianisme d'une nouvelle invasion , se montra exigeant et sévère à l'égard des

mW] 6UBARS COMTRB hSA SUN». 431

Huns^ et ne voulut se prêter à aucun accommodement qui laÎMerait leurs outrages impuuiâ.

De grands préparatifs furent faits à Ratisbonne ( Re* ganesbourg ), en vue de la lutte qui allait s'engager. Avant l'ouvertuire de la campagne, le roi des Francs manda sous ses drapeaux les contingents de Wasco* nie et d'Aquitaine , (|ui entrèrent en Germanie sous les ordres de Louis , leur jeune roi et fils de Charlemagne : ce tleniier ceignît lui-même à ce prince adolescent répée que ses mains pieuses ne devaient pas porter avec assez d'énergie* Le roi divisa ensuite en quatre corps les forces expéditionnaires rassemblées de tous les points de la monarchie. Le premier, commandé par le comte Theuderic, et le second, soias les ordres du chambellan Meginefrid, devaient marcher sur la rive gauche du Danube; le troisième corps, conduit parle roi, devait opérer simultanément sur la rive droite; le quatrième, composé de Bavarois, était placé à bord d'une espèce de flotte, et avait mission d'escorter ou de transporter les munitions et les vivres, aussi bien que de relier Tune à Vautre les deux ailes. On était déjà aux premiers jours de septembre. Avant de commencer les hostilités, Charlemagne voulut inspirer à sessoldats une religieuse confiance dans le succès de leur expédition. 11 s^arréta trois jours dans ce lieu pour implorer, par des prières solennelles, la protection du Dieu qui donne la victoire. Il écrivit à la reine Fastrade, qui était restée à Ratisbonne, afin que les mêmes prières fussent répétées dans toute l'étendue de ses vastes États. On entra ensuite dans le pays des Huns.

432 GARLavINGIEHS. CHARLEMÀGIIB, [TW-T»!

Ceux-*ci ne lui opposèrent point d'armées, mais seulement des garnisons qui défendaient les forteresses dcMit le pays ëtait couTert. Ce pays était entouré de neuf baies formant des cercles concentriques. Ces baies, dont le noyau était formé de troncs de chênes, de hêtres et de sapins, mélangées de pierres très-dures et de terres compactes, faisaient une espèce de rempart de vingt pieds de 'hauteur et. d'autant de largeur; leur surface était couverte de buissons non taillés. De petites portes étroites, et défendues par des forti* fications soigneusement disposées, y existaient de distance en distance. Dans l'espace compris entre deux haies, les habitations étaient disséminées de façon à ce qu'on pût , de Tune à l'autre , entendre le son de la trompette. Des boui^ et des villes s'y trouvaient aussi. C'était là que depuis plusieurs siècles les Huns avaient accumulé le iruit de leurs rapines et le butin fait sur les autres nations.

Les Francs pénétrèrent avec intrépidité dans un pays si difficile ; la première garnison lut battue et la forteresse enlevée au passage du Camb ; la seconde, au mont Cumeberg, près de la citéComagine, et successivement toutes les enceintes fortifiées emportées rapidement par les troupes du roi. Chariemagne s'avança victorieux jusqu'au confluent du Raab avec le Danube. Là il donna quelques jours de repos à son armée, puis il se prépara à revenir en Bavière. Mais une épizootîe attaqua les chevaux de l'armée au retour; il eu périt plusieurs milliers, et Chariemagne en ramena à peine la dixième partie. Il arriva ainsi à Katisbonne, où il passa l'hiver.

n»-m\ HÉRÉSIE DE FKLIX O'UBGU.. 433

Le corps d'armëe commandé par le comte Tliëoderic et par le grand chambellan reçut ordre de rétrograder avec les Saxons et les Frisons qu'ils avaient con* doits; iJs rentrèrent dans leurs foyers, après avoir ravagé la ik>liéme (79a).

C'est à cette époque que Gharlemagne conçut un projet gigantesque qui devait favoriser les reiatious de rOccident et de TOrient : il s'agissait de joindre par un canal le Rhin au Danube ; toutefois, le progrès des sciences hydrauliques était si peu avancé , que les terres creusées pendant le jour retombaient pendant la nuit en boue liquide dans le lit du canal : cette difficulté, que Ton ne sut vaincre, ne permit pas de continuer les travaux. Le poète Saxon qui parle de celte entreprise afiiriue que, dans certaines parties, le /ossé, grand et très^grandj avait trois cents pieds de large. On peut voir encore , de nos jours , quelques vestiges de ce canal ; ce n'est plus qu'un fossé , et le village qui est situé à peu de distance a retenu le nom de (inihm. Le voyageur étranger à qui Ton indicjue, en passant, ces traces à peine visibles de l'œuvre devant laquelle le génie de Gharlemagne fut impuissant, sahie avec respect cette terre cjue foulèrent les pieds du plus illustre des rois, et médite en silence sur le néant des volontés humaines.

Vers le même temps, différentes questions religieuses

troublèrent un moment la paix de l'Église dans les

États de Gharlemagne : Tune était l'hérésie de Félix,

évéque d'Ui^el, renouvelée des vieilles erreurs de Nes-

torîus, et qui attribuait à Notre-Seigneur Jésus-Christ

non-seulement deux natures (la nature humaine et T. m. w

434 CARL0VIH61BM8. — GHABLIMAGNE. I79l.7a2

la nature drane), mais encore deux personnes, ce qui est contraire à l'enseignement de la foi. Cette hérésie séduiMit quelques âmes ignorantes. Un concile de \ingt-six évèques assemblé à Narbonne (791) s'occupa de cette question^ et il est vraisemblable qu'il obligea Fâix d'Urgel à se rëtracter. La* même année, cette hérésie fut condamnée par le concile de Friou), tenu par saint Paulin, patriarche d'Àquilëe. L'année suivante ( 792 ), Félix d'Urgel, conduit à Ratisbonne par ordre de Charlemagne, fut entendu par un troisième concile, et réduit à abjurer son erreur ; mais il la maintint en secret, et continua , au mépris de ses propres désaveux, de propager une hérésie que l'on ne devait pas tarder à frapper de nouveaux anathèmes. L'autre question se rattachait au culte des images, et il importait que, sous ce rapport, aucune doctrine fausse ne pût altérer la pureté de la foi des Eglises gallo-franques. Charlemagne et les illustres évèques qui secondaient sapensée se préoccupaient (le la nécessité de mettre fin à des querelles qui agitaient les esprits, plus encore peut-<étre que les complots et les guerres dont le palais ou les frontières étaient tour à tour le théâtre.

Durant la guerre entreprise contre les Huns, Charlemagne se trouvant à Ratisbonne ( 79a ), on découvrir une nouvelle conspiration tramée contre sa personne, et k la tète de laquelle s'était mis Tainé des fils du roi, Pepin-le-Bossu, fils d'IIiuiiltrude. Ce jeune prince était beau de visage , mais contreiait de corps. Comme il s'attendait à n'avoir aucune part de l'héritage monarchique , il était prêt à se joindre aux ennemis de

fM-flil OOHfUm BT GOMlUBATIOMi. 48S

flon pèra «1 à «ooipter les propositions d'un parti.

Or, les nombreux mécontents que suscitaient les caprices orgueilleux et la dureté de la reine Fastrada jugèrent qu'il était habile de prendre pour ohef ce jeune homme , et de s'en faire un drapeau. Un Lom* bard nommé Fardulfe surprit le secret des conju» résy et le révéla au roi. Charlemagne, habitué à déconcerter les manœuvres de ses ennemis, se rendit maître de la personne des coupables, et les tradui* sit avec son fils, leur complice, devant rassemblée nationale des seigneurs et les leudes , convoqués à Ratisbonne. Cette haute cour de justice, d'une voix unanime, condanma Pepin-le-Bossu et les conspirateurs à subir la peine capitale; mais Charlemagne fit grâce à plusieurs d'entre eux, e! notanmient à son fils , qui fut rasé et relégué dans un cloître. Faut*il croire, avec Éginhard, que ce complot n'eut d'autre cause que le ressentiment soulevé par les cruautés de la reine ? ^e doit-on pas présumer , au contraire , que ce fut là encore une tentative des grands austrasiens et des chefs des peuples tributaires pour se soustraire à la redoutable suprématie (le Charlemagne ?(]ette dernière hypothèse nous semble conforme à la vérité , et nous ne voyons dans les violences de la reine que le prétexte dont les partis et les rebelles eurent besoin pour donner une apparence de justice à leurs levées de boucliers.

Plusieurs années s'étaient écoulées depuis la conversion et la soumission de Witikind , et Charlemagne avait pu croire la Saxe pacifiée : les Saxons de Touesl ilenieurèrenl sous le jou^ , sans faire écla-

436 GARLOVINGIBNS. — GHARLIMAGHE.

ter leurs murmures ; mais le reste de leur nation ne partagea pas longtemps cette résignation apparente. Là y en eH'et, on regrettait la liberté et les dieux de la Germanie, et Ton se révoltait sourdement contre la domination des Francs et de l'Église. Pendant que Charlemagne soutenait la guerre contre les Avares (lesHuns), et alors qu il se préparait à entrer en Pan* nonie , les Saxons orientaux se révoltèrent , et massacrèrent les Francs. Le comte Théoderic, Tun des lieutenants de Charlemagne , traversait alors un canton de la basse Germanie nommé RhynsLri , sur le Wéser, et il conduisait en Bavière un détachement de Fri* sons. Les rebelles de la Saxe surprirent cette troupe et la détruisirent : quelques jours après , le soulèvement ayant gagné le reste du pays, les Saxons commencèrent à piller les églises, à les incendier, et à égorger les évéques et les prêtres que Charlemagne avait établis sur leur territoire. Enfin, pour se mettre à couvert du châtiment qu'ils avaient encouru , ils députèrent auprès des Avares, et les sollicitèrent à se liguer avec eux contre les Francs.

Avant de faire face à ce danger inattendu , Charlemagne voulut s'assurer que la révolte ne se propagerait point du côté du midi : la situation du pays de Bénévent lui causait de vives inquiétudes, et déjà le jeune Grimoald, prince de cet Etat, aspirait à proclamer son iudépendance , et à rétablir une domination doublement à craindre pour Rome et pour le royaume d'Italie, vassal de Charlemagne. Le roi des Francs lit passer dans ce pays une armée, conduite par ses fils Pépin et Louis; ces

m^m iM MAinuM m siptimaiiib. 437

deux jeunes rois (ou sait qu'ils preuaient ce litre) ne renqiortèreDt aucune victoire, ae bornèrent à exercer quelques ravages, et se virent bientôt obligés de rétrograder du côté du nord , fuyant la famine qui désolait alors ritalie. Toutefois, leur présence et leur démonstration suffirent pour forcer Grimoald à se soumettre , du moins en apparence , et à donner quelques salisfaclions à son souverain.

Vers le même temps ( 79^ ) , les Sarrasins d'Espagne firent une invasion dans la Septimanie. Isleim, fils et successeur du calife Abdérame, le restaurateur de la race des Ommiades, avait jugé que les circons^ tances lui permettaient de ressaisir les provinces naguère soumises à la puissance des Maures, au delà des Pyrénées, et que Tépée des Francs avait soustraites à Fempire de Mahomet. Il envoya dans ce pays une armée aux ordres d'Abdul-Mélic^ la Maiche d'JSspagne (la Catalogne) tomba aii pouvoir des Maures : ces derniers franchirent ensuite les montagnes, et vinrent, en saccageant le pays, mettre le siège devant Narbonne : ib échouèrent, et se portèrent sur Carcassonne. Guillaume au Court -Nez, duc de Toulouse et Tun des héros du cycle carlovingien , rassembla des troupes et marcha à la rencontre de Tennemi. Les deux armées combattirent sur les bords de la rivière d'Orbien, mais les Aquitains succombèrent dans la lutte: Contents de cette victoire, enrichis par le pillage , mais trop faibles pour essayer de se maintenir sur le territoire de la Gaule , les Maures repassèrent en Espagne, et consacrèrent leui* butin et leurs esclaves à la construction de la grande raos-

436 GABLOVlNGimiB. CHAWLUUGNE. [783.190

quée de Cordoue. Charlemagne, préoccupé de soins impérieux du côté du Danube et sur le Wéeer^ n'es* saya pas de tirer vengeance de oet outrage.

Ciiarlemagne, forcé de renoncer à son expédition de Pannonie (79^)9 revint k Ratisbomie , puis a Wurtzhaurg-sur-le-Mein , et enfin il acheva de passer rbiver à Francfort , qui n'était alors qu'une maison royale située près de Mayenoe. Ce (ut là qu'il pri^ sida aux travaux de la diète nationale, et qu'il suivit de près les délibérations du concile ou de l'assemblée ecclésiastique ^^hargée de condamner et de faire di»» paraître T hérésie de Tevéque Félix d'Urgel. Nous avons déjà fait mention des premiers eiforts entrepris pour réduire au néant cette fausse doctrine, que les ennemis de la foi persistaient à propager. Alcuin prit part aux discussions de ce eoncile , qui fut célèbre dans les annales de l'Église : a Le roi , disent les actes de cette assemblée 9 a demandé au saint concile qu'il voulût admettre dans son sein et à ses oraisons Alcuin, comme un homme savant dans les doctrines ecclésiastiques ; tout le synode y a oonsentiy et Ta admis à ses délibérations et à ses prières. » Dans cette même réunion, et sans doute d'après Tin- . sinuation du roi, on vit comparaître Tassillon, captif et moine, (jui vint humblement demander pardon de ses fautes envers Pépin ^ Cbarlemagne et les Francs. En déchargeant sa conscience par cet aveu public, l'ancien duc germanique protesta qu'il ne gardait aucun ressentiment de tout oe qui avait été fait contre lui. 11 déclara qu'il l'aisait abandon , entre les mains du roi , de tous les droits

m-mi GONCiLi nm nuMoroRT. 489

et domaines qui lui avaient appartenu en Bavière, et il recommanda ses enfants à la démence de Charles* « Alors le roi, disent les actes, touché de compassion, pardonna de bon cœur à Tassillon toutes ses fautes et toutes ses infidélités ; il le reçut dans son amitiéet dans sa grâce, de manière qu'il fut désormais assuré de celle de Dieu : il ordonna que Ton dressât trois actes de ce capitule... » Ce fut seulement vers cette époque que Tassillon obtint d'être transféré avec ses fils dans le dottre de Jumiéges. On yoit que Charlemagne voulait augmenter et fortifier aux yeux des Bavarois le droit en vertu duquel il s'était substitué à ta race des Agilofinges.

Le concile de Francfort fit cinquante-six canons, dont le premier porte qu'il s'était assemblé de l'autorité du pape et par commandenienl du roi Charles : il condamna ensuite l'hérésie de Félix d'Urgel et d'Élipand de Tolède, touchant V adoption qu*ils attribuaient au Fils de Dieu. Cependant ce même concile, à qui, par suite d'une intrigue des iconodastes, on avait représenté d'une manière fausse les décisions du concile de Nicée sur le culte des images , condamna ces mêmes décisions, donnant ainsi l'exemple d'une division fâcheuse. Le saint concile de Nicée avait condamné les fureurs des iconoclastes, qui brûlaient et brisaient les images du Sauveur, de sa Mère et des saints, sous prétexte qu'elles n'étaient qu'une tradition de l'andenne idolâtrie. 11 avait été résolu par les Pères de îNicée que les images seraient un objet de vénération et d honneur, et que ce culte différait essentiellement de celui qu'on ne doit rendre qu'à

440 GARLOVllIGIBNS. — CHABLKMAGHB. tW-l»

la très-sainte Trinité. Les images ne devaient être , d'après ce concile, que des moyens sensibles de porter l'homme à adorer Dieu avec plus de ferveur, et de rappeler aux respects et à la reconnaissance des fidèles le souvenir des saints et les secours que l'Eglise obtient de leur puissante intercession. Le concile de Francfort, auprès de qui cette décision fut dénaturée, la condamna sans la connaître ; et il fallut beaucoup de peine pour faire prévaloir dans toute la chrétienté la doctrine du concile de Nicée , approuvée depuis par le concile de Trente. Charges, qui partageait Terreur des évéques rassemblés à Francfort, écrivit à ce sujet ou fit écrire quatre livres théologiques, médiocrement rédigés, et qu'il adressa au pape Adrien. Le pontife n*eut pas de peine à les réfuter.

Durant le séjour que Charlemagne fit à Francfort» mourut la reine Fastrade. Nos annales la représentent

comme une femme ambitieuse et cruelle, dont les hauteurs et la tyrannie mécontentèrent souvent les seigneurs et servirent de prétexte à des complots : elle était de la race des Francs , et fille du comte Rodolphe.

Après la session du concile de Francfort, Charlemagne tourna contre les Saxons les forces qu'il avait d'abord rassemblées contre les Huns. Selon sa coutume, il attaqua ces peuples avec deux armées et par deux points différents. Tandis que de la Bavière il se portait sur la Saxe méridionale, en traversant la Thuringe, le jeune Charles, son fils, avec un contingent de troupes firanques^ franchit le Rhin à Cologne,

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et pénétra sur le territoire des rebelles par la iVon* tière de Touest. A l'approche de ces deux armées , les Saxons du midi^ n'espérant plus que dan^ la niiséri» corde du roi, implorèrent son pardon, et promirent de revenir au christianisme. Gharlemagne se fit livrer des otages, reçut de nouveaux serments de fidélité, et rétablit partout les prêtres, les évéques et les églises : cependant la Saxe septentrionale continuait de lutter en faveur de ses idoles et de sa nationalité vaincues.

Tandis que Gharlemagne campait sur les bords de FElbe, il reçut les envoyés de Thudun, l'un des princes des Avares , qui offrait de se donner à lui, de reconnaître sa souveraineté et d'embrasser le christianisme : ce n'était là peut-être ([u'une démarche émanant de quelque chef qui aspirait à la domination chez les Huns de la Pannonie. Quoi qu'il en soit, cette soumission parut d'un heureux augure. Peu de mois après, et le jour de la féte de Noël, mourut k Rome le vénérable Adrien ; il avait occupé pendant vingt-quatre ans la chaire de saint Pierre, et élevé très-haut, avec l'aide de Dieu et Tépée des Francs, la puissance temporelle des papes; ses largesses enverslespauvres étaient immenses ; il fit réparer à ses frais les murs de Rome, il décora celte capitale de monuments religieux et d'ouvrages splendides; et rien n'égala sa munificence, sinon sa piété, sa sagesse et sa modération. 11 était uni d'une tendre amitié à Gharlemagne, qui le pleura comme un frère , composa à sa louange une épitaphe en vers qui subsiste encore. Le lendemain même de la mort d'Adrien , le clergé et le peuple romain lui donnèrent

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pour successeur Léon III, et ce choix consola l'Eglise* Charlmiagiie paisa l'bmr à Âîx*la*CbapeUe. Au retour du printemps , il entra de nouveau avec son armée dans le pays des Saxons, et fit marcher en même temps oontre les Hiinaime autre armée oonduite par son fils Pépin et par Herric, duc de Frioul. Cette expédition , gràœ peut-être à l'iqppui que lui prêta Thudim , obtint un succès complet. Le kbagan des \vares ayant été tué, le fils de Charlemagne passa le Danube et même la Tbeiss , puis il arriva jusqu'au Ring, enceinte ou camp fortifié des Avares, qui n'avaient point de villes. C'était là que les Huns avaient entassé les dépouilles de TOrient. Pépin leur enleva cette immense proie , et revint dans les États de son père, chargé de trésors qui furent distribués aux leudes, et dont une partie fut envoyée aU nouveau pape. C est ainsi que les Francs vengeaient les Grecs et les Romains des anciennes humiliations que kûr avaient fait subir les hordes d' Attila. On ne saurait se faire une idée exacte des richesses qu'ils ravirent aux. barbares; mais elles durent être bien grandes, si Ton s'en rapporte aux témoignages d'Éginhard : « Les Francs, dit-il^ avaient été presqiue pauvres jusqu'à ce jour; ils ne furent riches qu'après la défaite des Avares. » Tandis que le fils de Charlemagne, assisté de ses Italiens et de ses Lombards , châtiait ainsi la postérité des Huns, Charlemagne, de son côté, entrait dans les pays des Saxons et y exerçait de grands ravages. Après avoir détruit tout ce que le fer et le feu pouvaient atteindre, il rentra en Austrasie et passa l'hiver à Au-la-ChapeUe. Cette ville était sa ca-

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pitale et son séjour de prédilectiou. Il s'occupa de Tonier «reo une magnifioeDoe sans égale, la dotant

de palais, d'églises, de ponts et d'éclifices sornptueuxy faisant venir dans oe but des marbres rares et des sculptures précieuses du fond de l'Italie.

La même année ( 796 ), Charles reçut à Aix-la-Cha-

Asturies, ceux des Huns, ceux de Fempereur d'O*

rient, et euiiu Abd«ÂUah , frère du dernier émir de Gordoue : les uns et les autres venaient implorer l'alliance du roi, ou lui rendre des tributs d'hommages volontaires.

« Leroi,dit Éginhard, passa l'hiver à Aix-la*€hapelle et y célébra les fête» de Noël et de Pâques. Barcelone, ville Mtuée sur la frontière d'Espagne, et qui, suivant le cours des événements , avait été soumise tantôt aux Francs , tantôt aux Sarrasins , lut enfin livrée au roi par le Sarrasin Zade , qui s*en était emparé. Zade se rendit à Aix-la-Chapelle au commencement de l'été ( 797 ) » ®^ ^ soumit volontairement, ainsi que ladite ville, au pouvoir du roi. Le roi ayant reçu cette soumission , envoya avec une armée son fils Louis pour assiéger la ville de Uuesoa, en Eqpagne ; et , selon son usage accoutumé, il entra en Saxe pour dompter l'orgueil de ce peuple perfide. Il ne s'arrêta qu'après en avoir parcouru tout le pays, car il s'avança jusqu'aux dernières i'ronlières des Saxons, ii l'endroit où leurs terres sont baignées par l'Océan, entre l'Elbe et le Wéser. De \k il retourna à Aix-la-Chapelle , et à son arrivée il y reçut le Sarrasin Abd-Allah , fils d'Ibn-Mange, roi de Mauritanie (Abdérame le Moa-

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vite), d'où il venait; il donna aussi audience àThëocliste y envoyé du patrice MicéUs qui gouvernait alors la Sicile j et reçut des lettres qu'il lui apportait de la part de F empereur de Constantinople. Il se décida à passer l'hiver en Saxe pour y faire la guerre : il prit donc sa suite avec lui, entra dans ce pays^ campa près du Wéser, et ordonna d'appeler la place de son camp Heer-Stall (quartier de l'armée), et ce lieu est encore ainsi nommé par les habitants. Il divisa pour l'hiver, en deux corps ^ Tarmée qu'il avait amenée avec lui; il ordonna à Pépin, qui était de retour de lexpécliliuii d'Italie, et à Louis, qui revenait de celle d'Els- . pagne, de venir le joindre en ce lieu, li y donna audience aux ambassadeurs des Huns qui lui avaient été envoyés avec de grands présents, puis il les congédia. »

Charlemagne voulait en finir avec les révoltes des

Saxons. A la téte de ses armées , il parcourut le pays des rebelles , et, non content de les vaincre partout où ils osèrent essayer quelque résistance , il enleva les femmes , les enfants , Télite des familles , et les fit conduire dans les provinces de la Gaule , pour y vivre désormais mêlés aux populations dirétieunes : c'est ainsi que, ne pouvant soumettre les âmes ni dompter les courages , il voulut du moins rester maitre du sol, et ce fut la pensée qui le dirigea dans ces différentes transplantations de peuples. A la place des tribus exilées et dépossédées , il établit des colonies franques ; et, malgré tant de précautions et de violences, il ne put éteindre les haines et les ressentiments qui fermentèrent, p^Mlant des siècles encore,

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