ÉVÉNBMEMTS DE ROME
Eherwin, envoyé du roi , qui commandait l'aile droite des Obotrites, raconte qu'il en tomba quatre mille du premier choc. Ainn mis en fiiite , taillés en pièces et ayant perdu beaucoup des leurs, les Normands revinrent chez eux avec une grande perte. Le roi retourna dans le pays des Francs, et, arrivé à Aix-la- Chapelle, il donna audience aux ambassadeurs envoyé» de Gonstantinople par l'impératrice Irène : son fik Constantin , à cause de l'insolence de ses moeurs , aidait été pris par ses sujets et aueuglé. D après la demande des ambassadeurs, le roi permit à Sisime, frère deTaraise, évéque de Gonstantinople, et fait prisonnier autrefois daus un combat , de retourner chez lui. Les envoyés étaient Michel, surnommé Gangliano, et Tliéophile, prêtre. Après leur renvoi , vinrent ceux d'Alphonse, roi d'£spagne, Basilisque et Froia, apportant des présents que ce roi avait eu sœn de prélever pour Charles sur le butin dont il s'était empare lorsqu'il avait assiégé et pris la ville de Lisbonne : ils cou** sistaient en sept Maures, et autant de mulets et de cuirasses. Quoique ces objets fussent envoyés comme
Le roi reçut gracieusement les ambassadeurs , et les
renvoya après leur avoir fait aussi des présents. Les îles
Baléares, nommées actuellement Majorque et Minor-
que , furent ravagées par les pirates maures. Le roi
passa l'hiver à Aix-la-Chapelle, et y fêta la naissance
du Seigneur et sa résurrection . »
La sanglante tragédie qui avait épouvanté Constan-
tinople et porté au faite du pouvoir l'impératrice Irène,
commençait à peine à être oubliée, que Rome fut le T. m. M
460 CARLOVINGIENS. CiAftl^BMAGNE. l7W-7i9
théâtre d'attentats et de crimeedont il importe de faire
mention, parce qu'ils réagirent sur Tavenir de l'Europe et sur les destinées de la monarchie de Gbarlemagne.
Le primicier Pascal et le sacristain Gampulus , Tun neveu et l'autre confident du précédent pape Adrien I*', jaloux d'avoir perdu leur influence et leur crédit à la cour de son successeur, conspirèrent contre sa vie. Le avril 799, jour de Saint-Marc, le- pape assistait à la procession des Litanies , à la téte de son clergé et de tous les pénitents. Au moment oii il passait devant Téglise de Saint-Étienne 1 une troupe d'hommes armés , ayant à leur téte Pascal et Gampu» lus , sortit des maisons voisines en jetant de grands cris. Le peuple, eflrayé, prit la fuite, et les assassins se précipitèrent sur le pontife, le renversèrent, et lui portèrent plusieurs coups de poignard ; Tayant ensuite précipité de son cheyal et foulé aux pieds , ils le traînèrent jusqu'à l'église du monastère de Saint-Étienne. Là , au témoignage d Anastase le bibliothécaire , ils . lui crevèrent les yeux et lui coupèrent la langue, double crime qu'ils n'avaient point osé commettre dans la rue, de peur de soulever la fureur du peuple. L'histoire de l'Église catboUque atteste que, peu de jours après cet attentat, le vénérable pontife recouvra miraculeusement la vue et la parole : ce prodige fut accepté par les contemporains comme un acte de la miséricorde et de la j)uissance de Dieu. (Gbarlemagne écrivant de Rome à l'illustre Alcuin lui parla de ce miracle comme d'un événement avéré et incontestable, et l'Eglise romaine elle-même en fait mémoire 4ans les termes suivants : « Afiome, dans labasilique
m Li 9àm SB ufanjo» csii lis fiahgs. 451
Yaticane , saint Léon III , pape j à qui Dieu rendit imraculeusement l'usage des yeux que des impies lui avaient airaohës, et de la langue qu'Us lui avaient coupée (i). »
Lorsque le pape eut été sauvé des atteintes de ses
ennemis, il résolut, pour soustraire sa \\e et son autorité temporelle aux attentats des factieux ^ d'imiter lesexemplesde son prédécesseur Étienne , et de se rendre auprès du roi des Francs, patrice de Rome, pour implorer son secours. Gharlemagne^ à qui Léon 111 fit donner avis de cette résolution, s'éloigna immédiatement d'Aix-la-(iliapeUe, e[ assigna au souverain pontife un rendez-vous à Paderbom. Pour honorer d'ailleurs le pape et faciliter son voyage , il envoya audevant de lui Uildebald , arclievéque de G^logne , le comte Anscbaire et Pépin , roi dltalie , son propre fils y le triomphateur des Huns.
Des que Cliarlemagne apprit que le chef de TÉglise approchait de Paderbom, il vint à sa /rencontre avec rélitede ses seigneurs, de ses leudes et de ses fidèles : le clergé, divisé en trois chœurs, précédait le prince et portait la bannière de la croix. Au moment où l/'on parut en lace du roi, et de l'immense multitude d'hommes armés et de peuples qui escortaient Gharlemagne , on fut témoin d*nn grand spectacle. Le roi des Francs, ses fils , ses feudataires et l'assemblée s'agenouillèrent pour recevoir la bénédiction du pape, et se relevèrent ensuite, comme pour lui offrir le secours de leurs dévouements et de leurs bras.
(i) Hùtoirr fit VÉglUe galîie., lîv; xn.
432 CARLOVIKGJENS. — CBARLBlUfiMB. I7W
Le pape ne cessait d'admirer la variété des langues, des armes, des habits de ces nations dont Cbarie*
magne était entouré, et qu'il avait pour la plupart soumises au christiaiiisnie.
On ignore combien Léon passa de temps auprès de Charkmagne, et quelle fut la nature des oonférenoes qu'ils eurent ensemble ; on pourrait peut-être le présumer par les événements qui les suivirent. Les assassins du pape , ne pouvant point cacher leur attentat, se portèrent ses accusateurs , et adressèrent au roi des Francs un mémoire dans lequel ils reprochèrent à Léon des actes que les historiens ont qualifiés d'atroces. Cbarlemagne ordonna à quatre évéques et à plusieurs comtes de reconduire le pape à Rome, de veiller à sa sûreté, et de le rétablir sur sa chaire pontificale. 11 les chargea spécialement de prendre les informations les plus exactes sur les violences que Léon avait soun'ertes, ainsi que sur les faits allégués par ses accusateurs. Léon fut reçu à Rome avec de grands honneurs. Le sénat, le clergé, le peuple romain et toutes les congrégations religieuses allèrent à sa rencontre , et l'accompagnèrent ensuite en triomphe , en chantant des hymnes jusqu'à la basilique du Vatican. En même temps les envoyés du roi firent arrêter Pascal et Gampulus , pour être mis en jugement à la prochaine arrivée de Cbarlemagne.
Ce prince, en efTet, avait annoncé qu'il irait luimême à Rome rétablir Tordre et punir les coupables : ayant passé l'hiver à Aix-la-Chapelle, il y termina queUpies graves affaires , et ce fut alors qu'il obtint de Félix, l'évêqued'Urgel, un nouveau et cette fois un
m GHAIILIIU6NB MiBUTTOft A. ROUE. éSS
sincère et complet désaveu de son hérésie. Cette même année (799) vit se renouveler la guerre contre les Avares, et le comte Géralde, qui commandait au nom de Charlemagne le contingent bavarois, périt, Tépëe à Ta main, dans cette campa§;ne. La nation des Huns nVii fui pas moins placée sous le joug, comme la Saxe : telle fut la fin du second empire des Avares , fondé cent dix ans après la destruction de celui d'Attila.
Les lies Baléares avaient été pillées et dévastées par les Sarrasins, et ces pirates continuaient d'y exercer leurs déprédations. Les insulaires firent appel à la protection de Charlemagne, lui offrant la souverainelé de leur pays , s'il consentait à les mettre à couvert dos attaques des Maures. Charlemagne envoya des troupes expéditionnaires qui chassèrent ces barbares et lui rapportèrent des étendards enlevés aux vaincus. Durant le cours de cette même année , la Bretagne appela de nouveau sur son territoire les anpes du roi tles Francs : le comte Guido, l'un des lieutenants de Charlemagne, mit fin à cette révolte, et rapporta à Charlemagne, en guise de trophée, les armures et les bannières des chefs bretons qui s'étaient soumis à lui. Au retour du printemps (Boo), Charlemagne se rendit vers les côtes britanniques , et fit équiper une flotte destinée k repousser les pirates normands qui continuaient dlnfester la Gaule. U célébra la féte de Pâques au monastère de Saint-Riquier, puis il visita successi-> vement Rouen, le Mans et Tours; dans cette dernière ville il satisfit sa dévotion au tombeau de saint Martin, Ce fut à Tqurs que mourut la reine Liutgarde, que
iÔ4 CàlLOVIIIGUUfë. — CUAftUUUttMB. IWO
Charlemagne avait épousée après la mort de Fastrade. Enfin, le %^ novembre de cette même année (800), le roi des Franc» fil son entrée à Rome, et fut reçu dans cette capitale du monde chrétien avec les plus grandes dénionstrations de respect et d'enthouâîaame.
A son arrivée, il paaaa sept jours à se faire rendre compte de 1 état de la ville et des afVaires d Italie, et fit instruire contre les persécuteurs du pape. Ces derniers chargèrent Léon des accusations les plus graves ; mais ils se virent dans l'impossibilité de fournir la preuve de leurs oalomnies*
Une assemUée de seigneurs, d'évéques et d'abbés fut convoquée par le roi des Francs dans Téglise de Saînt*Pierre, etCbarlemagne la présida. Ayant prisla parole, il dit « qu'il était venu à Rome pour voir le pape se justifier à la face du monde des accusations portées contre lui, et qui paltaient de la bouche de ceux mêmes qui s'étaient souillés d'un crime horrible contre la personne du vicaire de Jésus-Christ; que le pape aurait pu, à l'imitation de son divin Maître, répondre par le silence à d'infâmes calonmies; mais que, pour r honneur du saint-siége, il demandait lui-ménie qu'on fit le plus sévère examen de sa conduite, et que les accusateurs, s'il s'en présentait, lussent pubiiquemoit et librement entendue. »
Tel est du moins le rédt des annalistes francs. Les historiens ecclésiastiques, qui écrivaient d'après les tra* ditions conservées à Rome, n'omettent pas de faire observer (fue l'assemblée épiacopale ne voulut pas reconnaître au roi des Francs, patrice de Home, le droit d'être juge et arbitreentrele p4q>e etses ennemis, et de
m Lt 8B iUlfflVUl.
traduire en quelque sorte à sa barre le souverain pontife, tout en gardalitàson ^ard les formes du respect et les égards de la déférence filiale. I^s prélats et abbés, disent ces bistoriens, s'écrièrent d'une commune voix : « Nous n'oserions }uger le siège àpostolique, qui est le chef de toutes les Eglises, car nous sommes nousmêmes jugés par lui et par son vicaire ; mais il n'est jugé par persoime, ainsi que TueigedeFantiquité nous le démontre. Mous obéirons nous-mêmes canoniqueflient k tout ce que le souverain pdntité aura jugé convenaUe (i). » Le pape reprit albrs ; «c Je suivrai les exemples de mes prédécesseurs, et je suis prêt à me puiger comme eux des fausses acousationa que Von a répandues contre moi. » La cause ayant été ouverte, et les accusateurs sommés de paraître et de produire leurs preuves ^ il ne se présenta personne. Alors le pape dédiara que , puisque personne ne soutenait Taccusatiou, il voulait, quoiqu'il n'y fût pas obligé, se purger par serment des accusations portées contre lui : en effet, le lendemain il monta en cbaire dans la basilique de Saint-Pierre ; et là, posant une main sur le livre des Évangiles, après aToir iilvoqué la sainte Trinité, il prononça, en présence de toute l'assemblée, le serment suivant :
a C'est une chose connue , mes très-chers frères , « que des mécbants se sont levés contre moi , et qu'ils <c ont. répandu l'infamie des plus graves accusations « sur moi et sur ma vie. Le très-clément et sérénisu sime roi Cbarles s'est porté dans cette ville avec ses
(i) Anastase.
486 GÀRLOVlHGUWft. — dUKLSMAGNB. l«»
a prélats et ses princes pour en connaitre. C'est pour- « quoi, moi Léon, poutife delà sainte Église romaine^ « n'étant jugé ni forcé par personne, mais de ma a propre volonté, je me déclare innocent en votre pré- « sence, .en celle de Dieu et de ses anges, qui conet naissent ma conscience , et de saint Pierre , prince <c des apôtres, qui me voit. Je déclare que je n'ai point « commis les scélératesses dont on m^accnse , et que « je n'ai point ordonné de les commettre; j'en atteste « ce Dieu au tribunal duquel je dois me présenter , et « qui a les yeux tournés sur moi ; je le fais de plus a sans y être forcé par aucune loi, et sans vouloir par « là soumettre mes successeurs dans la sainte £glise, « ou mes frères les autres évéques, à une coutume a semblable , mais seulement afm de vous délivrer « complètement de tout injuste soupçon, y»
Après les serments du pape, un Te Deum solennel fut chanté par les évéques et par toute l'assemblée.
Les conspirateurs furent condamnés à mort , mais Léon intercéda pour eux et obtint leur grâce. On se contenta de les exiler, à l'exception de Pascal et de Gampulus, qui furent relégués dans un monastère de la Gaule, où ils finirent leurs jours.
CHARUIAUS, MfMMV.
DIUIIÈIUS PtelOM PB IKQIlb- (•10414.}
La renommée de Charles était parvenuey pour ainsi dire^ aux extrémités du inonde. Les royaumes qu'il avait ajoutés a sa puissance lui donnaient la suprématie sur toutes les aifaires d'Occidenl. A Taide de ses armes Tictorieuses^ il avait reculé les bornes de sa domination jusqu'aux fleuves Scandinaves, jusqu'à la Grèce, et , par delà les Pyrénées , jusqu'à l'£bre. Les lies de la Méditerranée et l'Italie lui étaient soumises , et Rome, quoique arrachée à la tutelle des empereurs d'Orient et préservée des rois lonihards , reconnaissait son protectorat. Jamais, depuis le siècle d'Auguste et la bataille d' Actium, un seul homme n'avait soumis à ses lois tant de nations diverses, et n'avait élevé plus haut une couronne humaine. On a vu que les empereurs d'Orient respectaient cette grande puissance, et que Charlemagne était pris pour arbitre parles Bfaures d'Espagne, comme par les Danois et les Slaves. Sa gloire lui valut un témoignage encore plus flatteur : l'bomme le plus célèbre de l'Orient, le calife Hart>un-al*Raschid , lui envoya , comme l'un des
4â8 GARLOVIIIGIEHB. CHABLBMAGWK. (IM
plus précieux présents qui put être offert à un prince chrétien, les clefs de Jérusalem et un étendard de cette ville. A. ces dons si saints, le calife en avait joint plusieurs autres ibrt remarquables et qui causèrent une grande sensation dans les Gaules. C'étaient des tentes et des tàpis peints de ricfaes couleurs; une iiorluge mécanique qui sonnait les iieures ; des vêtements de soie, du baume, et une telle quantité de parfums , dit le chroniqueur , qu'il semblait qu'on eût épuisé l'Orient pour eu remplir rOccident.
Mais un plus grand honneur était réservé au fils de Pépin. Le jour de Noël de l'an 800, comme il était à Rome, prosterné dans la basilique de Saint-Pierre^ le pape s'approcha de lui, et déposa une couronne sur sa téte. Aussitôt le peuple s'écria : « Vive Charles Au- « guste, couronné de la main de Dieu ! Vie et victoire
Charlemagne se leva, il quitta le nom de patrice , il fut af^pelé EMPXREUA et AUGUSTS, et prit place sur un trône. Alors le pape lui rendit hommage comme aux aneiens monarques de Rome, et lui présenta le manteau et les insignes de la dignité impériale. On dit qu'au moment on la couronne fut placée sur sa téte, le roi des Fraiics essaya de résister ^ mais ce refus, s il était sincère , ue fut pas de longue durée.
Ainsi , trois cent vingt-quatre ans après la chute d 'Augustule, et quinze cent cinquante- trois ans après la fondation de Rome, Fempirb D'OocmBiiT, détruit par les barbares, fut relevé par un homme qui n avait dans les veines que du -sang barbare. La couronne d'Auguste et de Biare-Aurèle fut {daoée sor k tAte
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" d'un Germain, d'un Teuton^ et l'élévation d'un de leurs enfanto consola oes hommes du Nord , dont les ancêtres étaient tombés sous le glaiye de Marins et de
César.
L^avénement de Charlemiig;ne à l'empire d'Ocoident n*eut rien que de légitime, et fut conforme à la né« cessité et au droit : les empereurs grecs n'avaient aucun titre pour revendiquer la domination et le gouvernement de peuples qu^ils n'avaient su protéger ni défendre, qu'ils avaient laissés, durant des siècles ^ en proie aux barbares , et à Tégard desquels ils n'avaient parfois réclauié un pouvoir souverain que pour opprimer i 'Eglise de Dieu et étendre le domaine du schisme et de l'hérésie. L'épée de Pépin et de Gharlemagne avait tranclié la question, et rassentinient unanime et persévérant des peuples occidentaux avait rejeté le joug des Grecs. Si l'on prenait pièce à pièce toutes les parliesde Teuipire soumis à Charleinagne, on reconnaîtrait qu'il n'en était aucune dont il ne pût revendiquer la souveraineté à titre temporel : la Gaule lui appartenait par droit de succession, et en vertu des titres conférés à Pépin par l'onction du pape et l'élec* * tion des Francs ; le royaume d'Italie était le fruit d'une conquête légitime ; ii en était de même des autres nations rangées l'une après l'autre sous son sceptre par • le droit de la guerre, et cfuant à Rome et au patrimoine de saint Pierre, d'une part, ses donations n'avaient eu pour résultat que de confirmer des £ùts régulièrement , accomplis; il'autre pari , I espèce de protectorat politique qu'iL exerçait sur les domaines temporels de la papauté ne constituait qu'une tutellè officieuse f
400 CARLOVlMfiXBNft. — GHÀRLBMAGKE. LMtt
que l'exercice d'un devoir filial, et ne limitait en rien, n'amoindrissait en rien le droit des souverains pontifes au gouvernement libre et indépendant des États de rÉglise. Patrice de Rome, Charlemagne reconnaissait le pape comme légitime mônaïque du domaine romain. L'élection qui lui confierait le titre d'empe* reur d'Occident ne changeait et ije modifiait nullement la nature de sïbs droits, et n'avait pas pour résultat de ranger le pape parmi ses vassaux couronnés.
Ce n'était point seulement la papauté, c'était la Providence qui avait fait les titres de Charlemagne à l'empire : la papauté, instrument visible de Dieu, s'était bornée à servir avec respect la volonté divine â mesure qu'elle se manifestait à l'égard de Charlemagne. Si l'empire grec avait eu un droit légitime à faire valoir quant à la possession de Rome , ce droit eût été le même à l'égard de l'Italie lombarde, du royaume de Bourgogne, du royaume d'Aquitaine , de la Gaule, et de toutes les portions de l'Allemanie et de la Germanie qui, à d'autres époques, avaient fait partie de l'empire d'Honorius et de celui de Ses successeurs ; il n'y avait là qu'une question de dates , dès lors que le droit de conquête était à jamais dénié aux barbares : prétention absurde et insoutenable, et que Rome ne pouvait admettre un seul moment. £n proclamant Charlemagne empereur d'Ckîcident, la papauté institua et proclama, au nom du Dieu qui fait et défait les rois, une puissance et une suprématie nouvelles : la papauté fil son œuvre, (jui est de confirmer et de régulariser l'union du droit et du fait , celle de la lé gitimité et de la nécessité. La dénomination de pa-
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MOJ CARACTàEB DB CBT É\&NBMENT. 461
trice, prodiguée à tous les barbares par la cour de £yzaiice , et qui impliquait daus la forme une sorte de dépendaooe, était un oontre-aens lorsqu'elle a ap-
pliquait à l'homme aux mains de qui résidaient la souveraineté et la force. Charlemagne, comme son père et son aïeul Charles Martel^ était le seul roi qui pût sauver la chrétienté des païens du Nord et des infidèles du Midi; il était conquérant, législateur, civilisateur ; le vœu des peuples chrétiens demandait ( i ) que le titre fût, sur sa téte , joint à la puissance effective , et le p^ie Léon 111 le trouva juste.
Les médailles qui furent frappées en commémoration de ce grand événement représentent Charlemagne vétu de la cuirasse, la téte ceinte d'un diadème impérial, et la main gauche armée d'une lance , avec cette inscription : ISotre seigneur CliarLes empereur ^ pieux f imureuXy perpétuel , auguste. Au revers, audessous de la croix, on lit : RomCy avec cette légende : Hémuaiion (le L'empire romain (2). Le titre d'empereur était renouvelé en Occident, afin que l'Eglise eut un défenseur contre les ennemis qui menaçaient son indépendance et ses dogmes : ce ne fut donc pas un vain nom que le pape Léon III décerna à Ghar^ lemague ; en le couronnant empereur, il le proclama tuteur et défenseur de la république chrétienne et de toute l'Église , glorieuse fonction à laquelle depuis plusieurs siècles les empereurs d'Orient avaient renoncé par trahison ou par faiblesse. Ainsi le compri-
(i) On lit dans Anutase : Àh omnibus amstituiHS est imperator Bo» manontm, (%) Kmmmtw rommii impfni^
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4W C4BL0VIM6im. *— OflARLEMAfiNB. L«00
rent les peuples et les ^véques , et, aussi bien qu'eux, le grand homine entre les mains duquel était remis le sceptre d'Occident, et qui écrivait ce qui suit en téle de ses lois : « Notre-Seigneur Jésus-Christ régnant 9 à jamais, moi Charles , par la grâce et la miseri* « corde de Dieu, roi et chef du royaume des Francs^ « dévot défenseur et humble auxiliaire de la sainte jc Église de Dieu. » Ainsi fut constitué le pouvoir nouveau, qui fut appelé le SmtU'Empire , parce qu'il avait reçu de l'Église légère et la mission de réaliser le royaume de Dieu parmi les hommes. Cbarle* magne, en qui se résuma au plus haut degré dètte sainte fonction, Tut également celui qui s'y montra le plus fidèle ; et parce que plusieurs d'entre ses héritiers et ses successeurs , oublieux de Torigine de leur empire , se recherchèrent eux-mêmes, et tournèrent leur autorité contre la mère du monde chrétien, qui s'était confiée à eux dans la personne de Charlemagne, ils virent, l'un après l'autre, se détacher quelques lambeaux de leur puissance , et plus d'une fois ils furent terrassés par cette Eglise dont ils osaient méconnaître les droits. Mais au déclin du huitième siècle, dans ces grandes pompes où Gharlemagne, aprèss'étre agenouillé roi, se relevait empereur, toutes les âmes s'ouvraient à l'espérance, et une ère de paix et de bonheur semblait commencer pour l'Église et pour les peuples. Alin d'en symboliser et d'eu manifester le sens chrétien, le pape Léon III décora le pa* lais de Latran d'une mosaïque où était représenté l'apètre saint Pierre : d'une main il donnait l'étole au souverain pontife, de l'autre il confiait l'étendard à