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482 CAEL0VIN61BNS. CHARLEMAGNE. [SOS-MS
de Fanden royaume de Bourgogne qui s'étendait de
r\uxois jusqu'à la nier; l'empereur lui assignait également toute la partie de rancienue Gaule qui s'étendait depuis le cours de la Loire et les sources de la Seine jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées, à l'exception toutefois de la Séquauaise et de la Bourgogne transjurane, accordées à Charles. Nous avons déjà remarqué que dans ce célèbre partage il n'était question ni du duché de Rome, ni de Texarcha^ de Ravenne , ni du titre d'empereur.
Aux termes de Tacte de partage , si l'un des trois rois^ fils de Charlemagney venait à mourir sans enfants , les deux autres devaient avoir chacun une part égale des États de leur frère. L'auguste testateur leur recommanda la défense de l'Église, le soin et la protection de leurs sœurs : il se réserva jusqu à sa mort l'exercice de l'autorité souveraine sur l'empire et sut* tous les royaumes qu'il assignait à ses fils. S'il surve* nait quelque contestation entre les trois frères au sujet de la fixation des limites de leurs États, il ordonna, par l'article 1 4 de ce diplôme qui a été conservé, que ces difficultés, dans le cas où elles ne pourraient être décidées par des témoins ou par un jugement , ne seraient point terminées par les armes , mais par Vé* preui^e delà croix (i).
Après avoir, par cet acte ou cette charte (charta dmsionis imperii ), que de funestes événements devaient
(i) LVpreuve de la croix consistait à placer deux champions debout et les bras étendus devaut la croix d'une église , et à reconnaître comme la plus juste prétentioa celle qui était sooleoue par cdiii dont l 'immobilité duiait le plus longtempe.
MMia APPilUB M BÉMÉVIinr. 48S
rendre inutile » pourvu à la concorde dans sa famille après sa mort, Cbarlemagne quitta ThionviUe, et le
rendit 7 par la Moselle et le Rhin, à Nimègue et ensuite à Aix-la-Cbapellei tandis que ses tils, renvoyés aux extrémités de son empire , continuèrent pour lui la guerre. Les Sarrasins furent vaincus sur terre , en Navarre I par Louis, roi d'Aquitaine, et sur mer par le Gonnétid>le Bouchard , qui détruisit leur flotte près des côtes de Sardaigne. Le jeune Louis s'empara successivement de Pampelune et de Tortose.
Cependant les nations esclavonnes , tant de fois vaiQCHes , n'étaient point encore domptées : elles ne cessaient d'iofester les provinces franques dont elles avoiiinaieiitles frontières, et, malgré leursrevers, elles persistaient à refuser obéissance. L'empereur envoya contre ces barbares son fils Charles à la téte d'une armée , et ce jeune roi eut ordre de porter la guerre rhe/Jes^l2^clavons-Soral>es,qui habitaient les bords de r£lbe et de la Sala. Charles entra dans leur pays, le ravagea, tua Milidoch, leur duc, qui avait essayé de lui tenir téte ; et , pour assujettir ce territoire sous la domination des Francs, il éleva deux forteresses, l'une sur la Sala, l'autre sur l'Elbe. Cette même année (806), mourut Grimoald, duc de Béuévent, l'un des plus re* doutables et des plus opiniâtres ennemis qu'eût en Italie la puissance de Cbarlemagne.
Infidèle , il faut le dire , aux engagements qu'il avait pris en obtenant de Cbarlemagne l'investiture de son duché , Grimoald avait opposé une barrière aux envahissements de la monarchie franqua, et rétaUi , au prix des plus énergiques efforts, Tindépen-
484 CARL0VIN61SN8. —r CHABLBIIAGNB. (MSM
dance des Bénéventins. Comme il était mort sans laisser de postérité màie f ses peuples lui donnèrent un successeur étranger à sa race , et qui se montra aussi peu digne de ses exemples que de la confiance du pays.'ttncapable de continuer la lutte, ce prince consentit à traiter avec les Francs et à devenir leur vassal (8o6j.
Les Grecs n'avaient pas renoncé à l'espoir dé ramener à leur obéissance la Dalmatie et les côtes de la Yénétie (B07). Une de leurs flottes^ commandée par le patrice Nicétas , parut sur ces rivages ; et la province de V^enise n'ayant point été secourue à temps , fut occupée par les troupes de l'empereur Micéphore : cette occupation (ut de courte durée; mais Venise ayant consenti à reconnaître, au moins pour la forme, la suieraineté de l'empire grec , resta en dehors de la monarchie carlovingienne.
Cette même année, le calife Harouu-ai-Raschid, Tand et le rival de gloire de Charlemagne, lui envoya une nouvelle ambassade et dé nouveaux présents. L'empereur résidait alors à Aix-la-Chapelle. On remarqua, parmi les témoignages de la munificence et de l'afFection du calife , et indépendamment des étoffes précieuses, des baumes et des bois aromatiques, une tente et une horloge. La tente était d'une grandeur immense; l'étoffe dont elle était composée, le voile qui la couvrait, les cordons qui la retenaient, brillaient de l'éclat de l'or et des couleurs les plus vives et les plus variées. I/horloge fut Tobjet d une admiration unanime. £lie avait la forme d'un édifice dodécagone à douze portes. Les portes fermaient des niches
ma-êm FflUTBS Ml NOUD. 488
contenant chacune une petite statue représentant une des Heures. A chaque tour du cadran, on voyait s'ou- "vrir autant de portes que l'horloge sonnait d'heures , et il sortait de Fhorloge autant de statuettes qui fai* saient gravement le tour du merveilleux édifice. L'eau - donnait le mouvement à Thorloge, et les heures étaient sonnées au moyen de boules d'airain , d'un nombre égal à celui des heures , et qui tombaient avec ))ruit dans un bassin du même métal , à mesure que l'écoulement de l'eau , renfermée dans la clep« sydre, la faisait parvenir à des niveaux plus bas; le même mécanisme produisait le mouvement des 8ta« tuettes et l'ouverture des portes.
Mais déjà commençaient les pirateries des Normands ou Danois (808), qui devaient plus tard porter un coup si fatal au nouvel empire. Ces peuples barbares , conduits par leur roi Gottefried , envahirent le territoire des Abodrites (Obotrites) , alliés et tribu» taires de l'empire des Francs. Gottefried avait conclu une ligue avec les Wiltzes , situés en face de l'île de Kugen f et avec d'autres nations esclavonnes , depuis longtemps rivales des Abodrites et ennemies de Charlemagne. Gottefried obtint d'abord quelques avantages ; il mit en fuite ou lit périr quelques cbels abodrites, et assujettit deux cantons à un tribut. Au bruit de cette invasion, l'empereur, qui se trouvait alors à Aix-la-Cbapelle, envoya sur r£lbe son fils Charles avec des troupes franques et saxonnes. A l'approche de ce prince, les Danois se replièrent dans Je nord, avec les dépouilles qu'ils avaient ravies à leurs ennemis. Le jeune Charles jeta un pont sur l'Elbe^ et fit
4êê CABLOVmCinB. — QlUtLBIlAOllE.
passer son aimée sur le territoire des Linons et des teeldin^es^ autres peuplades slavdndes qui s'ë-
taieot rangées du côté de Gotiefried. Ce derttiét', contiduant sa retraite^ aborda au pori de Sieswick et s'y rétranèba pour défendre la frotidère des DAnois, voisine de la Saxe ; il borda d'un rempart toute la rive septentrionale de TËider, laissant qu'uné porte dont il se réserva la garde. Sur txê ëntrefiltlës , Ëardulfe, roi des Nordiumbres^ chassé de la Bretagnë par ses sujets , vint trouver l'empélreilir à Niiiièguey et se rendit ensuite auprès du pape LëOii III , sollicitant leur appui et leur médiation pour remonter sur sùû trône. Par les soins du pape et de TeiUpeireury ce prifibs Sai réconcilié avec son peuple.
Charlemagne, entrevoyant que le principal danger qui menaçait son empire était chez les Nef mAndft et les Danois , fit construire de nouveaux forts dans la vallée de TËlbe, et établit à Tembouchure des principaux fleuves des flottes ou des escadres chargées d'interdire aux pirates septentrionaux les côtes de l'em^Hre. 11 institua dans ce but une milice, une sorte d'inscription maritime qui était or^niiiée en réserve , et dont tous les hommes libres et valides taisaient |Mrtie. « Si les hommes de ûonditidu libré, dit un capitulaire ^ qui habitent sur leS côtes , négligent de marcher au secours après le signal qui leur en sera donné y ils payeront par tète vingt sous de composition , moitié au prinee , moidé au canton dont le territoire aura été infesté. »
L'année suivante ( 809 ) , les Sarrasins d'Afrique tirent une descente dans Tile de Sardaigne : en même
êHMm QUESTION RELI61BUSE8. 487
temps les Sarrasins d'Espagne, s'introduisaiil le jour de Pâques dans Tile dé Corse , y mirent tout à feu et à sang, ils y revinrent en 81 3; niais, en se retirant, ils tombèrent dans une embuscade que leur avait dressée Ermangaire , comte d*Àmpurias , près de la ville actuelle de Perpignan. Le comte leur enleva huit vaisseaux j dans lesquels étaient entassés plus de cinq cents malheureux captifs. Les Sarrasins, pour se venger, allèrent dévaster les environs de Nice en Provence, et ceux de Centocelle (aujourd'hui Gvita-Veochia). Tant qu'Haroun-al-lVaschid avait vécu , lés relations d'amitié qu'il entretenait avec les Francs n'avaient pas permis aux Sarrasins, d'Afrique, qui reconnaissaient sa puissance, d*insulter les c6tes ou les lies, de l'empire carlovingien ; mais à sa mort, arrivée en 809 , et pendant la guerre élevée pour sa succ^ion entre ses enfants, les Sarrasins d'Afrique ne gardèrent plus de ménagement , et dès lors Charlemagne eut à repousser, au midi , des ennemis non moins implacables et non moins dangerenx que les pirates normands et les païens delà Baltique. A ces symptômes et à ces 4uttes , on pouvait déjà pressentir le commencement du déclin de l'empire.
11 s'éleva alors, dans la Gaule franquë, une dispute théologique touchant la procession du Saint-Esprit. * \je premier concile de Constantinople, tenu contre les ariens et les macédoniens, avait ajouté au symbole de INicéequele Saint-Esprit procède du Père, mais sans décider qu'il procédait f'galcnieutdu Fils. Au cinquième et sixième siècle, les Ëglisesd'Espagne, connaissant à ce sujet le twntiment de l'Église romaine, avaient ajouté
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488 CAHL0VING1Ë^S. — CUAHLIvIlAGKË. im-m
ausymlïole deNioée et de GonstantiDople ces mots : et
DU Fijus i^qui ex Pâtre Filioque pvocedil ). La ioi mule de foi que saint Grégoire de Tours a placée en tète de son livre, et où ce dogme est expressément rappelé, prouve que de SOI) temps telle ^tail aussi la doctrine des Gaules. Sous Cliarlemagne la question fiit de nouveau • agitée , à la suite d'une discussion soulevée par un moine de Jérusalem , nommé Jean , et qui partageait une opinion contraire à l'opinion universellement admise. Cbarlemaji;ne la soumit à l'examen d'un concile tenu à Aix-la-Chapelle, puis il déclara que Rome devait être consultée; et il envoya auprès de Léon Ifl Bernaire, cvé(jue de Worms, et Adhalard , abbé de Gorbie , les cbai^eant de connaître le sentiment du pape dans une question aussi grave. Les délégués de l'empereur furent reçus par le souverain pontife, et lui firent part de la difficulté qui s'était élevée : le pape leur fit connaître qu*il était si persuadé que le sentiment des Eglises de la Gaule et de l'Espagne était juste, et qu'il était de foi que le Saint-Esprit procédait du Père et du Fils , qu'il séparerait de la communion quiconque oserait soutenir le contraire. Sur leur demande, il leur répondit encore qu'ils étaient obligés d'instruire les peuples selon cette doctrine. Les envoyés de Charlemagne lui dirent en substance : « Dans plusieurs de nos églises on chante le symbole de ConstaïUinople avec l'addition du mot Filioque, qui exprime nettement le dogme ; il y en a quelques autres où cette addition n'a pas été faite. Trouvez-vous (|u il \ ait des inconvénients à l'aire clianter partout le symbole avec celte addition? » Le pape leur déclara
ma-êmj décision du pape. 489
qu'il ne fallait rien innover; (|iie le second concile général u avait point mis (*e mot dans la i'ormulei et que le' concile de Chalcédoine et les autres ayant expressément défendu de rien ajouter aux formules de foiy il fallait s*en tenir à ce qu'ils avaient prescrit, et effacer l'addition dans les Missels des églises où elle avait élé introduite. A (elle réponse ils opposèrent cette objection : que les peuples pourraient se tromper sur le véritable sens de ce retranchement, et admettre <|ue la créance de ri4;lise était contraire au doj^me tel que l'indiquait le mot FilitMjue. Le pape consentit alors à ce qu'on s'abstint d'effacer cette addition; mais il déclaraqu'il fallait s'abstenir delà faire entendre lorsqu'on chanterait le symbole : puis , pour montrer le respect qu'il avait pour les conciles généraux , et en particulier sur ce point-là^ il lit laire deux tables d'argent , et par son ordre on grava le symbole en grec sur l'une , en latin sur l'autre, sans l'addition Filioquey et on les plaça dans la basilique de Saint-L^ierre auprès du tombeau de cet apôtre. Nonobstant cette détermination , les Églises de la Gaule fran(|ue et de l'Espagne demeurèrent dans leur praticjue. Enfin , tout le monde sait que, vers le onzième siècle, l'Eglise romaine elle-même se conforma sur ce; point à leur usage , et que plus tard le dogme fut proclamé authentiquement dans le concile de Florence. La prudence et la réserve doiil le vénérable Léon 111 avait fait preuve en celte occasion importante n'ont pas besoin d'être justifiées. Indépendannnent des motifs <jue le paj)C fit valoir aux envoyés de (*harlemai];ne , 1 histoire de TEglise allesie également que liéou 111 ,
490 CARLOVlHiilÈ^S. GftAllLBMAGlIE. tl^b
qui faisait alors les ettbrts les plus grands polir rattacher les Grecs à l'Église de Rome, voulait étiter soigneusement de leur fournir, siins une liëeessité absolue, un nouveau prétexte de résistance et de dispute.
L'annëe suivante (8 lo), Aiiréole, coitite delà Marche d'Espagne, étant mort, l'émir Amoroz, lieutenant dés califes de Gordoue , envahit cette provinoë, qui dépendait de l'empire des Francs : son but n'était pas de servir T ambition des califes , mais de se créer et de conquérir pour lui-même un pètit État,indépendant de la suprématie des Ommiades, et qu'il demandait à placer sous la suzeraineté de Charlemagne. Cette tentative donna lieu à des négociations et à des {knirparlers; mais enfin les Francs rentrèrent de vive force en possession de la Marche d'£spagne, et mirent fin à l'usurpation de Fémir. En ce temps-là ^ Huesca et Saragosse, dont le territoire comprenait une partie de r Aragon , échappèrent à la suzeraineté des Francs, et furent replacées sous ta domination des Maures : d*un autre coté, Pampelune et la Navarre, Barcelone et la Catalogne continuèrent de reconnaître l'autorité des Francs.
Depuis quatre ans on ne voyait plus figurer, dans les luttes soutenues sur les deux versants des Pyrénées, le nom si célèbre de Guillaume au Court-Nez, le premier d'entre les seigneurs aquitains dont l'épée et les talents secondaient les entreprises du roi Louis , fils de Chai lemagiie. Le duc Ciuillaume avait sollicité et obtenu de l'empereur la permission de renoncer au commandement militaire des armées d'Aquitaine,
pour aller vivre datls la retraité et embrasser la vie monastique. Une vâliëe des Cévenilto , ëtiroite et profonde, dominée par dfe hautes montagnes, sillonnée de ravins couverts de bois, lui parut un lieu propre pour fonder le monastère où il dësii*ait se «consacrer à Dieu. Ce monastère, qui, du nom de la vallée, se nomma le monastère de Gélone, fat d'abord peuplé par une colonie de moines tirés du célèbre monastère d'Âniane. Avant d'y entrer, Guillaume alla faire une dernière visite à son empereur, qtii lui témqigna tout le regret qu'il éprouvait de perdre ses services.
Guillaume , en revenant de Seplimanie , passa par firioude et s'arrêta dans l'antique basilique de Saint- Julien, où il offrit à Dieu son casque, son épée et son bouclier. Le bouclier figurait encore au douzième siéde dans le trésor de Tabbaye , et attestait , par sa dimension et par Son poids , la taille et la force de celui qui lavait, porté.
Guillaume, entré dans le monastère de Gélone , se soumit, conune les autres rtioines , aux soins les plus humbles, aux occupations les plus viles eu apparence, et aux travaux qui Semblaient destinés aux esclaves. Un légendaire contemporain raconte avec (motion (ju il a vu souvent dans la plaine d'Aniane , au temps de la moisson , à Theure de midi , Fillustre vainqueur des Sarrasins aller et venir parmi les moissonneurs du monastère , conduisant un âne portant un vase rempli de vin qu'il présentait tour à tour à chacun d'eux , aiin que le travailleur (atigué se désaltérât el pût supporter plus facilement Tardente chaleur. Tandis que les armes des Francs étaient occupées à refouler les Sarra-
40S * CÀRLOVlMOlKlfB* — UUBL8I|461IB. tm
sins au delà de TÈbre, et à protéger les frontières de l'empire sur l'£lbe, le long du Danube^ en Dalmatiei dans TAdriatique, près du Vultunie, Tempereur se trouvant à Aix-la-Chapelle, où il venait de perdre sa fille ainëe, apprit qu^une flotte de deux, cents vaisseaux normands avait paru sur les côtes des Frisons, et qu'après avoir exercé de grands ravages , les barbares avaient imposé un tribut à cette province franque. Cette nouvellecausa à Gbarlemagne une vive douleur; elle parut d'ailleurs faire une diversion à ses chagrins domestiques > et rendre au vieux guerrier toute l'énergie que la douleur avait un instant abattue. <c II envoya de tous côtés, dit Ëginhard , ses messagers pour rassembleir son armée, et il quitta son palais pour marcher contre ces Norniands débarqués; mais quand il eut passé le Rhin il fut forcé d'attendre, à Lippeheim, ses troupes qui n'étaient pas encore rassemblées. » Lorsqu'il les eut enfin réunies, il les conduisit au camp qu'il avait tracé au confluent de l'Aller et du Wéser. C'est là qu'il reçut successivement avis que la Hotte danoise était repartie en emportant, outre le butin, cent livres d'argmit du tribut imposé aux Frisons ; que le roi Gottefried avait été assassiné par un de ses gardes; qu'un château important, Hobhuoki, qu'il avait bâti sur l'Ëlbe, avait été pris par les Wiltzes, et son lieutenant fait prisonnier ; qu'enfin son second fils Pépin, roi. d'Italie, était mort le 8 juillet à Milan. La douleur qiielui causa ce cruel événement Itii ôta la force de continuer ses préparatifs de guerre. Il revint à Aix-la-Chapelle, oii il reçut, au mois d'octobre, des oflres de paix du roi des Danois/ Hemmiug, neveu
Ml] V1BILLB86E D£ CHARLBMÀGMK. 493
et successeur de Gottefried) , conclut un traité avec ses voisins, sans leur demander aucune réparation pour les injures qu'il en avait reçues^
Gharlemagne visita ensuite les côtes de son vaste empire , et mit sa marine sur le pied le plus formidaUe ; U couvrait de ses flottes FOcëan depuis TOder jusqu'à l'Adour^ et la Méditerranée depuis i'Ëbre jusqu'au Vultume. Ces précautions n'empêchèrent pas les Normands de paraître encore sur les côtes , et l'empereur, qui se trouvait alors dans une ville de la ]\arbonnaise, aperçut de loin leurs vaisseaux allongés. A cétte vue, Gharlemagne quitta la table où il prenait un repas, et, s étant accoudé sur une fenêtre^ versa d'abondantes larmes. Puis, se tournant vers les seigneurs qui l'entouraient, il leur dit : « Savez-vous , ô « mes ûdèles , pourquoi je pleure si amèrement? Cercc tes, je ne crains pas que ces hommes puissent me « nuire par leurs pirateries; mais je ni'afïlige prof'on- « dément de ce que , moi vivant, ils aient été sur le «c point de toucher cette côte ; et je suis tourmenté « d'une violente douleur, quand je prévois de quels « maux ils accableront mes enfants et mes peuples. »
Gharlemagne convoqua, selon la coutume, rassemblée générale de la nation des Francs : elle se tint à Aix-la-Chapelle (Bii). L'empereur leva trois armées, qu'il envoya sur trois points différents : l'une^ au delà de r£lbe, pour réprimer nouveau les Esclavous- Lînous , voisins des Abodrites ; l'autre, en Pannomie , pour apaiser des troubles qui s'étaient élevés entre les Esclavous et les Huns; la tn)isième entra chez les Bretons, afin de châtier leurs rébellions et de les re-
494 CARLQVINGISN^. — C^^mAGNS. (MS
placer sous le joug. Cette mène imnée, Teiiipereiir,
déjà privé de son fils Pépin, perdit encore son fils Charles y qui mo^riit le 4 décembre t à peine âgé de trente'oetif ans. Son courage et ses talents militiûres l'avaient rendu cher à rempire et à son père. Vers le même tefftps on apprit la fi^ort de Pepi^-l^iiossuy ce fi)s rebelle qui vivait 4^uis bient6t quiqae aps coqrnié daqs un cloître. De tous les héritiers de Char le» magne y il ne restait que Louis, roi d'Aquitaine, prince pieux et bon , mais dépourvu de cette énergie et de cette autorité morale qui appelleqt la confiance des peuples et font les grands rois.
Charlemagne, frappé de tant de coups (8ia), s'humilia devant Dieu, et demanda des consolations 4 celui qui seul console, en montrapt ie çid et la gloire éternelle pour prix des souffrances endurées ici-bas. Le senti ment desa mi^ioQ royale le soutenait d'ailleurs au milieu de ses épreuves et malgré le poids de l'âge. A aucune épu(jue de son règne il ne publia de plus sages capituifiires destinés à détruire les abus et à protéger le pauvre contre l'oppresseur. Un travail inaperçu à la surface , mais (pie 1 empereur suivait avec inquiétude , semblait se faire sourdement dans la société. Les grands et les vassaux ne supportaient ({□'avec impatience leurs devoirs réciproques ; de regrettables rivalités se produisaient entre les seigneurs et les comtes ; les magistrats abusaient de l'autorité pour amasser des trésors ; partout on assistait à l'usurpation des gens de guerre et aux misères qui pesaient sur les provinces ; les nations rattachées à l'empire par la terreur et par le glaive attendaient avec ardeur une
Sia] ÉVÉNEMENTS EN ORIENT. 495
occaflioD favorable pour secouer la supréofuitie des
FVancs et rompre la grande unité carlovingienne. Cbariemagoe ne négligeait rien pour répondre auJ^ besoins de cette situation difficile et pour assurer le gouvernement de ses États. C^harles , son fils aîné , n'avait point laissé d'enfants; mais Pépin , le second, avait un fils nommé Bernard. Charlemagne donna la couronne d Italie à cet eniant, et il Tenvoya eu Lombardieavec Wala, son parent, qu'il chargea d^ la tutelle du jeune roi.
Charlemagne jugea nécessaire d'assurer aussi la paix sur toutes ses frontières, à une époque où le poids de l'âge et des infirmités commençait à lui annoncer le terme de sa vie. De nouvelles révolntions avaient agité Ck>nstantinople« Nicéphore avait été tué dans un combat contre les Bulgares le 25 juillet 8i i , et une partie de Tarmée grecque avait été massacrée. Staurace, fils de Nicéphore, était parvenu à se sauver, malgré ses blessures. On le reconnut «mpereur; mais Michel, surnommé Hainbage et curopalate , le supplanta, et le força à embrasser la vie monasticfue.
A peine Michel rut-il monté sur le Imne d'Orient, <{u'il envoya des ambassadeurs à Charlemagne pour lui annoncer son avènement à Tempire , le reconnaître connue empereur d'Occident, et régler de nouveau les limites de leurs États. Charlemagne accueillit avec plaiûr les propositions du nouvel empereur, et il fut convenu cjue Rome, toute 1 Italie jusqu'au delà de fiénévent, Tlstrie et une portion de la Croatie, appartiendraient à l'empire d'Occident , et que la Ca* labre, une partie de la cote de l'Italie méridionale ,
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