‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 5 sur 32 · BATAILLE D AMBLKF · texte numérisé non relu

BATAILLE D AMBLKF

proie. Cependant Cologne , ou commandait Plec-

triide, résista courageusement aux eilorts réunis des Neustriens et des FrisonSf et le siège durait encore aux approches de Tbiver. Ce ne fut qu'alors que Piectrude leur proposa de se racheter, et la ville avec elle, au prix d'une assez notable part des trésor» que lui avait légués Pépin : cet arrangement fut accepté, et les deux armées se retirèrent chargées de dé« pouiUes.

Charles Martel n'étaif point resté inactif: à la léte de nouvelles forces levées eu Austrasie , il se mit à harceler les Frisons et les Neustriens dans leur double mouveuient de retraite; puis, ayant brusquement cessé de poursuivre Radbode, il se jeta sur les Neustriens, et les surprit au moment où ils traversaient l'immense forêt charbonnière (les Ardennes).

L'armée de Ghilpéric et de Rainfroi s'était arrêtée non loin de 1 ahhaye de Stavcio , près d'une ferme royale bâtie sur une colline au pied de laquelle coulait la petite rivière d*Amblef: c'était une position assez forte, oii Ton pouvait se défendre; mais les Neuslrieus, pleins d'une fausse sécurité et croyant avoir nus une grande distance entre eux et leurs ennemis , avaient négligé toutes les précautions en usage à la gncrn*, et se livraient inconsidérément au sommeil et à la débauche. Charles les observait de près , sans être aperçu, et cherchait à tirer parti de leur imprévoyance. Pendant qu'il était livré à ses occupations , ini soldai se présenta à hii, et s'offrit de pénétrer dans le camp neusti ieu comme déserteur et transfuge « d'y répandre l'alarme, et d'y faire naître, par cette

76 GAUL£ FRAr«QUE. — MÉBOVINGIENS. 1716-717

manœuvre, une confusion et un désordre qui favoriseraient merveilleusement l'attaque de Tarmée austrasienne. Charles hésitait ; mais le soldat prit sur lui de remplir la mission volontaire dont il avait offert de se chai^r, et tout réussit au gré de ses promesses. Subitement averti de la présence des Austrasiens et du danger qui les enveloppait, les Neustriens furent saisis de terreur, et songèrent moins au combat qu'à la fuite. Charles n*eut donc qu'à apparaître soudainement au milieu de ses ennemis, pour les disperser et en faire un immense carnage. Cette bataille, connue dans l'histoire sous le nom de combat d'Amblef, fut le signal d'une situation nouvelle, d'un changement inoui dans les affaires. L'Austrasie, d*abord vaincue et dëcouratçée, se vit tout k coup victorieuse et forte ; la Neustriefut envahie, et livrée aux ravages du vainqueur; le maire du palais et Chilpéric se trouvèrent rejetés sur Cambrai avec les débris de leurs forces.

Cependant, grâce à l'énergie de Rainfroi et àTopiniâlre persévérance du roi mérovingien , il y eut un temps d'arrêt dans l'invasion austrasienne , et tout se disposa pour une nouvelle bataille plus décisive encore que le combat d'Amblef. Cliarles Martel étant maître de Cambrai , y fut attaqué par l'armée neustrienne aux ordres de Chilpéric et de Rainfroi : comme à la journé de Testry, si fatale à l'indépendance neustrienne, on commença de part et d'autre par des propositions pacifiques.

Charles Martel offrit la paix à la condition que toutes choses fussent rétablies telles qu'elles étaient au temps de Pepiu, et qu'on lui rendît l'autorité dont son père

7I6JI71 KàTAILLB DB TmCT. 77

était investi dans les deux royaumes d'Austrasie et deNeustrie. Qu'eût-il exigé de plus étant vainqueur? Chilpëric rejeta ces étranges propositions, et déclara que la paix ne serait accordée à Charles qu'autant qu'il se soumettrait , poserait les armes, et restituerait aux rois mérovingiens FAustrasie, dont il avait usurpé le gouvernement. Des deux côtés on ne songea plus qutk combattre, et cette fois il ne s'agissait plus que de savoir à qui , de la INeustrie ou de TÂustrasie , appartiendrait la souveraineté dans l'empire des Francs.

La bataille s'engagea le dimanche mars 717, à Vincy , non loin de Cambrai. Ce jour-là, selon l'expression du maire Rainfroi , on en appela « au juge^ « ment de DieUj afin que la puissance du Seigneur « décidât à qui appartiendrait la nation des Francs. » L'armée austrasienne , disent les chroniques ( Annal, Melt)j était la moins nombreuse, mais elle se composait tout entière d'hommes éprouvés à la guerre. L armée neustrienne, ajoutent-elles, était innombrable, mais entremêlée de peuple commun ( vulgari commixta plehe). On voit évidemment, d'après ce passage , (jue les seigneurs austrasiens et leurs anstrustious composaient l'armée de Charles Martel, tandis que le peuple, sans distinction d'origine gauloise ou franque, combattait pour la nationalité neustrienne, sous les drapeaux de Chilpéric. Jamais les deux races n'avaient lutté entre elles avec tant d'obstination et de fureur. De part et d'autre on versa tant de sang , que cette destruction d'hommes fit oublier tout ce que les légendes des derniers siècles racontaient de

78 CAULB niAlHHnB. HÉAOVIIIGIEIIS. (7lt.7l7

débris de rarmée neustrienne furent rejetés sous les murs de Paris , suivis de près par l'armée de Charles Martel. Or, pour le moment , le chef des Austrasiens ne s'avança pas plus loin sur le territoire ennemi. Tandis que Rainfroi préparait tout pour disputer le passage de la Seine , les leudes de Charles , enrichis de pillage et de dépouilles, contraignirent leur chef à retourner en Austrasie : ils étaient impatients de jouir des fruits de leur victoire, et leur départ donna aux Neustriens le temps de respirer. Charles mit cette espèce de trêve à profit pour se diriger sur Cologne , s'en rendre maître, et s'emparer de ceux des trésors de Pépin dont Plectrude ne s'était point encore dessaisie. La même année, il se fit proclamer duc d' Austrasie; et bien que, chef de cette contrée au même titre que sou père Pépin d'Héristal , il eut le scrupule inattendu de faire reconnaître, en qualité de roi, un prétendu prince mérovingien qu*îl fit sortir on ne sait de quelle retraite, et qu'il décora du titre et du nom de Qotaire IV. Depuis bientôt un demi-siècle, les chefs de faction, en Neustrie et en Austrasie, avaient recours au même expédient; et quand ils avaient besoin d'un nom pour éblouir les peuples , ils tiraient de l'exil ou des cloîtres des Mérovin-, giens inconnus et oubliés , auxquels on fabriquait des généalogies imaginaires , et qui, de la race de Clovis, n'avaient peut-être que la longue barbe et les longs cheveux. Quoi qu'il en soit , ces manœuvres , si elles ont pu induire en erreur les contemporains et l'histoire, n'en attestaient pas moins le respect reli-

ÎIMMl fiOUVBRNEMBNT DE CHARLES MARTRL. 79

gieux dont les Francs peraislaient à entourer la dj»

uastie iiiërovingienne et ses droits antiques.

L'année suhrante (7 1 S), Charles oonduisit les Austrasiens contre les Saxons , et désola par le fer et le feu tout le territoire que ces barbares occupaient à Touest du Wéser, entre la Frise orientale et la Hesse. Pendant qu'il était absorbé par les soins de cette campagne, le roi de Neustrie etle maire du palais se mirent en devoir de recommencer la guerre. Cette fois encore ils appelèrent à leur aide laventiu^eux Kadbode , duc des Frisons; puii ils eurent recours à l'intervention et à l'alliance du célèbre laudes, duc des Wascons et souverain d'Aquitaine, et, pour mieux le rattacher à leur cause, ils consentirent enfin à reconnaître son indépendance et à lui envoyer les ornements royaux. Eudes n'eut garde de rejeter ces avances : bien que menacé d'un grand péril par la prochaine invasion des barbares du Midi , déjà maîtres de l'Espagne , il n'hésita pas à envoyer une armée d'Aquitains du c6té du nord, au secours du roi Chilpéric : malheureusement pour ce dernier, son infatigable allié Radbode vint à mourir, et cet événement déteriuina les Frisons à s'abstenir de toute coopération armée en faveur de la Neustrie.

Eudes et Chilpéric se trouvèrent donc seuls contre Charles Bfartel, et la guerre recommença très-active* ment entre la Neustrie et l'Austrasie. Les deux rois se dirigèrent sur Reims ; mais à peine arrivaient-ils en vue de cette cité, que déjà Charles Martel et ses troupes campaient devant la ville et s'apprêtaient à combattre. Eudes et Chilpéric ne s'attendaient pas à rencontrer

RO GÀULB FR4HQCB. IIÉII0VI!f6l81f6. f71t.fi»

si promptement renoemi; leurs dispositions n'étaient point encore prises pour une bataille , et, au lieu d'avancer, ils jugèrent prudent de se replier , et d'aller prendre en arrière de meilleures positions : ce mouvement rétrograde découragea les Neustriens et leurs che&. Les Austrasiens saisirent cet instant de confusion pour commencer l'attaque, et ne rencontrèrent que des ennemis démoralisés et à demi vaincus. De poste en poste , de ville en ville, Charles Martel les rejeta sur Paris, sur Orléans, et bientôt après sur les contins de l'Aquitaine. Toutefois il ne poursuivit pas sa marche victorieuse au delà de la Loire, et il souffrit, sans y mettre obstacle, que Chilpéric se réfugiât auprès du roi d'Aquitaine, laissant derrière lui laiNçustrie vaincue et envahie par les Austrasiens. Ainsi ' sepassa Tbiver (7i9-7iko).

Digiiized by GoOglc

Page 1