‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 6 sur 32 · NEUSTRIE · texte numérisé non relu

NEUSTRIE

IT fiOORQOQIi.

Gaii.pjnic-DAiiiiL, Ml.

IBUBET DB CBBLUi« roi,

CHAUB MâmnL , ime dm Hrmitê cm— 741).

Dans cet intervalle mourut le prétendu Clotaire IV , ce raotème de roi que Charles Martel avait mis à la téte de TAustrasie. Le chef des Francs hésita à donner un successeur à ce prince inconnu^ puis il se déter* mina à se faire livrer Ghilpérie-Daniel par le roi d'Ac|uitaine y bien convaincu que s*il tenait captif et réduit à llmpuissaiice le prince mérovingien » il pourrait aisément donner à sa propre autorité les apparences du droit. Il envoya donc des ambassadeurs au roi d'Aquitaine, avec mission de le contraindre à remettre en leurs mains Chilpéric vaincu et fugitif. A ce prix, il consentait à son tour à ne plus contester la souveraineté dont Eudes se trouvait investi en Was> conie et en Aquitaine. Après quelques retards, Eudes jugea qu'il était plus ràr de désarmer Charles que d'entrer en lutte avec lui. Il ne craignit pas de se déshonorer en livrant au duc d' Austrasie l'infortuné Chilpéric, son allié et son hôte; et en récompense de cette T. m. •

AUSTRM.

raAMf llA|flL.Af6i

AÛUlTAiliS.

82 G\ULE FRANQUE. MÉROVINGIENS. [720

' trahison il obtint la paix. Rel^é à Noyon, plus prisonnier que roi y Chilpéric-Daniel ne tarda pas à mourir, cDn<H>l^ p^u^étr^^ dans sa misère, par cette

pensée qu'il avait du inoins soustrait son nom à la liste des rois fainéants (720). Comme il ne laissait point de fils, Charles se rappela qu'il existait encore ' un enlant héritier de Dagobert III, et qui vivait renfermé au monastère de Ghelles : on le tira de ce cloître, et on le proclama chef et monarque de tous les royaumes francs, sous le nom de Thierry IV. Ce fut un instrument de plus remis entre les mains du duc d'Austrasie, et dont la seule onction dut consister à légaliser, au moyen de la sanction royale , les actes publics et Tadministration de Charles Martel , seul et véritable maître de la monarchie. Après quelques luttes qui mirent de nouveau en évidence l'énergie et les talents de Hainfroi, ce personnage fut réduit à renoncer au titre de maire du palais de Neustrie, et Charles Martel le dédommagea en lui accordant Je titre et les droits de comte d'Anjou.

L'époque dont nous esquisscms le tableau historique est l'une des plus glorieuses et en même temps l'une des plus inconnues de nos annales. Les monuments manquent pour la plupart, et il ne nous reste que des chroniques arides et incomplètes , plus semblables à une nomenclature de chapitres qu'à une bis» toire réelle. C'est à l'aide de ces jalons que nous parvenons à découvrir ce qu'eut de sublime le rôle c|ue joua la nation des Francs sous le gouvernement de Charles Martel.

Cette nation remplissait alors une grande mission

im nmiim m rauic» som giiailbs maeibu. 83

en luttant contre les barbares du Nord et du Midi, dont la double invasion noienaçait d'engloutir aous dat ruines le monde chrétien.

Au nord el à l'oriant, toutas les nalions germaniques autrefois tributaires des Francs avaient secoué le joug, et menaçaientd'une dangereuse invasion les campagnes d'Austrasie : les Saxons, les Frisons, les Alamans , les Suèves et les Bavarois inondaient les frontières et débordaient de toutes parts, comme, trois siècles auparavant, avaient fait les Vandales, les Goths, les bourguignons , les Huns, et les Francs eux-mêmes. Ces derniers maintenant sauvaient TOccident d'une destruction totale, et luttaient h la fois contre le paganisme et les bfirbares. Charles Martel, toujours armé , toujours cuirassé de fer et la hache au poing, multipliait $es eflbrts à la téte de ses vieux Francs ; il apparaissait prompt comme la foudre sur tous les

points menacés par l'ennemi, et la victoire demeurait toi^ours fidèle à ses drapeaui^ : six fois il pénétra dans 1^ pays des Saxons. Ces immenses contrées teutoniques paraissaient le réservoir du paganisme septentrional; leurs babitapts avaient donné asile à tous les sectateurs des faux dieux; et si fort était leur féroce at^cbein^ilt à la liberté, qu'il éUkit plus facile de les exterminer que de les soumettre. Les Francs, sous la condi^t^^ rbéroïque lils de Pépin, livrèrent souvent le pay$ des Saxops à la dévastation et aux flammes, mais ils ne purent réussir qu'à retarder le flot de leurs invasions : la religion chréMenne, en pénétrant dans ces déserts du Nord, devait seule préserver la civilisation renaissante des tépèbre$ de la barbarie.

84 GAULE . FRANQUE. — MÉROYINGIENS. - [790

La situation de la Gaule t'ranque était d'ailleurs affaiblie par des rivalités et des divisions territoriales. Après avoir dominé près de deux siècles, la Neustrie subissait à regret la suprématie des tribus austrasiennes, et la lutte de ces deux peuples privait Tempire des Francs d'une partie de ses forces. La Bourgogne, fortement constituée par le régime municipal romain , ne dépendait que de nom des rois de Neustrie, et se suffisait pour ainsi dire à elle-même. L'Aquitaine reconnaissait un duc indépendant. Quant aux provinces situées au nord et à l'orient du Rhin , elles se déshabituaient peu à peu de la dépendance des ducs d'Austrasie; toujours envahies par les barbares et étrangères aux lumières du christianisme, elles étaient plutôt germaines que franques.

Charles Martel continua son œuvre, qui était de refouler les barbares, et de mettre hors de toute atteinte la suprématie des Francs sur les nations occidentales. 11 entra avec ses leudes sur les terres des Suéves , triompha de ces peuples et les replaça sons le joug. Poursuivant sa route jusqu'au Danube, il pénétra chez les Bavarois, soumit leurs provinces à d'affreuses dévastations , et contraignit leur duc Odilon à reconnaître la puissance souveraine des Francs, et à lui donner Soùnéchilde , sa nièce , pour otage et pour femme. Après ces expéditions aventureuses , il tourna ses armes contre les Frisons, et entreprit de les châtier de leurs dernières révoltes. Radbode étant mort, c'était maintenant à Popou qu'obéissaient ces barbares, et ce jeune chef exaltait avec enthousiasme leurs dispositions à l'indépendance. Charles Martel,

imjmi Lw MAUiun en bspagme. 85

au lieu de les attaquer par la frontière de terre qu'ils gardaient avec smn, envoya contre eux une flotte. Lne armée franque aborda sur leurs cotes; ou se battit sur les bords de la rivière de Bude, et le duc des Frisons perdit à la fois la victoire et la vie : avec lui succomba son peuple. Dès ce moment, la Frise fut réduite à l'état de province franque , et n'eut d'autres chefs que ceux qu'il plut aux souverains de TAustrasie de lui octroyer. Or les Saxons, si souvent vaincus, ne furent pas complètement soumis. Charles Martel a avait point de troupes réglées ; ses soldats ne consentaient à le suivre chaque année que pendant une saison fort courte ; il ne pouvait laisser aucune garnison chez les vaincus ni occuper leurs forteresses , et avec une organisation militaire si défectueuse il se trouvait hors d'état d'obtenir des succès durables (720-730).

De graves événements allaient d'ailleurs surgir, et menacer, du c6té des Pyrénées, la Gaule et le monde catholique. La grande monarchie des Wisigoths, après trois siècles de durée, venait d'être renversée en Es- [)agne par les Sarrasins, peuples mahométans qui dominaient sur les rivages de l'Afrique. Le dernier roi wisigoth, le malbeiureux Roderic (Rodrigues), avait vu Tune des factions qui déchiraient son royaume ouvrir les portes de r£spagne à l'invasion des barbares du Midi. D'après un autre récit dont l'authenticité n'est point démontrée, le comte Julien, l'un des principaux seigneurs espagnols, voulant venger un outrage fait à sa fille par Roderic, avait introduit les Maures dans les provinces wisigothes. Le vieux roi

86 GAULB FAAIIQUB. — MÉKOVIIICIKMS. IW»

essaya vainement de conjurer l'orage ; la balaiUe de Xérès lui ènleva la couronne et la irie : l'Espagne entière, à l'exception d'une poignée de généreux chrétienâ qui fondèrent un ii>yaume dans les tnontagneâ

de la Galice, sous la conduite de Pelage, fut soumise aux musulnuitis, et le Croissant, signe de Mahomet y remplaça le vieux lâbaHlin de Jësiis*Christ.

L'Espagne subjuguée, la Gaule se trouvait maintenant sur le cheltiin de Tislâmisme, et d'tm jour à l'autre on s'attendait à voir les Sarrasins franchir la barrière des Pyrénées. La Gaule leur était d'ailleurs incontiue; ils së bdrnaiont à la désigner sous le nom de Fraùdjat, qu'ils avaient fait du mot latin Fratwia^ pays des Francs ; et ils confondaient tous les peuples qui l'habitaient sous le noni de Frandi ( Kfrandj ) , sans établir la moindre distinction entre les races celtique , ibérienne , teutonique ou wisigothe. En peu de temps ils se trouvèrent niaitres des défilés des montagnes, et ce Alt vers Tan 719 qu'ils commencèrent à faire irruption dans les cantons de la ScpUuianie, et jusque sous les mm^ de Narbonne. Ces premières inavasions des Arabes dans le midi de la Gaule répandirent chez les peuples cli rétien s une terreur profonde, dont la trace s'est perpétuée jusqu'à nous par les traditions locales et les légendes. La Provence, la Wasconie, la Septimanie, l'Aquitaine, menacées par Tennemi commun, ne se trouvaient pas en mesure de résister isolément , et on les vit se grouper en quelque sorte sous le commandement du roi Eudes pour tenir téte au gcncralissimc inahoinétan Kl-Haurben-Abd-el-Rahman : c'était un chef habile et intré-

TaO-TSOJ INVASION DES MAURES DANS LE MIDI. 87

pide, avide de vengeances et de pillage, et dont le seul nom répandait au loin la terreur.

Or, en 719, comme nous venons de le mentionner, £lrUaur-ben-Abd-el-Rhaman se rendit maître de I^arbonne, et en fit le chef-lieu de la domination arabe dans le midi de la Gaule. Les chroniques d'Anlane et de Hoissac, qui rapportent le même fait, Tattribuent au lieutenant des califes El-Samah (Zama), et affirment que les hommes furent massacres , tandis que les fbmmes et les enfimts furent emmenés captifs en Espagne. Ces circonstauces sont loin d'être étabhes, et la première version nous parait la seule adniissil^le. El-Haur n'en livra pas moins au pilla<;e les églises de JNarbonne, et ce fut à cette époque que les mabométans raviretitdans Tune de ces pieuses basiliques les sept statues d'argent si souvent célébrées, comme une conquête merveilleuse, dans les traditions des Arabes de l'Andalousie.

Deux ans plus tard, en 721 , El-Haur fut déposé et renvoyé en Espagne , en punition de son avarice : alors seulement on le remplaça, dans le couunandement des Sarrâsins de la Gaule , par Ël-Samah dont nous venons de parler, et que les chroniciues ont popularisé sous le nom de Zama. L'ambition religieuse et guerrière de ce chef se tourna vers la conquête de la Gaule : il fit , dans ce but, de longs et de nombreux préparatifs; puis, au lieu d'attaquer et de prendre l'une après l'autre les villes que les Wisigotlis possédaient encore en Septimauie, il tourna ses armes contre Eudes, et s'avança par la vallée de l'Aude vers les frontières de T Aquitaine méridionale. On croil qu en

chemin il se rendit maître de Carcaasonne ; mais il

est certain que, gagnant de là la vallée de la Gar ronne , il vint avec toutes ses forces mettre le siège devant Toulouse. Les légendes à demi fabuleuses de cette époque évaluent son armée à quatre ou cinq cent mille combattants : des témoignages moins suspects et plus judicieux nous permettent de réduire ce chifl&e à soixante mille, et encore nous semble-t-il exagéré.

£udes se hâta de rassend^ler des troupes en Aquitaine, et il accourut au secours de Toulouse, la capitale. 11 était temps , car, malgré la vaillante résistance des assiégés, la ville allait succomber. A là nouvelle de l'arrivée des armées de Wasconie et d'Aquitaine, Ël-Samah se porta au-devant d'elles, et la bataille s'engagea près de Toulouse , dans un lieu que les traditions arabes désignent sous le nom d'Ël- Balat, et qui parait être l'ancienne chaussée romaine qui de Toulouse s'étendait jusqu'à Carcassonne. « Ne craignez point la multitude que voici, dit £1-Sa- <x mah à ses troupes; si Dieu est avec nous, qui sera

contre nous (i)?» Eudes, de son côté, pour exalter la confiance des chrétiens , leur fit distribuer les parcelles de quelques reliques , et ce fut ainsi que dans les deux camps on en appela aux croyances des deux peuples. La victoire fut courageusement disputée de part et d'autre. On ignore à qui appartint l'avantage du nombre ; mais enfin les chrétiens prévalurent,

! i) Cx>nde, Hutor, de ladomuuKion de hs Arabes en Eiptiiirt, tom. F%

wnq bàtàills o'bl-aalàt. 89

et taillèrent en pièces l'année musulmane. £1-Samali

berent avec lui, et parmi eux il s'en trouvait beaucoup qui avaient déjà lutté contre les chrétiens dans la déplorable journée où avait été vaincu le roi Rodrigue. Selon les légendes gallo-franques, trois cent 8oixante-<iuinze mille Sarrasins trouvèrent la mort devant Toulouse, et il n'y eut que quelques hommes tués dans les rangs de l'armée chrétienne. Lu réduisant au dixième de ce nombre, c'est-à-dire à trente ou quarante mille hommes le chilTre des pertes de l'armée musulmane, on aura déjà une évaluation assez forte. Quoi qu'il en soit, la perte des Sarrasins fut immense. Les historiens arabes ne donnent pas le compte de leurs morts, ou, comme ils disent, de leurs martyrs ; niais ils dépeignent le désastre des armes mahométanes en termes si expressifs et si sombres , que leur récit est une confirmation complète de la gloire des vainqueurs. Cliez les chroniqueurs arabes, le jour de la bataille de Toulouse ou d'£l-fialat-Chonda ( la Chaussée des Martyrs) est noté comme un jour funèbre; aucun d'eux n'y fait allusion sans le signaler par quelque épithète lamentable; ils semblent affirmer que l'armée des Sarrasins périt tout entière; et ou voit dans les traditions des Maures que, quatre siècles après cette journée, la défaite d'El-Samah était encore chez eux le sujet d'une commémoration solennelle. Il parait certain que bon nombre d'Arabes échappèrent au carnage,' et que les débris de leur armée furent rejetés sur Narbonne, où Ël-Samah avait laissé garnison, l^eu de jours après , (iarcas-

90 GAUL£ FRAMQUB. MÉROVINGISNS. pae-TiO

sonne tomba au pouvoir des chrétiens, et les divers cantons de la Septimailie qui avaient momentanément subi la dbmination des Stirmids ie soulevàralt contre ces oppresseurs. La ville de INarbonne demeura seule en leurs mAids (i).

Eudes ne sut pas profiter de sa victoire, puis que, au lieu de refouler les Maures au delà des Pyrénées, il souffirit qu'ils se maintinssent à Narbodnë et y orgâ^nisassent de nouvelles bandessous la conduite d'Abdel-RahmanH9l-Gafeki ^ l'un des pltis vaillants hoounes de leur nation : c est celui que les chroni(|ues chré* tiennes désignent sous le nom d'Abdéramei que nous lui laisserons pour nous conformer aux habitudes dè riiistoire.

Âbdérame fit parvenir à Ck)rdoue la nouvelle du

désastre de Toulouse , et appela les Sarrasins d'Espagne au secours de leurs irères de Septimanie. Cet appel ne demeura pas stérile ; des hordes arabes fiireni dirigées eu toute liâte du côté de ^iarbonne, et leur présence permit à Abdérame de replacer la Sepû* manie sous la domination musulmane : toutefois , il fallut deux ans de luttes et de guerres pour arriver à ce résultat. Au lieu de récompenser Abdérame de cette conquête ) on lui enleva ie commandement de la Septimanie, et le Maure Anbèssa; gouverneur

(i) La plupart des historiens, induits eu erreur par PobBcurité des chroniques, ont confondu b imtaille de Toulouse avec ht batailla da Pbîtiers , plus célèbre encore , et dont il sera question ci-après. CTest

surtout dans les légendes arabes que celte confusion est évidente. Dans plusieurs récits espagnols les deux «-ombats sont désignés ious le même nom, BaUU'cl'Choada (la Cliaussee des» Martyrs ).

m-m raoMÉi ds l'invoioii. 01

général de l'Espagne , vint le remplacer dans la Gaule méridionale , iTec minion de soumettre ce pays à rautorité des califes (7^5).

Anbessa entra dans la Gaule a^ec une armée immense ; il se rendit maître de Carcassonne èt du territoire qui s'étend des (Jévennes à la Méditerranée » des bords deTÂude à ceux du Rhène : Béaiers, Agde, Maguelone, Lodève, Nîmes, et peut-être lizès, envoyèrent leur soumission et durent fournir des otages. An* bessa pénétra ensuite dans les montagnes du Rouergue, et s'empara de Rodez : les légendes l'ont connaître ({u'ii en fut chassé pâr Eudes, duc de Wasconib ët roi d'Aquitaine. Les cbronicjues aral)es disent que ters le même temps Ânbessa franchit le Rhône ayet; son armée, et qxiaii delà dé ce ftemmils souffrit le nuirijre poui' l'islatnisnie. Cette expression très-vague indique qu'ayant entrepris de soumettre la Provence à la loi de Mahomet , il fut vaincu par les chrétiens et mortellement blessé dans la bataille. Vers le même temps (^7>5), des troubles ayant éclaté en Espagne, r attention des Maures se concentra dans ce royaume, et là Gàule méridionale jouit de quelque répit.

Versran72(j, 1 Abdérame des clironiques franques fut nonuné mli de la péninsule espagnole, et les Arabes reprirent, sous ses ordres, le cours de leurs expéditions aventureuses. A cette époque, la Septimanie appartenait aux musulmans, et formait la sixième province de leur monarchie en Europe; c'était pgur eux comme une position avancée, d'où ils épiaient l'occasion et le moment de pénétrer sur le territoire de la Gaule. Le mU ou gouverneur arabe résidait à

92 GAULE FIUNOUB. ^ MÉROVIIIGIBIIS. 17^730

Narbonne; les autres villes de la Septimanie continuèrent d*étre administrées par des comtes goths et gallo-romains, ce qui indique que le territoire conquis était demeuré eu possession de ses lois civiles^ et sans doute de ses ^lises. Les Arabes se bornèrent , à ce qu'il parait , à interdire au clergé de la Septimanie toutes relations avec les églises de la Gaule et de ritalie ; on ignore s'ils maintinrent les évéques sur leurs sièges.

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émue y elle ignorait sans doute de quel danger elle était menacée. L^Aquitaine, laWasconie^la Provence, ne se laissaient point aller à cette fausse sécurité. Mais £udesy duc ou roi de ces contrées, ue se trouvait guère en mesure de les protéger efficacement : exposé aux attaques de Charles Martel, et redoutant les Francs du nord plus encore que les Sarrasins, c'était de ce côté qu'il faisait peser ses forces principales; et il espérait que les Arabes, divisés entre eux et préoccupés de leurs guerres civiles , ajourneraient de quelques années encore 1 invasion de l'Aquitaine et des provinces wascones. Vers le même temps, ainsi qu'on Ta vu plus haut, Charles Martel , souverain de TAustrasie et de la Bourgogne, et chef de la Neustrie sous le titre modeste de maire du palais, luttait victorieusement contre les nations germaniques tributaires des Francs orientaux, et étendait la terreur de son nom par delà les bords du Wéser et du Danube (720-730).

Or, ]orsqu'après avoir vaincu les Alamans et les Suèves il eut mis fin , pour (jueique temps , aux ré-

m-m CHftlILlS 81 DI8P06K A l«T«VIWit. 03

Toltes des Germains contre les Francs ^ toute son attention se porta vers le midi, et il se demanda si

aucun prétexte ne s'offrirait à lui de soumettre à son obéiflsanoe cette Gaule méridionale qui formait Tapa* nage du roi d'Aquitaine : quant à la Septimanie , la reprendre sur les musulmans était une tentative aussi politique que glorieuse ; et comme il avait à se faire pardonner beaucoup de spoliations et d'injustices commises au détriment des Églises de ses États septentrionaux, il entrevoyait, comme une occasion de gloire et de puissance , les éventualités qui allaient appeler ses armes dans le Midi.

En 73 1 , l'armée franque , aux ordres de Charles Martel , se disposa à franchir la Loire. Dans cet in* tervalle le roi Eudes, attaqué et vaincu par les mahométansy s était vu réduit à acheter la paix en donnant en mariage sa fille chrétienne au chef des Sarrasins; plus tard, cette malheureuse [princesse liit envoyée captive au sérail du calife de Bagdad. Telle est la version la plus accréditée; mais elle a été racontée d'une manière différente par de sérieux historiens. Ces derniers, appuyés sur l'autorité d^Isidore de Béjà, attestent que ce fut Ollunan-Abi-lNessà ou Munuz, de race berbère, deux fois chef de l'Ëspagne , deux fois déposé, qui, pour se créer des appuis favorables à ses vues ambitieuses, entra en négociation avec Ëudes d'Aquitaine, etsollicita son alliance contre les dominateurs de race sarrasiue. Le duc avait mie fille d'inie rare beauté , nommée Lampagie ; Othman en devint éperdument amoureux, cl l'obtint de son père. Ce mariage impie dut avec raison soulever l'indignation des na-

9i ùàMtM nuxQui. — HÉEOvraoïnw. pn-ni

lions chrétieanes ; mais il serait injuste de dire , avec la plupart des chroniqueurs firanos, que le chef de la Wasconie et de T Aquitaine ouvrit lui-même les barrières de |a Gaule aux conquérants sarrasins et à leur chef Abdërame, Fimplacable ennemi d'Othman-Abi-Nessft. Nous ne tarderons pas à voir Eudes luttant lui-même avec une- courageuse énergie contre l'invasion des Maures : si donc il s'était allié à Othman , ce pacte ne l'engageait qu'à soutenir les prétentions des Berbères contre les Arabes à T égard de TEspagne, dont les deux races et leurs chefs se disputaient la possession. Quoi qu'il en soit, c'était en invoquant leur Dieu, et non en le désertant, que les chrétiens devaient s'atTrancbir. En l'an 7)1 , Abdérame entre» prit de châtier son ennemi Othman-Abi-Nessà, le gendre d'Eudes , et on le vit tourner ses armes contre ce chef berbère. Othman eut à peine le temps de s'enfiiir dans les montagnes avec sa chère Lampagie. Comme il se trouvait avec elle dans une retraite sauvage des Pyrénées , il fut surpris par les soldats d' Abdérame, et 9 pour ne point tomber vivant entre leurs mains, il se précipita au miUeu des rochers. Ce fîit à la suite de celte catastrophe que la belle Lampagie , conduite devant, Abdérame , fut envoyée , par ordre de ce général dans le sérail asiatique du chef des croyants.

Vers le mois d'avril de l'année suivante, Abdérame

entreprit de nouveau la conquête de la Gaule, et déboucha dans les plaines de la Wasconie par la vallée de la Bîdouze : son armée était formidable par le nombre, et se copiposait d'Arabes, de Berbères et de

m-mi aiTAiLMs de piMTUtiift. 95

contingents africains, \uciine résistance w retarda sa marche dans les Pyrénées; mais un écrivain arabe affirme que le roi Eudes , qu'il appelle le comte de la frontière^ disputa vaillamment aux S^rrasips le sol de la Wasconie, les battit en plusieurs rencontres t etfut lui-même vaincu et rejeté sur bordeaux. Sou^ les murs de cette ville il subit une nouvelle défaite plus désastreuse que les autres, et les Maures se rendirent maîtres de Bordeaux, qu'ils livrèrent aux plus horribles dévastations. Les vainqueurs se portèrent ensuite du côté du nord y désolant partout le paya, et ne laissant derrière eux qu*un désert couvert de ruines. Les villes fortes leur opposaient seules quelque résistance. Eudes voulut en vain disputer aux Sarrasins le passage de la Dordogne ; son armée fut taillée en piècesi et les débris, qu'il parvint difficilement è rallier, opérèrent leur retraite vers la Loire. Sur ces entrefaites Abdérame , ne trouvant aucune résistance , envabit et ravagea le Périgord , TAugoumois, la Saintonge et le Poitou, réduisant les peuples en esclavage, massacrant les prêtres, et brûlant les villes et les églises.

Jusqu'à ce moment Abdérame n'avait fait la guerre (|u*en dévastateur , et sans avoir d autre plan que le désir du pillage ; mais lorsqu'il eut appris que la ville de Tours renfermait une célèbre abbave dont le trésor éuit renommé dans toute la Gaule, il résolut de s'en emparer , et se dirigea à marches forcées vers la Loire . En passant, il pilla et livra aux flammes la fameuse église deSaint-Hilaire, située dans l'un, des faubourgs de Poitiers. Coni^nc il approchait de Tours , il apprit

96 GAULE FRâHODS. — MÉIlOVflIGIBNS. {7n.792

que rarmée des Francs, ayant à sa téte le redoutable duc d'Âustrasie , marchait à sa rencontre et venait lui barrer le chemin. Ne voulant pas l'attendre et appréhendant une surprise , U renonça à se rendre maître de Tours et de Fabbaye de Saint-Martin , et il ordonna à son armée de se replier vers la vallée delà Vienne.

L'arrivée des Francs et de Charles Martel avait enfin été provoquée par les prières du roi d'Aquitaine : Eudes, bien qu'il dût se défier de Charles Martel , Tavait sommé de venir en aide à la foi chrétienne. Le chef des Francs ne songea plus qu'au salut de la Gaule, et marcha rapidement à la téte des Âustrasiens contre le généralissime des Maures. Abdérame campait non loin des murs de Poitiers (i). Les Francs et les Aquitains lui présentèrent la bataille un samedi du mois d'octobre ji^, jour consacré au culte de la Mère de Dieu. La victoire fut longtemps disputée. « Les chrétiens, dit le chroniqueur wisigoth, « résistaient aux coups comme des murs, et reste talent debout comme des zones de glace. » L'immense supériorité numérique des Arabes faillit plusieurs fois remporter sur la force et le courage des chrétiens. £n yain la hache des Francs répandait-elle des flots de sang , Âbdérame remplaçait les troupes vaincues ou fatiguées par des réserves pleines d'ardeur, et les chances de la guerre restaient égales. A la fui , Eudes ayaul réussi à s'emparer du camp des

(i) Entre la Vienne et le Clain. Il est bon d'observer que les histo». riens arabes disent que la bataille l'ut livrée firès de Tours.

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