‹ Histoire de FranceChapitre 10 sur 192 · LES FILLES D'HONNEUR · texte numérisé non relu

LES FILLES D'HONNEUR

trouvoit madame de Navailles, ne voulant pas se conduire par ses seules lumières , elle alla consulter un homme pieux et savant, qui lui dit qu elle étoit obligée de perdre tous ses établissements plutôt que de manquer à son devoir par aucune complaisance criminelle. Je la vis dans ces circonstances, continue madame de Motteville, je fus témoin de son trouble et de son inquiétude. Ce ne fut pas sans répandre une grande abondance de larmes , et sans souffrir l'agonie où la met toit la cruelle alternative de tout perdre ou de manquer à son devoir, qu'elle se résolut de suivre le conseil le plus dangereux pour ce monde (i). » Une fois déterminée, elle n'hésita plus , et, sans écouter aucune considération humaine, elle fit fermer par des grilles de fer toutes les issues qui pouvoient laisser au roi des entrées clandestines dans l'appartement des filles d'honneur. »

Ce ne furent là que de faibles obstacles, et, la surintendance des demoiselles d'honneur ayant été enlevée à Madame de Navailles, la passion de Louis XIV ne trouva guère de censeur. Ainsi, ce roi d'un cœur si haut, et plus coupable par cela même , commençait à donner à ses peuples l'exemple d'un scandale public, d'une inconduite qui , à force de braver le blâme , s'érigeait aux yeux du monde en situation régulière et convenue. Il avait puisé dans les traditions de son . aïeul Henri IV le mépris de la chasteté et l'oubli des devoirs conjugaux. Ni les douces vertus, ni la piété modeste de la reine , ni les leçons que sa mère avait

(l) Mémoires de madame de Motteville,

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