‹ Histoire de FranceChapitre 11 sur 192 · X. XIV · texte numérisé non relu

X. XIV

34 MONARCHIE FRANÇAISE. — LOUIS XIV. (<tt!

gravées dans son cœur ne pouvaient le retenir sur la pente fatale des voluptés; et, comme le remords aurait pu troubler ses plaisirs , il prenait à tâche de se dérober au remords en faisant parade de ses faiblesses. Pouvait-on attendre de la cour qu elle n'irait pas audevant de la pensée du roi en saluant de ses adulations et de ses complaisances ces crimes que la relifc gion flétrit avec une égale sévérité dans le maître et dans l'esclave?

Le liom de M"' de La Vallière rappelle à la postérité le souvenir de fautes que sœur Louise de la Miséricorde (1) expia saintement, mais ne fit point oublier. Elle était demoiselled honneur de Madame, belle- sœur de Louis XIV ; la passion qu'elle inspira au roi commença peu de temps après la mort de Mazarin et fut d'abord entourée de mystère ; pendant deux ou trois ans mademoiselle de La Vallièredevint l'objet caché de toutes les fêtes qui se donnaient à la cour, soit chez la reine , soit chez Madame. Ces divertissements , ces ballets , embellis par la pompe royale , par la richesse et l'élégance des costumes, étaient mêlés d'intermèdes pour lesquels les poètes du temps composaient des devises , des madrigaux , des allégories , où perçaient toujours des allusions qu'une seule personne pouvait encore interpréter (2). Le fameux carrousel de 166a,

(1) C'est le nom que mademoiselle de La Vallière repentante prit en entrant aux Carmélites.

(2 ■ Mademoiselle de La Vallière étoit aimabte, et sa beauté avoit « de grands agréments par l'éclat de la blancheur et de l'incarnat de ■ sou teint , par le bleu de ses \eux qui avoient beaucoup de douceur, • et par la beauté de ses cbeveux argentés, qui augroentoit celle de

«66lj MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE. 35

qui eut lieu devant le château des Tuileries, dans une enceinte aujourd'hui fort élargie, fut un hommage du rot à mademoiselle de La Vallière. Deux ans

son visage. » Choisy applique à l'ensemble de sa personne ce vers : Et la grâce, plus belle eocor que la beauté.

Ajoutons ici quelques faits, d'ailleurs bien connus, et qui servent à compléter l'histoire.

Madame Henriette, belle-sœur de Louis XIV, disait . qu'elle ne concevoit pas que le roi pût choisir en lieu si bas et qu'il se ravalât dans de telles amours; » mais plus l'opposition était vive, plus le monarque redoublait d'attentions, et un jour mademoiselle de La Vallière parut avec un collier de perle» et des boucles d'oreilles en diamant qu'elle avait reçus de la main même du roi. Quand la passion fut ainsi déclarée, mademoiselle de La Vallière eut bientôt son parti en cour ; elle devint le point de mire de deux intrigues : l'une qui se rattachait à elle, l'autre qui s'opposait à sa faveur. La jeune fille, paraissant compreudre le rôle qu'elle allait jouer, cachait de l'ambition sous sa simplicité , un peu de ruse dans sa douceur, et l'on vit bientôt tout ce qu'elle pouvait quand elle déjoua les démarches du marquis de Vardes , qui avait dénoncé à la reine les petites infidélités de son époux. Louis XIV frappa de l'exil grands et petits ; il déclara à la reine « qu'il ne vouloit pas être gêné. » Mademoiselle de La Vallière demeura donc en pleine possession de toute la faveur du roi, mais elle trouvait des moqueries et des sarcasmes tout autour d'elle , dans les antichambres de Madame, si bien que, pour échapper à ces railleries , mademoiselle de La Vallière , moins par dévotion ascétique que par le sentiment de sa fierté blessée , se retira en toute hâte au monastère de Chaillot. Là elle pouvait essayer sa puissance sur le cœur du roi : si ce prince l'abandonnait , eh bien! alors elle échappait à une position de cour qui n'était pas tenable; si au contraire l'amour du roi était aussi vif que profond, il éclaterait par des démonstrations passionnées. Tels étaient les petits calculs que faisaient les amis de mademoiselle de La Vallière en conseillant à la jeune fille la retraite au couvent de Chaillot. Les monastères étaient alors un lieu d'asile et de repos ; on n'avait pas besoin d'y prendre le voile pour y trouver protection dans les dépits et les douleurs de la vie. Le roi apprit, dans une audience qu'il donnait à l'envoyé du doge de Gênes , la fuite de sa maîtresse; ses traite se décomposèrent; impatient d'attendre ses carrosses , il monta à cheval et se rendit tout seul au couvent de Chaillot : il demanda mademoiselle de

après, Louis XIV, cherchant toujours à lui plaire, la fit assister aux splendides fêtes de V ersailles , dont la magnificence ne fut jamais surpassée. Cependant La Vallière, honteuse de ses faiblesses, luttait contre son propre cœur et redoutait d'en triompher. Se réfugiaitelle généreusement chez les Bénédictines de Saint- Cloud ; demandait-elle un asile aux filles de Sainte- Marie de Chaillot , le roi , sûr de sa puissance et entouré de ses soldats, faisait ouvrir ces saintes retraites et menaçait de livrer aux flammes les couvents qui lui déroberaient plus longtemps la déplorable complice de ses égarements, tl faisait plus : foulant aux pieds la vérité, comme si elle pouvait obéir à la force, il déclarait légitimes, et comme tels princes du sang, les tristes fruitsde l'adultère royal. Pour La Vallière, qui n'avait que trop accepté la dégradante faveur de la cour, elle n'usait point avec orgueil et dureté de son empire sur le roi ; mais , quand madame de Sévigné put dire d'elle : « Cette petite violette qui se cachait

La Vallière et Pente va d'autorité. La jeune fille n'embrassa pas la croix pour trouver une protection contre ses faiblesses : son amour était trop vif pour qu'elle résistât ; elle suivit donc le roi , qui la conduisit luimême chez Madame. « Vous prendrez soin de cette personne, lui dit le roi , elle m'est plus chère que ma vie. — Vous me donnez là un bel emploi, Sire, reprit Madame; je ferai ce que Votre Majesté m'ordonne. • Madame insista avec ironie pour faire comprendre quel emploi mademoiselle de La Vallière était destinée à occuper. Depuis ce moment la passion de Louis XIV devint impétueuse : la reine-mère voulut lui faire des remontrances; il lui répondit sèchement, et en présence de toute la cour, « qu'on avoit bonne grâce de prêcher la vertu quand on étoit sur le retour. » I*a reine- infante se contenta de lui dire avec beaucoup de douceur : « En vérité , Sire , vous n'êtes guère maitre de vos passions. — Si je ne le suis pas de mes passions , je le serai de ceux qui me feront pièce. » Mademoiselle de La Vallière fut créée duchesse.

Page 1