LES FILLES D'HONNEUR
lier, ilauroiteu également le talent des fêtes, des plaisirs et de la séduction ( i). »
Il y avait à la cour, selon l'usage introduit par Catherine de Médicis, un assez grand nombre de filles d'honneur, dont la beauté servait tantôt d'ornement à l'entouragede Leurs Majestés, tantôt d'attrait séducteur à l'aide duquel on enchaînait autour du prince quel ques jeunes gentilshommes de la plus haute noblesse du royaume. Cet essaim de jeunes filles était sous la garde de la duchesse de Navailles , dame d'honneur de la reine. Dans ce poste fort délicat , la vigilance de la duchesse avait sans cesse à lutter contre les ruses des seigneurs, et, par malheur, elle n'était pas toujours aidée de la volonté ferme et persévérante de celles-là mêmes dont il fallait proléger la vertu. « Madame de Navailles , dit madame de Motteville, s'alarma de quelques démarches qui marquoient de la part du roi un dessein formé de s'introduire dans son bercail. Elle lui en parla comme une chrétienne et une honnête femme. D'abord il ne montra pas d'avoir ces petites harangues désagréables, ensuite il en parut mal satisfait, mais ce fut d'une manière si polie, qu'elle ne crut pas devoir craindre sa colère. Mais enfin le désir de la victoire, et le dépit que l'opposition fait naître dans l'âme des hommes, et particulièrement des souverains, se firent fortement sentir dans le cœur du roi. 11 insinua à la duchesse de INavailles qu'elle s'exposait au péril de lui déplaire, et lui fit défendre par Letellier de se mêler de la conduite des filles de la
(x) Mémoires de Saint-Simon.
reine. On lui proposa même, par son ordre, plusieurs manières de s'accommoder aux volontés du roi avec quelques honnêtes apparences. Elle répondit au ministre que ce ne seroit pas satisfaire à ses obligations que de cesser de faire son devoir, et que, tant qu'il plairoit à Sa Majesté de lui laisser sa charge, elle en feroit la fonction le mieux qu'il lui seroit possible.
« Le Roi alors se fâcha tout de bon, et lui dit qu'elle de voit craindre ce qu'il pouvoit faire contre elle , et se retenir de lui désobéir par la considération de ses propres intérêts. « J'y ai bien songé , Sire, répondit- « elle ; je vois tous les malheurs que la perte de vos « bonnes grâces peut me causer ; c'est de Votre Ma- « j est v que mon mari et moi tenons toute notre consi- « dération et notre fortune, 1 ui la lieutenance des che- « vau-légers et le gouvernement du Havre, moi la « place de dame d'honneur. Votre Majesté peut nous « les ôter ; mais cette privation ne peut changer la « résolution que j'ai prise de satisfaire au devoir de « ma conscience. Je vous en conjure, Sire, ( ajouta- « t-elleen se jetant à ses pieds); cherchez ailleurs « dans la maison de la reine, qui est la vôtre, les objets « de vos plaisirs et de vos inclinations. » Le roi gronda et fut chagrin ; mais, le lendemain , madame de Navailles étant dans la chambre de la reine-mère , il s'approcha d'elle, et lui tendit la main d'un air doux et favorable, comme s'il lui eût demandé la paix (i). » Par malheur cette bonne résolution dura peu et les tentatives du roi recommencèrent. « Dans les perplexités où se
(0 Mémoires de madame de Motteville, t. V.