‹ Histoire de FranceChapitre 100 sur 192 · LE MARIAGE DE LAUZUN · texte numérisé non relu

LE MARIAGE DE LAUZUN

ne s'arrête pas trop longtemps au récit de pareilles aventures; on les laisse dans le passé pour ce quelles sont.

Lauzun , frustré dans ses espérances , osa proférer des plaintes et s'en prit à madame de Montespan; c'était-elle, en effet, qui avait fait rompre le mariage sollicité par mademoiselle de Montpensier. Lauzun fut arrêté , par ordre du roi , et envoyé à la citadelle de Pignerol, où il resta dix ans, près de Fouquet, dont

tout le monde alors avait oublié le nom.

yeux comme si on y était. - Ce qui s'appelle , dit-elle , tomber du haut des nues, c'est ce qui arriva hier au soir aux Tuileries mais il faut reprendre les choses de plus haut. Vous êtes à la joie, aux transports, aux ravissements de la princesse et de son bienheureux amant. Ce fut donc lundi que la chose fut déclarée , comme je vous l'ai mandé. Le mardi se passa à parler, à s'étonner, à complimenter ; le mercredi , Mademoiselle lit une donation à M. de Lauzun , aiin qu'il eût les titres et les ornements nécessaires pour être nommé dans le contrat de mariage, qui fut fait le même jour. Elle lui donna donc, en attendant mieux, quatre duchés. Le premier, c'est le comté d'Eu , la première pairie de France , et qui donne le premier rang ; le duché de Montpensier, dont il porta le nom hier toute la journée ; le duché de Chàtellerault, le comté de Saint-Far geau : tout cela estimé vingt-deux millions. Le contrat fut dressé ensuite, et il y prit le nom de Montpensier.

« Le jeudi matin , qui étoit hier, Mademoiselle espéra que le roi signeroit le contrat , comme il l'avoit dit ; mais , sur les sept heures du soir, la reine , Monsieur et plusieurs princes tirent entendre à Sa Majesté que cette affaire faisoit tort à sa réputation ; en sorte qu'après avoir fait venir Mademoiselle et M. de Lauzun il leur déclara devant M. le Prince qu'il leur défendoit absolument de songer à ce mariage. M. de Lauzun reçut cette défense avec tout le respect , toute la soumission , toute la fermeté et tout le désespoir que méritoit une si grande chute. Pour Mademoiselle, suivant son humeur, elle éclata en pleurs, en cris, en douleurs violentes, en plaintes excessives. Voilà , continue madame de Sévigné , un beau sujet de roman ou de tragédie , mais surtout un beau sujet de raisonner et de parler éternellement. C'est ce que nous faisons jour et nuit, soir et matin , sans fin , sans cesse ; nous espérons que vous on ferez autant. »

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Cependant la duchesse d'Orléans , belle-sœur de Louis XI V, avait pour coutume de contrarier les amours du roi. Adroite, spirituelle, fort peu scrupuleuse, digne sœurdeCharles II, Henriette cherchait à dominer le roi, mais elle ne pouvait réussir à distraire ce prince de sa prédilection pour madame de Montespan. Elle aurait bienvoulu, à toutévénement, agrandirson rôleen exerçant sur Philippe d'Orléans, son mari , une influence exclusive ; mais le frère de Louis XIV , une copie de Gaston, était tout entier livré aux conseils du chevalier de Lorraine , favori méprisable, méchant homme et courtisan aussi habile que spirituel. Pour débarrasser la cour de ce favori qui se livrait à de fâcheuses intrigues, Louis XIV le fit emprisonner. Le duc d'Orléans montra beaucoup d'irritation en apprenant la disgrâce du chevalier de Lorraine , et le roi , pour apaiser son frère, commua l'emprisonnement du favori en un simple ordre d'exil. Monsieur (on donnait ce nom au duc d'Orléans) revint à la cour, et garda au fond du cœur à sa femme, Henriette d'Angleterre, une rancune fort vive ; il lui attribuait, en effet , et peut-être avec raispn , le traitement fait au chevalier de Lorraine. Encore une fois , nous ne mentionnons ces misérables conflits que parce qu'ils se rattachent à des incidents plus dignes de l'histoire.

La paix récemment conclue avec l'Espagne donnait du loisir aux jeunes officiers; depuis vingt-trois ans les Turcs travaillaient à se rendre maîtres de Candie , et il fallait tenter contre eux une sorte de croisade destinée à protéger cette ile chrétienne , si célèbre dans les temps héroïques. Avec la permission de Louis XIV,

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le duc de La Feuillade , qui avait contribué à battre les Turcs à Saint-Gothard , fit un appel à ses amis en faveur des Vénitiens, assiégés dans Candie parce même grand-vizir qu'il avait vaincu en Hongrie. Ainsi La Feuillade continuait la gloire autrefois acquise au siège de Rhodes par Antoine d'Aubusson , l'un de ses ancêtres. Deux cents jeunes gentilshommes et quatre cents soldats volontaires répondirent à cet appel. Les familles les plus distinguées n'hésitèrent pas à fournir leur contingent à cette guerre aventureuse : les Sévigné , les Lamothe-Fénelon , les Darapierre , les Lusignan, les Bellefond, les Longueville , un Vendôme, à peine âgé dequinzeans, s'embarquèrent avec La Feuillade, et, passant à travers la flotte turque, vinrent porter au brave Morosini , doge de Venise , et à ses frères d'armes , assiégés comme lui dans les murs de Candie, un secours héroïque, mais insuffisant.

Vers le même temps (1668) le Dauphin entra dans sa huitième année, le Ier novembre; le roi lui donna pour gouverneur un des hommes les plus probes et les plus honorables de sa cour, le comte de Montausier, qui avait, durant les guerres civiles, maintenu dans la paix et l'obéissance aux loisl'Angoumois et la Saintonge, dont il était gouverneur. Le célèbre Bossuet, récemment nommé à l'évêché de Condom, en récompense de ses talents, de son mérite, de la conversion de Turenne, et de toutes celles qu'il avait opérées précédemment dans le diocèse de Metz , fut chargé, comme précepteur, del'éducation du Dauphin; mais cet élève, objet de tant de soins et de tant d'espérances, ne contribua pointa la gloire de son maître.

Tandis que de généreux aventuriers versaient leur sang, sur les rivages delà Crète, en combattant les infidèles, la Pologne donnait un successeur à Jean- Casimir, qui, après la mort de sa femme, Anne-Marie de Gonzague, avait abdiqué la royauté et venait d'embrasser l'état ecclésiastique ; les ducs d'Enghien , de Lorraine et de INeubourg, furent les candidats des divers partis électoraux à Varsovie. Un redoutable compétiteur, le czar Alexis, avait aussi brigué cette couronne d'épines, à la tête de quatre-vingt mille Russes. Louis XIV, peu soucieux d'accroître l'influence des maisons de Condé et de Lorraine, s'abstint d'intervenir d'une manière active dans l'élection du* roi de Pologne. Grâce à l'inaction du gouvernement français, le parti national, à Varsovie, mù par un sentiment de répulsion pour les candidatures étrangères, proclama un grand nom, porté par un homme médiocre, Michel Koribut Wieçnowieçki, du sang des Jagellons. Quand on le salua du titre de roi, il crut être l'objet d'une dérision, et ne prit sa royauté au sérieux que pour la prosterner aux pieds de l'étranger, dont la nation polonaise, par ce même choix , avait voulu écarter l'influence. Après l'élection de Michel , Jean-Casimir vint à Paris et résida à Saint-Germain des Prés, échangeant ainsi le sceptre contre la crosse abbatiale.

Cependant la lutte opiniâtre des chrétiens de Candie se prolongeait encore. La Feuillade et ses compagnons d'armes, le vieux Morosini et les Vénitiens, réduits à la dernière extrémité, ne pouvaient plus tenir tête à toutes les forces de l'empire otto

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