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LE MARIAGE DE LAUZUN

testait que le sentiment du bien n'était pas absolument éteint , et le remords préparait le repentir. La cour avait donc beau se laisser aller à de déplorables exemples , elle n'osait s'affranchir des liens religieux ; elle se serait fait horreur à elle-même en oubliant les sentiers du temple. Aussi, quand arrivaient ces temps périodiques où l'Église convie ses enfants à faire pénitence, on se rendait aux autels, on allait écouter la parole de Bourdaloue, on lavait encore par coutume les pieds des pauvres , et l'on regagnait ses foyers en emportant avec soi quelques bonnes résolutions et beaucoup de crainte.

Nous avons, à plusieurs reprises, parlé de Lauzun. Ce gentilhomme , qui avait eu de modestes commencements, était l'homme le plus important de la cour. Il essayait sa puissance de séduction non-seulement sur les favorites du roi:, mais surtout auprès de Mademoiselle , fille de Gaston d'Orléans , cousine de Louis XIV et duchesse de Montpensier. Cette princesse, qui avait joué un rôle sous la Fronde, était alors (1669) âgée de quarante-deux ans, et s'était éprise d'une ridicule passion pour le beau courtisan dont l'insolence égalait la fortune. Louis XIV consentit à leur mariage et rétracta presque sur-le-champ sa parole; de là des émotions de ruelle, des caquetages de salon, des dépits, des stupéfactions et des plaintes qui, mieux que l'ambition de l'Espagne et les intrigues de l'Angleterre, préoccupaient les chroniqueurs du règne et les nouvellistes des petits-levers royaux. L'histoire n'a guère gagné à ces incidents, alors si graves, qu'une charmante lettre de madame de Sévigné; elle est aux

mains de tout le monde (0 et appartient à la chronique plus encore qu'à l'histoire. Lorsqu'on écrit, non pour amuser les oisifs, mais pour enseigner, on

(1) « Je m'en vais vous mander, écrit-elle à M. de Coulanges, bel-esprit du temps , fameux par ses jolies chansons , « je m'en vais vous mander la chose la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante , la plus étourdissante , la plus inouïe , la plus singulière , la plus extraordinaire , la plus incroyable , la plus imprévue , la plus grande , la plus petite , la plus rare , la plus commune , la plus éclatante , la plus secrète jusqu'aujourd'hui , la plus brillante , la plus digne d'envie. Une chose que nous ne saurions croire à Paris, comment le croiriez-vous en province ? Une chose qui se fera dimanche , où ceux qui la verront n'en croiront pas leurs yeux ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis vous la dire, devinez-la. »

Après quelques plaisanteries de société elle continue : « Hé bien , il faut donc vous la dire. M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre... devinez qui! Je vous le donne en quatre, je vous le donne en six , je vous le donne en cent. Voilà , dit madame de Coulanges , qui est bien difficile à deviner ! C'est madamede La Vallière. — Point dutout, Madame. — C'est donc mademoiselle de Retz? — Point du tout. Vous êtes bien provinciale. — Ah ! vraiment, nous sommes bien simples, dites-vous ; c'est mademoiselle Col!>ert. — Encore moins. — Cest assurément mademoiselle deCréquy. — Vous n'y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire; il épouse dimanche au Louvre, avec la permission du roi, Mademoiselle... Mademoiselle , la grande Mademoiselle ; Mademoiselle , fille de feu Monsieur ; Mademoiselle, petite-fille de Henri IV , mademoiselle d'Eu , mademoiselle deDombes, mademoiselle de Montpensier, mademoiselle d'Orléans, Mademoiselle , cousine-germaine du roi , Mademoiselle , le seul parti de France qui fût digne de Monsieur. Voilà un beau sujet de s'écrier, ajoute la nouvelliste. Si vous le faites , si vous vous mettez hors de vous-même, si vous dites que cela est faux , qu'on se moque de vous , que voilà une belle raillerie , que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison; nous en avons fait autant que vous. »

Dans la lettre suivante elle nous donne le détail de l'aventure , dans sa manière, qu'on trouvera peut-être un peu familière pour l'histoire, mais qui rassemble du moins toutes les circonstances et les met sous les

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