‹ Histoire de FranceChapitre 104 sur 192 · MORT DE MADAME · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME

C'est encore là une de ces énigmes dont les cours gar- • dent le secret et que la postérité interroge en vain. Les médecins qui ouvrirent le corps furent d'opinions différentes : les uns y virent la trace du poison ; les autres ne découvrirent aucun indice qui permît d'asseoir de tels soupçons, et jugèrent que rien, dans ce triste accident, ne devait être attribué à la malice humaine ; ils crurent même y reconnaître les atteintes d'une maladie alors à peu près ignorée et que la génération actuelle n'a que trop éprouvée (i). Quoi qu'il en soit, l'idée du poison a prévalu, et l'on pense communément , sur la foi de quelques Mémoires, que le chevalier de Lorraine, voulant se venger d'une disgrâce, chargea le comte d'Effiat , l'un de. ses affîdés , de commettre ce crime. Saint-Simon, qui, à cet égard, entre dans beaucoup de détails, ajoute que Louis XIV fit arrêter un des complices présumés de d'Effiat , nommé Purnon, et lui arracha, en lui promettant la liberté, l'aveu complet de l'attentat et de ses moindres circonstances. « Alors le roi, redoublant d'assurances de grâce et de menaces de mort : « Et mon frère le savait-il?— Non, Sire. » A. cette réponse le roi fit un grand : Ah /commeun homme oppressé et qui tout d'un coup respire (2). » On ignore si Monsieur éprouva une douleur sincère, mais il en donna au dehors toutes les marques. On assure que le roi voulut lui donner en mariage mademoiselle de Montpensier, bien qu'elle fût toujours follement éprise de Lauzun. C'était la plus riche héritière de France. Effrayée d'une alliance qui

(1) Le choléra-morbus.

(a) Saint-Simon.

lui faisait pressentir le misérable sort d'Henriette, elle refusa d'épouser le duc d'Orléans et le roi n'osa guère insister.

A l'expiration de son deuil , Monsieur épousa Elisabeth-Charlotte de Bavière ; ce fut une alliance commandée parla politique de Louis XIV, qui tendait à rattacher à ses intérêts l'une des plus puissantes maisons d'Allemagne. La nouvelle duchesse d'Orléans était une princesse douée des dons de l'esprit et fort peu de ceux de la nature. Elle avait été élevée dans l'hérésie de Luther, qu'elle abandonna, au moins pour la forme, en entrant dans la famille de Louis XIV. « Le lendemain qu'elle fut à Metz, dit Mademoiselle, elle abjura son hérésie entre les mains de l'évêque. Au sortir de là et de sa première confession elle fut mariée. Il sembla à beaucoup de gens qu'elle avait fait beaucoup en un jour (i). »

Ces événements de famille ne faisaient point perdre de vue à Louis XIV les soins de son gouvernement et de ses armées. Le roi voulait frapper sur la Hollande un coup certain, qui ne permit plus de mettre en doute

(i) A ce témoignage de mademoiselle de Montpensier ajoutons le portrait que nous a donné Saint-Simon, parlant de la princesse Palatine.

• C/étoit, dit-il, une princesse de l'ancien temps : attachée à l'honneur et à la vertu ; inexorable sur les bienséances ; de l'esprit autant qu'il en faut pour bien juger ; bonne et fidèle amie; sûre, vraie, droite, aisée à prévenir et à choquer; fort difficile à ramener; vive, et femme à faire des sorties quand les choses et les personnes lui déplaisoient ; fort Allemande dans toutes ses mœurs; franche , et même un peu sauvage ; ignorant toute commodité et toute délicatesse pour soi et pour les autres. Elle aimoit beaucoup les chiens et à monter à cheval, et s'habilloit en homme pour cet exercice. » La femme la moins curieuse de mode a pourtant donné la vogue à un ornement de col qui a retenu son nom.

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