DIFFICULTÉS AVEC LA HOLLANDE
mais ils avaient pour eux la logique de la force.
Sur ces entrefaites ( septembre 1671 ) le marquis de Lionne, l'un des plus habiles ministres de Louis XIV, mourut à l'âge de soixante ans. il avait eu l'honneur de seconder très-activement la politique de son maître , de coopérer à la dissolution de la triple alliance et d'inscrire son nom au bas des traités, récemment conclus , qui rattachaient aux intérêts de la France l'Angleterre , la Suède et la plus grande partie de l'Allemagne. Le roi lui donna pour successeur Simon Arnauld , marquis de Pomponne , alors ambassadeur en Suède, et fils d' Arnauld d'Andilly , l'un des chefs du parti janséniste. On ne s'était guère attendu à ce choix, que l'opinion accueillit d'ailleurs d'une manière favorable. Vers le même temps une lutte sourde, une rivalité mal déguisée, mais opiniâtre, se manifestait entre Louvois , l'aventureux ordonnateur des préparatifs de guerre, et son collègue Colbert, qui avait besoin de la paix pour compléter et réaliser le vaste système de réformes dont il avait pris l'initiative. Tandis qu'ils cherchaient à se partager l'influence, leur collègue, le chancelier Séguier, mourut à son tour (3 février 167a), après avoir tenu les sceaux pendant trente-neuf ans.
La guerre qui se préparait contre la Hollande était une guerre de principes ; elle pouvait amener une conflagration générale : elle menaçait l'équilibre européen établi parles traités de Westphalie et des Pyrénées. S'il en eût été autrement , si Louis XIV n'avait eu à combattre qu'une nation évidemment très-faible, par comparaison avec la France, il n'aurait pas eu
besoin de remuer l'Europe et de chercher partout des alliances offensives et défensives. La marine hollandaise seule était redoutable; mais l'état militaire de ce pays était mal organisé, tout y ayant été réglé avec la parcimonie des républiques bourgeoises. A la veille d'une guerre contre la France, la Hollande disposait à peine de vingt mille hommes de troupes de ligne ; mais, derrière elle, l'Allemagne du Nord semblait se tenir l'arme au bras, prête à intervenir pour sa cause, et l'idée calviniste associée à l'idée républicaine ne se croyait nullement à la veille d'être vaincue.
L'alliance de Louis XIV et de Charles II représentait, au contraire, le principe d'autorité monarchique et religieuse , et le parlement anglais le sentait si bien qu'il persistait à voir avec inquiétude la guerre préparée par les deux rois. La république des Pays-Bas avait été une œuvre de la réforme ; démolir ce vaste édifice, c'était porter un coup aux résultats mêmes de la révolte de Luther. On comprenait cette vérité à Londres et à la Haye plus encore qu'à Paris.
Les armements étaient achevés , les alliances conclues; il ne restait plus qu'à agir. Le 7 avril 167a, la déclaration de guerre fut publiée en ces termes par des hérauts d'armes : « Bourgeois et habitants de Paris , la mauvaise satisfaction que Sa Majesté a de la conduite que les états généraux des Provinces-Unies ont eue depuis quelque temps eu son endroit , étant venue si avant que Sa Majesté a déclaré , comme elle déclare présentement , qu'elle a arrêté et résolu de faire la guerre auxdits états généraux des Provinces-Unies, tant par mer que parterre,