‹ Histoire de FranceChapitre 107 sur 192 · OUVERTURE DE LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

OUVERTURE DE LA CAMPAGNE

ordonne par conséquent Sa Majesté à tous ses sujets, vassaux et serviteurs, de courir sus aux Hollandois, et leur défend d'avoir ci-après aucun commerce , communication ni intelligence avec eux , sur peine de la vie ; car tel est le plaisir de Sa Majesté , laquelle veut et entend que la présente soit publiée et affichée en toutes ses villes tant maritimes qu'autres , et en tous les ports, havres et autres lieux de son royaume où il sera de besoin, afin que personne n'en prétende cause d'ignorance. » Cette publication était suivie de plusieurs édits et ordonnances contre les sujets des états généraux ; on mettait embargo sur tous les navires au pavillon des Provinces qui se trouvaient dans les ports. Une exception était faite pour les Hollandais qui s'étaient habitués et logés dans le royaume par suite du traité de 1662; ils pouvaient pendant six mois vendre leurs marchandises, les transporter ainsi qu'ils jugeraient convenable; car la guerre ne pouvait les toucher : ils étaient sous la protection du droit des gens, sans qu'aucun sujet du roi pût les molester, si ce n'est pour fait et par voie de justice (1).

Au moment où allait s'ouvrir la campagne, l'armée expéditionnaire de la France était forte de quatre-vingtdix mille hommes de troupes nationales et de trente mille auxiliaires de Cologne, de Munster et d'Angleterre. De nouvelles levées ordonnées en France et en Suisse portèrent ces forces à plus de cent soixante seize mille combattants. Le roi les répartit en quatre corps : l'armée principale, commandée, sous sesordres,

(1) Édit donné à Saint-Germain*en Lave 6 avril 167a.

par Monsieur, duc d'Orléans , et par le maréchal de Tu renne ; l'armée du prince de Condé , avant sous sa conduite les maréchaux de Bellefond et d'Humières ; le corps du maréchal de Créqui , et enfin le corps du duc de Luxembourg. La première armée était en marche sur la Sambre ; la seconde se réunissait à Sedan ; la troisième se rassemblait autour de Maestricht ; la quatrième opérait sur la droite , prête à seconder les mouvements du roi. Louis XIV voulut assurer une direction unique à ces différents corps , et prescrivit aux maréchaux de Bellefond, de Créqui et d'Humières de recevoir les instructions de Turenne, qu'il décora du titre de maréchal général. Les trois maréchaux refusèrent d'obéir et furent immédiatement disgraciés. Moins fier que ses cadets, le vieux maréchal du Plessis-Praslin dit au roi, en prenant congé dè lui : Sire, f envie le sort de mes fils; plus heureux que moi, ils ont V honneur de mus servir. Pour moi , je désire la mort , car je ne suis plus bon à rien. Le roi embrassa tendrement son vieux serviteur. Monsieur le maréchal, lui répondit-il , on ne travaille que pour approcher de votre réputation ; il est agréable de se reposer après tant de victoires.

Le rendez-vous des troupes avait été indiqué à Charleroy, sur la Sambre , et les premières opérations militaires devaient avoir pour théâtre l'espace qui s'étend entre la Meuse et le Rhin. Vauban était chargé de conduire les sièges ; Louvois surveillait les opérations et pourvoyait à tous les besoins. Les troupes , couvertes de brillants uniformes , étaient admirables de jeunesse, de vigueur et de discipline. Le prince de

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