XIV
322 MONARCHIE fttANÇAlSE. — LOUIS XIV. 11672
range , se préparait à défendre le passage du fleuve.
L'armée ennemie se composait à peine de quatre mille hommes d'infanterie et de cinq cents chevaux; le reste des troupes gardait les villes fortes. Le passage du Rhin fut confié au prince de Condé. Cette opération ne présentait aucune difficulté sérieuse et s'accomplit sans résistance , sous la protection d'une tourelle et de plusieurs batteries. Les Hollandais n'avaient point de canons et ne pouvaient tenter de s'opposer au mouvement d'une armée puissante en hommes et en ressources. Les Français suivirent un gué et mirent leurs chevaux à la nage, l'espace d'une vingtaine de pas. Dès que la maison du roi et plusieurs escadrons formant ensemble quinze mille hommes eurent atteint l'autre bord du fleuve, ces troupes &e rangèrent en bataille sans même attendre l'infanterie et sommèrent les Hollandais de mettre bas les armes. Comme ils se disposaient à se rendre sans coup férir, le jeune duc de Longueville , échauffé, dit-on, par le vin , se jeta en avant et fit feu sur l'ennemi en criant : « Point de quartier pour cette canaille ! » Les Hollandais répondirent par une décharge qui tua cet étourdi et blessa au poignet le prince de Condé, son oncle. Ce fut le signal d'une mêlée sanglante qui, de part et d'autre, coûta la vie à bon nombre d'hommes dont le sacrifice eût pu être épargné.
Tel fut ce passage du Rhin, tant célébré par la poésie , mais si peu digne de l'être, si on le considère comme action militaire et non comme simple mouvement stratégique. La \ictoire ne pouvait être un seul moment disputée. Louis XIV n'y prit d'autre part que