‹ Histoire de FranceChapitre 110 sur 192 · SUITE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA GUERRE

celle de spectateur; sa grandeur le retint au rivage, et avec raison, car ce n'était guère la place d'un roi, une mêlée où il fallait plutôt retenir qu'encourager l'ardeur des troupes. « Le passage du Rhin, écrivait un contemporain (Bussy de Rabutin), est une belle action, mais elle n'est pas si téméraire que vous le pensez. Deux mille chevaux passent pour aller en attaquer quatre ou cinq cents. Les deux mille sont soutenus d'une grande armée où le roi est en personne , et les quatre ou cinq cents sont des troupes épouvantées par la manière brusque dont on a commencé la campagne.... Si le prince d'Orange avait été à l'autre bord avec son armée , je ne pense pas que l'on eût essayé de passer à la nage devant lui, et c'est ce qui auroit été téméraire, si on l'avoit hasardé. Alexandre passa le Granique à la nage avec quarante mille hommes, malgré cent mille qui s'y opposoieut. Il est vrai que, s'il eût été battu , on auroit dit que c'étoit un fou , et ce ne fut que parce qu'il réussit que l'on dit qu'il avoit fait la plus belle action du monde. » Quoi qu'il en soit de ce jugement, émanant d'un esprit un peu chagrin, il n'y eut dans cette journée rien d'héroïque ni de généreux dont l'histoire puisse faire mention; mais la flatterie qui cherchait un prétexte avait hâte d'en trouver un et de comparer hyperboliquement cette affaire aux plus glorieux exploits du roi de Macédoine. Cependant , comme, à la guerre on réussit moins par les hommes que l'on tue que par le terrain qu'on occupe , le passage du Rhin eut cela d'important qu'il ouvrit la Hollande tout entière à l'iuvasion de l'armée française.

L'armée française, sous lesordres de Turenne, continua ses faciles conquêtes ; elle prit Doesbourg, Zutplien , Arnheim , Nosembourg, Nimègue , Sbeuk, Bournel, et d'autres places encore. On ne rencontrait aucune résistance dans un pays ouvert et dégarni de troupes : l'or de la France, plus que le fer, faisait capituler les officiers. Déjà les grandes villes des Provinces-Unies se disposaient à recevoir le roi de France en maître , et Louis XIV , pour en finir plus vite avec l'ennemi, faisait publier dans toute la Hollande,^ par le roi , qu'il accorderait aux peuples conquis le maintien de leurs privilèges , la garantie de leurs droits , le libre exercice de leur culte , mais qu'il punirait avec la dernière rigueur ceux qui oseraient encore résister à ses armes. Sur ces entrefaites, chaque jour voyait s'accomplir un nouveau progrès de l'invasoin. Les provinces d'Over-Yssel, de Gueldre, étaient soumises; Amsterdam n'attendait plus que le moment de sa ruine, et déjà Naarden, ville située non loin de ses murs , était tombée au pouvoir du roi. Dans ce péril extrême, les magistrats délibéraient; les juifs négociaient avec le vainqueur ; les familles riches se préparaient à fuir par mer jusqu'à Batavia. On fit le dénombrement des vaisseaux qui étaient dans les ports, et Ton trouva qu'ils pouvaient servir à transporter dans les Indes cinquante mille familles. Tandis que la consternation s'étendait ainsidans les villes et dans les campagnes, l'armée française triomphait sans combattre. Le 3o juin Louis XIV entra dans Utrecht et y fit célébrer solennellement le culte catholique. Pour attester aux siècles à venir ces conquêtes, qui

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