‹ Histoire de FranceChapitre 12 sur 192 · DISGRACE DE FOUQUET · texte numérisé non relu

DISGRACE DE FOUQUET

sous l'herbe,... jamais il n'y en aura sur ce moule , » c'est que déjà la punition avait commencé pour la coupable, et que les dédains du roi, venant en aide à ses propres mépris, lui permettaient d'entrevoir l'abîme. Ainsi qu'on le verra plus loin, Mme de Mon* tespan avait pris sa place dans le cœur de Louis XIV. Après avoir dévoré de longues et justes amertumes, La Vallière sentit enfin que le temps de la pénitence ne pouvait plus être ajourné. Ce fut pour la cour de Louis XIV une épreuve solennelle, et pour la rivale préférée un terrible avertissement, que le jour où, soutenue par les conseils de Bossuet et cbangée par la grâce de Celui qui pardonne, elle s'agenouilla publiquement aux pieds de la reine , qu'elle avait tant offensée, et reçut ensuite le voile des mains de la pieuse Marie-Thérèse. Mais n'anticipons pas ici sur des détails qu'il faudra nécessairement rappeler et qui forment la partie romanesque du règne.

Les chroniques contemporaines disent que le surintendant Fouquet, en osant chercher à séduire lui-même mademoiselle de La Vallière, hâta sa propre chute.1 Il est permis de douter de cette anecdote, moins vraisemblable peut-être que vraie. Quoi qu'il en soit, au début de la liaison qui s'était formée entre Louis XIV et mademoiselle de La Vallière, le roi résolut de mettre un terme à la scandaleuse impunité de Fouquet.

L'entreprise semblait hasardeuse. Les immenses trésors qu'avait prodigués Fouquet à ses créatures , les places fortes dont il était maître , faisaient appréhender une résistance armée d'où pouvait surgir l'insurrection de la Normandie et de la Bretagne, De nos

jours ces craintes paraissent avoir été excessives, mais alors on sortait des troubles de la Fronde, et on savait jusqu'à quel poiut il était possible à un sujet de tenir en échec la puissance du roi. En attendant, soit qu'il voulût donner à Louis XIV une idée exagérée de sa liante fortune , soit qu'il cherchât à tout mettre en œuvre pour se concilier les bonnes grâces du monarque, Fouquet offrit à ce prince , dans la splendide résidence de Vaux-le- Vicomte, une fête dont le souvenir est demeuré célèbre dans les fastes du grand siècle.

Ce jour-là, 1 7 août 1661 , des milliers de carrosses armoriés transportèrent de Paris à Vaux-le-Vicomte l'élite de la cour et des personnages les plus illustres de la France et de l'Europe. Le roi , la reine , la reinemère, Madame et Monsieur, frère du roi, assistaient à la fête; plus de six mille invités se pressaient autour d eux, et nul ne pouvait rassasier ses regards des merveilles qui s'étalaient innombrables , enfantées par l'orgueil d'un seul homme. A aucune époque, en France, on n Vivait poussé si loin la passion pour les constructions monumentales , et Fouquet la possédait à ce point qu'à vrai dire Louis XIV n'a été que son continuateur. Trois villages avaient été démolis et rasés pour arrondir le domaine de Vaux et le rendre digne des peintures de Lebrun, des jardins de Le Nôtre. Neuf millions de livres, ainsi qu'on l'a vu plus haut, n'avaient pas suffi à cette œuvre, dont la splendeur éclipsait Fontainebleau , Saint-Cloud , le Palais-Royal et le Luxembourg. Mademoiselle Scudéri raconte qu'on découvrait du perron une si vaste étendue de par-

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