PREMIÈRES NÉGOCIATIONS
ce redoutable adversaire, l'électeur se réfugia d'abord sur le Wéser, puis sur l'Elbe, et bientôt après il se vit réduit à se retirer jusque dans Berlin, sa capitale. Vers le même temps, les Hollandais, sous la conduite du prince d'Orange , reprirent Naarden, et les Français, obligés de concentrer leurs forces pour faire face à l'empereur et à l'Espagne, abandonnèrent leurs conquêtes de Hollande. Le i a novembre 1673 le prince d'Orange se rendit maître de Bonn ; le i5, le marquis de Rochefort s'empara de Trêves : les revers et les avantages se balançaient. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, les gelées d'hiver ayant permis d'opérer dans les portions marécageuses des Pays-Bas, le maréchal de Luxembourg et une armée de douze mille hommes s'étaient aventurés sur les glaces de la Hollande. Ce pays fut de nouveau fatal aux Français. Un dégel qui survint les contraignit de se jeter sur une digue étroite et fangeuse; beaucoup y périrent; le reste de l'armée y eût trouvé la mort si le commandant d'un fort qui pouvait fermer la retraite aux Français eût fait son devoir. L'armée réussit donc à se retirer, mais après avoir exercé dans le pays des représailles sauvages et impolitiques qui soulevèrent de longs ressentiments.
L'Europe se souvenait encore de la guerre de Trente- Ans. A l'exception de Louis XIV, tous les souverains désiraient épargner a leurs peuples le retour de ces cruelles épreuves. La régence de Suède essaya de faire accepter sa médiation. Durant l'hiver ( 1673), cette puissance avait proposé une suspension d'armes , mais la France, victorieuse, n'avait point voulu écouter cette proposition , et la Hollande , de son
côté, avait trop d'injures à venger pour se prêter à un accommodement pacifique. Cependant le gouvernement suédois et les ennemis de la guerre obtinrent qu'un congrès fût assemblé à Cologne, et, peu de temps après , des ambassadeurs de France , d'Angleterre, des Provinces-Unies et des puissances médiatrices se réunirent dans cette ville. Les opérations du congrès, si elles méritaient ce nom, n'eurent point d'ailleurs pour effet de suspendre le mouvement des armées et les luttes du champ de bataille (juin et juillet 1673); ajoutons qu'elles échouèrent, et qu'on imputa l'insuccès de ces négociations aux prétentions arrogantes de la France (i). C'était là le prétexte ac-
(1) Après les visites d'usage, qui durèrent depuis le 8 jusqu'au 16
du mois de juin , il fut décidé « qu'on admettrait les plénipotentiaires d'Espagne et de l'empire, quoiqu'ils ne fussent pas intéressés immédiatement dans la question, et que par la même raison l'électeur de Cologne et l'évêque de Munster pourraient y envoyer des députés. » L'Espagne et l'empire n'eurent là que des diplomates de second ordre ; don Emmanuel de Lira représenta la première de ces puissances, et le baron d'Isola, l'empereur. Les médiateurs désignèrent le couvent des Carmes pour lieu des conférences ; ils avaient curieusement divisé les vieux appartements du monastère , qui se composaient de neuf pièces : quatre d'un côté, où se groupaient les plénipotentiaires de France , d'Angleterre, de Cologne et deMunslcr ; dans les quatre pièces du côté opposé se trouvaient les ministres de l'empereur, de la Holiande, d'Espagne et de Brandebourg. Au milieu était la salle décorée de vieilles armoiries et destinée aux médiateurs; les plénipotentiaires de la Suède devaient se faire porteurs de paroles, concilier les esprits, afin d'obtenir un résultat pacifique. L'échange des pouvoirs étant accompli , la première question posée fut celle d'une suspeusion d'armes ; il fallait, pour préparer la paix, selon les médiateurs , que les parties se rapprochassent d'abord par un armistice. Ce point fut contesté par la France et l'Angleterre ; M. de Chaulnes établit positivement « que les négociations pouvoient continuer au milieu du mouvement militaire , aucune partie ne devant perdre les résultats
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coutumé, vrai ou faux, que ne cessaient de mettre en avant les ennemis de Louis XIV. Quoi qu'il en soit, l'ambition de Louis XIV et l'inflexible hauteur de son caractère avaient rallié contre notre pays les cabinets et les peuples de l'Europe ; le monde avait hâte d'humilier celte grandeur de théâtre, qui insultait aux faibles et foulait aux pieds les notions de l'humanité et de la justice.
Il importait d'assurer les communications de l'armée de Hollande avec la France; Condé et Vauban investirent Maestricht. Le roi dirigea en personne les opérations du siège ; il y fit pour la première fois usage des parallèles et des places d'armes. Le gouverneur et sa garnison, forte de cinq mille hommes, capitulèrent le treizième jour, après une vigoureuse défense. Le roi distingua à ce siège un très-jeune homme entre tant de braves dignes de son attention. // semble, dit-il, que, dès qu on tire en quelque endroit, ce petit garçon sorte de terre pour s'y trouver. Ce petit garçon s'appelait Villars, et son nom reparaîtra dans ce livre.
Durant la guerre, le résident de France à Strasbourg avait été insulté par la populace. Le vicomte de Lescouet, commandant de Brisach, fut chargé par le
obtenus . » Quand les armes cessèrent d'être favorables au roi de France , M. de Cliaulnes modifia sa réponse et accepta les conditions de l'armistice. Alors les états de Hollande répondirent aux médiateurs « qu'en aucune manière ils ne vouloient laisser au roi de France le loisir de faire ses préparatifs afin d'achever ses conquêtes ; rien n'empêchoit qu'on ne continuât les conférences et qu'on établit les bases réciproques sans suspendre les hostilités (*). »
{•) Récit des Conférences de Cologne, 1673. Biblioth. impér.
prince de Condé de brûler le pont de Strasbourg , pour empêcher qu'il ne fût livré aux troupes impériales ; les magistrats , cédant à l'irritation de leurs concitoyens , le firent rétablir. Louis XIV exigea et obtint qu'il fût de nouveau détruit. Cette exécution exaspéra la population ; le résident de France fut l'objet d'une émeute, pour laquelle il eut satisfaction. M. de Pomponne lui écrivit du camp de Maestricht que le roi daignait s'en contenter; mais ce prince , après la prise de la place, se dirigea vers l'Alsace, pour y établir sa souveraineté sur les villes dites impériales, maintenir Strasbourg dans la neutralité et les Suisses dans notre alliance. En apprenant que le duc de Lorraine était entré dans la coalition, il fit saisir Bitch et Hombourg, fortifier Nancy, et raser les fortifications de Colmar, de Schelestadt et de Haguenau. Les villes libres de l'Alsace n'essayèrent pas même de résister. Vainement Louis XIV abusait-il, à leur égard , des droits de la force ; vainement supprimait-il des privilèges et des franchises que les capitulations avaient garantis ; ni le roi, ni l'orgueilleux Louvois, son ministre, ne se laissaient arrêter par des scrupules lorsqu'il s'agissait d'étendre le domaine de la couronne et d'affaiblir la puissance de l'empire. L'usurpation royale s'accomplit donc sans obstacle en Alsace , mais elle développa . chez les peuples d'outre-Rhin des germes de ressentiments et de haine dont on ne tarda pas à voir éclore les fruits.
Au mois de mai 1673 l'électeur de Brandebourg avait sollicité la paix ; on consentit à lui rendre les villes dont s'était emparée l'armée de Turenne, et,