CONQUÊTE DE LA, FRANCHE-COMTÉ
commis impunément. Le congrès de Cologne ne tarda pas à se dissoudre. La Suède, qui l'avait provoqué, demeura neutre.
L'orgueil de Louis XIV ne se démentit pas ; il accepta toutes les nécessités d'une lutte aux dangers de laquelle la France entière s'associait. Au début de la nouvelle campagne, l'Europe se trouvait ainsi divisée : d'un côté, la France, invoquant l'amitié de la Savoie et du Portugal ; de l'autre, l'Empire, réunissant toutes les forces de la Confédération germanique votées par la diète de Ratisbonne. Sur la même ligne , l'Espagne menaçait la France par les Pyrénées, la Franche- Comté et la Flandre ; le duc de Lorraine donnait la main tout à la fois à la Confédération allemande et à l'Espagne; la Hollande offrait ses trésors et ses flottes à l'Angleterre. Cette dernière puissance ne se déclarait point encore, mais elle était toute pleine de haines et de passions contre la monarchie de Louis XIV.
Deux moyens s'offraient aux armées de la France : on pouvait rester sur la défensive, attendre le développement des forces de l'ennemi, ou prendre l'offensive, c'est-à-dire marcher immédiatement à lui, l'empêcher de passer le Rhin ou de déborder par Bàle. Ce dernier plan fut préféré par le conseil du roi, car il convenait mieux au caractère français, à cette impétuosité d'attaque qui est un type national. On n'hésita pas.
Louis XIV résolut d'occuper la Franche-Comté de vive force et de la réunir définitivement à son royaume. Dans l'isolement où se trouvait cette province, une petite armée suffisait à sa conquête ; il fallait seulement la garantir contre les entreprises du duc de Lor-
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raine. Pendant que le prince de Condé et Luxembourg, avec quarante mille hommes , faisaient face dans les Pays-Bas aux Anglo-Hollandais , Navailles franchit la frontière de Bourgogne le i3 février, à la tête de douze mille hommes, et s'empara pendant l'hiver de Lonsle-Saulnier, de Vesoul, de Gray, et de dix autres places moins considérables. Turenne, en Alsace, contint les Strasbourgeois et les Suisses par ses bons procédés, par l'autorité de son caractère, et surtout par la présence de son armée. En vain le duc de Lorraine essaya de faire passer la sienne à Baie; les magistrats restèrent sourds à ses promesses comme à ses menaces ; il lui fallut assister l'arme au bras à l'invasion de la Franche-Comté. Louis XIV, suivi du duc d'Enghien, de Vauban , et d'une partie de sa maison militaire , entra à son tour dans cette province le 12 avril et mit le siège devant Besançon. Douze jours après l'ouverture de la tranchée, la place, cédant à la supériorité de notre artillerie, se rendit au roi ; le prince de Vaudemont essaya de défendre la citadelle : elle capitula le 24 mai. De Besançon, le roi alla à Dôle; cette place, mieux défendue qu'en 1668, soutint un siège de neuf jours; elle capitula le 6 juin. Le 4 juillet l'envahissement de la province fut complété par la prise du fort de Faucognée, et depuis lors la Franche- Comté n'a cessé d'être unie à la monarchie française.
Le prince de Condé, à la tête d'une armée que divers renforts venaient de porter à quarante-cinq mille hommes, couvrait les frontières du Nord, déjà menacées par le prince d'Orange ; l'armée du stathouder, grossie par la réunion des Espagnols et des Impé-