BATAILLE DE SENEF
riaux, s'élevait àquatre-vingt mille combattants. Condé résolut de se tenir sur la défensive et découvrir Charleroi,d'où il observaitles mouvements des alliés.
L'armée française occupait une position très-forte près du village de Senef; le prince d'Orange essaya vainement de l'en faire sortir. Comme il désespérait d'en venir à bout, il se replia sur Ath, à travers plusieurs défilés dangereux qui donnaient un grand avantage à Condé. Ce dernier en profita pour baltre l'arrière-garde du statbouder ; elle se composait d'Espagnols et de Hollandais, qui laissèrent sur le cbamp de bataille deux mille hommes tués, trois mille prisonniers, leurs bagages et la caisse militaire.
Ce n'était là qu'un échec partiel et qui laissait à l'armée ennemie toute la supériorité du nombre; le prince d'Orange n'hésita point à en profiter pour revenir à la charge; il fit occuper quelques hauteurs et
attendit son adversaire. Des deux côtés la bataille s'engagea avec un incroyable acharnement. Condé donna l'exemple de la plus rare intrépidité; il se montra prodigue de son sang et de celui de ses soldats ; le carnage fut horrible. Lorsqu'à minuit (i i août 1674) les deux armées, épuisées de fatigue et cruellement décimées, furent obligées de suspendre le combat, vingt-sept mille cadavres couvraient le sol, sur deux lieues d'espace. Ce champ de bataille, pavé de morts, resta aux Français; ce fut à peu près le seul signe qui les détermina à s'attribuer la victoire de Senef; le prince d'Orange la rendit presque inutile par de savantes opérations. Il assiégea Oudenarde, que délivra Condé; en revanche, Grave, Dinan et Huy tom-
bèrent au pouvoir de l'ennemi. Lorsque, au retour de cette campagne meurtrière, Condé, souffrant de la goutte et se traînant avec peine sur le grand escalier du château, vint rendre hommage de sa victoire à Louis XIV : « Mon cousin, lui dit le roi en faisant al- « lusion à la lenteur de sa marche , quand on est « chargé de lauriers comme vous on ne peut que « difficilement monter. » Au fond, Louis XIV et sa coin désapprouvaient le carnage de Senef, etl'on s'accordait à dire que les victoires dont le prince de Condé se faisait un sujet d'orgueil étaient aussi meurtrières que des défaites. La bataille de Senef n'en fut pas moins célébrée par des réjouissances officielles, par des actions de grâces et des Te Deum.
En Allemagne, le vicomte de Turenne passa le Rhin à Philisbourg, le 12 juin; voulant combattre le duc de Lorraine et le comte de Caprara avant qu'ils eussent reçu des renforts, il les attaqua le 16 juin à Sintzheitn, petite ville du Palatinat, entre Philisbourg etHeilbronn. Lesdeux armées étaient égalesen nombre, mais les Impériaux occupaient une position formidable qu'on ne pouvait aborder que par un défilé fort étroit. Turenne s'empara de Sintzheim et en délogea l'ennemi, après lui avoir tué deux mille hommes et fait six cents prisonniers. Ce premier avantage lui assura la victoire, et les débris de l'armée vaincue se replièrent derrière le Necker.
Un renfort de Hongrois, placé sous les ordres du duc de Bournonville, vint rejoindre l'armée des cercles, commandée par le comte de Caprara. Ces deux généraux se retranchèrent sur le Necker, et attendirent,