‹ Histoire de FranceChapitre 119 sur 192 · INCENDIE DU PALATIN AT · texte numérisé non relu

INCENDIE DU PALATIN AT

pour prendre l'offensive, que de nouvelles troupes, levées dans les cercles , fussent venues les joindre. Turenne ne leur en laissa pas le temps. Quoique inférieur à L'ennemi par le nombre de ses soldats, il marcha à sa rencontre et le rejeta de l'autre côté du Mein.

Turenne, par cette nouvelle victoire, se trouvant maîtredu Palatinat,y fit vivre ses troupes à discrétion , et son armée, en quatre ou cinq campements, qui durèrent près d'un mois, consomma tous les fourrages et toutes les moissons de ce pays. La plupart des paysans du Palatinat, dépouillés de toutes choses, furent obligés d'abandonner leurs maisons et de chercher ailleurs un refuge; exaspérés par leurssouffrances, il n'y eut sortes de cruautés qu'ils ne fissent souffrir à ceux des soldats de Turenne qu'ils purent faire prisonniers par surprise. Ils en pendirent quelques uns la tête en bas, les firent brûler à petit feu, ou les laissèrent ainsi mourir sans les étrangler ; ils arrachèrent le cœur et les entrailles à quelques autres, et leur crevèrent les yeux ; puis, après les avoir massacrés ou mutilés, ils les exposèrent en cet état sur les grands chemins. L'armée française eut sous les yeux cet abominable spectacle , et les soldats , exerçant à leur tour d'affreuses représailles, allèrent, comme des furieux, la torche en main, mettre le feu dans tout le pays, et brûlèrent quantité de bourgs et de villages, et même quelques petites villes. Ce furent là les lamentables conséquences de la guerre. On en fit un crime à Turenne, qui se trouva impuissant à les prévenir et qui se borna à faire pendre

un certain nombre d'incendiaires. De son coté l'électeur palatin, voyant son pays ainsi dépeuplé et ravagé, parut au désespoir de n'avoir pas accepté la neutralité que nous lui avions offerte. Irrité de la désolation de ses États , n'ayant point d'armée pour s'en venger, et ne sachant à qui s'en prendre , il envoya un cartel au vicomte de Turenne, et lui manda qu'il le voulait voir, l'épée à la main, dans un combat singulier. Turenne n'eut garde d'accepter cette proposition ridicule , mais il désavoua hautement des excès dont les auteurs se trouvaient en trop grand nombre pour qu'il fût possible de les punir.

Sur ces entrefaites le duc de Lorraine et Bournonville dirigèrent leur marche sur l'Alsace et envahirent quelques portions de cette province. Turenne les suivit sur ce terrain et manœuvra pour empêcher leur jonction avec l'électeur de Brandebourg. Cette campagne défensive fut conduite avec une science profonde; il s'agissait pour Turenne de tenir en échec, avec vingt-quatre mille hommes, une armée de soixante-dix mille Impériaux ; mais le génie d'un seul homme semblait avoir doublé le nombre de ses soldats et multiplié les efforts de leur courage. Soutenus par l'exemple de leur chef, ils accomplissaient sans murmure des marches pénibles, des évolutions savantes dont ils pressentaient le but; l'art de la guerre obtenait son plus beau résultat, qui est de sauver la patrie en ménageant le sang de ses défenseurs , et l'orateur chrétien, contemporain de ces merveilles, pouvait s'écrier avec un juste enthousiasme : « Villes

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