‹ Histoire de FranceChapitre 120 sur 192 · OPÉRATIONS EN ALSACE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS EN ALSACE

que nos ennemis s'étaient déjà partagées , vous êtes encore dans l'enceinte de notre empire ! Provinces qu'ils avaient déjà ravagées dans le désir et dans la pensée, vous avez encore recueilli vos moissons ! Vous durez encore, places que l'art et la nature ont fortifiées, et qu'ils avaient dessein de démolir, et vous n'avez tremblé que sous des projets frivoles d'un vainqueur en idée, qui comptait le nombre de nos soldats et qui ne songeait pas à la sagesse de leur capitaine (i)! »

Louvois, organisateur habile, mais ministre timide lorsqu'il s'agissait de plans qu'il n'avait pas conçus , jugea que, malgré la résistance des armées françaises, il était plus dangereux qu'utile de défendre l'Alsace. Il prescrivit à Turenne d'abandonner ce pays et de se replier pour arrêter avec plus de sûreté les progrès de l'ennemi. Turenne refusa d'obéir, en assurant qu'il prenait tout sur lui et se chargeait des événements. Pour plus de sûreté il écrivit au roi. « Les ennemis, lui disait-il, quelque grand nombre de troupes qu'ils aient, ne sauraient, dans la saison où nous sommes, penser à aucune autre entreprise qu'à celle de me faire sortir de la province où je suis, n'ayant ni vivres, ni moyens pour passer en Lorraine que je ne soischassé de l'Alsace; et sijem'en allais de moi-même, comme Votre Majesté me l'ordonne, je ferais ce qu'ils auront peut-être bien de la peine à me faire faire. Quand on a un nombre raisonnable de troupes , on ne quitte pas un pays, encore que l'ennemi en ait beaucoup da-

(i) Fléchier, Oraison funèbre de Turenne.

vantage, et je suis persuadé qu'il vaudrait mieux, pour le service de Votre Majesté , que je perdisse une bataille que d'abandonner l'Alsace et de repasser les montagnes. » Le roi, cette fois encore, donna tort à Louvois, et, se confiant a l'expérience du vicomte deTurenne, lui envoya cinq à six mille hommes de renfort et le laissa maître d'agir. Sa confiance ne fut pas trompée : les Impériaux , chassés de quartier en quartier, furent vaincus «à Mulhausen le 29 décembre; moins de huit jours après ( 5 janvier 1675) Turenne les battit encore à Turckein et les contraignait de repasser le Rhin. L'Alsace était délivrée.

L'année qui venait d'expirer avait été signalée par d'autres événements militaires. Dans le Roussillon , les Espagnols s'étaient emparés du château de Bellegarde et avaient fait prisonniers quinze cents hommes du corps du lieutenant général Le Blet; l'arrivée de Schombergsauva le reste de l'armée. Sur mer, l'amiral Tromp, commandant la flotte hollandaise, échoua en vue de Belle-Isle, sur les côtes de Bretagne ; Ruyter ne fut pas plus heureux dans la Martinique.

La campagne de 1675 s'ouvrait sous des auspices favorables. Pendant que Turenne, encouragé par les acclamations de la France et l'admiration de l'Europe, repoussait en Allemagne les généraux et les armées de l'Empire , soixante mille Français , sous les ordres du roi, du prince de Coudé et des maréchaux de Créqui et de Luxembourg, couvraient la ligne qui s'étend du Brabant à la xMoselle. Leur intention était de marcher en avant et de neutraliser les forces du prince d'Orange sur Maèstricht; mais, pour enlever

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