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I673J MOUT DE TURENNE

Liège, Dinanl, Huy et Limbourg, il leur fallut de longs eflbrls et de rudes fatigues. Ces succès ne répondant point à l'attente du roi, Louis XIV, qui s'ennuyait des lenteurs d'une guerre défensive, revint à Paris, laissant à Condé le commandement de l'armée du Nord et la conduite des opérations contre le prince d'Orange. En Catalogne, le comte de Schomberg prit Figuières, Bascbara, le fort Jouy, Ampurias et quelques autres places ; il battit le duc de Saint-Germain, général des Espagnols , et emporta Bellegarde après cinq jours de trancbée.

Cependant, depuis quelques mois , l'attention publique se portait tout entière sur la rive droite du Rhin, que Turenne et Montécuculli, illustres et dignes émules, faisaient servir de théâtre à une lutte savante. Le premier avait réussi à couvrir Strasbourg ; il avait jeté deux ponts sur le Rhin et trouvé le moyen d'occuper chaque jour de nouveaux points sans en abandonner aucun à l'ennemi. Montécuculli, moins heureux , mais aussi prévoyant , s'était retranché aux environs de Bade, ayant sa droite appuyée sur le village de Salsbacb, à l'entrée des montagnes. C'était une position avantageuse d'où Turenne comptait bien le chasser.

Le 27 juillet 1675, jour de deuil pour la France, Turenne se leva de bonne beure, fit célébrer la messe et communia ; ensuite il disposa son ordre de bataille, et, s'étant mis à considérer l'ordonnance de l'ennemi, il ne put s'empêcher de s'écrier : « Je les tiens , je les tiens, et je vais recueillir les fruits d'une si étonnante campagne! » Quelques moments après il se

porta sur la droite pour y surveiller des mouvements de troupes. Comme il arrivait sur une éminence, un coup de canon tiré à l'aventure par l'ennemi l'atteignit à la cuirasse etle jeta mort à vingt pas du lieu où il avait été frappé. Le boulet emporta le bras du lieutenant général Saint-Hilaire , né plébéien , qui était chargé de commander l'artillerie. Le fils de Saint- Hilaire se jeta alors au cou de son père en poussant des cris ; mais l'héroïque blessé lui dit , en lui montrant le corps de Turenne : « Ce n'est pas moi, c'est ce grand homme qu'il faut pleurer. » Oraison funèbre aussi grande que Turenne! L'antiquité n'a pas de parole plus digne de louange.

Cet homme illustre fut pleuré de la France et salué des regrets de ses ennemis (i). Louis XIV, l'honorant comme un nouveau Du Guesclin, le fit ensevelir à Saint-Denis, dans les caveaux réservés aux cendres des rois (a), et, aujourd'hui encore , c'est sous le dôme

(i) L'illustre Montécuculli , son digne émule , disait de lui : // fait honneur à l'homme.

(a) Louis XIV écrivit en ces termes à l'abbé et aux religieux de ce monastère :

« Les grands et signalés services qui ont été rendus» à l'État par feu « notre cousin le vicomte de Turenne nous ayant fait ressentir avec « beaucoup de douleur la perte d'un aussi grand homme, d'un sujet aussi

■ nécessaire, aussi distingué par son mérite et sa vertu, nous avons voulu « donner ce témoignage public, digne de notre estime et de ses grandes « actions, en ordonnant qu'il fût rendu à sa mémoire tous les honneurs « qui peuvent marquer à la postérité le souvenir que nous voulons con- « server de tout ce qu'il a fait pour la gloire de nos armes et pour le

■ soutien de notre État. »

Louis XIV chargea Mascaron d'abord , et ensuite Fléchier, de faire l'oraison funèbre du héros; l'évêque de Tulle le loua de n'avoir jamais perdu, à la tête des armées et au milieu des victoires, ses senti-

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