S) FIN DE LA CAMPAGNE
des Invalides , près de la tombe de Napoléon , que sa glorieuse dépouille est déposée. Turenne s'était lentement formé à la science des combats , mais il avait gagné en audace après avoir commencé par la prudence. Ami et père du soldat, il avait fait entrer en ligne de compte le dévouement et l'intelligence qu'il communiquait à ses troupes. Il ne livrait rien au hasard, mais beaucoup au courage. Il possédait à fond l'art des campements et celui de tirer parti d'un terrain. Comme il opérait avec des masses petites, mais bien disciplinées , il ne se laissait surpasser par personne dans l'habitude de dérober ses projets à l'ennemi, et de vaincre en détail , après avoir su les isoler, les diverses fractions d'une puissante armée, trop forte pour être abordée réunie. Rien n'égalait sa vertu militaire , sinon sa modestie et sa bonté , et , comme il attendait tout de Dieu, rien de lui , Dieu se plaisait à bénir ses entreprises.
Turenne mort, la France se trouvait découverte du côté du Rhin, bien qu'elle y conservât encore une armée. Les troupes , veuves de leur chef, durent combattre pour s'assurer la retraite sur la rive française; leur dévouement triompha des obstacles qui s'y op-
ments de religion ; Fléchier, d'avoir su, dans ses plus brillants succès, se dépouiller lui-même, et renvoyer toute sa gloire à Celui à qui elle appartenait légitimement . Comme si ce n'était pas assez de ce pieux hommage rendu aux vertus du grand homme par les orateurs sacrés de la monarchie, cent vingt-cinq ans plus tard, un ministre républicain s'écriera dans le temple des Invalides , en saluant les restes de l'illustre maréchal : Voilà celui dont le nom seul ne manqua jamais de produire la plus vive émotion sur tout cœur enclin à la rvr/« *.
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posaient; mais Montécuculli les suivit de près et entra de nouveau en Alsace par le pont de Strasbourg. Peu de jours après, il mit le siège devant Haguenau. M. de Castellas, commandant delà place, détermine à ne pas l'attendre vivant , fit creuser sa fosse sur le rempart et se défendit avec une intrépide énergie. Moins heureux, le maréchal de Créqui perdit par sa faute , non loin de Trêves, une bataille décisive. Vaincu, il se renferma dans la ville et s'efforça de la disputer aux Impériaux. Trahi par un grand nombre de ses soldats, malgré ses talents et son courage, il fut réduit à capituler et demeura prisonnier de guerre.
Louis XIV se hâta d'envoyer Condé reprendre l'œuvre qu'avait laissée interrompue la mort du Turenne ; cette mission était faite pour lui , et il s'en montra digne; comme s'il se fût inspiré du génie de son illustre rival , il montra cette fois autant de prudence que partout ailleurs il avait montré d'audace ; il compensa l'infériorité numérique de ses troupes par l'habileté de ses manœuvres. Après avoir délivré Saverne et Haguenau, il contraignit de nouveau Montécuculli à repasser sur les terres d'Allemagne. Quand ces résultats furent accomplis , les magistrats de Strasbourg , qui avaient volontiers livré passage à l'armée d'invasion , se hâtèrent d'adresser au prince de Condé des félicitations hypocrites; il n'attacha pas un grand prix à cet hommage commandé par la peur. Ainsi finit la campagne de 1675 ; elle eut cela de parculier que les trois plus grands généraux de l'Europe y terminèrent leur carrière militaire : Turenne, en perdant la vie sur le champ de bataille; Condé et Mon-
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lécuculli , en rentrant dans le repos que leur imposaient les infirmités et la vieillesse.
Turenue était devenu général par l'élude et par l'expérience des choses de la guerre, mais Condé le fut d'inspiration et avant d'avoir atteint l'âge d'homme. La bataille de Rocroi , son plus brillant fait d'armes, fut la porte par laquelle il entra dans la gloire ; les autres combats qu'il eut à livrer, les victoire de Lens, de Nordlingen et de Fribourg , la sanglante affaire de Senefne firent que lui maintenir dans l'admiration des hommes la place que son premier pas lui avait assignée. Inférieur à Turenne dans le plan d'une campagne, fort au-dessous de lui dans la science des campements et des retraites , il le surpassait dans ces moments où la victoire, demeurée douteuse, dépend d'une illumination soudaine. Le soldat était fier de vaincre sous un tel général , mais il ne l'aimait pas, à cause de la dureté de son commandement et du peu de cas qu'il faisait de la vie des autres. Cet homme, si grand en face de l'ennemi , se montra faible dans la vie ordinaire; il eut l'ambition d'un chef de parti sans en avoir les talents. Le crime qu'il commit en se mettant à la tête des troupes espagnoles contre sa patrie, s'il peut trouver quelque atténuation dans les habitudes du droit féodal , n'en ternit pas moins sa mémoire. Conspirateur sans dignité , Condé flatta le peuple pour gagner le pouvoir, et s'humilia plus bas qu'il ne convenait à son génie pour ramasser les honneurs et le pardon de la cour. Au reste , il ne vint au monde ni à son temps ni à son heure. Né plus tôt, il eût été sans peine un héros d'Homère; il eût tout
naturellement rempli le rôle de Charles le Téméraire ou de Charles Martel ; élevé dans une société qu'absorbait déjà le principe monarchique et qui avait soif de hiérarchie, il ne fut qu'une sorte de terme moyen entre le connétable de Bourbon et Warwick. Turenne, au contraire, même dans ses fautes, appartint toujours à son époque ; il fut le guerrier modèle dans ce siècle qui s'enorgueillissait de Gustave- Adolphe , de Wallenstein et de Montécuculli, et qui devait plus tard se glorifier de Marlborough et du prince Eugène.
La Suède, ayant renouvelé son alliance avec Louis XIV, fit entrer une armée dans les provinces de Brandebourg. L'électeur marcha à la hâte au secours de ses États et défit complètement l'armée suédoise près de Ferhbellin ( 18 juin). Si cette division fut fatale au roi de Suède et lui coûta des places fortes en Poméranie, elle fut utile à la France en écartant du théâtre des opérations militaires un en: nemi dangereux.
Des événements imprévus avaient eu lieu en Sicile. La monarchie espagnole possédait depuis deux siècles Naples et la Sicile. Ces deux royaumes obéissaient à des gouverneurs parés du titre pompeux de vice-rois. Par ce système d'administration les rois d'Espagne avaient cherché à mettre quelque unité politique dans leurs vastes possessions. Les soldats siciliens et napolitains servaient en Flandre ou dans la Franche- Comté, tandis que la Sicile et Naples obéissaient aux gardes recrutées dans les provinces des Pays-Bas. C'était le système de l'ancienne Rome et de ses légions éparpillées dans le monde. Naples avait plusieurs